Chronique d’un Biarrot assiégé mais pas désespéré

Face à la guignolade mondiale qui se prépare, mieux vaut rire que pleurer.

Du poulet sur-vitaminé, du poulet bien imbibé, du poulet bodybuildé, j’en aurais croisé dans ma carrière, de mes lancers de pavés soixante-huitards à mes années « Canard ». L’honnêteté m’oblige aussi à reconnaître que j’ai aussi côtoyé du poulet passionné, du poulet profondément républicain et du poulet désespéré par l’incurie de l’État, même si je ne pensais pas vivre un jour à Biarritz une telle densité policière au mètre carré.  Alors que le flot des nouveaux arrivants en uniforme ne cesse de grossir (ils vont finir à 13 200 !), celui des Biarrots pur sucre enfermés dans le petit périmètre de sécurité ne cesse de décroître tant les contraintes deviennent nombreuses. Même si on est loin, très loin de ce que voudraient nous faire dire nos charmants confrères de la télévision (Les plus courageux descendent en personne, les autres font leur reportage de leur bureau parisien par Skype) qui adoreraient nous entendre raconter que nous mourons de faim dans notre ville assiégée et en sommes réduits à manger les rats qui s’attaquent à nos sacs poubelle.

La réalité est évidemment plus drôle et plus nuancée et donne lieu à des scènes parfois charmantes. Nos bikers en uniforme de police tout comme nos CRS qui doivent maudire leur harnachement en ces temps de canicule, semblent plutôt désœuvrés avant l’arrivée des grands de ce monde et ont tendance à s’agglutiner en grappes dans la ville (les CRS avec les CRS, les gendarmes avec les gendarmes, les militaires avec les militaires, car chez ces gens-là on ne se mélange pas !) pour échanger des nouvelles de la famille, parler du délabrement de leur commissariat ou caserne d’origine, ou lorgner avec insistance sur les dernières touristes légères et courtes vêtues qui ne vont par tarder à fuir la sarabande infernale qui nous attend.

Lors de sa visite, mardi, Christophe Castaner a assuré que les troupes étaient bien nourries et mangeaient local, affirmation qui prête à discussion si j’en crois ce CRS timide, croisé en bas de chez moi qui m’a demandé discrètement où il pouvait « acheter un kebab halal » avant de me remercier, malgré mon incapacité à lui répondre, d’un vigoureux et attendrissant « Salam Aleykoum, mon frère ! ».

Les blacks blocks opèrent aux heures ouvrables

Et le folklore de se poursuivre lorsqu’on quitte Biarritz en voiture. Mercredi, vers 14 heures, je pars rejoindre le contre-sommet du G7 à Urrugne. Pas un rond-point sans son duo de motards prêts à traquer le féroce black-block, l’activiste bien connu des services de police ou l’inévitable terroriste. Aux péages de l’autoroute, les mitraillettes sont bien visibles et l’automobiliste se garde bien d’éternuer de peur de faire sursauter un agité de la gâchette. Avec mon physique rondouillard de grand-père amateur de ventrèche, je passe évidemment sans le moindre problème, mais m’agace comme tout le monde de ces convois de motards à gyrophares précédant des berlines noires toutes sirènes hurlantes et intimant l’ordre de se rabattre aux trois pékins qui se sont aventurés sur la voie rapide, alors qu’il n’y a manifestement aucune raison de s’exciter ainsi, tant la circulation est inexistante.

Retour vers 20 heures et tout autre spectacle. Visiblement tout ce qui compte un uniforme sur la Côte basque est en train de dîner ou d’échanger avec la famille et l’on ne fait plus la moindre mauvaise rencontre, si ce n’est deux pauvres gendarmes au péage de la Négresse. Je suis ravi de découvrir que nous vivons dans une France disciplinée où les potentiels casseurs ont la gentillesse de se déplacer à l’heure où la maréchaussée est de service, sans se permettre de s’agiter en dehors des heures conventionnelles.

L’espionnage légal et illégal va bon train

D’autres pratiques sont beaucoup plus agaçantes. Pendant que la crème de la crème de la sécurité découvre nos spécialités locales ou dort tranquillement après avoir emmerdé la ville à plaisir, les machines elles continuent leur surveillance passive. Des caméras du plus bel effet ont été installées sur les axes autoroutiers, des antennes déployées un peu partout et les riverains habitués à bien connaître leur environnement remarquent parfois d’étranges machines installées dans des appartement qui ont été loués le temps du G7. Concrètement, le Biarrot assiégé subit des coupures d’électricité et d’Internet à répétition, ne peut envisager une conversation durable avec son téléphone portable sans s’y reprendre à cinq ou six reprises et doit subir parfois des lumières rouges braquées nuit et jour sur son appartement. « Chaque service de sécurité a ses propres règles, les services américains étant les pires. On est obligés de fermer les yeux sur des pratiques manifestement illégales » me confie un policier. Renseignement pris, la petite lumière rouge provenant de l’appartement loué par les services de sécurité d’un grand pays européen serait celle d’un micro multidirectionnel capable de capter les conversations dans un rayon de trois cent mètres. Voilà qui fait plaisir quand on habite en face !

Des facteurs?  Non, des figurants !

Heureusement le Biarrot qui a le « bonheur » d’habiter dans le périmètre ultra-sécurisé où les grands de ce monde vont être amenés à se baguenauder pendant trois jours, du casino Bellevue à l’Hôtel du Palais, ne peut que s’amuser de la farce qui se prépare sous ses yeux avant que l’on ne cadenasse définitivement ce périmètre sacré à partir de vendredi. C’est en effet une fausse ville, avec une fausse activité « normale » qui est en train de se préparer. Des portes closes feraient mauvais effet et l’on a donc annoncé suavement aux commerçants qu’ils ne pouvaient espérer une indemnisation de leurs pertes que s’ils restaient ouverts. Et quand un restaurateur de bon sens a demandé comment allaient faire ses livreurs puisqu’ils ne sont pas badgés, le préfet de service a soulevé sa casquette à dorures pour annoncer qu’il allait réfléchir à la question. On attend toujours la réponse.

