Le BO lui aussi impacté par le G7

Un, voire deux matches sont menacés par le sommet mondial de fin août. Une perte sèche pour le club de rugby qui lorgne du côté d’Anoeta.

En août, les tribunes sont toujours pleines.

À l’image des seigneurs féodaux qui saccageaient sans le moindre état d’âme les récoltes des manants lorsqu’ils chassaient à courre, les grands de ce monde ont décidé de venir distraire leur spleen pré-automnal sur le petit bout de rocher qui est le nôtre et tant pis pour les gueux qui y habitent ordinairement. Nous n’oublierons pas à quel point le premier magistrat de la ville ne s’est soucié que de sa future investiture dans cette affaire, en ne défendant absolument pas les intérêts des Biarrots et en ne faisant pas preuve du minimum de bon sens nécessaire pour empêcher un G7 en plein mois d’août. Quarante-cinq sommets du G7 se sont déroulés sur la planète, mais pas une fois, pas une seule, au mois d’août. Une fois de plus, le prix de la bêtise en barre aura donc un candidat sérieux avec Michel Veunac.

Pas un jour ne se passe en effet sans que les Biarrots ne découvrent une nouvelle atteinte annoncée à leur liberté de vivre et de circuler. Périmètre sécurisé, périmètre ultra-sécurisé, badges, contrôles, fouilles, on en passe et des meilleures, avec une seule certitude : pendant quelques jours, le déconnomètre va marcher à fond !

Cette fois, c’est le Biarritz Olympique qui découvre que le mois d’août pourrait être difficile pour ses finances. Le stade d’Aguilera ne figure pourtant pas dans le périmètre doré à l’or fin où les maîtres du monde auront l’illusion de s’ébattre devant un peuple qui les acclame. Mais il y a une petite annonce qui est un peu passée inaperçue. « Pas le moindre rassemblement ne sera autorisé à partir du 18 août ».

Pour les clubs de rugby des villes côtières où les vacanciers sont nombreux, le mois d’août est l’équivalent des fêtes de Noël pour les commerçants. Les supporters habituels reprennent avec plaisir le chemin du stade après une longue coupure et les vacanciers sont ravis de venir découvrir un club aussi titré que le Biarritz Olympique. Comble de bonheur, les grandes métropoles souvent à demi désertes en août, sont heureuses de joueur leurs premiers matches à l’extérieur en attendant que les citadins reviennent.

C’est donc une à deux recettes du BO qui pourraient être impactées par ce G7.

Aldigé : « Je ne veux pas que ça coûte un sou au BO ! »

Contacté par téléphone, alors qu’il s’apprêtait à aller assister à la rencontre Union Bordeaux-Bègles-SU Agen, le président du Biarritz Olympique, Jean-Baptiste Aldigé, confirme totalement l’information : « Nous venons d’apprendre cela. La fédération n’a pas encore publié le calendrier de la saison prochaine, mais il est sûr que nous allons avoir au minimum un match d’impacté. »  Le président poursuit : « Nous ne savons même pas si nous serons autorisés à nous entraîner à Aguilera… Qu’est-ce que ça veut dire un rassemblement… Trente-cinq joueurs qui s’entraînent ensemble, c’est un rassemblement ? »  C’est sûr que si les joueurs doivent s’entraîner à deux maximum sur le terrain, ça ne va pas être simple de préparer l’équipe !

Aldigé se veut souriant mais a du mal à cacher son agacement : « Au mois d’août, nous faisons des recettes à 200 000 euros. Vous vous rendez compte de la perte sèche ! »

Quand on lui demande si le BO a un plan B, le président se montre cash comme à son habitude. « J’ai demandé à l’adjointe aux Sports, Stéphanie Ricord, de négocier de ville à ville avec Saint-Sébastien pour voir si nous pouvons utiliser Anoeta à cette période. Mais je ne veux pas que ça coûte un sou au BO ».

Si la mairie s’en occupe, le BO n’a vraiment plus rien à craindre !

 

BO : Le drôle de jeu de Veunac et Blanco

Alors qu’une solution de sauvetage semble possible pour éviter la relégation du Biarritz Olympique, la mairie et les « historiques » paraissent préférer un BO en fédérale à un BO sauvé par Ledoux-Gufflet-Raynaud.
Veunac marche sur l'eau

L’heureux temps où Veunac et le BO marchaient sur l’eau (Photo Claude Thetaz)

Ah, la belle époque où l’on pouvait proférer n’importe quelle absurdité sans que les journalistes puissent retrouver la trace de vos propos quelques mois plus tard ! Prenez par exemple Charles Gave, très remonté contre l’équipe Brusque-Blanco en février dernier : « Mes associés et moi n’aimons pas trop qu’on nous prenne pour des gentils garçons qui mettent de l’argent et qui ne demandent plus rien après. Nous ne sommes pas Serge Kampf. » Et, au cas, où les lecteurs de Sud Ouest (8/2/2018) n’auraient pas bien compris son propos, l’homme d’affaires vivant à Hong-Kong enfonce le clou : « Ce club – je ne dis pas qu’il est au bord du gouffre parce qu’il a des actifs incroyables – est quand même dans une situation de trésorerie qui avait tendance à devenir critique de façon récurrente. Ce n’était pas une façon de gérer. »

Michel Veunac, le 10 mai dernier, toujours dans Sud Ouest, prônait l’apaisement entre les différentes parties devenues irréconciliables.

