Pas d’aménagement de peine pour Cahuzac

Avec deux ans de prison ferme en appel, Jérôme Cahuzac pourrait bénéficier d’un aménagement de peine. Une clémence qui passerait mal dans l’opinion publique qui y verrait une Justice à deux vitesses.

Pour le malin Dupont-Moretti, Cahuzac, son client, doit être traité comme n’importe qui d’autre. Mais Jérôme Cahuzac est-il n’importe qui ?

Tout le monde le sait, les prisons françaises, par leur vétusté, ont de quoi faire frémir les caractères les plus trempés. Avec 113 prisonniers pour 100 places (source : lefigaro.fr), la France est le mauvais élève de l’Europe et il n’est pas rare que trois ou quatre détenus se retrouvent dans une cellule de douze mètres carrés. Il est donc tout à fait normal que l’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, fasse tout pour éviter de passer par la case prison et que son conseil, maître Dupont-Moretti, plastronne à la sortie de l’audience de Cour d’appel de Paris condamnant son client à 300 000 euros d’amende et quatre ans de prison, dont deux avec sursis : « Il n’y a aucune raison que Cahuzac soit plus mal traité que n’importe qui d’autre. ». Et pour que Jérôme Cahuzac n’aille pas en prison, Dupont-Moretti précise même que son client « offre de bons gages de réinsertion ».

Discours logique, mais qui mérite tout de même quelques sacrés bémols. Personne ne doute qu’un ancien ministre doit avoir encore quelques copains et que sa réinsertion ne doit guère poser de problèmes. Mais le grand public va sans doute » trouver qu’il y a quelque chose d’un peu « miraculeux » dans le parcours de l’ancien ministre. Condamné en première instance à trois ans ferme, ce qui l’envoyait automatiquement en prison, Jérôme Cahuzac voit sa peine réduite à deux ans ferme, c’est-à-dire le seuil limite pour pouvoir négocier sa peine.

L’homme à qui on aurait donné les îles Caïmans sans confession…

Bisque, Bisque, Basque ! ne souhaite à personne d’avoir à goûter aux « joies » d’une prison française. Mais il s’agit tout de même d’un ministre de premier plan, chargé de traquer les fraudeurs, et qui « les yeux dans les yeux » a affirmé à la représentation nationale n’avoir jamais eu de compte à l’étranger. Le très rusé Dupont-Moretti, quand il compare Cahuzac à « n’importe qui d’autre » est parfaitement conscient qu’il se moque du monde. L’ex-député du Lot-et-Garonne n’a pas seulement triché avec le fisc, il a souillé l’image que les Français se font de la vie publique et, tout comme Fillon, mérite d’être puni avec la plus extrême sévérité.

Par son statut d’ancien ministre, Cahuzac, s’il va en prison, bénéficiera de fait d’un aménagement de peine, puisqu’il aura droit à une cellule isolée, ce qui n’est pas le lot de tout le monde. Patrick Dils, innocent emprisonné pendant quinze ans, a subi des violences et sans doute des viols comme il le laisse entendre désormais, de la part de ses codétenus. Jérôme Cahuzac, ancien ministre, peut déjà s’estimer heureux d’échapper à cela, alors que la prison devrait être la même pour tous les citoyens, qu’elle que soit leur classe sociale. Carrignon, Tapie ou Le Floch-Prigent avant lui, ont connu le même parcours et en sont sortis bonifiés.

On espère donc que le juge d’application des peines, conscient du désastreux message qui serait envoyé à tous les Français s’il se montrait clément, ne cèdera à aucune pression et enverra Jérôme Cahuzac où il doit être. C’est-à-dire en prison.