Triste comme Biarritz une veille de derby

Une affiche sinistre, une ville peu décorée, et Géronimo qui demeure irremplaçable dans le cœur des Biarrots.

Il faut se pincer pour y croire, tellement cette affiche, collée dans quelques vitrines, est à l’opposé de tout ce que représente le derby, ce rendez-vous joyeux et excessif tant attendu par les deux cités voisines. Et l’on espère pour le BO, fort mal en point financièrement, que le dessinateur de service qui a commis ce délit affiché, n’a pas eu le culot de se faire rembourser des frais d’aspirine au nom de son pauvre petit cerveau malmené par tant de créativité. Mais où est l’époque où Biarritz se couvrait de rouge et blanc à chaque derby et chaque match d’importance ?

Voilà où nous a conduit la chasse aux sorcière menée par Veunac et ses sbires à l’encontre de Robert Rabagny, alias Géronimo, l’employé municipal viré de ses fonctions au moment des municipales, pour avoir osé manifester une préférence politique pour Brisson.

Au lieu de se dire qu’un talent comme le sien pour enflammer la ville n’avait pas d’équivalent ni à Biarritz ni dans aucune place-forte du rugby, on a payé fort cher des comédiens de troisième zone pour imiter fort mal ce que Robert faisait fort bien et gratuitement.

 À la fin de l’année, c’est un Père Noël avachi sur sa chaise qui s’efforce de faire oublier celui qui, avec son char magnifique, allumait le feu dans les yeux des enfants. Pour Halloween, la Ville s’est contentée de lui piquer ses idées et l’emplacement dont il avait toujours rêvé, le Jardin public. Pour le rugby, on a choisi une niaiserie sur pattes, un Koxka bête et boutonneux à souhait, à la place de la pile électrique qui galvanisait le public comme personne.

Veunac est décidément très fort : depuis 2014, il a réussi à casser à peu près tout ce qui marchait et s’est avéré totalement incapable de réparer ce qui ne fonctionnait pas… Libérez Rabagny !

Faut pas chatouiller le Bayonnais…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (7)

Salut Manzana,

La révolte bayonnaise en début de seconde mi-temps. L’Aviron chahute la mêlée charentaise et s’empare du ballon. Angoulême ne le reverra plus jusqu’à la fin du match.

Tu savais, toi, que les Charentais peuvent se montrer suffisants comme des Parisiens ou des Bordelais ? Moi pas ! Et je peux te dire que je suis sorti sacrément fier de nos couleurs, vendredi soir, après ce que les Angoumoisins ont osé nous faire. Voilà une équipe dont la réputation ne va pas au-delà de Confolens ou de Ruffec, une équipe qui devrait rentrer dans sa coquille d’escargot dès qu’elle franchit la Garonne et qui se permet de venir nous narguer sur nos terres. Et comment qu’on les a fessés…  Mais il faut que je te raconte dans l’ordre pour que tu t’y retrouves.

Jamais vu depuis le début de la saison une première mi-temps aussi insipide que celle qui a opposé notre cher Aviron à Soyaux-Angoulême. Et je laisse tomber le ballon et je repique à l’intérieur quand on est en surnombre, et je rate mes coups de pied.  À croire que les deux équipes se sont donné le mot pour ne pas filer de complexes aux joueurs de quatrième série.

À la 35e minute, alors que les nôtres mènent 14 à 9 grâce à un essai de Tisseron réussissant à se faufiler dans un trou de souris dès l’entame du match, et que l’ennui est palpable sur Jean-Dauger, je glisse un commentaire désabusé à Pantxika. Pas de réponse ! Je me tourne et qu’est-ce que je vois ? Elle dort à poings fermés. Et elle n’est pas la seule dans la travée. J’en compte six autres qui font de même, trois qui sucent leur pouce et quatre qui tournent le dos au match pour mieux pouvoir discuter avec leurs voisins. À la mi-temps, la bière est tiède et il souffle comme un vent de désespérance sur les buvettes. Fébrile, hésitant, l’Aviron semble bien parti pour perdre une fois de plus un match facile.