Veuanc apaisement 02

Quel dommage que Veunac ne se relise pas, lui qui, au lieu de se contenter de la stricte neutralité que réclame sa fonction de maire, demande maintenant au trio dirigeant de « partir dans la dignité » pour laisser les coudées franches au duo improbable Blanco-Gave. Pour une fois visionnaire, il a bien compris que le combat pourrait se terminer avec « seulement des vaincus ». Et pour bien enfoncer les clous dans le cercueil du presque macchabée en rouge et blanc, c’est Louis-Vincent Gave qui en rajoute, avec des propos ahurissants (Sud Ouest », 21/5) : « Mon enthousiasme pour venir est très très très limité (…) Je ne suis pas basque, je n’ai pas de maison au Pays basque, je ne passe pas mes vacances au Pays basque… » avant de se lancer dans une diatribe contre l’équipe dirigeante actuelle qui « ne connaît rien au rugby ». À part « les actifs incroyables » évoqués par papa Charles, on se demande donc vraiment ce qui l’intéresse au BO.

Pas de doute possible, avec des propos aussi calmes et équilibrés, les sponsors vont se précipiter pour renflouer ce club où tout le monde tire dans le même sens !

La gestion Blanco-Brusque mise en cause par Bousquier

Bisque, Bisque, Basque ! n’est pas en capacité de juger des qualités du trio dirigeant et ne dispose malheureusement pas de 2,4 millions d’euros cachés au fond de sa tirelire pour sauver le BO. Ce qui ne l’empêche pas de s’agacer quand il entend des contre-vérités tranquillement énoncées par ceux qui veulent à tout prix voir partir le trio Ledoux-Gufflet-Raynaud. L’intérêt du club, mis en avant par tous, n’est qu’un alibi commode pour masquer une querelle d’argent et de pouvoir.

Ce n’est pas tout à fait un hasard si le camp des « historiques » s’est montré fort peu bavard au moment de l’éviction de Nicolas Brusque. En effet, le déficit actuel du club peut difficilement être imputé au trio dirigeant, arrivé depuis trop peu de temps. De même, la mort tragique de Pierre Bousquier, directeur du Biarritz Olympique, ne doit pas faire oublier la procédure toujours en cours. Si maître Romuald Palao refuse d’évoquer cette affaire devant la presse, la lecture de la requête devant le conseil de Prud’hommes rédigée par l’avocat est édifiante. Contrairement à ce qui a été dit, Pierre Bousquier n’a pas appris son licenciement la veille de sa mort. Depuis septembre 2017, il se savait sur la sellette et avait préparé sa défense avec maître Palao. Prudent, il avait aussi mis de côté des pièces révélatrices concernant la gestion, disons parfois très particulière, du BO.

Prud'hommes page

Une requête envoyée au tribunal de Bayonne, le 28 mars 2018, alors que le clan Blanco affirme que Pierre Bousquier a été licencié le 29 mars, ce qui est faux.

Quand Pierre Bousquier, par l’intermédiaire de son avocat, demande 280 000 euros au BO, c’est bien pour être indemnisé de ce qu’il a enduré du temps de Blanco-Brusque : les heures supplémentaires non payées, les congés non pris, le travail dissimulé (nombre d’heures de présence minorées sur la feuille de paie). Fort habilement, Serge Blanco a tenté de faire de Pierre Bousquier après son décès brutal un martyr, victime de la présidence Gufflet, mais personne ne s’était inquiété de son sort à l’époque où les « historiques » cohabitaient en paix avec les « Parisiens ».

De la même façon, la mairie et le camp Blanco relaient à plaisir des calomnies sur le président Raynaud qui prendrait 9 000 euros par mois pour diriger le BO. Pierre Bousquier touchait en tant que directeur 5 800 euros mensuel tandis que Nicolas Brusque était confortablement défrayé. Pour diriger le BO, et cumuler les fonctions de directeur et de président, Raynaud a dû suspendre son activité d’ostéopathe.

Selon des sources internes, qui semblent confirmer le propos de Bruno Ledoux, il touche actuellement un peu moins de 5 000 euros, ce qui dans le monde du rugby est tout à fait raisonnable. Question : pourquoi colporter de telles rumeurs, sinon pour discréditer les actuels dirigeants dans l’opinion publique ?

Prud'hommes rémunération

Le document qui prouve que Pierre Bousquier émargeait à 5800 euros par mois.

Les mauvaises habitudes de Serge Blanco

Entre ceux qui ne jurent que par Blanco et ceux qui souhaitent une gestion plus moderne, le débat est animé, chacun des salariés du BO craignant actuellement pour son avenir. Et comme dans ces périodes de tension, le club, comme toute entreprise en difficulté, est une passoire, de nombreuses informations et des documents se retrouvent entre les mains des journalistes. Documents à manier avec précaution, car ils peuvent être sujets à caution.