Même blague avec les facteurs. Ils sont onze habituellement à distribuer le courrier dans le centre-ville qui va être bunkerisé sous peu. La Poste, unilatéralement, en a choisi quatre d’entre eux, les plus propres sur eux, les moins syndicalistes, les très peu indépendantistes basques, pour sillonner la ville tandis que les autres sont invités à aller voir ce qui se passe en périphérie. Gag ! Les gares et l’aéroport étant fermés, il n’y aura aucun courrier à distribuer, mais nos braves facteurs, si typiquement français, sont invités à faire prendre l’air à leurs vélos électriques à sacoches vides dans les avenues désertes pour faire croire que l’activité est la même que d’habitude. Quant aux rares piétons décidés à faire de la résistance, nous nous attendons à ce qu’on nous demande à descendre dans la rue avec la serviette sur l’épaule, avec ordre de se rendre à la plage quand un réalisateur nous criera « Moteur ! » Quand on vous disait que Biarritz faisait son cinéma…

C’est le G7 ou un club de rencontres ?

Tout cela prêterait plutôt à l’indulgence si les Biarrots assiégés n’étaient confrontés à l’incurie crasse de leurs élus. Plus de poubelles, des services d’aide à la personne quasi inexistants pendant trois jours, des commerces de bouche fermés, alors que des personnes très âgées vont devoir rester calfeutrées dans leurs appartements. Et face à cela, des élus qui n’ont absolument rien prévu et se soucient comme d’une guigne de leurs administrés. Rien n’a été mis en place par la Ville pour ramasser les poubelles des personnes qui n’ont pas la force de les porter jusqu’en zone bleue, veiller à la sécurité de ceux qui sont isolés ou prévoir un ravitaillement d’urgence. La mairie s’est contentée de dire que la solidarité entre les habitants devait jouer et que ce serait « l’occasion de belles rencontres ».  Heureusement, la solidarité n’est pas un vain mot au Pays basque et immeuble par immeuble, et à l’aide des pages Facebook « SOS G7 » et « Entraide G7 », chacun s’est organisé pour venir en aide à son voisin. Reste un sentiment de rancune tenance à l’égard du maire et de sa clique. À 73 ans, malgré un mandat calamiteux au-delà de tout imaginable, Michel Veunac annonce son intention de se représenter en mars 2020. Pour le moment, comme tous les élus qui ne se sont guère souciés des Biarrots, il ne rêve que des belles rencontres qu’il va faire pendant le G7 avec Emmanuel et Brigitte. Mais en mars, il pourrait faire de très mauvaises rencontres avec les bulletins de vote des électeurs qui n’oublieront pas son égoïsme et son incompétence.

Comme quoi, le G7, même si nous avons l’impression actuellement d’être enfermés dans un élevage industriel de poulets, peut avoir du bon.

Etchegaray roi du contre-pied et du contre-sommet 

Ne croyez surtout pas que la « drôlerie » du G7 se limite à Biarritz. À Bayonne comme à Hendaye, on rigole bien de cet événement mondial et les politiques se comportent parfois comme ces chefs d’entreprise qui avant les élections, arrosent tous les partis pour être sûrs de s’y retrouver le soir du deuxième tour. L’affaire qui agite le milieu politique, ne semble pas de prime abord d’une excessive importance, mais elle peut prêter à sourire sur la duplicité dont savent faire preuve les politiques. Les organisateurs du contre-sommet du G7, basés à Urrugne et qui prévoient de manifester samedi à Hendaye, sont venus récupérer à Bayonne 50 tables et 400 chaises, gracieusement fournies par la municipalité.

Interrogé à ce sujet, le très courtois maire de Bayonne ne nie absolument pas les faits : « La ville de Bayonne répond souvent à des demandes logistiques de cette nature formulées par des associations.  Le contre-sommet G7, organisé par des personnes responsables et pacifiques que j’ai pu rencontrer méritait ce soutien de notre collectivité. Les rencontres qui vont s’y dérouler font honneur à notre démocratie ».

Tout cela serait admirable et parfaitement respectable si notre rusé Jean-René Etchegaray, maire UDI et par ailleurs président de la communauté d’Agglo, n’avait usé de toute son influence auprès du préfet pour que le contre-sommet initialement prévu à Bayonne ne se déroule ailleurs et de préférence chez le maire socialiste Kotte Ecenarro, qui hurle au scandale depuis que le préfet lui a imposé sa décision.

Et c’est uniquement parce qu’il est débordé que Jean-René Etchegaray s’est bien gardé d’avertir son homologue hendayais du soutien logistique qu’il apportait au contre-sommet ?

 

 

Et maintenant les menaces…

Débattre lucidement entre citoyens amoureux de la Ville reste visiblement trop compliqué pour certains.

Christian Brocas, l’ex banquier qui a besoin d’exister, a visiblement fait sienne la devise de l’humoriste Rémi Gaillard : « C’est en faisant n’importe quoi que l’on devient n’importe qui ». (Photo Sud Ouest)

Christian Brocas, le président de l’association Biarritz Iraty, est un homme affable, même s’il est du genre à mentionner son brevet de cinquante mètres nage libre sur sa carte de visite et à se considérer autorisé de ce fait à donner des conseils de pilotage à un sous-marinier. Ancien directeur d’agence de la banque Worms, ayant gravité vers 2014 dans la mouvance de Max Brisson avant de dire pis que pendre du sénateur, Christian trouvait visiblement très drôle le blog « Bisque, Bisque, Basque ! » jusqu’à ce que l’on parle de la villa Sion et de son ami Pierre Delalonde.