L’entame de deuxième mi-temps confirme toutes les craintes des supporters. Soyaux-Angoulême, ragaillardi, mène les débats et Pottoka a la queue basse des mauvais jours. Ric le métronome charentais enquille une quatrième pénalité et ramène son équipe à deux points de l’Aviron. Sur le renvoi, l’Aviron perd le ballon et les Charentais pilonnent l’en-but des nôtres.

Et c’est alors que se produit incontestablement, à la 50e minute, le tournant du match et peut-être même, souviens-toi de ce que je te dis Manzana, de la saison. Mêlée aux 22 mètres, introduction Angoulême. Le pack bayonnais est à l’agonie et s’écroule. J’ai tendance à trouver les arbitres anti-bayonnais primaires, mais sur ce coup personne ne peut contester la pénalité. Et tu sais ce que nous font ces suffisants petits coqs charentais ? Au lieu de jouer une pénaltouche, ils nous humilient en réclamant une nouvelle mêlée. L’affrontement se passe juste devant nous et j’ai le temps de voir passer une lueur de folie meurtrière dans le regard d’Iguiniz. Un pilier digne de ce nom ne peut accepter une telle humiliation sur ses terres. Introduction Angoulême, mais la mêlée ciel et blanc va faire le forcing et pourrir la sortie de balle. Agréablement surpris par cette révolte, les trois-quarts à leur tour décident de se retrousser les manches. Il n’y a plus qu’une équipe sur le terrain. Saubusse à la 51e, Robinson à la 54e, Laveau à la 64e aplatissent en terre promise, avant que l’arbitre ne sanctionne les manquements charentais d’un essai de pénalité à la 69e minute. 41-12 au final et une soirée inoubliable. Crois-moi que Pantxika n’avait plus envie de dormir en deuxième mi-temps et que la fête a été belle.

Mais il faut que je te parle aussi de ce Grenoble-Biarritz que j’ai regardé à la sauvette en tirant les rideaux et sans mettre le son pour pas que mes voisins bayonnais ne m’accusent de traîtrise. J’ai quelque peine à le reconnaître, mais franchement le BO progresse de match en match et devient une équipe solide. Au passage, j’ai pu vérifier une fois de plus, combien le Biarrot peut être fourbe. Des talonneurs, j’en ai croisé dans ma carrière, des petits, des gros, des teigneux, mais votre numéro 2, ce Peyresblanques qui talonne avec le genou, ça je n’avais jamais vu. Il a conscience qu’il est en train de tuer le métier ? Si à cause d’un zozo comme celui-là, on nous appelle désormais les genouilleurs au lieu des talonneurs, c’est décidé, j’arrête le rugby !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Des vendanges sans Vino…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (5)

Petite soirée tranquille pour les Grenoblois qui ont laissé les Bayonnais vendanger toutes les occasions à leur portée.

 Salut Manzana,

Triste week-end, en vérité pour le rugby basque, même si vous avez fait mieux que nous en limitant la casse à Vannes et en ramenant un point de bonus. Tu es au courant, j’imagine, de la catastrophe que l’on a vécue à domicile, jeudi soir, face à Grenoble. Quand on est arrivé avec Pantxika en tribune Afflelou, rang F places 102 et 103, où nous retrouvons depuis des années de vieux amis abonnés, on a tout de suite compris en voyant les travées vides que la soirée allait être difficile. Et c’est là que le premier incident a éclaté avec mon épouse. On avait vaguement parlé de la grève du Vino griego souhaitée par l’association Les Gars de l’Aviron, mais sans arrêter de position.

Pour moi, une soirée à Jean-Dauger sans entonner notre hymne favori, c’est un peu comme si je ne buvais que de l’eau minérale Ogeu pendant les fêtes de Bayonne. Aussi, quand les premières notes ont retenti, je me suis levé comme d’habitude, tout en remarquant que nous n’étions guère nombreux à le faire. J’ai tendance à penser qu’il faut soutenir notre équipe quand elle est en difficulté, au lieu de lui rajouter une pression supplémentaire. Et soudain, alors que je chantais « Allez, Allez les Bleus et Blancs de l’Aviron Bayonnais… », Pantxika a dévalé les marches jusqu’à la main courante, a tourné le dos au terrain et m’a fusillé du regard. Tu sais que je n’ai pas peur de grand-chose et que, quand je jouais, j’avais plutôt la réputation de ne pas être avare en pêches, marrons, mornifles et autres caresses de rugbymen, mais, franchement, quand Pantxika fait son œil noir façon All Black, je ne connais personne qui puisse faire front.

