Charlot dispute la primaire

Vincent Peillon a regardé les programmes de cinéma de son quartier. Et comme rien ne lui plaisait, il s’est dit qu’il ferait un très bon président de la République.

Ah le respectable candidat que voilà ! L’homme qui fait passer ses convictions et son appartenance au parti avant ses intérêts personnels ! Celui que l’on souhaite comme Président de la République, tant il est évident qu’il portera haut les couleurs de la vertu, de la morale et de l’intégrité sans faille. Résumons les faits pour ceux qui auraient raté quelques épisodes sur la désinvolture mode d’emploi.

Ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon a trouvé normal de verser le dixième des émoluments reçus au parti socialiste, comme le précisent les statuts du parti, jusqu’en 2014. Nommé ensuite député européen, après avoir été éconduit par Manuel Valls, Vincent Peillon s’est montré aussi désinvolte avec les obligations financières dues à son parti qu’avec la feuille de présence de l’Assemblée européenne. Classé 467e sur 761 en matière d’assiduité, Vincent Peillon n’a assisté qu’à 11 réunions sur 27 de la commission des Affaires étrangères depuis février 2015 et reste totalement inconnu de ses collègues, puisqu’on le voit principalement le mardi, jour de la signature de la feuille d’émargement qui permet de toucher ses indemnités. (Un sport pratiqué aussi par Dati, Mélenchon ou Marine Le Pen, tous d’accord pour prendre du pognon sans bosser).

(http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/comment-peillon-peine-a-justifier-ses-nombreuses-absences-au-parlement-europeen-894661.html)

Et pendant deux ans, ce grand militant socialiste n’a pas daigné octroyer un centime à son parti, ce qui l’a obligé à signer en catastrophe un chèque de 19 500 euros pour pouvoir se présenter à la primaire. Cher, tout de même, pour une possible déculottée et quelques minutes de gloire télévisuelle. Mais ce manque de vertu socialiste, n’a visiblement pas gêné les 19 parlementaires, les 10 élus locaux, les 60 conseillers régionaux et départementaux et les 15 membres du conseil national du PS qui lui ont accordé sans barguigner leur signature.

Cotisation à département variable, CV à diplômes imaginaires

Et, pour ne pas accabler la gauche, on passera sous silence les trouvailles d’un Arnaud Montebourg, inventeur de la cotisation à département variable. Il verse 172 euros mensuels à la fédération de Saône-et-Loire, ce qui en fait un quasi smicard, si l’on se réfère à la loi des dix pour cent, tandis que le trésorier national Christian Bataille estime qu’il devrait verser mille euros pour mois et chiffre l’arriéré dû par l’ex spécialiste du fabriquons français et de la marinière Armor-Lux à 40 000 euros. Et Montebourg affirme qu’on lui envoie des boules puantes quand on lui parle gros sous !

Et, même s’il n’est pas candidat à cette primaire, on ne manquera pas aussi de saluer l’imagination du nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, qui, pour avoir suivi quelques cours à HEC et l’ESSEC, s’est déclaré diplômé de ces deux grandes écoles, ce qui est faux, avant de rétropédaler furieusement et de charger son assistant qui l’aurait « mal compris », en mettant son CV en ligne.  Ce n’est pas beau de mentir ainsi quand on est ministre de l’Intérieur. Mais, à force de tricheries permanentes, d’approximations avec les faits ou la vérité, on finit par trouver normal l’impensable. Bernard Cazeneuve, pour une telle approximation aurait dû démettre immédiatement le néo ministre de ses fonctions. Il s’est contenté d’opter pour le silence gêné.

Oui, décidément, quand la gauche enclenche la machine à perdre, elle sait être tout à fait impressionnante.

Le courage de Domège

Tout le monde souhaite que le feu d’artifice de Biarritz se tienne le 15 août. Mais faire le point à huis clos entre élus et sécuriser au maximum l’événement relève du bon sens.

