La mornifle pour tous

non à l'homophobie, au sexismeLes insultes n’étaient pas « méritées ». Encore moins les taloches en pleine gueule distribuées avec fureur ce samedi 14 septembre 2014, à 1h30 du matin, en plein centre de Biarritz. La victime, que nous appellerons François, un jeune enseignant de 30 ans résidant à Bayonne, a commis le double affront d’être homosexuel et de ne pas conduire assez vite, aux yeux de son agresseur, Pierre-Henri Michel, un entrepreneur basque âgé de 45 ans. Passablement énervé – et carrément éméché – ce dernier avait délivré sa sentence en boxant sa victime : « Sale Pédé, c’est tout ce que tu mérites ! ». Un an et demi après les faits, la justice a finalement fait tomber de son ring ce robuste militant de la mornifle pour tous.

Accompagné de trois amis, François s’apprête à rentrer à Bayonne quand il croise la route du quadra rompu aux rixes de rue. Après une balade nocturne en bord de mer, le groupe regagne sa voiture, garée à deux pas de la rue Gambetta. Pierre-Henri Michel, automobiliste aussi bourrin que bourré, lorgne sur la place de parking qui va se libérer. Il klaxonne pour avancer, fait signe de se grouiller puis invective les quatre amis qui restent interloqués. L’automobiliste pressé sort soudain de sa caisse, tape sur la voiture encore stationnée, avant de cogner François. Bilan de la manœuvre : une Clio cabossée et huit jours d’arrêt de travail prescrits par le médecin qui relève « un traumatisme facial avec excoriations et hématome au malaire gauche » et des « érosions cutanées thoraciques superficielles ».

Des mandales à 6000 balles

Alertée, la police n’aura aucun mal à cueillir, quelques minutes plus tard, l’agresseur qui s’est réfugié dans un bar voisin pour prendre un dernier canon avant d’aller au ballon. Ce mardi 10 mai, le tribunal d’instance finit de le faire décuver en le condamnant à verser 6163,25 euros à sa victime. La CPAM, qui s’est constituée partie civile, empoche pour sa part 446,06 euros.

Sévère même si, regrette François, le caractère homophobe de l’agression n’a pas été retenu par le ministère public comme circonstance aggravante. « Cette agression illustre malheureusement le climat délétère qui s’est installé dans le pays depuis plusieurs mois et qui conduit à l’expression d’une homophobie désormais décomplexée voire violente » avait pourtant dénoncé, Bernard Gachen, président de l’association LGBT les Bascos, dans Sud-Ouest au lendemain de l’agression (http://www.sudouest.fr/2014/09/16/une-agression-homophobe-denoncee-1672466-4037.php). Déjà condamné à trois reprises pour des faits de violences, Pierre-Henri Michel a joué sur un autre registre. Face au tribunal, l’agresseur a réclamé la clémence des juges en rappelant qu’il est le père d’un jeune garçon. L’avocate de François. s’est sentie obligée de rappeler que son client a lui aussi une famille qui préfère nettement voir le petit dernier intact plutôt que cabossé.

Antton Rouget

Décidément, il y prend goût, ce petit garnement ! Jeune journaliste indépendant, ayant déjà déjà collaboré avec plusieurs titres de presse locale et nationale : Le Canard enchaîné, Mediapart, l’Agence France-Presse ou encore la nouvelle revue d’enquête judiciaire Sang-Froid, Antton Rouget offre ce nouveau papier au blog Bisque, Bisque, Basque ! Un très grand merci.

Pour le contacter : @AnttonRouget ou anttonrouget@hotmail.com

 

Panama papers : des familles concernées dans le 64

Adresses 64

Extraites des 11,5 millions d’adresses qui ont fuité, voici les huit adresses de ce département où à un moment ou un autre a été domicilié un compte panaméen… Ce qui ne prouve pas que l’actuel occupant du domicile soit pour autant le titulaire du compte, même si des recoupements simples vont vous permettre de vous faire une idée.

Si pour la majorité des habitants de ce département, le Panama reste une lointaine réalité géographique, pour d’autres, qui ont le feu aux moteurs en ce moment, c’est encore beaucoup trop près. Rendons d’abord hommage à tous ces journalistes qui ont eu l’intelligence de s’associer pour dépouiller les 11,5 millions de données qui ont fuité du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. Dans un métier où l’ego n’est pas mince, et où souvent la réputation tient à un article basé sur une photocopie aimablement fournie par un avocat, il fallait de la foi, de la ténacité et de l’humilité pour s’attaquer ainsi à la finance internationale, dans ce qu’on appelle désormais les Panama papers.