Serge Blanco, actuellement en Guadeloupe, n’a pu être contacté, mais il se fera un plaisir de répondre à Bisque, Bisque, Basque ! si les chiffres communiqués sont faux. Tout le monde se souvient du meilleur arrière du monde et de sa fidélité au BO. Tout le monde à Biarritz lui est reconnaissant, ainsi qu’à Marcel Martin, des trois titres offerts à la Ville. Mais autant le joueur fut magnifique, autant le chef d’entreprise a souvent dû être dépanné par Serge Kampf. Le château de Brindos et la thalasso d’Hendaye n’affichent pas des résultats mirobolants. Le problème est que Serge Blanco se sent chez lui au BO et s’exonère donc totalement des obligations qui incombent à toute autre personne.

Partenariat avec Blanco 2016- 2017

Ce document confidentiel distribué sous le manteau aux journalistes tendrait à prouver que Blanco ne paie rien pour les 32 places qu’il occupe à l’année. À lui de démentir si c’est faux, l’actuelle direction du BO refusant de communiquer sur le sujet.

Blanco dispose à l’année d’une loge de 18 places, de 14 sièges en tribune Kampf et de nombreux avantages comme son nom sur le ballon. Selon ce document distribué à la presse, sous la présidence de Nicolas Brusque, il n’aurait jamais rien payé.Selon plusieurs sources concordantes (Et ce sera facile à l’ancien dirigeant de démontrer le contraire si cette rumeur est fausse !), le groupe Serge Blanco n’a jamais signé le moindre contrat avec le club pour tous ces avantages. Comme un enfant qui se sert dans le frigo familial, il s’est gratuitement octroyé ce qui l’intéressait au sein du BO. Pour services rendus, sans doute. Même s’il a été un joueur exceptionnel, même s’il est actionnaire du club, est-ce tout à fait logique vingt-six ans après la fin de sa carrière sportive ?

Offre de partenariatClub Premium loge 2016-2017

L’offre de partenariat pour la saison 2016-2017 avec un tarif de 3 120 euros à l’année pour une place dans les loges semble valider le document envoyé aux journalistes.

D’après le document qui s’est « égaré » dans les mains de quelques journalistes, l’ensemble de ces prestations serait facturé 124 820 euros par saison à un client ordinaire. Quand il s’agit d’un actionnaire ou d’un client habituel, il peut bénéficier d’un tarif préférentiel qui réduit l’addition à 100 000 euros. Mais depuis 2013, le chef d’entreprise Blanco n’aurait jamais versé un centime à son club de cœur. À l’époque, il avait effectivement été question d’un « échange marchandise », les joueurs professionnels étant invités à bénéficier des bienfaits de sa thalasso hendayaise (Ce qui n’est pas loin de constituer un abus de bien social). Mais avec leur calendrier ultra-chargé, les joueurs se sont assez rarement égarés à Hendaye. Même s’il a énormément apporté à son club de toujours, est-ce que ces 500 000 euros au bas mot de prestations de relations publiques dont a bénéficié le groupe Blanco pendant cinq ans, n’auraient pas dû être versées au club qui en a bien besoin en ce moment ?

Info ou intox ? Une plongée dans la luxueuse plaquette éditée par le club à l’entame de la saison 2016, semble accréditer ces chiffres. Une place en loge premium coûte 3120 HT à l’année. Si l’on multiplie par 18 personnes, on obtient bien 56 160 euros et avec une remise de 20% pour ceux qui restent fidèles d’une saison sur l’autre au BO, un coût de 47 250 euros. Interrogé par téléphone, le président Benoît Raynaud est visiblement embarrassé et « refuse de répondre pour ne pas entretenir de polémiques » Mais « sans être certain des chiffres avancés, puisqu’ils concernent la présidence Brusque », il concède qu’ils lui paraissent réalistes. Et quand on lui demande si Blanco paie désormais pour ses places de stade, il se contente d’un vigoureux « Joker ! » Au final, cette haine entre le clan Blanco et le clan Ledoux cacherait-elle une vulgaire histoire de gros sous ?

Un gros sponsor dans le viseur

Le sort du prestigieux club de la Côte basque ne peut laisser indifférent le monde du rugby. Ledoux et Gufflet ont un carnet d’adresses qui vaut largement celui des Gave père et fils. Un très gros poisson se montre intéressé, tout à fait susceptible de sauver durablement le BO. Ce sponsor potentiel, en négociation actuellement avec le trio dirigeant, ne demande qu’une chose, fort légitime : arriver dans un climat serein et apaisé.

Les convocations pour une assemblée générale prévue le 6 juin, permettant d’annoncer que les 2,4 millions d’euros manquants ont été trouvés, sont déjà parties. Contrairement à ce qu’affirment les « historiques », le calendrier est serré mais jouable. À condition que Veunac et Blanco, comme des paysans pourchassant les merles de leurs cerisiers, ne fassent pas délibérément du tintamarre pour faire fuir le sponsor. Dans leur détestation de l’équipe dirigeante actuelle, dans leur volonté de reprendre le contrôle du BO, et des avantages qui vont avec, sont-ils prêts à laisser le club être relégué en fédérale 1 plutôt que de le voir sauvé par des gens qu’ils détestent ? Nous allons le savoir sous peu.

 

 

Nevers, ça ne me botte pas…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (4)

Salut Patxaran,

 Décidément, il n’y a que vous les Bayonnais pour faire ainsi du social et tendre la main aux petites équipes en plein doute. Contrairement à toi quand tu épies en douce le BO, je ne me cache pas pour regarder à la télé les matches de l’Aviron et ne crains pas de voir arriver un voisin armé d’une pétoire. Comme je n’étais pas de service, jeudi soir, je me suis donc tranquillement installé dans le canapé pour voir comment vous alliez aplatir comme des crêpes ces Bretons qui ne manient le ballon ovale que depuis l’élection de Macron, ou peu s’en faut.