À votre avis, si Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, vient rendre visite mardi aux élus municipaux de Bayonne, c’est uniquement pour être le premier à saluer le roi Léon ? N’ayant pas l’intention de relayer tout ce que j’entends pour ne pas favoriser le travail d’un illuminé qui se focaliserait sur la Côte basque, je peux juste constater, comme tous les journalistes de la région, une grande fébrilité de tous les responsables et les élus. Fébrilité totalement compréhensible après les attentats de Nice. Élu d’opposition à Biarritz, Frédéric Domège a donc tout à fait raison d’interpeller le maire de la Ville sur ce qu’il envisage de faire à l’occasion du feu d’artifice du 15 août et de demander la tenue d’un conseil municipal à huis clos (Sud Ouest, 25/7).

L’information n’est pas l’apanage d’une caste

Lorsqu’on est confronté à une menace terroriste, on ne peut pas tout dire et c’est parfaitement logique. Mais est-il normal qu’une petite caste d’initiés, policiers, élus, journalistes, sache à peu près ce qui se passe quand le grand public est maintenu dans l’ignorance ? Frédéric Domège raconte que son intervention lui a valu quelques coups de téléphone de compliments, comme les miens, et beaucoup de railleries, comme on peut le constater dans les commentaires Internet de l’article de Sud Ouest. À un de ses amis qui lui rétorquait « Il ne faut céder sur rien. Tu n’as pas de couilles en réclamant l’annulation du feu d’artifice ! », Frédéric, qui ne devait pas être le dernier quand il y avait une bagarre sur les terrains de rugby qu’il fréquentait, a juste répondu par une question : « « Mais au fait, tu y vas au feu d’artifice ? » Et l’autre, embarrassé : « Moi ? Jamais ! » Comme c’est facile d’être héroïque, quand on ne se trouve pas en danger soi-même ! Gageons que tous ceux qui, par peur d’une bronca des commerçants ou d’un vote sanction des festayres, nous incitent à faire comme si tout était normal dans notre beau pays, se garderont bien d’apparaître en public ou feront le service minimum les jours prochains.

La peur fait partie du courage

Ceux qui ont joué au rugby, ou qui ont fait de la boxe, deux sports que j’ai pratiqués, savent très bien que les imbéciles qui n’ont pas peur font rarement très long feu. Un soldat qui part au front sans son casque n’est pas un héros mais un idiot qui risque d’être blessé à la tête et de mettre en danger tous ses copains. Dans le vestiaire de rugby, ou avant de monter sur le ring, la peur est logique et même indispensable et le vrai courage c’est de la surmonter. Face à notre mode de vie français si précieux, si enviable, et si exécré par nos ennemis, nous devons bien évidemment continuer nos fêtes, nos coutumes, notre cohabitation heureuse basée sur nos différences, même si nous devons repenser toute notre existence à l’aune des attaques terroristes que nous subissons. Frédéric Domège raconte très bien : « Je suis élu. Je ne veux pas un jour me dire que quelqu’un a été blessé ou tué parce que je n’ai pas osé dire ce que je ressentais ». Bien évidemment les fêtes de Bayonne comme le feu d’artifice de Biarritz doivent de nouveau, dans un futur proche, rassembler les foules, mais le délai avant ces événements est-il suffisant cette année, alors que les exactions sanglantes se multiplient en France comme en Allemagne ?

La liberté collective avant la liberté individuelle

Quand un homme politique se manifeste, il est toujours tentant d’y voir un coup de communication pour exister. Sauf que la sincérité de Frédéric Domège dans cette affaire est totale et absolue. François Amigorena, dont la sincérité ne fait pas plus de doute que celle de Frédéric, même s’il a un point de vue différent, écrit : « Les commanditaires et les exécutants des assassinats qui ont endeuillé notre pays depuis le mois de janvier 2015 poursuivent un objectif principal : nous faire renoncer à notre mode de vie et à nos libertés. Annuler le feu d’artifice du 15 août à Biarritz serait indigne et offrirait une victoire inespérée à ces barbares obscurantistes » J’ai tendance à préférer la position de Frédéric à celle de François, mais je ne dispose pas des éléments d’information qui peuvent être communiqués à ces élus sous couvert de huis-clos pour qu’ils prennent une décision sereine et apaisée. Comme tout le monde, j’ai râlé quand des policiers voulaient fouiller mon sac et je râle beaucoup moins depuis quelques temps. J’ai râlé quand le gouvernement, excédé par les morts sur la route, m’a obligé à mettre une ceinture de sécurité, et je râle moins aujourd’hui car je suis bien obligé de constater qu’il avait raison.