Il faut croire que cette colère a aussi terrorisé les joueurs car dès le coup d’envoi, les locaux faisaient assaut d’amabilité pour laisser passer le petit lutin grenoblois Gervais Cordin qui s’empressait d’aplatir. Ajoutez à cela une transformation réussie et une pénalité et il y avait déjà 10 à 0, à la sixième minute, quand Pantxika et les autres grévistes du Vino griego, ont décidé de regagner leurs places en tribunes.

Mais décidément, c’était la soirée des vendanges pour les Bayonnais, au vu des occasions ratées à chaque fois que l’en-but était en vue.

Comme si la hotte n’était déjà pas suffisamment remplie, le demi de mêlée isérois Lilian Saseras trouvait le moyen d’aplatir à nouveau. 20 à 0 au bout de vingt minutes de jeu et un silence de mort sur le stade.

C’est le moment qu’a choisi Pantxika pour dégoupiller complètement. Furieuse, elle s’est levée en hurlant : « Ce n’est déjà pas très marrant de vivre avec un policier (Merci pour lui !), alors je ne suis pas là pour souffrir et me faire mal. Je me casse ! » Et avant que je n’aie pu esquisser le moindre geste, elle était partie. Sur le terrain, à voir les mines défaites des vendangeurs en bleu et blanc et la façon de mettre des coups de sécateur à côté des cibles, on sent qu’ils sont un certain nombre à avoir eux aussi envie d’être ailleurs.

Heureusement Van Lill réussit son quatrième essai de la saison avant que l’arbitre n’accorde un essai de pénalité aux Bayonnais, juste avant la mi-temps. 14 à 20, c’est déjà un peu plus présentable, ce qui n’empêche pas les supporters d’être désespérés par le spectacle offert.

Le coup de gueule de Berbizier dans les vestiaires a été si fort que les spectateurs de la tribune officielle ont cru un instant à une réplique du tremblement de terre au Mexique. À la reprise, les Bayonnais semblent enfin capables de jouer en équipe et de récolter. Tisseron traverse la moitié du terrain avant d’aplatir et donne enfin l’avantage à nos couleurs : 21 à 20 !

Mais il est dit que notre équipe nous fera mourir de peur, avec son incapacité à tuer le match. Les vendanges continuent, de passes en avant à dégagements ratés et ballons tombés, et le suspense est tel que les services de sécurité dénombreront à la fin du match trois crises cardiaques et la naissance de deux prématurés. Ce n’est pourtant pas faute au public, décidément pas rancunier, d’avoir poussé avec son équipe.

Pendant ce temps, les Grenoblois, tranquilles dans leurs chaises longues, laissent passer l’orage avant que David Mélé n’enquille les deux pénalités de la gagne à la 66e et 74e. Sacrée piquette pour nos couleurs. Et des semaines pas très joyeuses en perspective.

Avec un déplacement difficile à Aurillac, le 6 octobre, il y a peu de chances que la sérénité revienne. Et ensuite, le 14 octobre, le match de l’année contre vous les Biarrots. Comme toi, Manzana, j’en ai vécu un certain nombre de derbys, mais celui-là, va être le match de la mort. Si Bayonne perd encore à domicile, j’en connais qui peuvent préparer leurs valises.