C’est à cause du froid ou pour ne pas entendre Berbizier, qu’Etcheto avait mis son bonnet?

Et là, surprise, vous aviez visiblement décidé de faire soirée portes ouvertes et on lâche les Vannes. Ce n’était plus du biniou mais de la bombarde que vous ont joué les rugbymen vannetais, qui ont tout de même eu la délicatesse de ne pas trop vous vanner. C’est sympa de s’efforcer de mettre en confiance les petites équipes en les laissant gagner 38-22 et en leur offrant quatre essais. Mais après tout, comme le match avait lieu au nord de la Loire, peut-être avez-vous cru qu’il comptait pour du beurre salé. Encore de la tension en perspective pour vous jeudi prochain face à Grenoble !

Mais, malgré mon goût certain pour la moquerie que tu connais, je ne ferai pas trop le faraud. Aller s’enorgueillir d’une laborieuse victoire contre Nevers, quand il y a peu encore, le BO fracassait à Aguilera aussi bien le Stade Français que le Stade Toulousain, demande beaucoup d’imagination. Et bientôt des victoires contre Ahetze ou Ustaritz ?

Alors pour te divertir, il faut que je te raconte le nouvel exploit de maman. Elle m’avait demandé de prendre deux places pour le match, mais depuis deux jours, elle maugréait. « Une dame de ma qualité… Il va voir ce qu’il va voir le latin lover ! ». Sans me vanter, tu connais mes dons d’enquêteur. J’ai donc très vite compris qu’elle reprochait à Gonzalo Quesada qui l’avait tant troublée lors du match du BO contre Béziers, de ne pas lui avoir fait signe ou téléphoné. Alors pour se venger du malotru tout juste bon à entraîner une équipe de rugby, maman a décidé une heure avant le coup d’envoi de ne pas venir au stade et de le punir par son absence. J’ai fait semblant d’insister, mais finalement je suis parti seul au stade, pas mécontent de la situation et me félicitant des amours malheureuses de maman.

Certes, nous avons gagné 32 à 20, mais il n’y a vraiment pas de quoi plastronner et il faut une imagination aussi débordante que celle de Nicolas Brusque pour voir dans le BO actuel une future terreur du Top 14. Surtout ne crois pas que j’éprouve un quelconque mépris pour ces Nivernais appliqués qui ont fait ce qu’ils avaient à faire avec leurs maigres moyens, mais quel ennui !  Et deux essais partout au final. Heureusement que Pierre Bernard avait acquis le secret de la botte de Nevers et a mis pratiquement tout ce qu’il voulait entre les poteaux avec 4 pénalités, un drop et deux transformations.

Pourtant, malgré ces deux tristes matches, le rugby reste passionnant. Dans « L’Équipe » du 13 septembre, Fabien Galthié explique de manière limpide tout l’écart qui sépare la France des grandes nations du rugby. On continue à recruter des joueurs en les faisant monter sur la balance sans se préoccuper de leur vitesse et de leurs qualités athlétiques. Je cite, au cas où tu n’aurais pas lu : « Ce qui me frappe, c’est que le Top 14 est le championnat professionnel le plus lent. ça se joue à 54 mètres par minute. Qu’est-ce que ça veut dire ? À partir du moment où le ballon est en jeu, c’est la distance parcourue en moyenne par les quinze joueurs de l’équipe. Le Pro12 c’est 80. Dès que tu vas en Super rugby, tu es à 90. Au niveau international, tu es encore au-dessus. On est 33% plus lent que le plus lent des championnats » Et après des calculs aussi savants, qui osera encore dire qu’il n’y a que les cons qui s’intéressent au rugby ? Même si à Vannes, vous deviez être plus près des dix mètres minute que des standards internationaux…

… Allez, Patxaran, ne t’étrangle pas de colère et donne -moi vite des nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

C’était Willie Du Plaisir

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (3)

Salut Manzana,

Ils me font marrer à la télé à parler en boucle des ouragans Irma et José. Celui qui n’a pas entendu Pantxika, mon épouse, chanter le Vino griego ne peut avoir une idée de ce qu’est une tornade de force 5 ! Et en plus elle n’était pas très satisfaite d’elle, estimant « manquer d’entraînement », et m’a glissé à l’oreille, alors que nos chers Bleus et Blancs rentraient sur le terrain de Jean-Dauger pour affronter Dax qu’elle allait devoir répéter à la maison. Mais c’est qu’elle va nous tuer nos petits derniers ! Quant à moi, je suis prêt à écrire à Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur et me porter volontaire pour n’importe quelle mission plutôt que de devoir endurer cela.