Une première fois aux halles, il m’avait interpellé en public : « Vérifie tes infos, tu n’écris que des conneries », ce à quoi je lui avais rétorqué que Pierre Delalonde avait refusé de me répondre au téléphone lorsque je l’avais sollicité et qu’il était simple de m’adresser un droit de réponse que je m’empresserais de publier.

Finalement l’équipe de Delalonde avait choisi de publier un droit de réponse dans… La Semaine du Pays basque, en affirmant qu’il fallait rendre au château Boulart sa splendeur passée, ce qui sous-entendait faire cadeau au chatelain de cette ancienne dépendance que constitue la villa Sion.

https://jeanyvesviollier.com/2019/05/28/les-elucubrations-de-delalonde/

Samedi, devant la poste centrale de Biarritz, l’algarade est devenue beaucoup plus sonore. « Il n’y a jamais eu d’accord entre Delalonde et la mairie », s’est emporté le président de Biarritz Iraty qui semble prendre très à cœur les intérêts de son ami. « Et d’abord, il y a cinq propriétaires à Iraty. Est-ce que tu connais les noms ? ». Pas du tout, mais c’est la villa Sion et le fait que les Biarrots ne soient pas lésés qui m’intéresse. « Tu casses les pieds à quelqu’un qui s’efforce de rénover le patrimoine biarrot. Mais nous aussi on va écrire sur le patrimoine et s’intéresser au tien »

Mais faites donc, monseigneur, puisque c’est notre grande fierté avec mon épouse d’être partis de rien et d’avoir réussi à économiser trois sous à force de travail.

Aldigé : « Vous n’êtes pas assez important pour qu’on vous achète »

On pourrait imaginer le président du BO occupé à quelques heures du match amical contre l’UBB, mais l’article « Conflit BO – Journalistes : la mairie doit siffler la fin de la récré » était à peine publié que je recevais un coup de téléphone peu aimable de celui qui me considère visiblement comme une tête à claques. Face à la violence verbale de la conversation, j’annonce à Aldigé que je l’enregistre et je suis donc en mesure de publier un verbatim précis de ce qui s’est dit pendant presque 20 minutes.

1’31 :  » Je n’ai pas à vous écouter, vous n’êtes rien ».

2’30 : « Vous n’êtes même pas un supporter du BO ».

4’47 : « Je m’en fous carrément de ce que vous êtes ».

10’40 : « C’est nous qui avons sauvé le trou financier provoqué par vos copains » (Quels copains ?)

11’10 : « Je suis aux manettes depuis juin 2019 » (Aldigé ne voit pas le temps passer)

14’57 : « Vous n’êtes pas encore assez important pour qu’on vous achète » (Un propos tellement révélateur des us et coutumes de la maison)

15’30 : « Je serai ravi de passer devant un tribunal où on m’expliquera, ce n’est pas bien d’avoir mis une baffe à Monsieur Viollier, ce pauvre homme ».

18’45 : « J’espère que vous avez enregistré ».

Toute une partie de cet enregistrement que je tiens à disposition de la Justice, contient des propos qui soit relèvent de la vie privée, soit sont probablement diffamatoires à l’égard de Benjamin Gufflet, Bruno Ledoux ou Marine Batiste, The blond biarrote, et ne sont donc pas publiables. Si les policiers n’avaient pas été aussi débordés avec le G7, j’aurais probablement fait une main courante, car, victime d’un AVC en 2017, je ne suis malheureusement pas en état de me défendre face à une agression physique.

Même si, tout autant que le président du BO, je souhaite que le club quitte la rubrique des faits-divers pour ensoleiller à nouveau les pages sportives.

Élus ordinaires d’une ville ordinaire…

Le G7 nous prouve une fois de plus que la majorité ne marche vraiment pas au super (Chronique publiée dans Mediabask, le 8 août).

Les penseurs de la majorité sont déjà concentrés sur le mandat suivant. Ils sont tellement préoccupés des Biarrots qu’il serait vraiment dommage de se passer d’eux dans le futur.

Quand vous les croisez, ils vous expliquent qu’ils ont accepté un mandat par passion de la vie publique et sens exacerbé de l’intérêt général. Et si d’aventure, ils se représentent en 2020, c’est bien entendu parce qu’ils ont cédé à la pression affectueuse de leurs amis et non parce qu’ils y trouvent leur compte.

Imaginons maintenant une ville de la côte basque sur le point d’accueillir un grand sommet international. Le débat n’est pas de savoir si l’initiative est judicieuse ou non, même s’il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Mais dans une ville ordinaire, avec des élus ordinaires, chacun en fonction de sa délégation se préoccuperait de savoir comment les personnes âgées résidant en centre-ville vont pouvoir traverser cet événement sans trop de dommage. Quelques emplois jeunes, dûment badgés, sembleraient particulièrement indiqués, dans cette cité balnéaire où la moyenne d’âge flirte avec les soixante ans, pour recenser les esseulés et voir les menus services à leur rendre pendant le G7.

En effet, au vu des contraintes multipliées à plaisir par l’État pour la venue des grands de ce monde, il n’est pas du tout sûr que le ravitaillement et les tâches quotidiennes puissent se dérouler normalement. Un exemple parmi d’autres ? L’Agglomération annonce que pendant quinze jours, du 19 août au 2 septembre, toutes les poubelles situées dans la zone rouge de la Ville seront neutralisées et inutilisables et que les ordures ménagères devront être portées en zone bleue. À pied, puisque les voitures seront interdites. Sachant que les côtes sont raides à Biarritz, ils vont devenir musclés nos papis et mamies si pendant quinze jours ils doivent faire une grimpette quotidienne pour se délester de leurs déchets ! Et émaciés, puisqu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir trouver à se ravitailler.