Le risque zéro n’existe pas. Mais si des élus sortent d’un conseil municipal à huis clos, en disant qu’au vu des éléments qui leurs ont été communiqués, ils se sentent sereins pour autoriser le feu d’artifice, alors un progrès considérable aura été accompli. Frédéric Domège a donc mille fois raison dans sa démarche, et Veunac, qui s’est pour l’instant contenté d’un SMS au récalcitrant l’invitant à boire un verre avec lui, se montre une fois de plus à côté de la plaque.

Le vrai courage, c’est de lutter, pas de se faire tuer bêtement.

 

La lettre adressée à Veunac

Monsieur le Maire,


Dans quelques semaines, le 15 août, Biarritz organisera son grand feu d’artifice. Cette événement draine jusqu’à environ 100 000 personnes autour de la grande plage. Dans le contexte actuel de prolongation de l’état d’urgence il est de la responsabilité des élus de s’interroger sur l’opportunité ou non de maintenir cette manifestation. Certes il en est de votre compétence et de celle de monsieur le Préfet, mais votre décision engagerait tout le conseil municipal.

Certains diront qu’il ne faut pas céder aux terroristes, d’autres qu’il ne faut pas toucher à nos traditions, d’autres au contraire que le risque est trop grand pour ce qui n’est en fait qu’un simple feu d’artifice. Tous ces arguments, recevables au demeurant ne tiendront plus en cas d’attaque terroriste. Comment opposer la tradition, ou la résistance à une famille venant de perdre son enfant. Car il y a un avant et un après 14 juillet à Nice. 

Le rayonnement mondial de Biarritz peut nous faire penser que notre cité pourrait être une cible privilégiée et je crois que le risque est trop grand pour ne pas envisager une annulation pure et simple. Quoiqu’il en soit je vous saurai gré de bien vouloir réunir un conseil municipal à huis clos afin d’aborder ce dossier d’une importance capitale, et de nous exposer les mesures de sécurité mises en place en cas de maintien. Il est important que chacun puisse s’exprimer sur le sujet, sans considérations partisanes mais dans le seul but d’assurer la sécurité des Biarrots et de nos visiteurs.

Veuillez agréer monsieur le Maire mes sincères salutations.
Frédéric DOMÈGE, conseiller Municipal ( LR)

La police demande le respect ? Qu’elle soit respectable !

Violences policières 2

La police a raison de demander le respect. mais elle doit aussi se remettre en cause et gommer ses excès.

C’est comme s’il existait des blessés dignes d’intérêt et d’autres non… Ah ça, ils s’en sont donnés à cœur joie tout mercredi, les TF1, RMC, BFMTV et autres médias spécialisés dans le relais de la bonne parole gouvernementale pour prendre la défense des malheureux policiers obligés de manifester Place de la République pour qu’on les respecte. Et comme une voiture de police a eu la bonne idée de brûler quai Valmy, merveilleux hasard, juste devant les caméras de nombre de journalistes, tous ont pu nous offrir de magnifiques images d’insécurité aux heures de grande écoute.

Surtout qu’on ne s’y trompe pas. Je trouve inadmissible que des policiers soient blessés dans l’exercice de leurs fonctions de maintien de l’ordre, comme je trouve inadmissible que des manifestants qui viennent paisiblement exprimer leurs convictions le soient, mais, pour avoir arpenté le pavé des centaines et des centaines de fois en quarante ans de manifestations, je m’étonne un peu du manque flagrant de curiosité de certains de mes confrères journalistes, face à une situation autrement plus compliquée que ce qu’ils veulent bien nous raconter.