En fait, on fait les malins maintenant que notre cher Aviron l’a aisément emporté sur Dax (51 à 15), mais on n’était pas très rassurés en arrivant à Jean-Dauger. Je suppose que tu as lu comme moi, dans le Sud Ouest du 8 septembre, l’interview de Berbizier, toujours gai comme un croque-mort, intitulé : « La fin des illusions ». C’était prévisible, mais on sent qu’il y a comme de la friture sur la ligne avec Vincent Etcheto. Et notre Berbize démarre comme au temps de sa folle jeunesse quand on évoque son adjoint « Tout le monde a des responsabilités, staff et joueurs. Il faut bien les déterminer à condition qu’on voie tous la même chose. » Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j’imagine qu’il a dû y avoir cette semaine entre les deux un débat technique de la plus haute importance, Berbizier préconisant de poursuivre pour les joueurs le régime carottes râpées, eau minérale Ogeu et footing à trois heures du matin et Etcheto militant pour un dégagement Irouleguy, ventrèche, gâteau basque d’une nuit entière pour que l’équipe se retrouve.

Quant au soufflon passé à Bustos-Moyano pour ses chaussettes en flanelle face aux poteaux à Colomiers, il a été efficace puisqu’au bout d’un quart d’heure de jeu, l’arrière argentin avait déjà enquillé trois pénalités entre les perches. 9 à 0 et la tribune Afflelou qui soupire d’aise.

Et c’est alors que la cabane a failli tomber sur le pottok !

Bureitakiyaca, l’ailier fidjien de Dax délivre un petit coup de pied par-dessus Bustos Moyano. et percute sans ballon notre danseur de tango favori. Ce dernier a beau assurer à l’arbitre qu’il n’a pas touché son adversaire qui est tombé en marchant sur son lacet, c’est carton jaune pour le capitaine de l’Aviron, obligé d’aller lire les « Prolégomènes à la maîtrise de soi » sur le banc de touche.

Le Landais est fourbe, tu le sais comme moi. Non content d’inscrire trois points sur la pénalité qui s’ensuit, les Dacquois profitent lâchement de l’absence de notre arrière pour marquer un essai par le même Bureitakiyaca, qui nous a bien cassé les burettes celui-là, et mener 10 à 9.

En tant qu’ancien talonneur j’ai plus de goût pour les combats de devant que pour les entrechats des danseuses de l’arrière, mais l’honnêteté m’oblige à reconnaître que c’est l’ouvreur Du Plessis qui a sauvé la boutique bayonnaise. Permettant à son équipe de respirer avec ses longs coups de pied ( La NASA ferait bien de se méfier, il va finir par décaniller un de ses satellites), Willie va ajuster un drop plein d’intelligence pour permettre à l’Aviron de reprendre l’avantage au score avant d’alterner le jeu à merveille, même si Dax dans un ultime sursaut réussira à marquer un deuxième essai par Chiappesoni à la 25e minute. Ensuite, ce sera du rugby comme je l’aime avec plus qu’une seule équipe sur le terrain, la nôtre, qui va infliger cinq essais aux croqueurs de maïs, dont l’ultime à la 80e minute par Oulai, un beau bébé sénégalais qui a l’habitude de tout renverser sur son passage.

Victoire avec le bonus offensif donc et acclamations de la foule quand le speaker de Jean-Dauger a annoncé la victoire de Soyaux-Angoulême face au BO. Franchement, se faire battre par des cagouillards, vous n’avez pas de quoi être fiers les Biarrots pour une équipe qui affirme viser le top 14. Et si tu as regardé le classement, l’ami Manzana, qui est devant vous désormais ? Oh, je sens que je t’agace !

À Bayonne, tout le monde était tellement heureux de cette belle victoire qu’on s’est éternisés à la buvette où Laporte en a pris pour son grade. Je ne sais pas si tu as lu l’enquête d’ Antton Rouget de Mediapart, mais question pognon et affairisme, notre nouveau président pourrait presque donner des leçons à Fillon. Ce rugby-là me désespère.

(https://www.mediapart.fr/journal/france/070917/les-dossiers-noirs-de-l-argentier-du-rugby-et-de-bernard-laporte)

Heureusement, il y a toujours Pantxika pour me ramener au vrai rugby. Vers 2 heures du matin, elle me dit soudain : « Tu ne crois pas que deux ou trois jours de coupure en fin de semaine nous feraient du bien ? Si on allait en Bretagne ? Maman pourrait garder les enfants ! » Un peu surpris, je lui rappelle qu’elle m’a toujours dit que le Nord de la Loire n’existait même pas pour elle. Avant de me souvenir que notre cher Aviron s’en va jouer à Vannes, jeudi soir.

C’est promis, je te raconterai. Et il va falloir qu’ils soufflent sérieusement dans le biniou, les Bretons, pour arriver à se faire entendre quand Pantxika chantera notre hymne !

 

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Sacrée soirée à Aguilera

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (2)

Salut Patxaran,

Ta lettre reçue la semaine dernière m’a fait rudement plaisir même si « La séparation est un si doux chagrin » comme l’écrivait William Shakespeare dans Roméo et Juliette. Mais tu vas encore dire que je fais mon pédant de Biarrot, alors revenons-en au rugby. J’ai vu dimanche sur France 3 ton équipe en déplacement à Colomiers et je tiens à te féliciter. Après avoir pris 66 points à Perpignan, vous n’en encaissez cette fois que 36 en banlieue toulousaine, ce qui confirme des progrès très nets. Encore six mois d’efforts et peut-être que l’Aviron bayonnais arrivera à décrocher une victoire à l’extérieur ou au minimum un point de bonus défensif. Avec ce résultat, j’en connais qui vont encore passer une bonne semaine et avoir droit avec l’adjudant Berbizier à des footings à trois heures du matin dans le petit-Bayonne.