Évidemment, aucun de ces élus beaux parleurs n’a consacré une seconde de son temps si précieux pour imaginer un dispositif facilitant la vie des plus nécessiteux. On offre aux séquestrés le spectacle de Macron, Trump et Veunac paradant dans une ville déserte et ils oseraient se plaindre ! Un spectacle que les manants ne pourront d’ailleurs voir qu’à la télé puisqu’il sera interdit de se mettre aux fenêtres. Nos élus de la majorité à Biarritz, vous l’avez compris, ne sont pas ordinaires et ils n’ont pas de temps à consacrer à des tâches aussi triviales. Ils sont déjà tellement ivres d’eux-mêmes, tellement occupés à se demander s’ils réussiront à obtenir un selfie avec Macron ou une risette de Brigitte, qu’ils ne vont pas s’encombrer l’esprit avec des gens qui n’avaient qu’à se mettre au vert comme la majorité. Heureusement qu’un élu de l’opposition, même pas candidat en 2020, François Amigorena, a eu la bonne idée de créer une page Facebook « Entraide G7 » pour tenter de limiter les dégâts. Même s’il n’a pas les moyens de la majorité à sa disposition.

Car ainsi va désormais notre démocratie : pendant que certains festoieront au Palais, d’autres se contenteront de la série « Poubelle la vie ! »

Libérez le rugby !

Affrontements de mastodontes, accidents multiples, présidents qui se prennent pour des stars, chaînes payantes qui piétinent le monde amateur, le rugby français va dans le mur et semble incapable de changer de trajectoire.

Lorsque petit à petit nous avons dû abandonner à notre plus grand regret le rectangle de pelouse qui avait ensoleillé notre jeunesse pour nous contenter de la main courante, nous nous sommes souvent dit entre anciens joueurs, au vu des gabarits des nouveaux pratiquants, de l’évolution du jeu et des impacts « qu’un jour il y aurait des morts » dans notre sport favori, sans trop croire toutefois à ce que nous affirmions. Nous y voilà avec quatre pratiquants décédés cette saison en France sur des faits de jeu anodins en apparence. Tandis que la fédération française « patauge » allègrement, incapable de mettre en place des règles protégeant les joueurs et d’harmoniser ses décisions avec les acteurs mondiaux du rugby, les parents n’incitent plus du tout les enfants à se lancer dans ce sport, effrayés par les images qu’ils peuvent voir à la télé.

Des télés qui font d’ailleurs la pluie et le beau temps dans le rugby, imposant aux malheureux passionnés des horaires aussi contre-nature que le dimanche à 12h30, ou un derby Bayonne-Biarritz un jeudi soir à 20h45, alors que les deux clubs, les commerçants et les supporters souhaitaient voir cette affiche se disputer le dimanche.

Lorsque Jean Le Gall, le patron des éditions Atlantica, m’a annoncé qu’il lançait une nouvelle collection, joliment appelée ContreDit, destinée à tous ceux qui souhaitaient pousser un coup de gueule dans leur domaine de prédilection, je n’ai évidemment pas résisté, car je suis persuadé que le rugby à XV est en grand péril et pourrait un jour disparaître de la planète sport au profit du VII.

C’est cet ouvrage de quinze chapitres, écrit avec toute la mauvaise foi, l’humour et l’alacrité caractéristiques de Bisque, Bisque, Basque ! que vous pourrez retrouver dès ce week-end en librairie.

Le rugby est en péril… La preuve ? Même les ex-tocards qui n’ont jamais dépassé le niveau fédéral se mettent à écrire sur le sujet.

« Rugby en péril », Jean-Yves Viollier, éditions Atlantica, 100 pages, 12,90 €.

Extraits :

« C’est un grand bonheur de vivre au Pays basque, dans une terre de passion ovale et mon épouse m’a promis, si j’avais l’idée incongrue de mourir, de me faire enterrer avec un ballon de rugby dans les bras, cette « gonfle » que je touchais si peu en tant que talonneur à l’ancienne.

C’est risible, mais j’assume. Comme un amoureux qui ne peut s’empêcher de relire d’ardentes vieilles lettres en sa possession, je suis toujours nerveux les jours de Tournoi des VI Nations et compte les heures qui me séparent du coup d’envoi. Une défaite de l’équipe de France, surtout quand elle se fait fesser par l’adversaire, va me plonger dans une mauvaise humeur durable. C’est dire si, en une période où nous tremblons lorsque nous rencontrons l’Italie ou l’Écosse et alignons les déroutes comme les frères Boniface les essais en terre adverse, j’ai souvent l’occasion d’être de mauvais poil.

« Rugby en péril » est un coup de gueule contre l’évolution assez détestable du rugby que nous vivons, contre la cécité de dirigeants trop occupés à faire des affaires pour se soucier des amateurs, contre un top 14 qui est le championnat le plus bête du monde, contre ce sport aux 40 000 règlements où même les anciens piliers ne comprennent pas les décisions de l’arbitre concernant la mêlée, contre ces présidents qui n’ont jamais joué au rugby mais veulent devenir les stars (incongrues) de ce jeu collectif, contre Canal Moins la chaîne qui n’aime plus le rugby, contre les boîtiers GPS et les ordinateurs mouchards qui dans un sport collectif ne s’intéressent plus qu’aux statistiques individuelles des joueurs, une aberration de plus dans un rugby français au plus bas. »