Quant à moi, ce que je vais te raconter ne va pas te convaincre des « joies » du mariage. Inquiet de ne pas voir Pantxika revenir, je ne me suis pas attardé à la buvette avec les copains. En arrivant au parking où était stationné notre véhicule, une sacrée surprise m’attendait. Plus de voiture ! Heureusement que je ne suis pas allé me plaindre au commissariat pour vol et que je me suis souvenu que Pantxika avait un double des clés. Et devine qui est rentré à pied jusqu’à sa maison d’Ustaritz ? Et crois-moi, j’avais pas très envie d’entonner le Vino griego !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Nevers, ça ne me botte pas…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (4)

Salut Patxaran,

 Décidément, il n’y a que vous les Bayonnais pour faire ainsi du social et tendre la main aux petites équipes en plein doute. Contrairement à toi quand tu épies en douce le BO, je ne me cache pas pour regarder à la télé les matches de l’Aviron et ne crains pas de voir arriver un voisin armé d’une pétoire. Comme je n’étais pas de service, jeudi soir, je me suis donc tranquillement installé dans le canapé pour voir comment vous alliez aplatir comme des crêpes ces Bretons qui ne manient le ballon ovale que depuis l’élection de Macron, ou peu s’en faut.

C’est à cause du froid ou pour ne pas entendre Berbizier, qu’Etcheto avait mis son bonnet?

Et là, surprise, vous aviez visiblement décidé de faire soirée portes ouvertes et on lâche les Vannes. Ce n’était plus du biniou mais de la bombarde que vous ont joué les rugbymen vannetais, qui ont tout de même eu la délicatesse de ne pas trop vous vanner. C’est sympa de s’efforcer de mettre en confiance les petites équipes en les laissant gagner 38-22 et en leur offrant quatre essais. Mais après tout, comme le match avait lieu au nord de la Loire, peut-être avez-vous cru qu’il comptait pour du beurre salé. Encore de la tension en perspective pour vous jeudi prochain face à Grenoble !

Mais, malgré mon goût certain pour la moquerie que tu connais, je ne ferai pas trop le faraud. Aller s’enorgueillir d’une laborieuse victoire contre Nevers, quand il y a peu encore, le BO fracassait à Aguilera aussi bien le Stade Français que le Stade Toulousain, demande beaucoup d’imagination. Et bientôt des victoires contre Ahetze ou Ustaritz ?

Alors pour te divertir, il faut que je te raconte le nouvel exploit de maman. Elle m’avait demandé de prendre deux places pour le match, mais depuis deux jours, elle maugréait. « Une dame de ma qualité… Il va voir ce qu’il va voir le latin lover ! ». Sans me vanter, tu connais mes dons d’enquêteur. J’ai donc très vite compris qu’elle reprochait à Gonzalo Quesada qui l’avait tant troublée lors du match du BO contre Béziers, de ne pas lui avoir fait signe ou téléphoné. Alors pour se venger du malotru tout juste bon à entraîner une équipe de rugby, maman a décidé une heure avant le coup d’envoi de ne pas venir au stade et de le punir par son absence. J’ai fait semblant d’insister, mais finalement je suis parti seul au stade, pas mécontent de la situation et me félicitant des amours malheureuses de maman.

Certes, nous avons gagné 32 à 20, mais il n’y a vraiment pas de quoi plastronner et il faut une imagination aussi débordante que celle de Nicolas Brusque pour voir dans le BO actuel une future terreur du Top 14. Surtout ne crois pas que j’éprouve un quelconque mépris pour ces Nivernais appliqués qui ont fait ce qu’ils avaient à faire avec leurs maigres moyens, mais quel ennui !  Et deux essais partout au final. Heureusement que Pierre Bernard avait acquis le secret de la botte de Nevers et a mis pratiquement tout ce qu’il voulait entre les poteaux avec 4 pénalités, un drop et deux transformations.

Pourtant, malgré ces deux tristes matches, le rugby reste passionnant. Dans « L’Équipe » du 13 septembre, Fabien Galthié explique de manière limpide tout l’écart qui sépare la France des grandes nations du rugby. On continue à recruter des joueurs en les faisant monter sur la balance sans se préoccuper de leur vitesse et de leurs qualités athlétiques. Je cite, au cas où tu n’aurais pas lu : « Ce qui me frappe, c’est que le Top 14 est le championnat professionnel le plus lent. ça se joue à 54 mètres par minute. Qu’est-ce que ça veut dire ? À partir du moment où le ballon est en jeu, c’est la distance parcourue en moyenne par les quinze joueurs de l’équipe. Le Pro12 c’est 80. Dès que tu vas en Super rugby, tu es à 90. Au niveau international, tu es encore au-dessus. On est 33% plus lent que le plus lent des championnats » Et après des calculs aussi savants, qui osera encore dire qu’il n’y a que les cons qui s’intéressent au rugby ? Même si à Vannes, vous deviez être plus près des dix mètres minute que des standards internationaux…