Mais comme je sens que tu t’énerves, Patxaran, et que c’est mauvais pour ton cœur, il faut que je te conte ma soirée à Aguilera vendredi soir. Je m’apprêtais à retrouver des copains à Aguilera pour BO – Béziers quand maman jaillit de son fauteuil : « Je veux voir le Latin Lover ! ».

Le quoi ?

– Mais oui, tu sais bien cet entraîneur qui est si beau…

– ???

– Celui qui a quitté la jolie petite Isabelle Ithurburu. Elle était mignonne, mais trop jeune pour lui.  Ce qu’il lui faut à Gonzalo Quesada, c’est une femme d’expérience comme moi.

Et là, je vois ma mère, soixante-dix ans aux prunes tout de même, afficher son sourire le plus coquin et décréter : « Je viens ! » Et tu sais comment est maman quand elle a une idée en tête : elle écoute à peu près autant son fils que Michel Veunac son opposition.

L’avantage à Aguilera, c’est que, même en arrivant cinq minutes avant le coup d’envoi tu trouves autant de places disponibles que tu veux. Mes copains m’attendaient en tribune Kampf, mais rien à faire, il a fallu aller du côté des officiels dans la tribune Blanco pour tenter d’apercevoir l’idole argentine. Nous sommes arrivés juste au moment du coup d’envoi, mais maman trépignait. Installée au septième rang, elle n’apercevait pas le banc de touche et vitupérait de ne pas localiser le Gonzalo. Je lui ai dit que Guy Lafite était là, très beau lui aussi dans la tribune officielle, mais elle ne voulait rien entendre.

Pas facile dans ces conditions de suivre le match face à cette équipe de Béziers aussi collante que le sparadrap du capitaine Haddock. Entame catastrophique. Munro envoie la balle entre les perches dès la 9e minute et l’équipe biarrote joue à peu près aussi groupée que la majorité municipale.

Et c’est alors que, juste à côté de nous, arrive une maman avec quatre enfants entre six et dix ans. Beau tir groupé, Madame, mais vous êtes sûre que la halte-garderie c’est ici ? Maman, qui boudait jusque-là, a commencé à discuter avec les deux petites filles, puis avec les deux garçons, avant de chanter avec eux des « Aupa BO ! » totalement hors sujet, puisque la dégelée continuait sur le terrain et que le public voulait envoyer l’arbitre précisément à l’endroit où les quatre bambins demandaient instamment à leur mère de les y conduire.

9 à 0 à la mi-temps et une ambiance plutôt plombée dans le stade où Koxka, qui n’a déjà pas l’ait trop malin au naturel, ne savait plus quoi faire pour ranimer la foule.

Maman, qui ne boit d’habitude que du vermouth, se met alors en tête d’aller chercher un verre, sans doute dans l’espoir de croiser son idole. Elle revient avec un demi et une mine défaite.

Et ça repart. Simon Raiwalui, l’entraîneur des avants, a dû menacer quelques joueurs dans les vestiaires de s’occuper personnellement de leur cas, car le BO semble un peu plus déterminé. Mais c’est juste à ce moment-là que Koxka passe dans les travées et se fait interpeler par les quatre petits diables. « Et je veux un selfie ». « Et moi aussi je veux un selfie ». « Oui, mais pas avec lui, il est trop méchant ». Je vois la foule exulter et comprends qu’un essai vient d’être marqué, essai que j’ai raté à cause de la mascotte à grosse tête. Ce n’est que le lendemain aux actualités régionales que j’apprendrai que Adriu Delai est l’auteur de l’essai à la 57e minute.

Les selfies ça va un moment, mais ça creuse ! La mère repart en mission en confiant la garde de sa progéniture à ma propre mère, qui en profite pour me dire que si je l’étais montré plus dégourdi dans la vie, elle pourrait être une grand-mère heureuse en veillant sur mes propres enfants. Pendant ce temps, l’autre maman rentre les bras chargés de sodas et de barquettes de frites au ketchup. Évidemment toute cette boustifaille atterrit sur les vêtements des voisins tandis que les deux plus grands se disputent, avant de se réconcilier en se faisant des passes avec la bouteille de soda… pleine et débouchée ! Ce qui fait que je ne verrai pas plus l’essai d’Alex Arrate à la 62e.

Biarritz va ensuite dérouler sans génie, pour finir à 18 à 9, même si tout le monde semble satisfait du match.

Alors que je discute avec l’ancien deuxième ligne David Couzinet qui balaie d’une moue moqueuse mes réserves « On a gagné. Point !» tout en me dirigeant vers la sortie, je sens soudain maman totalement tétanisée. Juste à côté d’elle, devant le carré VIP, le beau Gonzalo Quesada devise paisiblement. Maman n’est même plus capable de proférer une parole et crois-moi, Patxaran, pour lui paralyser la langue, il lui en faut.

Ce n’est qu’un quart d’heure plus tard, en arrivant devant la voiture stationnée devant le restaurant de Soso Puleoto que maman a pu enfin dire, d’une voix rêveuse : « Sacrée soirée, tout de même ! »

C’est un point de vue, mais je ne suis pas sûr de le partager. Mais tu le sais comme moi, l’ami Patxaran, dans notre métier comme dans le rugby, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Pour la quatrième journée, j’espère que vous allez faire des misères à ces curistes de Dacquois et que de notre côté, nous allons écrabouiller les cagouilles charentaises, vendredi à Soyaux-Angoulême.