Le rugby féminin

« Ah, le rugby féminin, qui est un peu pour les anciens joueurs ce que fut le porno du samedi soir sur Canal + pour les actuels quinquagénaires ! Au début, chacun a regardé cette incongruité rugbystique en cachette, en justifiant son petit plaisir solitaire par toutes les mauvaises excuses du monde : besoin de se marrer, de se détendre, de voir quelque chose d’insolite, à mi-chemin entre la course avec sac à main et le lancer de bottes de paille à l’aide d’une brosse à dents. Et puis après le match, les plus téméraires, ceux qui déjà autrefois ne s’échappaient pas sur le pré, ont pris leurs téléphones pour appeler les copains, redoutant tout de même leurs moqueries. Et là, surprise, de l’arrière au première ligne, tout le monde est fan absolu du rugby féminin, admire la technique individuelle des Marjorie Mayans, Romane Ménager ou Pauline Bourdon, la discipline collective de l’équipe où les meilleures savent ralentir pour transmettre le ballon à leurs partenaires, la recherche du trou de souris où se faufiler, quand les hommes en sont encore à culbuter l’adversaire, en méprisant les portes ouvertes. »

La télé

« Les semaines de doublon top 14 et Tournoi des VI Nations, quand France 2 joue aussi la carte rugby, l’offre télévisuelle peut aller jusqu’à onze matches dans la semaine. Le mariage d’amour est devenu un mariage de dupes qui n’a plus de raison d’être. Et Canal plus, une maison d’abattage. Car il faut savoir que les petits clubs ne touchent pas un centime de cette manne, alors que cette profusion de rugby télévisé les impacte durablement, leurs recettes dépendant le plus souvent de la buvette tenue par des bénévoles. Buvettes qui ne rapportent quasiment plus rien faute de spectateurs. Bernard Laporte a fort habilement sorti les violons pour encenser le rugby amateur afin d’être élu président de la fédération. Maintenant qu’il a réussi à retarder d’une heure le match diffusé le dimanche après-midi, Laporte ne semble plus décidé à bouger et continue à cautionner un système où la Ligue et Canal plus s’essuient les pieds sans vergogne sur le rugby des villages. Alors que tout le monde sait que la bonne santé du rugby français passe par le dimanche réservé aux amateurs, sous peine de voir tout l’édifice s’écrouler.

On peut vivre une très belle histoire d’amour pendant des années, avant de succomber un jour sous les coups de son conjoint, dans l’indifférence de ses voisins. En vingt ans, Canal plus a magnifié le rugby pour mieux l’assassiner au final. Mais visiblement ce fait-divers sordide laisse tout le monde indifférent. »

Le Rugby Club de Drancy 

« Lorsqu’il jouait troisième ligne avec les espoirs du CASG, Benjamin Périé n’était pas du genre à s’échapper. Devenu président du club de Drancy, un petit poucet de la fédérale 2 avec 400 000 euros de budget annuel quand certains de ses rivaux dépassent allègrement le million d’euros, l’ancien joueur, contrairement à plusieurs de ses homologues, fonce dans le tas sans hésitation : « La Fédération ? Elle ne t’apporte aucune aide et ne fait que te pomper du fric, que ce soit pour les licences ou pour les cartons subis par les joueurs » Et au cas où l’on n’aurait pas bien compris, Benjamin Périé rajoute un solide raffut : « La Fédé sanctionne et ponctionne. C’est son seul rôle dans la vie d’un club ». Et de multiplier les exemples : « Nous n’avons aucune aide… Rien de rien… À nous de nous débrouiller seuls. L’arbitre qui vient diriger le match te coûte 90 euros et si tu veux deux arbitres de touche neutres, ce qui n’est pas un luxe en Fédérale 2, c’est toi qui les paie. »

Amigorena dénonce le mensonge de la directrice du Palais

Tous les moyens ne sont pas bons en politique. François Amigorena est scandalisé par la façon dont Cécile Pascouau a menti au conseil municipal. Il nous écrit.

« Le 28 septembre dernier, les membres du Conseil Municipal de Biarritz étaient réunis en Commission Générale afin d’obtenir des informations relatives au projet concernant l’Hôtel du Palais. Pour ce faire, étaient également présents ce soir-là les représentants des différents cabinets de conseil et d’avocats ayant assisté le maire sur le dossier, quelques fonctionnaires communaux et la directrice de l’Hôtel du Palais.

Et dans le cours d’une réunion qui a duré près de cinq heures, c’est cette dernière qui a semé un vent de panique parmi les élus biarrots en déclarant, je la cite : « nous n’avons plus de trésorerie », et « d’ici un mois, un mois et demi, nous ne pourrons plus payer », ce dont la trentaine de personnes présentes ce soir-là peut témoigner.

Cécile Pascouau, directrice du Palais (Photo Sud Ouest)

Cette affirmation incroyablement alarmiste a bien évidemment provoqué une inquiétude compréhensible des élus présents et a beaucoup fait pour accréditer la thèse de Messieurs Veunac et Lafite selon laquelle leur projet pour le Palais est le seul possible et qu’il y a une urgence absolue à le mettre en œuvre immédiatement.

Les sous-entendus de cette thèse, répétée à l’envi tel un mantra depuis des mois sont clairs : les opposants au projet du maire et de son premier adjoint sont des irresponsables qui mettent en péril l’existence même du Palais et les emplois de son personnel.

Quelle directrice croire ?

Et les propos de la directrice ont été très efficaces en ce sens : certains élus, pourtant fermement opposés au projet jusque-là, ont été sérieusement ébranlés dans leurs convictions. Pourtant, le 9 octobre dernier, soit 11 jours à peine après la Commission Générale, la même directrice de l’Hôtel du Palais déclarait à Sud Ouest : « la trésorerie du Palais est de 6 millions d’euros. Il n’y a pas de risque financier. » Mais alors quelle directrice croire ? Celle qui le 28 septembre agite le spectre effrayant d’une faillite à court terme de l’hôtel, ou celle qui, quelques jours plus tard, se veut totalement rassurante ?

