Un Le Gall magistral

Jean Le Gall est du style à arriver sur le Titanic en passager cravaté comme un milord, et, au moment où le bateau sombre, à prendre place au milieu de l’orchestre pour être certain de jouer la dernière note émise par le paquebot. Si « L’île introuvable » est en apparence le roman du triangle amoureux, avec un écrivain raté Olivier Ravanec, une forte femme éditrice Dominique Bremmer, et un truand somptueux Vincent Zaid qui va être visité en prison par la grâce et la littérature, c’est aussi le récit haletant de l’agonie de l’écrit, celui des marchands triomphant des créateurs, et aussi celui des « Quarante merdeuses », série en cours, qui ont succédé aux « Trente glorieuses » pour le plus grand regret de l’auteur.

Jean Le Gall, c’est une construction diabolique du récit, mais aussi et surtout le droit au chemin inattendu, à l’effet de surprise, à la phrase qui fait mouche. Comme l’affirme Ravanec à la fin du livre : « Je veux faire un roman romanesque où le sujet serait celui de la littérature. Où tout ce qui est proscrit dans les recettes habituelles serait autorisé : l’humour, la digression, le commentaire de commentaire, le mélange des genres, les longs dialogues, une pointe d’aventure, et même la politique. Une sorte de roman total, totalement emmêlé. »

Mais Jean Le Gall, c’est aussi une écriture nerveuse et incisive avec des bonheurs de lecture à chaque page ou presque : « Maxwell, les cheveux affolés par le vent, la chemise de lin claquant sur ses hanches, semblait descendre de la branche imbécile des hommes ». Et que dire de ce merveilleux : « La vie des hommes, quel mensonge : à la fin, on les met dans des boîtes placées sous la terre et on leur dit qu’ils vont au ciel. Tenez-vous bien : ils y croient ». À moins que vous ne préfériez : « L’imagination, tu le découvriras bientôt, ce n’est pas la faculté de former des images, mais celle de les DÉFORMER ».

Jean Le Gall, c’est enfin une œuvre qui se construit sous nos yeux, avec un auteur au centre d’un univers très personnel et qui progresse de roman en roman. J’avais bien aimé « New York sous l’occupation », puis adoré « Les lois de l’apogée ». « L’île introuvable », malgré sa couverture plutôt dissuasive à mes yeux, est un roman tout simplement magistral.

Il existe un moyen imparable pour reconnaître un excellent livre. La façon entêtante avec laquelle il vous poursuit, une fois que vous l’avez refermé. Dix jours plus tard, alors que je ne lis pratiquement plus de fiction et découvre avec ce livre à quel point j’ai tort, je suis toujours sous le charme de « L’île introuvable ».

« L’île introuvable« , par Jean Le Gall, éditions Robert Laffont, 420 pages, 21 €.

Tout sauf un « spécial copinage »

Jean Le Gall a été mon éditeur chez Atlantica à l’occasion de six livres. Un éditeur agréable et humain qui dialogue avec ses auteurs, suggère au lieu d’imposer et n’est jamais à court d’idées. Je regrette son départ. Mais, malgré les apparences, nous nous connaissons très peu tant nos univers et centres d’intérêt sont différents. Fidèle à l’esprit de ce blog où je ne parle que des livres que j’adore, je n’aurais donc rien écrit sur « L’île introuvable » si je n’avais pas eu le sentiment que ce livre mérite vraiment d’être découvert. Et, pour m’être abstenu auparavant, j’ai quelques copains ou confrères qui me gardent un soupçon de rancœur d’avoir « oublié » leurs livres. Mais la littérature, contrairement à la vie municipale, est quelque chose de trop sérieux…

Merci TVPI

rabagny-tvpiAlors que la biographie de Robert Rabagny « Monsieur Biarritz Bonheur » poursuit une belle carrière au Pays basque et qu’il ne se passe pas de jour sans que l’ancienne mascotte ne soit arrêtée en ville par des lecteurs, de nombreux internautes ont regretté de ne pas avoir vu sur TVPI, le reportage qui nous a été consacré., car ils étaient absents pendant les fêtes de Noël. Grâce à la gentillesse de la chaîne locale qui nous a fait parvenir ses fichiers, nous pouvons vous permettre d’accéder à ce reportage, très travaillé comme tout ce que fait cette chaîne.

www.tvpi.fr

Et pour ceux qui ne sont pas très fans de Koxka, l’adolescent boutonneux qui hante désormais le stade d’Aguilera, ou de l’anémique Père Noël qui n’intéresse personne lors des fêtes de fin d’année, vous apprécierez sans doute de revoir en vidéo le flamboyant Géronimo, l’extraordinaire équipage du Père Noël Rabagny ou quelques extraits du concert des Beach Boys.