Donne-moi vite de tes nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Sueur sur la ville

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (1)

Salut Manzana,

Depuis que Gaiztoa, notre méchant qui voulait criminaliser la Côte basque a disparu de la circulation *, on a peu l’occasion de se croiser et tu te doutes bien que je ne tiens pas à être vu à Biarritz en dehors des heures de service (À Bayonne, on dit que notre prime de risque dans la police est liée au fait de devoir traverser de temps en temps votre ville !). Mais comme tu aimes le rugby, j’ai pensé que ce serait sympa de s’envoyer un petit mot pendant la saison, histoire d’échanger quelques moqueries et autres raffuts bien sentis.

Avec la victoire de l’Aviron sur Béziers (27-23), ce sont les habitants du petit-Bayonne qui sont soulagés. Tu connais Berbizier, le nouvel entraîneur. Il s’était empressé de dire dans Sud Ouest qu’il avait changé. Tu parles ! Après la victoire en match amical contre le Racing, voulant se montrer grand seigneur, il avait annoncé aux joueurs qu’il leur autoriserait UNE bière s’ils gagnaient tous leurs matches jusqu’à Noël… La gueule des joueurs du cru ! Et pourquoi pas un radis en guise de repas ?

Tu as sans doute suivi le pitoyable déplacement à Perpignan où on a pris 66 grains. Le Berbizier, il hurlait tellement dans le vestiaire que les Catalans qui n’étaient pas au match se sont réveillés en sursaut, croyant avoir au-dessus de leur tête la patrouille de France franchissant le mur du son. Et au retour, il était tellement en colère que l’Aviron a dû l’expédier d’urgence le lendemain matin chez un stomatologue pour lui desserrer les mâchoires.

Évidemment, sa vengeance a été terrible. Toute la semaine, les malheureux habitants du Petit-Bayonne ont été réveillés à quatre heures du matin par le bruit des crampons métalliques des joueurs martelant le pavé à l’occasion de footings endiablés. Envisager de transformer Iguinitz en lévrier, il faut s’appeler Berbizier pour cela !

C’est donc pas très rassuré que je me suis rendu à Jean-Dauger, hier soir, en compagnie de mon épouse. Pantxika adore les hommes plus larges que hauts et presque aussi beaux que moi. Mais je suis toujours un peu inquiet quand elle est là, car elle se met dans un tel état lorsque l’Aviron l’emporte que je crains toujours qu’elle ne me fasse un orgasme en pleine tribune.

Aucune inquiétude à ce sujet, hier au soir, car mon épouse, comme toute la tribune Afflelou était à peu près aussi joyeuse qu’une nonne de Domezain un jour de carême. 13 à 3 pour Béziers à la mi-temps et une défense tellement calamiteuse que ma grand-mère, si elle avait joué au centre, aurait fait mieux. Pottoka avait beau s’escrimer pour que le public applaudisse, le cauchemar de la saison dernière était encore présent dans tous les esprits. Heureusement, face à une équipe sans grand génie, la câlinothérapie vocale façon Berbize pratiquée dans les vestiaires allait porter ses fruits et deux essais de Van Lill et Oulai, plus quelques claques distribuées aux Biterrois en fin de partie, histoire de leur apprendre à vivre, allaient permettre aux Bayonnais de l’emporter de quatre points.

À un poil de pottok près, on rentrait encore une fois à la maison la queue basse !

Et comme nous avons quelques aventures en commun derrière nous*, l’ami Manzana, je vais t’avouer un secret. Je t’ai déjà raconté que mon arrière-grand-père écoutait Radio Londres pendant la guerre dans le saloir à jambons. Jeudi soir, en tirant les rideaux pour ne pas être vus et surtout en coupant le son pour ne pas être entendu des voisins, j’ai regardé à la télé Carcassonne-Biarritz où vous avez perdu 16 à 3. Je ne voudrais pas être moqueur, mais votre président, Nicolas Brusque, je crois bien que vous devriez vous cotiser pour lui offrir des cours de communication. Sous prétexte que Biarritz a battu 24-15 Mont-de-Marsan lors de la première journée, le voilà en train de pérorer dans Sud Ouest (18/8) en annonçant que son club a l’étoffe pour remonter en Top 14. Et le pauvre de s’embarquer dans une explication confuse pour justifier l’éviction de Darricarrère, l’ancien entraîneur, et le choix de Gonzalo Quesada qu’il a fallu courtiser pendant des mois. Fallait voir sa tête pendant la deuxième mi-temps à Carcassonne, où le BO, malgré le vent, n’a pas réussi à marquer un point à une équipe étrillée par Massy… On aurait dit Arletty : « Top 14 ? Top 14 ? Est-ce que j’ai une gueule de Top 14 ? »

Mais on va en savoir un peu plus la semaine prochaine puisque ça va être votre tour de vous payer les Biterrois, tandis qu’on se prépare à un dimanche chagrin avec le déplacement à Colomiers.

J’espère que tu me raconteras.