Une tradition dépassée

Les violences dans les manifestations ne datent pas d’hier. Elles remontent aux années 68, quand les policiers en pèlerine qui se tenaient par les coudes pour empêcher les manifestants de passer ont été très vite remplacés par des CRS casqués et armés de matraques. Inévitablement les manifestants ont commencé à adopter le casque de moto et le blouson en cuir pour se protéger, couplés aux baskets pour mieux courir. Et la « tradition » voulant que les anarchistes et les « autonomes » se retrouvent en tête ou en queue de cortège pour s’offrir une belle bagarre avec les forces de l’ordre, va petit à petit se créer. Et, tacitement, tout le monde trouve normal que trois abribus ou cabines téléphoniques soient cassés, histoire de signer le passage de la manifestation, estimant que « ça fait partie du folklore ». De la même façon que les bizutages dans les grandes écoles ne doivent plus être tolérés, cette tradition de casse, qui va désormais souvent de pair avec des pillages délibérés de magasins, doit être réprimée durement avant que des participants, qu’ils soient en uniforme ou en civil, n’y laissent la vie, car le suréquipement des forces de l’ordre entraîne « mécaniquement » le suréquipement de ceux qui veulent en découdre, au lieu de se contenter d’exprimer leur point de vue.

Un commandement défaillant

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Quand des gens qui venaient défiler pour exprimer leur opinion, se font matraquer, des haines durables s’installent.

Quand un joueur de rugby perd son sang-froid sur le terrain, c’est le rôle de son entraîneur de le calmer. Tout le monde peut comprendre qu’un CRS qui s’est fait injurier pendant des heures et bombarder de projectiles ait envie d’en découdre quand il reçoit l’ordre de charger. Mais, toutes les vidéos qui ont été prises du côté des manifestants (Frileusement, la majorité des journalistes suivent la manifestation à l’abri derrière les forces de l’ordre) montrent une tendance des officiers à fermer les yeux sur les excès de leurs hommes et à les couvrir s’ils sont pris en flagrant délit. Quand un lycéen de 15 ans, les mains menottées dans le dos, se fait casser le nez froidement par un CRS, est-ce vraiment nécessaire ?

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/video-lyceen-frappe-au-visage-par-crs-en-marge-dune-manifestation/

Quand des consommateurs attablés à une terrasse et regardant passer une manifestation contre la réforme du code du Travail se prennent une grenade lacrymogène et que l’une des intéressées qui proteste reçoit un coup de pied dans le ventre, est-on vraiment dans le rôle du « maintien de l’ordre ? »

https://www.youtube.com/watch?v=d5Xifqv6C0w

Et on ne parlera pas des manifestants ayant perdu un œil ou ayant eu une main arrachée, voire y ayant laissé la vie. Télérama, qui s’appuie dans son numéro du 23 mars sur ce rapport de l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la peine de mort, rappelle que 26 personnes sont mortes sous les coups de la police, entre 2005 et 2010, essentiellement “des jeunes issus de minorités visibles”. Et que dire de la mort du militant Rémi Fraisse, opposant à la construction du barrage de Sivens dans le Tarn, tué, en octobre 2014, par une grenade offensive, alors qu’il avait les mains en l’air selon tous les témoins ?

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/25/sivens-remi-fraisse-avait-les-mains-en-l-air-lorsqu-il-a-ete-tue-selon-de-nouveaux-temoignages_4890382_1653578.html

À chaque fois les médias annoncent l’ouverture d’une enquête par la police des polices et à chaque fois, on a le sentiment que le rôle de l’IGS (Inspection Générale des Services) consiste simplement à endormir l’opinion avant de disculper en douce le fonctionnaire mis en cause. Comment voulez-vous dans ces conditions que la haine ne se développe pas entre policiers et manifestants ?

D’autant plus que cette faillite du commandement se retrouve au sommet de l’État. Est-ce le rôle du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’annoncer, comme un chasseur présentant fièrement son tableau de chasse, le nombre d’interpellations après chaque manifestation et n’est-ce pas une incitation directe donnée à la police de « gonfler » à tout prix son tableau de chasse, quitte à ce que quelques paisibles badauds se retrouvent encabanés avec les autres ? On aimerait que ce ministre, fort efficace par ailleurs, se souvienne que son rôle consiste à maintenir l’ordre et non à faire dans la surenchère ? Au lieu de cela, comme en témoignent des vidéos de passants, des commandants de CRS lancent à leurs troupes « Instruction : violence maximum »

http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/03/violences-policieres-les-videos-nourrissent-colere-263939