Ce n’est pas de la simple nostalgie, mais avec Robert, Biarritz avait un tout autre éclat.

Monsieur BO a désormais sa bio

geronimo-001Si vous souhaitez écrire la biographie de Robert Rabagny, surtout ne vous encombrez pas d’un quelconque enregistreur ! Passées les deux premières minutes où votre homme va sagement rester assis face à vous, toutes les conventions d’un entretien classique, telles qu’on vous les a enseignées dans les écoles de journalisme, vont voler en éclats. Hyper actif qui ne peut se maîtriser, Robert va se lever, partir faire un tour dans son jardin, tout en continuant sa discussion, revenir, embrayer sur une histoire qui n’a strictement rien à voir avec le sujet évoqué, mimer la scène, fouiller dans ses armoires pour vous sortir une vielle photo étayant ses dires ou se laisser submerger par ses émotions quand les souvenirs sont trop douloureux.

Robert, lors la fête des Quartiers à Plaza Berri.

À vous de capter ces instants d’authenticité absolue où Robert est bien meilleur que dans un questions-réponses traditionnel et de vous débrouiller ensuite à reconstituer le puzzle ! Avec ce conteur exceptionnel, vous pouvez aussi bien devenir, l’espace d’un instant, le Père Noël venu rendre visite à un camp de gitans de Bassussary, l’ambassadeur du surf solennellement accueilli par le gouverneur à Hawaï, ou Géronimo, arrêté par les flics rue de Rivoli, à l’occasion de la finale 2002, avant d’être triomphalement escorté par la maréchaussée dans tout Paris.

On a connu existence plus banale et l’idée d’écrire une biographie de ce personnage hors norme s’est imposée, de même que le titre « Monsieur Biarritz bonheur », par allusion à ce vieux magasin du centre-ville où les Biarrots, il y a peu encore, pouvaient trouver tout ce qu’ils souhaitaient. Mais avant de prendre la décision de se lancer dans ce travail commun, en septembre 2014, après une campagne municipale qui avait laissé Robert sur le flanc, il a fallu dissiper un malentendu initial qui nous vaut depuis de bien beaux fous-rires…

« Ils ont de la chance d’avoir de tels animateurs ! »

Fréquentant régulièrement Biarritz depuis 1969, journaliste depuis 1973, je me suis retrouvé toute ma carrière, comme la plupart de mes confrères de la presse quotidienne, avec un nombre important de jours de repos à récupérer, consécutifs à des événements sportifs longue durée comme le Tour de France ou Roland-Garros, aux jours fériés où l’on travaille, ou à des remplacements inopinés de collègues malades. Les hasards de ce métier m’ont donc amené à venir fréquemment prendre un grand bol d’océan à Biarritz aussi bien l’hiver que l’été ou à l’occasion d’une belle affiche rugbystique. Croisant le Père Noël à la fin de l’année, un organisateur passionné de compétitions de surf au printemps ou une trépidante mascotte nommée Géronimo à l’automne, je m’étais fait cette réflexion : « Ils en ont de la chance, les Biarrots, d’avoir des animateurs de ce calibre ! ».

Remplacé par un comédien professionnel mais absolument pas égalé, Robert sur son char, nous fait regretter la magie de Noël qu’il savait célébrer comme personne.

Habitant à Biarritz depuis 2005, ce n’est que vers 2010, après plusieurs échanges avec Robert dans son établissement de « Biarritz Hollywood » que j’ai compris que la flamboyante équipe d’animateurs biarrots que je me complaisais à imaginer se résumait à la seule et unique personne de… Rabagny. Je le croyais à la tête d’une prospère société d’événementiel et j’ai découvert qu’il était simple employé municipal. Amusé, j’ai commencé à l’interroger, à comparer nos vécus des matches de rugby auxquels nous avions assisté tous les deux, lui au centre du terrain et moi en tribune, à le faire parler des Tontons Surfeurs, ou d’Halloween sans penser le moins du monde à un projet d’écriture.