Patxaran

 

* Lire « Les aventures de Manzana et Patxaran », tomes 1, 2 et 3, éditions Atlantica, de Pierre George et Jean-Yves Viollier

Géronimo déjà au taquet pour le derby

Exclusif : Les Bayonnais ont dû payer une très forte rançon pour obtenir la libération de Robert Rabagny…

Pour l’ouverture des fêtes de Bayonne et la foulée du festayre, Géronimo a tenu à être présent.

L’affaire remonte à quelques mois, mais par discrétion Bisque, Bisque, Basque ! a préféré ne pas la raconter tout de suite tant les négociations se sont avérées délicates. Début juin, un groupe de supporters de l’Aviron Bayonnais se retrouve chez Ramina, à l’heure entre chien et pottok, où les verres se remplissent par magie et font la course avec les idées. « Quel dommage tout de même que Géronimo ne soit plus là pour animer en octobre le prochain derby avec Pottoka ! » Et c’est alors qu’un polyglotte, spécialiste de l’import-export et habitué à avoir toujours son passeport sur lui pour pouvoir aller et venir entre Biarritz et Bayonne, décide de faire le faraud : « Je connais ses ravisseurs. Je peux peut-être tenter d’intervenir ».

Deux jours plus tard l’homme revient, aussi solennel qu’un ambassadeur français rentrant de Tchéchénie : « Ils sont prêts à le libérer pour bonne conduite, mais ils demandent une rançon considérable » Les convives s’approchent mais ne peuvent retenir un « Oh ! » de surprise en entendant les exigences biarrotes : « Le poids de Serge Blanco en jambons de Bayonne en échange de Géronimo »

C’est pour cette raison que vous avez sans doute aperçu ces jours derniers dans les rues du petit-Bayonne des quêteurs en maillot bleu en blanc avec cette pancarte « Un euro pour Géronimo ».

Pour une noble cause comme le rugby, le Bayonnais sait être généreux, mais l’entreprise s’avéra impossible. On voit plus souvent dans sa vie une passe croisée d’Iguiniz au stade Jean Dauger que la somme nécessaire pour acheter en authentiques jambons de Bayonne l’équivalent du poids de Blanco.

L’émissaire secret qui faisait les allées et venues entre Bayonne et Biarritz dut aller confesser son échec. Dans un geste de surprenante mansuétude, les ravisseurs, sans doute lassés par le babil matin, midi et soir de l’animateur biarrot, acceptèrent que la rançon se limite au poids de Nicolas Brusque, ce qui était déjà nettement plus réalisable.

L’échange jambons contre mascotte eut lieu dans la nuit du 14 au 15 juillet dans la ville neutre d’Anglet, non loin du restaurant Le rayon vert.

Restait un problème de taille à surmonter : malmené par de longs mois de détention où on lui passait en boucle le Vino griego en l’accusant de trahison, Robert Rabagny ne se rappelait plus qui était Géronimo et affirmait être le père de Koxka.

Le psychiatre Puleoto en renfort

Heureusement, existe à Biarritz un psychiatre remarquable qui, par discrétion, se prétend restaurateur. Robert s’est donc allongé sur le divan d’une des petites salles annexes du Txik Txak et Soso Puleoto, le propriétaire de l’établissement, pour lui remettre les idées en place, procéda comme Obélix avec le barde Assurancetourix.

Miracle, au bout de trois coups sur la tête, Rabagny se souvenait de tout, de ses courses au milieu de la pelouse, des boucliers de Brennus brandis devant la foule, du camion de Géronimo qui annonçait la fête à venir.

Malgré tout l’indien restait envahi par quelques scrupules, heureusement vite dissipés par le très psychologue Puleoto.

Soso, le BO a une autre mascotte. Est-ce utile que je redevienne Géronimo ?

– On est en république Robert et chacun a le droit de faire ce qu’il veut. Si tu es heureux en indien, continue !

– Soso, je suis tout de même inquiet. À la mairie, comment vont-ils le prendre ?

– Mais, Robert, ils t’ont déjà viré honteusement. Que veux-tu qu’ils te fassent de plus ?

– Et le BO, tu crois qu’il va apprécier le retour de l’indien ?

– Ils se sont débarrassés de toi, Robert, donc, tu ne crains rien…

Jérôme Thion, qui prépare un Iron man, a participé à la course.

Totalement ragaillardi, Robert a retrouvé sa coiffe d’indien et est bien décidé à ne plus lui laisser prendre la poussière, comme il l’a confié à Sud Ouest (25/7).

Un homme qui est capable de vous annoncer qu’il a repeint dans la nuit le pont Grenet en rouge et blanc, qui crie aux participants de la foulée du festayre « Bienvenue à Biarritz ! »  et qui trouve le moyen de se faire applaudir par les Bayonnais, n’est pas un homme ordinaire. Robert a annoncé que cinq jours avant le derby d’octobre qui se déroulera à Bayonne, il sortira le camion et ira mettre le feu à toute la Côte Basque. C’est avec impatience que l’on attend que la fête commence… ou plutôt recommence avec cette irremplaçable figure du rugby local !

Et n’oubliez pas qu’une très bonne biographie de Robert Rabagny, alias « Monsieur Biarritz Bonheur » est toujours en vente ! Par modestie, je ne dirai rien de l’auteur mais il ne fait pas de doute qu’il a eu de la « plume » pour parler de l’indien…