Merci ensuite à tous les petits génies de l’informatique, et en particulier à mon copain Michel, qui a su patiemment extraire les 876 adresses françaises et les 962 donneurs d’ordres passés en France, pour ne conserver que les huit qui nous intéressent au plus haut point.

Avant de regarder d’un peu plus près ces adresses et les détails qui y sont attachés, plusieurs remarques s’imposent. Si l’identification de l’ancien ministre Jérôme Cahuzac ne fait guère de doute, car on se demande vraiment quel est le pays du globe où il n’avait pas planqué un compte, d’autres s’avèrent plus complexes, entre les fautes de saisie des employés panaméens, les adresses volontairement elliptiques et la présence de comptes anciens, clôturés depuis.

Mais vous allez voir qu’avec un peu d’habitude, l’écheveau n’est pas si complexe que cela, si vous allez sur le site (en anglais) du consortium des journalistes.

https://panamapapers.icij.org/

Cliquez sur la rubrique « Panama papers companies revealed », tapez le nom propre ou le nom de ville qui vous intéresse et un magnifique graphique, révélant toutes les éventuelles sociétés écrans apparaîtra.

Par exemple si vous tapez successivement LESCAR, puis BAYONNE, CAMBO, HASPARREN et OLORON, vous obtenez ceci :

Lescar

LESCAR

BAYONNE

Cambo

CAMBO

HASPARREN

HASPARREN

Oloron Sainte-Marie

OLORON SAINTE-MARIE

Et surtout, si vous cliquez sur le nom mentionné ou sur les intermédiaires bancaires, vous obtenez tout le montage capitalistique qui a été réalisé, puisque certains se sont contentés de verser directement de l’argent, tandis que d’autres ont monté des sociétés écran.

Les sereins et les paniqués

Internet étant un outil merveilleux, il est très facile grâce aux pages blanches de retrouver les numéros de téléphone des intéressés, qui restent parfois sans voix quand vous leur demandez des nouvelles de leurs comptes au Panama, ou qui vous implorent de ne pas les citer car ils s’attendent d’un instant à l’autre à voir débarquer le fisc (qui doit se frotter les mains de voir ainsi leur travail facilité !)

D’autres ignoraient visiblement leur présence sur les listings de Panama papers et ne perdent en rien leur bonne humeur, demandant même au journaliste de leur communiquer le lien Internet, pour qu’ils vérifient par eux-mêmes avant de reconnaître les faits sans la moindre hésitation.

Ainsi le très affable Philippe Aubert, habitant à Urrugne, ne s’échappe pas. « J’étais à Hong Kong, dans les années 80 où je dirigeais la banque Paribas.  Aussi des amis asiatiques m’ont demandé de les conseiller quand j’ai crée ma société de conseils début 90. Latinate a donc signé avec ma société un mandat d’assistance dans la gestion de ses avoirs. Ma société recevait annuellement une commission, naturellement intégralement déclarée. L’activité a diminué et j’ai cessé définitivement en 2011. Je suis maintenant retraité, j’ai quitté la banque Paribas il y a vingt-cinq ans et je n’ai rien à cacher. »

Si on clique sur le nom de l’intéressé, de nombreux détails apparaissent, confirmant les propos de Philippe Aubert.

Philippe Aubert détails 01

Et l’on voit bien, quand on clique sur  LATINATE INVESTISSEMENTS LTD, que l’argent des clients du conseiller financier est passé par un certain nombre de sociétés intermédiaires comme THE BEARER ou BDO COMPAGNIE FIDUCIAIRE, avant d’atterrir à LATINATE INVESTISSEMENTS LTD.

Philippe Aubert détails 02

Mais l’ancien financier qui n’est pas dupe reconnait que dans la liste  mise à jour par les journalistes se cache presque autant de cas d’espèces que de noms.

Quand on vous disait que ce listing des Panama Papers était passionnant….

Allez les curieux, en chasse !

 

PAYS BASQUE SUD

L’ex boss de Yahoo! Europe rentre au bercail

Résidant à Bilbao, Javier Etxebeste boostait ses activités aux Îles vierges britanniques pendant qu’il dirigeait Yahoo! Europe. Il a fini par quitter le géant du web avant de rapatrier sa société off-shore au Pays Basque, fin 2013.

Son flair pour les bonnes affaires l’a propulsé à la direction générale de Yahoo! en Europe. Pendant plus de dix ans, Javier Etxebeste Otegi, entrepreneur basque passé par la présidence Yahoo! Iberia avant de prendre la tête du groupe sur le continent, a multiplié les coups dans le web et l’immobilier à Bilbao et à Londres. Mais, la success story de ce globe-trotter qui, parti de rien, a gravi les échelons du géant américain, était incomplète : en lien avec le cabinet Mossack Fonseca, Etxebeste a détenu une société off-shore dans le paradis fiscal des Îles vierges britanniques de 2002 à fin 2013, a découvert Bisque, Bisque, Basque! en se plongeant dans les Panama Papers.