En juin 2014, indigné par sa spectaculaire éviction du Biarritz olympique, je lui ai proposé d’écrire sa biographie. Robert a dans un premier temps totalement refusé, ne « voulant pas faire le moindre tort à son ami Serge Blanco et au club qu’il a toujours soutenu ». Ce n’est qu’en septembre, après avoir constaté le lâchage de son ami de jeunesse et sa sévère mise au pas au sein du personnel municipal, que Robert et Patricia ont pris la décision d’accepter ma proposition.

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À l’occasion du match BO-Lyon, Robert sera encadré tout le match par deux agents de la sécurité. (Photo Daniel Velez)

Sans se douter que quelques mois après Robert allait se retrouver en unité psychiatrique à Bayonne et que le médiocre feuilleton allait se prolonger les années suivantes : 2015, un BO indigne envoie des agents de sécurité le jour où Robert, déguisé en indien, veut venir saluer la nouvelle mascotte Koxka. 2016, la majorité municipale se prête à un lynchage sournois de son plus emblématique employé municipal.

« Monsieur Biarritz bonheur » n’est donc pas seulement l’histoire de l’homme qui a enchanté Biarritz par ses trouvailles successives, mais aussi celle des avanies qu’a subies sans se plaindre le plus Biarrot des Biarrots, que ce soit en 1991 avec Didier Borotra, ou en 2014 avec Michel Veunac, avant qu’une conjuration de médiocres ne réussisse en 2016 à le chasser définitivement de la mairie, alors qu’il n’a pas l’âge légal de la retraite.

Robert cette fois-ci, raconte tout dans ce livre et, à son image, ça déménage.

◊ « Monsieur Biarritz Bonheur », 160 pages et 60 illustrations couleurs, édité chez Atlantica, sera en vente à partir de début décembre. Prix annoncé : 18 euros.

Un grand, des petits…

 Plus de deux cents noms figurent à l’index de « Monsieur Biarritz Bonheur ». Et toutes les personnes rencontrées emploient curieusement la même expression pour qualifier Robert : « Une boîte à idées ! ». Adorant la controverse, j’ai cherché un contradicteur susceptible de mettre en doute ses talents d’organisateur… sans le trouver. Pour tous, il est un surdoué de l’animation et un meneur d’hommes exceptionnel, même si certains déplorent son côté grande gueule, trop engagée en politique.

geronimo-005Nos entretiens avec Robert et Patricia se sont étalés sur presque deux ans (septembre 2014 à juin 2016) et représentent plus de soixante-dix heures de tête à tête. Même si Robert est un véritable cauchemar pour un journaliste, car il n’a ni la mémoire des dates ni celle des noms, et oblige à des vérifications scrupuleuses, il est difficile de ne pas éprouver une vive sympathie pour l’homme. Car derrière la grande gueule se cache un écorché vif, un rebelle qui se donne les moyens de réussir ses rêves, et, plus étonnamment, un enfant qui ne ment jamais et qui ne réalise pas toujours l’importance de ce qu’il a réussi. « Robert, quand tu organisais le Biarritz Surf Festival, ça amenait du monde ? ». Un instant d’hésitation : « Je ne sais pas. Peut-être vingt mille personnes ». Vérification faite grâce au très précieux Sud Ouest, on apprend que pendant le Biarritz Surf Festival les embouteillages étaient comparables au mois d’août et que plus de cent mille personnes prenaient le chemin de Biarritz à l’occasion de cet événement. Même désarmante sincérité quand il évoque l’école, « J’ai appris une seule chose : la déconne », ou ses problèmes de santé de fin 2014 : « je me suis retrouvé chez les fous ».  Et face à cet homme exceptionnel qui manque tellement à Biarritz, comment ne pas éprouver beaucoup d’admiration pour son désintéressement et beaucoup d’indignation pour ce qu’il a subi ?

 

Encore eux !

Couv_Manzana3 (2)« Opération jambon« , tel est le nom de code de cette nouvelle aventure. L’infâme Gaiztoa, après avoir raté son trafic de drogue à grande échelle, après avoir échoué à bétonner la Côte basque, va tout faire pour gagner un maximum d’argent en écoulant un jambon chimique et grossièrement imité. Ceux qui le goûtent tombent malades et ils sont suffisamment nombreux pour qu’un début de panique ébranle le Pays basque français.