Une culture de la provocation

Reste enfin, cette détestable habitude policière française de provoquer pour mieux discréditer. Que des policiers en civil se glissent au milieu des manifestants pour mieux repérer les casseurs, passe encore ! Mais que des policiers agissent et commettent des exactions pour retourner l’opinion publique contre les manifestants, voilà qui est inacceptable et qui se répète depuis cinquante ans! Manifestation de la sidérurgie lorraine à Paris, en 1979 : je n’ai jamais vu les grands boulevards aussi remplis. Une foule grave et digne s’est jointe aux ouvriers qui vont perdre leurs emplois. À deux mètres de moi, à hauteur du Boulevard Poissonnière, une automobiliste, sans doute venue d’une rue adjacente, se retrouve coincée au volant de son véhicule. Soudain un manifestant au visage caché par un capuchon sort un manche de pioche et lui explose son pare-brise. Nous sommes tellement surpris, alors que le cortège manifeste une dignité à toute épreuve, que nous nous lançons à deux ou trois à la poursuite du casseur. L’automobiliste court derrière nous en hurlant. Le fauteur de trouble parcourt quelques centaines de mètres avant de s’engouffrer dans la rue du faubourg Montmartre et de trouver refuge… dans un fourgon de police. Nous comprenons immédiatement, mais pas la femme qui nous a rattrapé et qui hurle « Il s’est trompé… Il s’est trompé… Arrêtez-le ! » et tambourine à la porte du véhicule, tandis que les policiers présents derrière les grilles du véhicule prennent l’air absent et regardent le ciel. Nous raccompagnons la femme à sa voiture et l’aidons à évacuer le verre brisé. Elle n’en revient pas et répète inlassablement qu’on lui aurait raconté cela, elle n’y aurait pas cru.

Les donneurs de leçons des grands médias défenseurs de la police ne sont pas sans savoir qu’une provocation du même ordre a eu lieu, le 1er mai dernier, place de la République. Des riverains, des journalistes, dans des messages privés, ont témoigné sur l’étrange attitude des forces de l’ordre ce soir-là… Mais c’est tellement plus simple de détourner le regard quand les faits ne correspondent pas aux postures que vous souhaitez adopter ! Résumons-nous pour ceux qui auraient raté l’épisode. Tous les soirs, les policiers contrôlaient les arrivants qui venaient rejoindre le collectif « Nuit Debout » et leur faisaient ouvrir leurs sacs pour vérifier qu’ils ne contenaient rien de dangereux. Le 1er mai, pas le moindre contrôle ! Et comme par hasard deux heures après, des jeunes casseurs commencent à dévaster la place de la République. La police charge particulièrement brutalement et s’en prend aux paisibles militants de « Nuit debout ». Résultat : dès le lendemain, les participants sont moitié moins nombreux, les tièdes ayant préféré rester chez eux.

http://www.20minutes.fr/insolite/1838331-20160503-manifestation-1er-mai-militants-nuitdebout-denoncent-violences-policieres-twitter

Et c’est sans doute à cause de mon mauvais esprit légendaire que je ne peux m’empêcher d’exprimer un certain scepticisme sur la voiture de police qui a opportunément brûlé, mercredi après-midi, devant  nombre de caméras. A priori l’identification des coupables devrait être simple, mais, curieusement, personne n’a encore été arrêté.

Alors oui, je comprends la fatigue et la colère des fonctionnaires de police. Mais pourquoi un travail objectif sur ce qui se passe réellement dans les manifestations n’est-il pas fait ? Pourquoi annonce-t-on systématiquement le nombre de fonctionnaires de police blessés et pas celui des manifestants ? Pourquoi les plaintes de victimes finissent-elles toujours par un non-lieu, même quand la vidéo prise par des témoins neutres est édifiante? La police veut être respectée et elle a raison, car elle est indispensable dans un état de droit. Mais qu’elle soit respectable et ne couvre pas systématiquement d’un voile pudique les excès que certains de ses membres commettent, avec la bienveillante complicité de leur hiérarchie.