C’est le 7 mars 2002 que l’ancien étudiant en économie de l’université de Deusto, issu de la première génération d’élèves de l’ikastola (école immersive en langue basque) San Fermin de Pampelune, découvre Mossack Fonseca, le Panama et l’hospitalité reconnue des Îles vierges britanniques. À l’époque président de Yahoo! Iberia après en avoir été directeur général pendant trois ans, il créée la société off-shore Weaver Associates LTD par l’intermédiaire de Thomas Short, un noble anglais qui gère aussi, au passage, les affaires de deux arrière petits-enfants du dictateur Franco, Francisco et Juan José Franco Suelves.

Weaver Associates gère les activités immobilières et de conseil d’Etxebeste, pendant que celui poursuit son ascension en accédant, en novembre 2002, à la direction générale de Yahoo! Europe, en charge notamment de la gestion des marchés (sic). Il quittera ce poste deux ans plus tard pour se concentrer sur ses affaires personnelles à travers le monde (Bilbao, Londres, mais aussi l’Australie, l’Inde et le Brésil) : les sociétés Nestoria et Lokku (vente de biens immobiliers en ligne), revendues au groupe australien Mitula en septembre 2015, et Daybat (conseil en entreprise).

En décembre 2013, Javier Etxebeste rapatrie finalement Weaver Associates LTD, qui deviendra Dida Investments au Pays basque. Pour quelles raisons ? Sollicité pour s’expliquer sur ses investissements, l’entrepreneur a refusé de répondre à nos questions. « Je construis l’avenir à travers le monde mais, malheureusement, regrettait-il dans une interview en mai 2013, dans notre société, si tu veux développer tes affaires, tu te transformes en esclave ». C’est sans doute pour échapper à cette terrible épreuve, qu’Etxebeste a planqué son business dans les paradis fiscaux.

Antton Rouget

À Hendaye, on emprisonne d’abord, on discute ensuite

Barry Mamadou Macka, 17 ans, a eu la mauvaise idée d’acheter des faux papiers affirmant qu’il avait 30 ans. Après 18 mois de calvaire, ce mineur guinéen passé par les maisons d’arrêt de Montpellier, Pau et le centre de rétention d’Hendaye vient de retrouver la liberté.
Migrant acte de naissance

L’authentique acte de naissance de Barry Mamadou. Dans le doute, la justice française a préféré emprisonner un mineur.

« On met le paquet sur la sécurité, le centre s’est du coup vidé et nous on se fait chier » lâche ce policier qui tourne en rond, tandis que les murs du centre de rétention administrative (CRA) d’Hendaye sonnent creux depuis l’instauration de l’état d’urgence. Alors quand un migrant tombe dans les mailles du filet, la police ne lâche pas l’affaire. Ces derniers jours, le CRA comptait deux résidents pour 30 places, dont Abdoulaye Cissé, trentenaire guinéen qui doit quitter la France selon les autorités. Léger problème : Abdoulaye Cissé n’existe pas. Et à 17 ans, Barry Mamadou Macka, la véritable identité du réfugié guinéen, n’avait rien à faire derrière les barreaux. Au terme d’un périple administrativo-juridique aussi long qu’ubuesque, le jeune Barry, entré sans famille en France à l’âge de 14 ans, est sur le point de faire reconnaître ses droits. Sous le coup d’une expulsion, l’adolescent a été subitement libéré samedi 30 avril à Paris après avoir refusé d’embarquer vers la Guinée-Conakry et connu les joies d’une nouvelle détention. La faute à un fonctionnaire rigoureux, qui, après examen du dossier, a finalement contredit des décisions ayant déjà mené le jeune homme deux fois à la case prison.

Emprisonné sans la moindre vérification

C’est en octobre 2013 que Barry Mamadou découvre l’Europe. Né à Mamou, ville du centre de la Guinée-Conakry, le 4 novembre 1998, le collégien a réuni les économies de sa famille pour payer un réseau de passeurs bien intégré : « J’ai donné 8 000 euros pour des papiers et le trajet. 5000 euros provenaient des économies de mon père, décédé, et de la vente de ses vaches. Le reste m’a été prêté par un ami de mon père à crédit. Je devais le rembourser en arrivant en France ». Faux visa en poche, il débarque avec cinq autres mineurs à l’aéroport de Marseille en provenance du Mali voisin. Sa nouvelle identité : Abdoulaye Cissé. Âge : 30 ans à l’époque. Profession : commerçant. « C’était notre couverture pour les contrôles. Les passeurs nous ont chargé de produits en tout genre (huiles, chaussures, etc.), nous venions officiellement en France dans le cadre d’une foire. »