Voilà donc nos deux policiers Patxaran et Manzana à nouveau mobilisés, prêts à tout pour défendre ce joyau de la gastronomie basque. Au cours de cette enquête, qui les conduira à Biarritz, Bayonne, Anglet, mais aussi aux Aldudes, à Baigorri et à Pasaia, ils pourront compter sur l’aide décisive de Géronimo, de Pottoka, et aussi de l’ancien pilier du BO Soso Puleoto.

Ce troisième tome des aventures de Manzana et Patxaran sera en vente dès la semaine prochaine… Et les dessins sont toujours de Pierre George.

 

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Comme c’est curieux, Pasaia, avec ses drapeaux basques à toutes les fenêtres, semble beaucoup plus plaire à Patxaran qu’à Manzana…

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Non, vous ne rêvez pas : Patxaran a accepté d’enfiler le maillot rouge et blanc des anciens du BO pour jouer aux côtés de Soso Puleoto.

Un guide qui lâche la bride

Pays basque, le guide idéalMon foie, momentanément condamné à l’eau plate pour cause de convivialité basque excessive, s’est tenu les côtes de rire entre lisant la description faite par Christophe Berliocchi dans « Pays basque, le guide idéal » d’un apéritif entre voisins. « Vous êtes arrivés dans votre nouvelle maison. Pour les présentations de rigueur, il va falloir passer par la case apéro. Pour ne pas froisser votre voisin, surtout s’il s’appelle Eneko et pèse 100 kilos, acceptez un pastis. Basque, c’est-à-dire servi avec une triple dose d’anisette maison et quelques gouttes d’eau pour accompagner. Demandez des glaçons et surtout buvez-le lentement. Car, dès que le verre sera sec, votre nouvel ami vous servira un nouveau jaune jusqu’à épuisement des stocks. Inutile de refuser, car Eneko le prendrait mal. En général, trois pastis « basques » suffisent pour vous mettre en jambes ».  

Vous l’avez compris, avec ce livre rédigé par un amoureux du Pays basque qui connait comme sa poche la région, on est loin du prévisible guide-carte postale, bâclé par un stagiaire venu enquêter trois jours. L’auteur vous entraîne dans une promenade insolite avec des tests pour mesurer votre niveau d’intégration, des tableaux comparatifs entre Anglet, Bayonne, Biarritz et même des  » éléments de langage  » pour échapper au ridicule quand on se retrouve à discuter avec des  » locaux « .

Et surtout, qualité suprême de ce livre, Berliocchi, dont vous pouvez apprécier les chroniques dans Sud Ouest et dans le blog Côte basque people,  ne s’échappe pas, comme on dit au rugby, sur les sujets qui fâchent et met à l’honneur ce vieux dicton qui dit,  » Journaliste un jour, journaliste toujours ! « 

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Gros succès pour Christophe Berliocchi, le 2 août, lors d’une séance de dédicaces, librairie Darrigade à Biarritz.

Car le journalisme, c’est quoi? C’est raconter, avec brio et humour de préférence, des histoires vraies et non les histoires que l’on a imaginées. Berliocchi écrit bien et réussit la performance d’être drôle, précis et informatif, ce qui est plutôt rare dans ce genre d’ouvrage. Il livre avec générosité ses adresses favorites, mais n’a pas une seconde d’hésitation pour parler de la pollution de l’eau les lendemains d’orages, des bordels en Espagne, de la drogue ou des guerres régionales. avec des conseils iconoclastes qui ont dû faire tousser certains édiles municipaux : «  Des idées de sortie en cas de pluie : Réfugiez-vous à la Cité de l’Océan et du vide de Biarritz, il n’y a jamais personne ».

Et à l’évidence, ce « guide idéal à l’usage des estivants et même des autochtones » est à conseiller à tous les vacanciers et les fraîchement enracinés qui aspirent à autre chose qu’à la visite des musées locaux, mais aussi et surtout, compte-tenu de l’humour présent à toutes les pages, à tous les Basques capables d’autodérision…

Si, si, il parait qu’il en existe !

 

« Pays basque, le guide idéal », Christophe Berliocchi, éditions Atlantica, – 232 pages, 17 €.

