Drame de la pauvreté : Sarko n’a même plus 2 euros pour voter

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Capture d’écran Pierre WEMEL

On ne mesure pas ce que peuvent représenter deux euros en temps de crise économique. Dans Le journal du Dimanche (27/11) un homme raconte qu’il souhaitait voter au premier et deuxième tour de la primaire de droite mais que cela représente deux repas pour la cantine de sa fille et qu’il ne peut pas se permettre ce luxe.

Autre pauvre nécessiteux, depuis que Mouammar Kadhafi n’est plus en mesure de lui assurer un peu d’argent de poche, l’actuel président des Républicains. Soucieux de discrétion, Nicolas Sarkozy est venu voter avant neuf heures et s’est trouvé fort contrarié de croiser les caméras de BFM TV. Aucun journaliste ne semble pourtant avoir remarqué qu’il se trouve fort démuni quand, après avoir voté, l’une des responsables du bureau de vote lui demande de verser les deux euros prévus pour le scrutin. Témoin d’une splendeur passée, le manteau de l’ex président est bien coupé, mais les poches sont vides. Visiblement, Carla Bruni a serré la vis sur l’argent de poche. Heureusement, dans la file d’attente, une dame touchée par la détresse du petit Nicolas, a sorti deux euros de son sac pour venir au secours du nécessiteux, tandis que le public a du mal à cacher son hilarité. Apercevant les caméras, Sarko, miraculeusement, finira par trouver la pièce requise sans avoir besoin de rançonner sa voisine.

Après Copé et le pain au chocolat low-cost, c’est maintenant le président des Républicains qui ne savait pas que la primaire de droite était payante. Guignol’s band!

L’inconscience des chaînes en blabla continu

Nombre de consultants des chaînes d’information en continu, pour justifier leur titre fort discutable de « spécialistes », se sentent obligés d’en rajouter et finissent par livrer des informations qui nuisent à notre pays.

Le 15 juillet au matin, France 2 présente aux téléspectateurs mal réveillés des images de l’attentat de Nice avec un homme légèrement blessé à une jambe, allongé à même le bitume à côté du cadavre de sa femme dissimulé sous un drap. Depuis la chaîne a présenté ses excuses pour l’incontestable atteinte à la dignité humaine subie par cette victime en état de choc et le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a ouvert la voie à une procédure de sanction contre la chaîne publique.

Mais si tous les membres du CSA ne sont pas actuellement en train de se faire dorer au soleil, ils feraient bien de s’intéresser aussi aux chaînes d’information en continu, qui font souvent preuve d’une incroyable légèreté face aux événements qui nous frappent.

Être journaliste, c’est être responsable de ce qu’on écrit et des signaux que l’on adresse à la population. L’actualité se montrant moins dense, en ce début du mois d’août, les chaînes s’en donnent à cœur joie avec l’assassinat du prêtre Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray et multiplient les interventions de « spécialistes » ou prétendus tels qui, visiblement, ne réfléchissent guère aux conséquences de leurs propos.

Informations sur telle ou telle « messagerie instantanée » « très prisée par les terroristes et difficilement détectable par les services secrets », longues explications sur la façon de monter des sites fantômes qui disparaîtront avant d’avoir pu être détectés par la police, ou cartes détaillées sur les façons de rejoindre des filières clandestines à destination de la Syrie.

On imagine les conséquences de ces informations sur des jeunes gens tentés d’habiller leur mal-être aux couleurs du djihadisme !

Le journalisme consiste à raconter des histoires vraies. Mais, quand notre pays est « en guerre » si l’on se fie aux propos gouvernementaux, ou pour le moins en proie à des menaces terroristes répétées, le devoir de chacun est de faire attention à ce qu’il dit et ce qu’il publie.

La direction de France 2, qui a voulu ouvrir son antenne à partir de 0h30, le 14 juillet au soir après les attentats de Nice, reconnait avoir travaillé avec les journalistes présents, pas toujours spécialistes de ces questions, et s’être plantée. Mais les dizaines d’indications susceptibles d’aider des gens n’ayant pas de bonnes intentions à notre égard, que livrent chaque jour les chaînes de blabla en continu, que ce soit par inconscience ou pire pour tenter de retenir les auditeurs devant leurs écrans, me semblent d’une toute autre gravité.

On en finirait presque par préférer Jean-Pierre Pernaut, le présentateur de TF1, avec ses inusables lavandières de Perros-Guirrec ses reportages sur les nougats de Montélimar ou les protège-nougats du Sud-Ouest, en l’occurrence les espadrilles de Mauléon.