… Allez, Patxaran, ne t’étrangle pas de colère et donne -moi vite des nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

C’était Willie Du Plaisir

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (3)

Salut Manzana,

Ils me font marrer à la télé à parler en boucle des ouragans Irma et José. Celui qui n’a pas entendu Pantxika, mon épouse, chanter le Vino griego ne peut avoir une idée de ce qu’est une tornade de force 5 ! Et en plus elle n’était pas très satisfaite d’elle, estimant « manquer d’entraînement », et m’a glissé à l’oreille, alors que nos chers Bleus et Blancs rentraient sur le terrain de Jean-Dauger pour affronter Dax qu’elle allait devoir répéter à la maison. Mais c’est qu’elle va nous tuer nos petits derniers ! Quant à moi, je suis prêt à écrire à Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur et me porter volontaire pour n’importe quelle mission plutôt que de devoir endurer cela.

En fait, on fait les malins maintenant que notre cher Aviron l’a aisément emporté sur Dax (51 à 15), mais on n’était pas très rassurés en arrivant à Jean-Dauger. Je suppose que tu as lu comme moi, dans le Sud Ouest du 8 septembre, l’interview de Berbizier, toujours gai comme un croque-mort, intitulé : « La fin des illusions ». C’était prévisible, mais on sent qu’il y a comme de la friture sur la ligne avec Vincent Etcheto. Et notre Berbize démarre comme au temps de sa folle jeunesse quand on évoque son adjoint « Tout le monde a des responsabilités, staff et joueurs. Il faut bien les déterminer à condition qu’on voie tous la même chose. » Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j’imagine qu’il a dû y avoir cette semaine entre les deux un débat technique de la plus haute importance, Berbizier préconisant de poursuivre pour les joueurs le régime carottes râpées, eau minérale Ogeu et footing à trois heures du matin et Etcheto militant pour un dégagement Irouleguy, ventrèche, gâteau basque d’une nuit entière pour que l’équipe se retrouve.

Quant au soufflon passé à Bustos-Moyano pour ses chaussettes en flanelle face aux poteaux à Colomiers, il a été efficace puisqu’au bout d’un quart d’heure de jeu, l’arrière argentin avait déjà enquillé trois pénalités entre les perches. 9 à 0 et la tribune Afflelou qui soupire d’aise.

Et c’est alors que la cabane a failli tomber sur le pottok !

Bureitakiyaca, l’ailier fidjien de Dax délivre un petit coup de pied par-dessus Bustos Moyano. et percute sans ballon notre danseur de tango favori. Ce dernier a beau assurer à l’arbitre qu’il n’a pas touché son adversaire qui est tombé en marchant sur son lacet, c’est carton jaune pour le capitaine de l’Aviron, obligé d’aller lire les « Prolégomènes à la maîtrise de soi » sur le banc de touche.

Le Landais est fourbe, tu le sais comme moi. Non content d’inscrire trois points sur la pénalité qui s’ensuit, les Dacquois profitent lâchement de l’absence de notre arrière pour marquer un essai par le même Bureitakiyaca, qui nous a bien cassé les burettes celui-là, et mener 10 à 9.

En tant qu’ancien talonneur j’ai plus de goût pour les combats de devant que pour les entrechats des danseuses de l’arrière, mais l’honnêteté m’oblige à reconnaître que c’est l’ouvreur Du Plessis qui a sauvé la boutique bayonnaise. Permettant à son équipe de respirer avec ses longs coups de pied ( La NASA ferait bien de se méfier, il va finir par décaniller un de ses satellites), Willie va ajuster un drop plein d’intelligence pour permettre à l’Aviron de reprendre l’avantage au score avant d’alterner le jeu à merveille, même si Dax dans un ultime sursaut réussira à marquer un deuxième essai par Chiappesoni à la 25e minute. Ensuite, ce sera du rugby comme je l’aime avec plus qu’une seule équipe sur le terrain, la nôtre, qui va infliger cinq essais aux croqueurs de maïs, dont l’ultime à la 80e minute par Oulai, un beau bébé sénégalais qui a l’habitude de tout renverser sur son passage.