À Mont-de-Marsan et nulle part ailleurs…

Punk sur la villeC’est un livre un peu improbable, du format des anciens 33 tours vinyle, que l’on aborde avec circonspection, tant la maquette semble déjantée, tant les photos se chahutent, tant les niveaux de lecture se multiplient. Un instant, le lecteur est tenté de vérifier si une épingle à nourrice n’est pas incrustée dans la page de garde ou une crête iroquoise planquée dans la quatrième de couverture. Et puis, au bout de dix lignes, il est totalement scotché ! Quoi ? Ce n’est pas une blague ? Le premier festival mondial de musique punk de l’histoire n’a pas eu lieu à Londres, à New-York ou à Paris, mais bien à Mont-de-Marsan, dans les Landes, en 1976 !

C’est l’histoire un peu folle d’une conversation entre trois copains de bistrot, épris de musique et fous de rock. Mais à la différence de bien des rêveurs, ils iront au bout de leur projet, réussissant à culbuter les réticences des Montois, qui s’attendent à voir une horde de « sauvages », prête à dévaster les arènes où se déroulent les concerts.

Alain Gardinier a vécu en août 1977 la deuxième édition du festival et il nous fait revivre magnifiquement l’esprit de ces années-là : « Les gens se sont dit : planquons nos filles, ils vont les violer. Ils avaient barricadé en 24 heures les boutiques du centre-ville, et là, il y avait un choc culturel, même un choc ethnique. C’était d’une violence induite rare (…) C’est un peu l’éternelle histoire de la minorité bondissante qui fait peur aux bourgeois et c’est tellement drôle quand tu as 20 ans ! (…) Tu as tout d’un coup ce sentiment de possession du monde, parce que tu emmerdes, et que ta musique dérange, et que ton look dérange… ça, c’est fort ! « 

Au programme des arènes de Plumaçon, The Clash, The Police, The Jam, The Damned, Little Bob Story, Eddie and the Hot Rods, Bijou, Doctor Feelgood, Shakin’ Street, Asphalt Jungle… Tous ces groupes vont se produire dans une ambiance fraternelle et bon enfant, malgré les orages, les coupures de son et les boules puantes !

Les nombreux documents qui illustrent le livre nous font revivre une époque où tout était plus simple. Les contrats entre musiciens et organisateurs se signent sur une simple feuille de carnet à spirales, sans que l’administration fiscale ne vienne demander douze exemplaires en copie, et il suffit de se taper dans la main pour tomber d’accord.

Bien entendu, la presse traditionnelle va se déchaîner contre les barbares. France Soir  et  le Parisien vont rivaliser d’imbécillité, talonnés de près par France 3 ou Antenne 2. Voilà ce que disait le présentateur de l’époque, Gérard Holtz : « Si vous avez une épingle ou un clou planté à travers la joue, si vous avez de petites croix nazies dessinées sur le front : bref vous êtes un paumé et vous êtes un punk, la traduction anglaise. »

Heureusement, quelques journalistes manifestent plus de recul et de curiosité intellectuelle. Le jeune Jacky Berroyer, 30 ans à l’époque, offre aux lecteurs de Charlie Hebdo un papier ébouriffant  qui attaque ainsi : «  Le mouvement punk va-t-il durer aussi longtemps que le hula-hoop, le sac Adidas, le chignon crêpé ou le coussin au crochet ? On ne sait pas. En tout cas, c’est pas plus con ni plus malin que la fanfare des pompiers ou les permanentes violettes des mémés endimanchées  » Si ça ne vous donne pas envie de lire la suite, c’est à désespérer de la presse !

Car le plus drôle, c’est qu’il n’y a pas eu le moindre incident pendant ces deux années qui ont mis Mont-de-Marsan en émoi.

Alors, si vous avez autour de vous, quelques nostalgiques qui regrettent depuis mai 68 que le lancer de pavé ne soit pas devenu discipline olympique, ou quelques plus jeunes qui pensent que leurs parents ont eu bien de la chance d’avoir eu vingt ans dans les années soixante-dix, n’hésitez pas une seconde. Ils vont dévorer le livre, décortiquer tous ces témoignages d’une époque où il n’y avait pas un radar tous les trois cent mètres pour nous courir sur le haricot et où l’on partait à Kaboul ou Katmandou sans même un téléphone portable pour donner des nouvelles aux parents.