 

L’heureuse exception biarrote

Pour quelqu’un qui habite le Pays basque et n’a jamais vécu de manifestation parisienne, il est sans doute difficile d’imaginer ce qui se passe dans la capitale. À Biarritz, plusieurs fois, la police, qu’elle soit nationale ou municipale, m’a beaucoup impressionné par sa façon de maintenir l’ordre avec fermeté et pragmatisme. L’anecdote qui me vient à l’esprit remonte au mois d’août 2015, rue du Helder, vers 5 heures du matin. Alors que je pars à la pêche, un adolescent d’une quinzaine d’années zigzague dans la rue au point d’empêcher une voiture de la police municipale de poursuivre son chemin. Après un appel de phares, le jeune homme se retourne et se met à insulter très violemment les deux fonctionnaires de police. La jeune femme qui était au volant descend, suivie par un géant, modèle Jérôme Thion ou David Couzinet. Réflexe de Parisien, je me dis que le môme va passer un très sale quart d’heure.  Au lieu de cela, je vais assister à une leçon de vertu républicaine. La jeune femme : « Monsieur, vous nous insultez, alors que nous faisons notre travail. Vous n’avez pas l’air bien et on s’inquiète pour vous ». Le gamin continue à marmonner, mais baisse d’un ton. « Vous étiez avec des amis ? Comment se fait-il qu’ils vous aient laissé seul dans cet état ? » Avant de conclure : « Où habitez-vous ? On va vous raccompagner, car vous allez provoquer un accident ».

Voilà une police respectable, loin, très loin, des contrôles au faciès et autres brutalités inutiles qui provoquent les haines durables…

Iznogoud et le pigeon

On ne vous empêche pas » Tu es une communiste qui s’ignore  » aimait répéter Charb au nouvel amour de sa vie, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Jeannette Bougrab. Semaine de tous les paradoxes, en vérité, que celle où des copains sont assassinés, où des talents s’affirment, où des médiocrités se confirment. Semaine où l’on a ri aux larmes plus souvent qu’à son tour et où l’on s’est senti fier comme jamais d’être Français.
J’imagine le grand rire de Cabu, « Arrête tes conneries!« , alors que je lui raconte que des gens ont passé la nuit dans leur voiture pour être les premiers à acheter Charlie hebdo. Ah ça, ils ont vraiment joué gagnant, les illuminés qui ont sorti la sulfateuse, rue Nicolas Appert, et assassiné des gamins attardés qui faisaient des traits d’encre sur du papier. Propulser les ventes d’un hebdomadaire, devenu confidentiel, de 25.000 exemplaires à cinq millions en une semaine, voilà une opération de propagande réussie. Et, plus fort encore, réconcilier les Français avec leur police, voilà bien un fantasme que Bernard Cazeneuve n’aurait jamais imaginé…
… Étrange ambiance que celle de Paris actuellement : les magasins et les restaurants sont quasiment déserts, les regards sont attentifs dans le métro à la recherche d’un sac abandonné dissimulant un engin de mort, et, en même temps, chacun prête beaucoup plus d’attention à l’autre, s’efforce de sourire, tient à montrer par son attitude que tout le monde doit trouver sa place dans notre beau pays, du moment qu’il accepte de se fondre dans le creuset républicain qui nous définit.
Étonnante semaine, où les soutiens ne sont pas toujours où on les attend, et où les raccourcis criminels (« L’arabe, voilà l’ennemi!« ) viennent parfois d’amis, qui vous poignardent sans même en avoir conscience.
Manuel Valls n’a guère été épargné jusqu’à maintenant dans ce blog, mais, tout comme Villepin à l’ONU, je lui saurai gré à vie du discours qu’il a tenu mardi à l’Assemblée et qui a fait se lever tous les parlementaires présents, à l’exception de Marion Maréchal :
 » La France c’est l’esprit des lumières. La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs.  »
Si par hasard, vous avez raté ce discours, prenez quarante-cinq minutes pour l’écouter, tout y est :
http://www.gouvernement.fr/hommage-aux-victimes-des-attentats-discours-de-manuel-valls-version-augmentee