Selon mes informations, la deuxième affirmation est la seule vraie et la trésorerie du Palais s’établit actuellement aux environs de 6 millions d’euros, ce qui est cohérent avec ce que je connais du cycle financier de l’hôtel après en avoir été administrateur pendant 4 ans. En effet, à cette époque de l’année, après la haute saison, le niveau de trésorerie habituel de l’hôtel est de l’ordre de 8 millions d’euros.

La Socomix, la société d’exploitation du Palais, a dû cette année faire face à des dépenses exceptionnelles :

– 550 000 euros de frais d’enregistrement pour le bail emphytéotique (sic)

– vraisemblablement plus de 600 000 euros d’avance à Eiffage pour la tranche 2 des travaux de rénovation (oui, vous avez bien lu, le Conseil Municipal ne s’est pas encore prononcé, mais on consent déjà des avances à Eiffage !!!)

– plus de 2 millions d’euros d’honoraires (cabinets de conseil, avocats, etc.)

Il est donc logique qu’il reste environ 6 millions d’euros disponibles dans les caisses.

La première question qui se pose alors est la suivante : ces 6 millions d’euros sont-ils suffisants pour assurer l’avenir de l’Hôtel du Palais à court terme ?

La réponse est définitivement oui.

Pourquoi ce mensonge effronté ?

Les dépenses incompressibles de l’hôtel fermé à partir du 18 octobre prochain s’établissent à hauteur de 500 000 euros par mois. Pas besoin donc d’être diplômé d’une grande école de commerce pour comprendre que 6 millions d’euros de trésorerie disponibles suffisent à tenir le choc sans problème pendant une année complète.

La trésorerie réelle du Palais permet donc de prendre le temps d’envisager sereinement d’autres options, contrairement aux allégations de Messieurs Veunac et Lafite et il n’y a aucune urgence réelle à adopter le projet qu’ils présenteront au Conseil Municipal du 15 octobre.

La seconde question – de loin la plus dérangeante et toujours sans réponse aujourd’hui ! – se formule ainsi : pourquoi la directrice du Palais a-t-elle effrontément menti aux élus représentants des Biarrots et ainsi instrumentalisé leurs craintes légitimes de voir l’hôtel acculé à une illusoire faillite prochaine ?

La réponse est bien évidemment dans la question. »

François Amigorena

NDLR : Les titres et intertitres sont de la rédaction.

 

 

 

 

Streeteo, risée de Paris et bientôt de Biarritz ?

Fumeur de cannabis, conducteur sans permis, ex-délinquant, Streeteo a recruté n’importe qui pour rançonner les automobilistes parisiens… Et ces recrues font évidemment n’importe quoi !

Quand on regarde la page Internet, on pourrait presque croire au sérieux de la société…

Une fois de plus les génies définitifs qui nous gouvernent à Biarritz, ont décidé de matraquer d’abord et de réfléchir ensuite ! Tous ces bons apôtres du civisme qui, notez-le, bénéficient d’une carte gratuite de stationnement et n’hésitent pas comme le maire à abandonner leur véhicule sur le trottoir devant chez eux, n’ouvrent à l’évidence jamais un quotidien national. Car ils se seraient aperçus que la société à qui ils ont confié le racket des automobilistes de la Ville est plus que décriée à Paris. « À croire qu’ils ont recruté les deux cents premiers à la sortie de taule ! » affirme un policier au quotidien « Aujourd’hui » (24/1).

Dès son élection de maire, Michel Veunac, grand spécialiste du stationnement sauvage, n’a pas hésité à garer son véhicule sur un trottoir devant chez lui. C’est beau, le sentiment d’impunité!

En effet les nouveaux cow-boys de Streeteo verbalisent à tour de bras, y compris les handicapés, les médecins avec caducée sur le pare-brise ou même… des voitures de police stationnées sur des places réservées. « C’est de l’incompétence ! », fulmine Yves Assioma du syndicat Alliance Police.

Alors, comme les policiers parisiens peuvent être parfois très joueurs, ils ont lancé une opération appelée « Chasse au pokémon. Attrapez-les tous ! » où ils épluchent systématiquement le passé des nouvelles recrues de Streeteo. Et ce n’est pas triste ! Quelques fichiers S, des anciens délinquants reconvertis en chasseurs d’automobilistes et même, parmi les Streeteo au volant, un chauffeur sans permis de conduire et deux contrôlés positifs au cannabis.

http://www.20minutes.fr/paris/2208147-20180124-paris-racket-harcelement-opposition-monte-creneau-contre-reforme-stationnement

Sans compter tous les bugs de fonctionnement au moment de payer l’amende. Au point qu’Anne Hidalgo en personne s’est émue de la situation.

https://www.marianne.net/societe/stationnement-paris-sous-une-pluie-de-pv-et-de-bugs-au-moment-de-payer-l-amende-fps

Des parcmètres trop éloignés

Un exemple parmi tant d’autres, rue Étienne Ardoin où le parcmètre est caché derrière un renfoncement et pas facile à trouver.