Victoire avec le bonus offensif donc et acclamations de la foule quand le speaker de Jean-Dauger a annoncé la victoire de Soyaux-Angoulême face au BO. Franchement, se faire battre par des cagouillards, vous n’avez pas de quoi être fiers les Biarrots pour une équipe qui affirme viser le top 14. Et si tu as regardé le classement, l’ami Manzana, qui est devant vous désormais ? Oh, je sens que je t’agace !

À Bayonne, tout le monde était tellement heureux de cette belle victoire qu’on s’est éternisés à la buvette où Laporte en a pris pour son grade. Je ne sais pas si tu as lu l’enquête d’ Antton Rouget de Mediapart, mais question pognon et affairisme, notre nouveau président pourrait presque donner des leçons à Fillon. Ce rugby-là me désespère.

(https://www.mediapart.fr/journal/france/070917/les-dossiers-noirs-de-l-argentier-du-rugby-et-de-bernard-laporte)

Heureusement, il y a toujours Pantxika pour me ramener au vrai rugby. Vers 2 heures du matin, elle me dit soudain : « Tu ne crois pas que deux ou trois jours de coupure en fin de semaine nous feraient du bien ? Si on allait en Bretagne ? Maman pourrait garder les enfants ! » Un peu surpris, je lui rappelle qu’elle m’a toujours dit que le Nord de la Loire n’existait même pas pour elle. Avant de me souvenir que notre cher Aviron s’en va jouer à Vannes, jeudi soir.

C’est promis, je te raconterai. Et il va falloir qu’ils soufflent sérieusement dans le biniou, les Bretons, pour arriver à se faire entendre quand Pantxika chantera notre hymne !

 

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Sueur sur la ville

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (1)

Salut Manzana,

Depuis que Gaiztoa, notre méchant qui voulait criminaliser la Côte basque a disparu de la circulation *, on a peu l’occasion de se croiser et tu te doutes bien que je ne tiens pas à être vu à Biarritz en dehors des heures de service (À Bayonne, on dit que notre prime de risque dans la police est liée au fait de devoir traverser de temps en temps votre ville !). Mais comme tu aimes le rugby, j’ai pensé que ce serait sympa de s’envoyer un petit mot pendant la saison, histoire d’échanger quelques moqueries et autres raffuts bien sentis.

Avec la victoire de l’Aviron sur Béziers (27-23), ce sont les habitants du petit-Bayonne qui sont soulagés. Tu connais Berbizier, le nouvel entraîneur. Il s’était empressé de dire dans Sud Ouest qu’il avait changé. Tu parles ! Après la victoire en match amical contre le Racing, voulant se montrer grand seigneur, il avait annoncé aux joueurs qu’il leur autoriserait UNE bière s’ils gagnaient tous leurs matches jusqu’à Noël… La gueule des joueurs du cru ! Et pourquoi pas un radis en guise de repas ?

Tu as sans doute suivi le pitoyable déplacement à Perpignan où on a pris 66 grains. Le Berbizier, il hurlait tellement dans le vestiaire que les Catalans qui n’étaient pas au match se sont réveillés en sursaut, croyant avoir au-dessus de leur tête la patrouille de France franchissant le mur du son. Et au retour, il était tellement en colère que l’Aviron a dû l’expédier d’urgence le lendemain matin chez un stomatologue pour lui desserrer les mâchoires.

Évidemment, sa vengeance a été terrible. Toute la semaine, les malheureux habitants du Petit-Bayonne ont été réveillés à quatre heures du matin par le bruit des crampons métalliques des joueurs martelant le pavé à l’occasion de footings endiablés. Envisager de transformer Iguinitz en lévrier, il faut s’appeler Berbizier pour cela !