Un devoir d’impertinence

… Bien sûr, parmi ces 4.975.000 nouveaux lecteurs qui se sont rués dans les points de vente, tous ne vont pas adorer l’esprit de provocation systématique des rescapés de Charlie, mais tous, par ce geste citoyen, ont voulu réaffirmer à quel point l’impertinence était une valeur salutaire de la République. Présence réclamée des Femen, la prochaine fois que les cloches de Notre-Dame feront retentir le glas en hommage aux dessinateurs tués, cercueils crayonnés par les amis dessinateurs et cette réflexion de Christophe Alévêque, aux obsèques de Tignous :  » Aujourd’hui, nous avons un genou à terre, mais l’essentiel c’est de ne pas avoir les deux. On ne sait jamais, on pourrait se mettre à prier!« . Un propos d’athée, qui n’est pas destiné à choquer, mais uniquement à évacuer sa peine par le rire.
Le très catholique propriétaire de La Semaine du Pays basque, Hubert de Caslou, ne dit pas autre chose, dans son éditorial intitulé « Notre liberté assassinée« , quand il raconte comment, homme de foi, il vit douloureusement « les atteintes exagérées et répétées à ce que l’homme qui croit possède de plus intime« , tout en n’ayant pas une seconde d’hésitation pour qualifier « d’insoutenable » cette atteinte pour tous ceux  » qui considèrent la liberté de la presse comme un absolu« . Et comme le rire est la politesse du désespoir, lorsqu’on rapporte à Hubert de Caslou que j’ai beaucoup apprécié son éditorial, il réplique, flegmatique : « Alors, je dois me gauchiser!« .

L’infâme joue des coudes

Pétillon Sarko

Dessin de Pétillon, publié dans « Le Canard enchaîné » du 14 janvier

Pour les rires salvateurs qu’il nous a procurés, on ne remerciera donc jamais assez cet as de la patrouille de France, déguisé en pigeon des villes, qui a su déjouer, dimanche, la vigilance de tous les tireurs d’élite postés sur les toits et a réussi, alors qu’un million cinq cents mille personnes battaient le pavé parisien, à dégazer pile sur le costume du Président de la République! Pauvre François Hollande qui, quand il ne prend pas la flotte lors de ses sorties, se prend la fiente… Une façon d’être ramené à sa condition humaine qui ne l’empêchera pas de grimper dans les sondages de popularité, car, costume maculé ou non, il a plutôt montré pour une fois qu’il y avait un pilote dans l’avion.
Et puis il y a le meilleur client des dessinateurs passés et à venir, celui qui ne nous déçoit jamais et qui est décidément à la politique ce que De Funès était à la grimace. Dimanche, les manifestants parisiens sont graves et dignes. Relégué au troisième rang, Nicolas Sarkozy, flanqué de Carla Bruni, s’agace d’être invisible. Alors, l’infâme vizir qui voudrait redevenir calife profite d’un îlot directionnel qui coupe en deux le cortège pour griller la politesse au garde du corps de Benjamin Netanyahu et se retrouver sur la photo. Jusqu’à ce que les chefs d’État, conscients du manège de l’indésirable, décident de se tenir par les coudes et l’expulsent de fait.
http://www.ozap.com/actu/nicolas-sarkozy-joue-des-coudes-pour-apparaitre-sur-la-photo-paris-match-modifie-son-article/461096
Plus fort encore, alors que le très prudent « Paris Match » s’amuse de la manœuvre, l’ex-président de la république, pauvre petit jouet des événements, affirme au mépris de tout bon sens qu’il a été « propulsé par la cohue« . Pas trop le genre des chefs d’état, isolés par un impressionnant cordon de sécurité, de jouer des coudes, mais question culot l’homme a déjà fait ses preuves. Et c’est pour cet infâme que vous envisagez de voter en 2017 ?
Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, je sais que les femmes sont belles là où vous êtes, mais arrêtez de vous fendre la pêche et de saloper les nuages blancs avec vos gribouillis, en attendant que mille crayons impertinents se lèvent pour défendre notre démocratie! Patience, la relève arrive…