Rien ne prouve qu’à Biarritz, le recrutement effectué par Streeteo soit aussi approximatif, mais pour avoir observé depuis quelques jours le comportement de ces nouvelles terreurs du bitume, plus rapides à verbaliser que Lucky Luke à défourailler, il ne fait aucun doute que la mairie va devoir très vite revoir sa copie sous peine d’une fronde majeure. Si nos élus payaient comme tout le monde leur stationnement, ils auraient noté que les parcmètres sont parfois fort éloignés de l’emplacement de stationnement, voire même dans une rue voisine. Mais, dans leur volonté de racketter l’automobiliste biarrot, et de faire rentrer de l’argent dans les caisses de la Ville pour financer de somptueuses réussites comme la Cité de l’Océan, aucun n’a remarqué un petit détail : le temps de scanner la plaque minéralogique d’un véhicule et de dresser contravention prend trente secondes maximum à un agent Streeteo. C’est-à-dire beaucoup moins que le temps nécessaire au malheureux automobiliste biarrot pour dénicher un parcmètre en état de marche, taper son numéro d’immatriculation et obtenir son ticket. D’où ces contraventions totalement injustes, où l’automobiliste de bonne foi se retrouve verbalisé.

Ce zèle des nouveaux cow-boys a une explication. Toujours dans l’édition d’« Aujourd’hui » (24/1) une recrue raconte : « Quand tu n’as pas réussi à faire tes 400 voitures, le chef te dit « Si ça continue, tu n’auras pas ta prime ». Édifiant, non ?

Une méconnaissance des contraintes des commerçants

Si vous voulez comprendre pourquoi cette décision municipale est absurde et scandaleuse, lisez le dossier très complet publié sur le sujet par le blog « The Blond Biarrote ».

https://blondbiarrote.wordpress.com/2018/01/24/mobilisation-contre-laugmentation-du-prix-du-stationnement-a-biarritz/.

Nos élus qui se voient souvent beaucoup plus grands qu’ils ne le sont à force de fréquenter à l’Hôtel du Palais le gratin politique du moment, n’ont pas compris que Biarritz n’est pas Bordeaux ou Paris, où les possibilités de transports en commun sont nombreuses.

Le témoignage de Sonia, patronne du Bar’bu, que Michel Veunac doit rencontrer aujourd’hui avec une délégation de commerçants mécontents, est tout à fait édifiant. Habitante de Pétricot, elle n’a pas droit à une carte mensuelle de résidente puisqu’elle vit dans une zone de stationnement gratuit. Et quand elle vient travailler avec son véhicule, car il est difficile de faire autrement pour un commerçant qui a toujours des marchandises à déposer, elle a l’obligation sous peine d’amende de déplacer son véhicule toutes les trois heures. Et ses clients, pendant ce temps, ils patientent ?

https://www.change.org/p/association-du-non-%C3%A0-la-nouvelle-politique-de-stationnement-%C3%A0-

Dimanche soir, une pétition contre la politique de stationnement imaginée par la mairie avait déjà recueilli plus de 5000 signatures. Courageux mais pas téméraire comme on le connaît, notre Michel Veunac va certainement distribuer les bonnes paroles, tenter de gagner du temps, avant de faire machine arrière sur les injustices les plus criantes. Mais que d’énergie gaspillée, de temps perdu et de mépris abyssal des Biarrots.

… Vivement 2020 ! Vivement l’arrivée d’un maire digne de ce nom qui ne signera pas n’importe quoi avec n’importe qui !

POUR SIGNER LA PÉTITION :

biarritz?utm_medium=email&utm_source=petition_signer_receipt&utm_campaign=triggered&j=229263&sfmc_sub=201120117&l=32_HTML&u=41927553&mid=7233052&jb=374197

Une liste de non verbalisables ?

Selon plusieurs sources, Streeteo aurait reçu un listing informatique d’une centaine de véhicules à ne verbaliser en aucune circonstance à Biarritz. Nul doute que Michel Veunac va se faire un plaisir de communiquer à Bisque, Bisque, Basque ! la liste nominative des heureux bénéficiaires. À moins que ce blog ne demande pas son avis au maire comme il l’a fait pour les écuries de Bigueyrie…

La dure condition du godillot

Lettre ouverte à Laurent Ortiz qui vient de prendre ses distances avec Guy Lafite et de quitter le groupe « Esprit Biarritz », tout en conservant précieusement ses mandats.

Laurent Ortiz a les épaules solides, mais la démarche politique hésitante.

Mon cher Laurent,

Pardonne-moi ce tutoiement alors que nous ne nous connaissons pas. Comme je te regarde à l’occasion de chaque conseil municipal, j’ai vraiment le sentiment que tu fais partie de mon paysage familier. Certes, tu n’es pas le plus volubile des conseillers municipaux et l’aumône de la parole t’est rarement accordée par ceux qui dirigent la ville aujourd’hui. Mais comme tu as un visage expressif et du mal à cacher tes sentiments, ce qui est un défaut en politique mais une qualité dans la vie courante, je me suis souvent amusé, lorsque le caméraman municipal condescend à accorder quelques secondes d’image aux godillots de la majorité, à détailler tes colères rentrées, tes indignations et tout ce que tu endures depuis 2014. Et j’ai constaté, Laurent, que tu avais souvent la fumée qui sortait des oreilles, lors des conseils municipaux, ce que je comprends sans peine.

Alerté par Sud Ouest (20/1), j’ai lu avec beaucoup d’intérêt ton texte sur ta page Facebook où tu annonces, ce qui est à ton honneur, que tu vas te « positionner aux côtés de tes amis d’enfance », plutôt qu’aux côtés de cette majorité improbable qui tire à hue et à dia depuis des mois. J’ai aussi scruté ton interview dans Mediabask et je dois reconnaître, malgré la sympathie que j’éprouve pour ta démarche, que j’ai souvent eu le sentiment de me retrouver dans le journal intime d’un puceau venant de découvrir les joies de la chair et vivant son premier chagrin d’amour.