C’est donc pas très rassuré que je me suis rendu à Jean-Dauger, hier soir, en compagnie de mon épouse. Pantxika adore les hommes plus larges que hauts et presque aussi beaux que moi. Mais je suis toujours un peu inquiet quand elle est là, car elle se met dans un tel état lorsque l’Aviron l’emporte que je crains toujours qu’elle ne me fasse un orgasme en pleine tribune.

Aucune inquiétude à ce sujet, hier au soir, car mon épouse, comme toute la tribune Afflelou était à peu près aussi joyeuse qu’une nonne de Domezain un jour de carême. 13 à 3 pour Béziers à la mi-temps et une défense tellement calamiteuse que ma grand-mère, si elle avait joué au centre, aurait fait mieux. Pottoka avait beau s’escrimer pour que le public applaudisse, le cauchemar de la saison dernière était encore présent dans tous les esprits. Heureusement, face à une équipe sans grand génie, la câlinothérapie vocale façon Berbize pratiquée dans les vestiaires allait porter ses fruits et deux essais de Van Lill et Oulai, plus quelques claques distribuées aux Biterrois en fin de partie, histoire de leur apprendre à vivre, allaient permettre aux Bayonnais de l’emporter de quatre points.

À un poil de pottok près, on rentrait encore une fois à la maison la queue basse !

Et comme nous avons quelques aventures en commun derrière nous*, l’ami Manzana, je vais t’avouer un secret. Je t’ai déjà raconté que mon arrière-grand-père écoutait Radio Londres pendant la guerre dans le saloir à jambons. Jeudi soir, en tirant les rideaux pour ne pas être vus et surtout en coupant le son pour ne pas être entendu des voisins, j’ai regardé à la télé Carcassonne-Biarritz où vous avez perdu 16 à 3. Je ne voudrais pas être moqueur, mais votre président, Nicolas Brusque, je crois bien que vous devriez vous cotiser pour lui offrir des cours de communication. Sous prétexte que Biarritz a battu 24-15 Mont-de-Marsan lors de la première journée, le voilà en train de pérorer dans Sud Ouest (18/8) en annonçant que son club a l’étoffe pour remonter en Top 14. Et le pauvre de s’embarquer dans une explication confuse pour justifier l’éviction de Darricarrère, l’ancien entraîneur, et le choix de Gonzalo Quesada qu’il a fallu courtiser pendant des mois. Fallait voir sa tête pendant la deuxième mi-temps à Carcassonne, où le BO, malgré le vent, n’a pas réussi à marquer un point à une équipe étrillée par Massy… On aurait dit Arletty : « Top 14 ? Top 14 ? Est-ce que j’ai une gueule de Top 14 ? »

Mais on va en savoir un peu plus la semaine prochaine puisque ça va être votre tour de vous payer les Biterrois, tandis qu’on se prépare à un dimanche chagrin avec le déplacement à Colomiers.

J’espère que tu me raconteras.

Patxaran

 

* Lire « Les aventures de Manzana et Patxaran », tomes 1, 2 et 3, éditions Atlantica, de Pierre George et Jean-Yves Viollier

Géronimo déjà au taquet pour le derby

Exclusif : Les Bayonnais ont dû payer une très forte rançon pour obtenir la libération de Robert Rabagny…

Pour l’ouverture des fêtes de Bayonne et la foulée du festayre, Géronimo a tenu à être présent.

L’affaire remonte à quelques mois, mais par discrétion Bisque, Bisque, Basque ! a préféré ne pas la raconter tout de suite tant les négociations se sont avérées délicates. Début juin, un groupe de supporters de l’Aviron Bayonnais se retrouve chez Ramina, à l’heure entre chien et pottok, où les verres se remplissent par magie et font la course avec les idées. « Quel dommage tout de même que Géronimo ne soit plus là pour animer en octobre le prochain derby avec Pottoka ! » Et c’est alors qu’un polyglotte, spécialiste de l’import-export et habitué à avoir toujours son passeport sur lui pour pouvoir aller et venir entre Biarritz et Bayonne, décide de faire le faraud : « Je connais ses ravisseurs. Je peux peut-être tenter d’intervenir ».

