Un subtil parfum d’encre violette

Avec « Le journal d’un instit de campagne », Michel Darriet nous fait revivre l’époque où l’instituteur était le « curé laïc » de son village.

Allons, un homme capable d’installer sa propre photo et celles de ses collègues instituteurs sur un tir aux pigeons pour que les enfants se défoulent le temps de la fête scolaire, se saurait être tout à fait mauvais ! Si vous éprouvez une aversion définitive pour les produits industriels et préférez l’artisanat, si vos parents se remémorent encore avec nostalgie leurs enseignants d’école primaire, voilà le livre à offrir !

Admis à l’école normale de Dax en 1961, Michel Darriet évoque le temps où l’instituteur était un personnage incontournable de son village, sorte de curé laïc chargé de véhiculer les valeurs de la République et de donner l’exemple à tous et toutes par son implication.

Son premier poste aurait pu le vacciner définitivement de l’enseignement avec des débuts en très catholique terre vendéenne, là où l’animateur de l’école publique n’est pas toujours bien vu. Mais Darriet, avec sa joie de vivre et son sens de la fête a l’art de se faire des amis partout où il passe. Sa première inspection est un désastre puisqu’il récolte un 2 qui lui fait encore monter la colère aux oreilles. Heureusement pour lui l’inspecteur constatera que le jeune normalien est complètement livré à lui-même et ne s’opposera pas à ce qu’il revienne sur ses terres. À Ondres, Saint-Vincent-de-Tyrosse puis Tarnos, cet animateur inépuisable qui se donne pour mission de faire comprendre aux enfants le monde qui l’entoure, donnera la pleine mesure de ses capacités. Fanatique de football et de rugby, il animera des sections sportives multiples, présidera le comité des fêtes d’Ondres et multipliera les échanges avec d’autres établissements scolaires pour élargir l’horizon de « ses » gamins.

Avec toujours cette touche personnelle qui suscite, aujourd’hui encore, l’attendrissement de ses anciens élèves. À cette époque, l’instituteur chaque matin remplit les encriers des pupitres, et les enfants de primaire ont cours le samedi après-midi, à l’heure même où Pierre Albaladejo ou Claude Dourthe multiplient les exploits avec le maillot tricolore lors du Tournoi des Cinq Nations. L’ingénieux Michel Darriet va trouver la solution, en posant un pot de fleurs sur le téléviseur au moment où Roger Couderc s’empare du micro et en demandant aux enfants : « Dessinez ce que vous voyez ! »

Et même si on regrette que quelque cancre du dernier rang ne soit venu parfois bousculer un peu son écriture d’enseignant plus que parfait et y causer du désordre, on referme ce merveilleux « Journal d’un instit de campagne » avec une certitude : qu’est-ce qu’on aurait adoré avoir le père Darriet comme instituteur !

« Journal d’un instit de campagne », Michel Darriet, éditions Bookédition, 200 pages, 15 €.