L’illusoire équipe municipale

Voilà bientôt quatre ans que tu as été élu et je suis surpris que tu aies mis aussi longtemps à comprendre. Que pouvais-tu attendre d’une majorité aussi improbable composée de centristes, de transfuges de l’UMP, de gens de gauche et d’abertzale ? Comme le guetteur devant une banque, tu as contribué à ce que des braqueurs sans convictions ni programmes s’emparent de la Ville et des avantages sonnants et trébuchants qui vont avec. Et, depuis, comme il n’y a ni grand timonier, ni programme, ni envie de faire ensemble, tu manges régulièrement ton chapeau, obligé que tu es au nom d’un illusoire pacte de la majorité, de voter comme ton groupe, que ce soit sur l’EPCI ou le confortement des falaises de Marbella. Tu n’as pas un peu le sentiment d’avoir été le dindon de la farce électorale ?

Lafite sera toujours Lafite

Accablé par ton récent chagrin d’amour, tu sembles aussi découvrir qui est le vrai Guy Lafite : « Il n’y a au sein du groupe aucune place pour le débat, pour la concertation. Nous devons obligatoirement penser comme lui », affirmes-tu à Mediabask. Mais comment se fait-il que tu sois le dernier à découvrir ce que tout le monde sait à Biarritz ? Lafite est insupportable d’arrogance et n’a l’esprit d’équipe que lorsqu’il a besoin qu’on roule pour lui. S’estimant d’intelligence supérieure, il ne cache jamais son mépris pour la base et les demeurés qui peuplent sa liste. Tu étais un de ces godillots de la majorité, Laurent, un de ces pions à qui on demande de la fermer et de marcher au pas. François Amigorena, qui était le plus à même de faire de l’ombre à l’énarque vaniteux en a fait les frais le premier, il était normal que ton tour arrive un jour. Bienvenue en politique !

La parole libre devrait être la norme

Ensuite, tu annonces, comme quelqu’un qui prépare un exploit retentissant, que tu vas rester « fidèle à tes amis d’enfance » et retrouver ta « liberté de parole et de vote ». L’ancien rugbyman que je suis, fort de deux décennies de plus que toi, te dira que l’amitié est une vertu suprême et que rien ne doit mettre en péril son lien avec ses amis. Je t’approuve donc pleinement. Mais tu ne te sens pas un peu gêné aux entournures quand tu annonces que tu vas voter librement ? Tu es donc en train de nous dire que depuis quatre ans, la majorité municipale vote « aux ordres » ? Figure-toi que cela s’est vu. Est-ce qu’un conseil municipal ne devrait pas être une assemblée de « sages » où chacun dans son désir de servir au mieux la ville exprime en toute simplicité ses convictions au lieu de se plier au diktat d’une majorité municipale plus préoccupée par ses intérêts que par les citoyens ? Si tu as obtenu des suffrages, c’est pour que tu donnes ton opinion, je te le rappelle, et non pour devenir le porte-serviette des Veunac ou Lafite. Il est vraiment dommage de constater qu’il t’a fallu presque quatre ans pour le comprendre.

Casser les chaînes, toutes les chaînes

Ligoté à ton fauteuil municipal, tu as décidé de te libérer et tous les amoureux de la vie publique ne peuvent que s’en réjouir, tant le fonctionnement de cette majorité municipale, où les coups-fourrés succèdent aux défections, pose problème. Malheureusement, si tu as réussi à retrouver le contrôle d’une main, tu as gardé tes entraves et tes boulets aux pieds, comme tu l’avoues toi-même avec une certaine ingénuité dans ta page Facebook : « Je reste toujours membre de la majorité municipale tout en continuant avec engagement et respect ma délégation aux Sports de glisse, mes mandats au sein de l’Agglomération Pays basque et de l’Association nationale des Elus de Sport ».  Et tu crois nous faire plaisir en te drapant dans tes mandats que, bien entendu, tu poursuis par pur dévouement ? Tu penses sincèrement que tes nouveaux amis Veunac et Lafite vont te faciliter la vie auprès des surfeurs et te laisser briller ? En politique, encore plus qu’ailleurs la demi-mesure est impossible. En 2008, mon épouse s’est retrouvée élue de l’opposition. Peu après le parti socialiste lui a demandé de devenir porte-parole en remplacement de Galery Gouret-Houssein. Avant d’investir Guy Lafite (encore lui !) aux départementales de 2010, alors qu’il fricotait avec Borotra dans la majorité. Tu crois que mon épouse est restée en affirmant qu’elle voterait librement dans l’intérêt des Biarrots ? Elle est partie immédiatement, cédant sa place à Bernard Ithurbide, et j’admire sa façon de faire de la politique.

La politique est l’activité humaine la plus cruelle qui soit. Je sais que ta peine est sincère, Laurent, ainsi que ta révolte, mais la liberté à moitié, ça n’existe pas. Tu n’aurais été crédible dans tes propos qu’en renonçant à tous tes mandats, quitte à te représenter en 2020 dans une liste qui te corresponde, avec des convictions encore plus établies. Là, comme tes amis, j’aurais dit chapeau ! Car entre nous, tu ne prends pas grand risque en conservant tes mandats, puisque Veunac, comme l’a démontré le conflit l’opposant à Nathalie Motsch dans l’affaire des écuries de Bigueyrie, n’est même plus majoritaire au sein de sa majorité et dans l’incapacité de retirer sa délégation à quiconque. Ce que tu fais en reprenant ta liberté tout en conservant tes mandats, n’a pas grand sens, Laurent, et ressemble juste à une posture.

Si tu es capable de percevoir au-delà des mots mordants la sympathie que j’éprouve pour toi, Laurent, partageons une bière et je te raconterai l’histoire d’un chanteur des années soixante-dix, Henri Tachan. Son héros affirmait : « Dans mon parti, Y’a qu’moi et c’est déjà l’merdier ! ». Assez prophétique, non, et tout à fait adapté à Biarritz ?