Arrivé à bon port, le groupe se disperse et Barry, sans point de chute ni famille, entame finalement une formation de cuisinier à Montpellier après des séjours à Paris et en Allemagne. C’est là, fin juillet 2015, que sa fausse identité refait surface : « Lors d’un contrôle, un policier a vu mon visa et l’âge qui lui était attaché. Je n’avais rien à faire en France… » L’adolescent, qui n’a pas vraiment le physique d’un adulte de 32 ans, conteste, extrait d’acte de naissance à l’appui : « Un autre policier m’a dit : ‘Tu n’as pas 32 ans… mais tu n’en as pas 17 non plus.’ » Insoluble. « Abdoulaye Cissé » est condamné pour usurpation d’identité à quatre mois de prison ferme.

 Retour à la case prison

À sa sortie de la maison d’arrêt de Montpellier, le migrant rejoint la ville de Pau sur les conseils d’un ex co-détenu. Nouvelle interpellation en novembre 2015. « J’ai encore montré mon extrait d’acte de naissance prouvant que j’ai 17 ans. Puis quand on m’a dit que je passerai mon temps à entrer et sortir de prison pour « usurpation d’identité », j’ai craqué et dit que mon âge était effectivement celui du visa… » Pour la justice, « Abdoulaye Cissé » essaie donc une nouvelle fois de se faire passer pour mineur : en récidive, il est condamné à 6 mois de prison puis envoyé le 23 mars au CRA d’Hendaye. Mais, en contact avec sa famille restée à Mamou, le jeune migrant a pu se procurer une copie de sa carte d’identité. Ce document, joint à l’extrait d’acte de naissance permet aujourd’hui de prouver qu’Abdoulaye s’appelle en réalité Barry, qu’il a bel et bien 17 ans et qu’il n’aurait jamais dû mettre les pieds dans une prison française ou un centre de rétention.

De quoi faire bondir Francisco Sanchez Rodriguez, juriste à la Cimade, qui a découvert ce dossier mi-avril : « La justice n’a pas fait les vérifications nécessaires dès la première interpellation. On se retrouve du coup avec un jeune mineur incarcéré puis placé en rétention de manière totalement irrégulière. »

Une ambassade sans imprimante

Saisi en référé, le juge des libertés, qui a statué sans convocation des parties, a refusé de lever la rétention du mineur en rappelant ses deux condamnations pour « usurpation d’identité ». Kafkaïen. L’ambassade de Guinée en France ne s’est elle non plus pas montrée très opiniâtre pour défendre son ressortissant ne « parvenant pas à imprimer » (sic) les documents d’identité qui lui ont pourtant été envoyés par mail et par fax (!).

Ulcéré, M. Sanchez Rodriguez alerte dans la foulée – en vain – procureur de la République de Pau, juge pour enfants et défenseur des droits.

En dernier recours, Maître Harold Chaney, avocat de Barry Mamadou Macka à Paris, a réclamé le 30 avril qu’un examen osseux soit réalisé en urgence tandis que son client refusait, à l’aéroport de Roissy, de rejoindre la Guinée-Conakry : «Ces tests ne sont pas forcément très précis mais, en l’espèce, ils permettront au moins de trancher entre 17 ans ou 30 ans ».

La solution viendra finalement, quelques heures plus tard, des autorités administratives : « La préfecture a pris la décision de libérer mon client qui avait été placé en cellule après son refus d’embarquement. Il s’agit d’une mesure discrétionnaire, sans motivation, mais on peut imaginer que la minorité de M. Mamadou Macka a clairement joué » expose Me Chaney.

Toujours sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), le jeune Barry n’en a pas terminé avec ses déboires mais s’ouvre pour lui la possibilité de faire reconnaitre ses droits de réfugié mineur. À peine libéré, l’adolescent, pourtant ébranlé par 18 mois de détention d’une hospitalité très française, a entrepris les démarches pour obtenir une carte consulaire et trouver un établissement scolaire. A-t-il seulement pens2 aux policiers qui se font royalement « chier » quand les centres de rétention se vident ?

Antton Rouget

Jeune journaliste indépendant, Antton Rouget a déjà collaboré avec plusieurs titres de presse locale et nationale : Le Canard enchaîné, Mediapart, l’Agence France-Presse ou encore la nouvelle revue d’enquête judiciaire Sang-Froid. Après sa percutante enquête sur La Semaine du pays basque, il offre ce nouveau papier au blog Bisque, Bisque, Basque ! Un très grand merci.

Pour le contacter : @AnttonRouget ou anttonrouget@hotmail.com