 « Punk sur la ville ! », Alain Gardinier, éditions Atlantica, – 174 pages, 25 €.

I.- LES DISCUTABLES ACROBATIES DE L’ÉLU MICHEL VEUNAC

Reconnaissance de dette retouchée

29 décembre 2007, Michel Veunac emprunte sans intérêt à son « ami » Jacques Darrigrand 15 000 euros. Le souci, c’est que Jacques travaille aussi beaucoup pour la mairie de Biarritz avec Michel…

Malgré son âge, Jacques Darrigrand, l’ancien patron d’une nébuleuse de sociétés comme SAI (Société Atlantique d’Impression), Graphipole, Infocompo et Atlantica, n’a rien perdu de sa vivacité intellectuelle. Nous sommes le samedi 18 janvier 2014 et c’est la première fois que nous échangeons au téléphone. Avant d’avoir eu le temps de lui poser la moindre question, sa réponse au journaliste qui l’interroge est déjà prête :  » Je ne me souviens de rien ! « . Posément, je lui détaille alors le document reçu peu de temps avant dans ma boîte à lettres. A-t-il prêté 15 000 euros, le 29 décembre 2007, à l’adjoint au maire Michel Veunac, à l’époque chargé de la communication et du tourisme ? Ce dernier lui a-t-il signé une reconnaissance de dette ? Cette dette a-t-elle été remboursée ? Et soudain Jacques Darrigrand, qui ne nie nullement l’authenticité du document en ma possession, retrouve la mémoire : « Michel Veunac est mon ami, je ne veux pas qu’il ait d’ennuis à cause de moi ».  Grand soupir de l’ancien patron  :  » Je dois tellement à cette mairie ! Elle  a tellement fait pour aider mes sociétés… »  Le problème est parfaitement résumé.

Poursuivant les investigations, j’adresse alors une lettre recommandée le 24 janvier à Michel Veunac où je l’interroge sur cette reconnaissance de dette et sur une enquête sociologique effectuée à Bayonne. Michel Veunac décide de mettre en ligne mon écrit et ses réponses sur sa page Facebook, ce qui est parfaitement son droit. Pour ma part, j’attends la réponse à un mail adressé le 23 janvier à Didier Borotra où je lui demande à  » combien se sont élevés annuellement les différents contrats passés entre la mairie de Biarritz et Monsieur Jacques Darrigrand depuis 2008 jusqu’à la liquidation de ses sociétés? » Le maire de Biarritz, qui est très pris par la préparation du Conseil municipal du 30 janvier, me répond ce même jour sur les marchés concernant Biarritz Magazine. Il promet de me donner les chiffres concernant les autres appels d’offre obtenus par Monsieur Darrigrand. Je les attend toujours. En attendant de publier l’enquête que vous lisez actuellement, je m’amuse des cris d’orfraie de l’élu Michel Veunac, tenant de rameuter ses troupes en parlant d’une « inquisition », alors que tout ce que je fais ne relève que d’un travail tout à fait classique de journaliste. L’actuel deuxième adjoint de la ville de Biarritz peut bien dire ce qu’il veut et crier au complot, cette reconnaissance de dette signée à Jacques Darrigrand pose bel et bien quelques questions déontologiques.

Réponse de Borotra en jpg_page_003

Extrait de la réponse de neuf pages de Didier Botora. Ce contrat de 137 150€, qui est passé par la voie classique d’un appel d’offres n’est qu’un des nombreux contrats que Jacques Darrigrand avait avec la mairie de Biarritz.

  » La Ville a des centaines de fournisseurs »  affirme Michel Veunac. Jacques Darrigrand n’était pas un fournisseur tout à fait comme les autres puisque c’était avant tout Michel Veunac qui le faisait travailler. La confection de Biarritz Magazine  représentait un contrat pour cinq années de 137 500 euros et dépendait d’un appel d’offres. Mais il y avait aussi, à l’époque où Michel Veunac était responsable du tourisme, toutes les publications liées à ce secteur, il y avait les livres à la gloire de Biarritz achetés par la mairie et publiés par Atlantica et tous les documents importants conçus par le service communication. À chaque fois l’interlocuteur de Jacques Darrigrand était … Michel Veunac, qui était libre de décider seul à qui il confiait le marché, puisqu’il était en dessous du seuil légal. Allez ensuite refuser à votre « ami », quand vous êtes imprimeur et que cet ami fait copieusement manger vos entreprises, un prêt ponctuel lorsqu’on vous sollicite… Pour toutes ces raisons, et pour d’évidentes questions de déontologie publique, jamais le deuxième adjoint n’aurait dû emprunter de l’argent à quelqu’un avec qui il travaillait autant.