Deux jours plus tard l’homme revient, aussi solennel qu’un ambassadeur français rentrant de Tchéchénie : « Ils sont prêts à le libérer pour bonne conduite, mais ils demandent une rançon considérable » Les convives s’approchent mais ne peuvent retenir un « Oh ! » de surprise en entendant les exigences biarrotes : « Le poids de Serge Blanco en jambons de Bayonne en échange de Géronimo »

C’est pour cette raison que vous avez sans doute aperçu ces jours derniers dans les rues du petit-Bayonne des quêteurs en maillot bleu en blanc avec cette pancarte « Un euro pour Géronimo ».

Pour une noble cause comme le rugby, le Bayonnais sait être généreux, mais l’entreprise s’avéra impossible. On voit plus souvent dans sa vie une passe croisée d’Iguiniz au stade Jean Dauger que la somme nécessaire pour acheter en authentiques jambons de Bayonne l’équivalent du poids de Blanco.

L’émissaire secret qui faisait les allées et venues entre Bayonne et Biarritz dut aller confesser son échec. Dans un geste de surprenante mansuétude, les ravisseurs, sans doute lassés par le babil matin, midi et soir de l’animateur biarrot, acceptèrent que la rançon se limite au poids de Nicolas Brusque, ce qui était déjà nettement plus réalisable.

L’échange jambons contre mascotte eut lieu dans la nuit du 14 au 15 juillet dans la ville neutre d’Anglet, non loin du restaurant Le rayon vert.

Restait un problème de taille à surmonter : malmené par de longs mois de détention où on lui passait en boucle le Vino griego en l’accusant de trahison, Robert Rabagny ne se rappelait plus qui était Géronimo et affirmait être le père de Koxka.

Le psychiatre Puleoto en renfort

Heureusement, existe à Biarritz un psychiatre remarquable qui, par discrétion, se prétend restaurateur. Robert s’est donc allongé sur le divan d’une des petites salles annexes du Txik Txak et Soso Puleoto, le propriétaire de l’établissement, pour lui remettre les idées en place, procéda comme Obélix avec le barde Assurancetourix.

Miracle, au bout de trois coups sur la tête, Rabagny se souvenait de tout, de ses courses au milieu de la pelouse, des boucliers de Brennus brandis devant la foule, du camion de Géronimo qui annonçait la fête à venir.

Malgré tout l’indien restait envahi par quelques scrupules, heureusement vite dissipés par le très psychologue Puleoto.

Soso, le BO a une autre mascotte. Est-ce utile que je redevienne Géronimo ?

– On est en république Robert et chacun a le droit de faire ce qu’il veut. Si tu es heureux en indien, continue !

– Soso, je suis tout de même inquiet. À la mairie, comment vont-ils le prendre ?

– Mais, Robert, ils t’ont déjà viré honteusement. Que veux-tu qu’ils te fassent de plus ?

– Et le BO, tu crois qu’il va apprécier le retour de l’indien ?

– Ils se sont débarrassés de toi, Robert, donc, tu ne crains rien…

Jérôme Thion, qui prépare un Iron man, a participé à la course.

Totalement ragaillardi, Robert a retrouvé sa coiffe d’indien et est bien décidé à ne plus lui laisser prendre la poussière, comme il l’a confié à Sud Ouest (25/7).

Un homme qui est capable de vous annoncer qu’il a repeint dans la nuit le pont Grenet en rouge et blanc, qui crie aux participants de la foulée du festayre « Bienvenue à Biarritz ! »  et qui trouve le moyen de se faire applaudir par les Bayonnais, n’est pas un homme ordinaire. Robert a annoncé que cinq jours avant le derby d’octobre qui se déroulera à Bayonne, il sortira le camion et ira mettre le feu à toute la Côte Basque. C’est avec impatience que l’on attend que la fête commence… ou plutôt recommence avec cette irremplaçable figure du rugby local !

Et n’oubliez pas qu’une très bonne biographie de Robert Rabagny, alias « Monsieur Biarritz Bonheur » est toujours en vente ! Par modestie, je ne dirai rien de l’auteur mais il ne fait pas de doute qu’il a eu de la « plume » pour parler de l’indien…