Médias de Panurge contre grévistes

Grèves SNCF 03Quel est l’intérêt d’avoir autant de chaînes de télévision et de stations de radio à sa disposition, si c’est pour entendre le même discours unique, constitué de contre-vérités, de clichés et de poncifs inlassablement répétés ? À quelques heureuses exceptions près comme L’Humanité, Libération… ou même lefigaro.fr, qui a publié un papier très objectif sur les salaires à la SNCF, les médias de Panurge nous ont offert, cette semaine, avec le mouvement des syndicalistes du rail, un vrai festival. Petit catalogue des absurdités complaisamment véhiculées par TF1, BFM-TV, RMC et autres désinvoltes de l’information…

«   Les nantis de la SNCF  « . Pendant plus de vingt ans, j’ai pris le train entre Versailles et Paris, soit 90 minutes de trajet quotidien. Comme tout le monde, quand je me suis retrouvé en carafe, j’ai râlé, n’appréciant pas les journées de travail à rallonge. Mais est-ce de l’information que de se contenter d’aller planter sa caméra au pied des trains et de laisser les usagers se défouler, au lieu de chercher à comprendre ? Oui, dans notre beau pays, la grève est encore un droit et les salariés de la SNCF ont bien raison de se rebeller quand on s’apprête à leur faire un mauvais sort. Quant aux réflexions des usagers sur  »  les nantis de la SNCF  « , qui feraient mieux de s’abstenir compte-tenu de leurs avantages, elles sont insupportables. Un conducteur de train premier échelon (sacrée responsabilité, tout de même!) gagne 2409 euros brut par mois, soit moins que le salaire moyen national qui est aujourd’hui de 2449 euros. (source  : le figaro.fr)

«   Les bacheliers pris en otages  « . Il n’y a que deux hypothèses possibles : en inscrivant la réforme ferroviaire au Parlement, le mardi 17 juin deuxième jour du baccalauréat, soit le gouvernement ne s’est pas rendu compte de ce qu’il faisait –  et dans ce cas, il démontre une fois de plus son incompétence !   -,  soit il a voulu jouer au plus malin avec les syndicalistes, pensant qu’ils caleraient sur l’obstacle, ce qui est tout de suite beaucoup plus crédible. Ajouter la peur d’arriver en retard au stress de l’épreuve, n’est pas drôle pour les bacheliers, mais pourquoi diable les grévistes de la SNCF seraient-ils les seuls responsables de ce blocage, les seuls à être fustigés? Le calendrier parlementaire pouvait fort bien être réaménagé, ce qui aurait évité ce stress sur le baccalauréat. Mais « Flamby » Hollande a voulu montrer ses muscles et, une fois de plus, il s’est raté.

«   La CGT est débordée par sa base  « .  Le rôle d’une base, c’est de faire savoir à sa propre hiérarchie syndicale qu’elle n’est pas contente. Et le rôle d’une hiérarchie syndicale, c’est… d’écouter sa base. En 1968, il est évident que les syndicats et Pompidou souhaitaient remettre la France au travail. La détermination de la population a fait que  »  la parenthèse enchantée   » a duré un mois, avant les accords de Grenelle. Cette année, la CGT et le gouvernement ont sans doute été proches d’un accord, avant que la CGT et Sud-Rail ne prennent conscience de la profonde colère des cheminots. C’est à l’honneur de ces syndicats d’avoir su respecter leur base. Et bravo à ce gouvernement de gauche, décidément totalement coupé des réalités, bravo aux Hollande, Valls et Cuvillier, qui ont cru intelligent de durcir le ton de parler de « conservatisme  » et de nécessité de savoir arrêter une grève ! Au lieu de dire que les négociations allaient dans le bon sens, façon habile de constater qu’un accord n’a pas encore été trouvé, leurs maladresses verbales ont remis les hésitants dans la rue.

«   La CFDT, syndicat responsable  « .  Quel est le rôle d’un syndicat ? Caresser le gouvernement dans le sens du poil, sous prétexte qu’il est de gauche ? Ou défendre ses salariés? Mon père a, dans les années soixante-dix, été un militant national de la CFDT. Il ferait trois tours sur lui-même s’il constatait la flagornerie et l’absence de sens critique de l’actuelle direction. Un salarié qui se syndique aujourd’hui à la CFDT, c’est un peu comme si un ouvrier spécialisé décidait d’adhérer au MEDEF!

«   Les politiques unanimes pour saluer cette réforme  « . Mais quelle contrevérité ! Si l’UMP n’a pas raté cette nouvelle occasion de fustiger le manque de fermeté du gouvernement face aux grévistes, quelques courageux ont fait entendre leurs voix. Le remarquable député communiste André Chassaigne n’a jamais caché son soutien aux grévistes, son attachement au service public. Apprécié de ses collègues, il s’est efforcé de faire passer des amendements donnant des garanties aux salariés de la SNCF. Son travail de parlementaire mérite d’être salué. Même chose pour la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac, ex porte-parole de François Hollande, qui n’a pas hésité à afficher son soutien aux grévistes et à défiler avec eux dans la rue à Hendaye, en compagnie de la députée socialiste Sylviane Alaux…

… Mais ce genre d’information ne retient guère l’attention des médias qui préfèrent nettement raconter l’histoire qui les arrange, plutôt que des histoires vraies. Pour démoraliser les grévistes, on nous affirme désormais que le conflit est en voie de règlement. Souhaitons-le, en espérant que les salariés de cette belle entreprise vont désormais être un peu plus respectés. De toutes façons, comme le dit avec humour Karim, salarié gréviste (  Libération, 18/6 )  :  »  24% des Français pour notre lutte, c’est toujours plus que la cote de popularité de François Hollande  « .