 « J’ai remboursé intégralement ma dette ». Jacques Darrigrand et Michel Veunac l’affirment, cette dette a été effacée. Les numéros de chèque publiés par l’élu semblent le prouver. On peut juste se demander pourquoi, dans ce cas-là, cette reconnaissance de dette n’a pas été déchirée (… et qui en veut à ce point à Michel Veunac pour m’adresser ce document ! ), et pourquoi elle ne mentionne que le remboursement du 8 janvier 2008. Mon malicieux confrère Philippe Etcheverry, qui avait déjà détecté sur les soviétiques photos de campagne de Michel Veunac quelques grosses têtes, visiblement absentes, et maladroitement rajoutées grâce à Photoshop, a remarqué que certaines des dates annoncées correspondent à … un dimanche. Un haut-cadre de la BNP me confirme que la banque ne crédite jamais un chèque le dimanche. On va donc estimer que les dates que nous communiquent l’élu correspondent à la date où il a rédigé son chèque et ne pas aller plus loin.

 « N’étant pas membre de la Commission d’Appel d’Offres… » Voilà un problème intéressant soulevé! Effectivement, c’est le premier adjoint Max Brisson qui présidait cette Commission. Et l’on sait que les deux adjoints n’ont pas une estime démesurée l’un pour l’autre. Max Brisson se montre très précis : « La commission d’appel d’offres a confié le marché de Biarritz Magazine à Jacques Darrigrand. Mais, comme cela se passe dans toutes les mairies, ce nom nous avait été proposé par le responsable de la communication Michel Veunac. » Le Premier adjoint est catégorique : « Ni moi, ni les autres membres de la Commission, ne connaissions ce lien privilégié entre Michel Veunac et Jacques Darrigrand… et, bien évidemment, encore moins la reconnaissance de dette signée en 2007. Si nous avions eu en notre possession ces informations, notre analyse aurait sans doute été différente. »  Qu’en termes élégants, ces choses là sont dites! Au passage, Max Brisson rajoute une information intéressante :  » Le dossier Biarritz Magazine relevait de la Commission d’Appel d’Offres. Tous les autres marchés (publications, documents du service de communication) comme ils étaient inférieurs au seuil fixé par la loi, relevaient de la seule décision de Michel Veunac ».

On ne saurait être plus clair.

« J’ai fait un emprunt bancaire à hauteur du remboursement des frais de campagne… »  Nous voilà rassurés! Cette fois, à l’occasion des élections municipales de 2014, Michel Veunac s’est souvenu qu’il existait quelques banques à Biarritz et a décidé de faire appel à elles. La grande question est de comprendre pourquoi, en décembre 2007, à quelques mois des élections municipales de 2008, il a préféré taper un « ami », accessoirement fournisseur attitré de la Ville et de son service, plutôt que de passer tout simplement par une banque qui lui aurait sans problème consenti un prêt, dissipant ainsi toute équivoque.

 Michel Veunac peut donc rager et tempêter autant qu’il veut sur sa page Facebook, encourager ses soutiens à m’insulter et à douter de mes compétences journalistiques, ce document devait être porté à la connaissance des lecteurs de Bisque, bisque, basque! En signant ce papier à Jacques Darrigrand, Michel Veunac n’a rien fait d’illégal, mais au niveau de la morale publique, au niveau de cette dangereuse porosité entre vie publique et vie privée que l’on retrouve dans toutes les affaires politiques, il y a vraiment à dire. Pour manifester de telles qualités de contorsionniste, Michel Veunac a visiblement dû passer par Le Cirque du soleil. Le volet bayonnais de l’enquête, où l’élu de la communauté d’agglomération et le sociologue mélangent allégrement les genres, confirmera ce don exceptionnel de trapéziste de haut vol.

Aux électeurs biarrots, désormais, de savoir s’ils veulent comme maire un élu aussi désinvolte.

 À suivre :  Un « souciologue » à Bayonne