Les évidentes contradictions de Macron

Diminuer d’un tiers les effectifs de l’Assemblée et du Sénat, pourquoi pas ? Mais si on introduit « une dose de proportionnelle », on en revient à la politique à papa.

500 000 euros dépensés pour transporter les parlementaires en autocar à Versailles et les transformer en plantes vertes, contraintes d’écouter la bonne parole jupitérienne pendant une heure et demie, c’est sans doute un peu cher, mais c’est bien connu, les économies sont toujours pour les autres. Sans la moindre illusion sur le nouveau président – qui en dehors du Medef réclame une réforme du Code du travail ? -, je n’en reste pas moins fasciné par la façon dont le trublion de la politique française communique, fait bouger les lignes et ringardise des hommes politiques comme François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Douanier peu convaincant après avoir été un contrebandier de première, le Béarnais devenu le chantre de la moralisation de la vie publique, s’est fait virer comme un débutant de son poste de ministre mais a voulu nous faire croire que les Palois lui manquaient. La vaste blague ! Quant à l’absence de cravate du leader de la France Insoumise, elle prête à rire et semble un peu courte comme programme d’opposition. D’autant plus que Mélenchon est habitué à porter une cravate au quotidien et qu’il l’ôte en franchissant le seuil de l’Assemblée nationale, ce qui est franchement grotesque.

Politiques à deux vitesses

Mais derrière ces anecdotes révélatrices, quel dommage que les médias se soient contentés de relayer le discours présidentiel d’Emmanuel Macron, sans souligner les contradictions qu’il recèle ! Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a surfé sur le mécontentement des Français à l’encontre de la plupart de leurs hommes politiques et a inventé un gadget, « la moralisation de la vie publique » qui lui a permis d’être élu. Alors, pour tenir ses promesses électorales, il annonce qu’il va réduire d’un tiers le nombre d’élus à l’Assemblée nationale et au Sénat et dans le même mouvement précise qu’il compte introduire « une dose de proportionnelle ».

Emmanuel Macron est suffisamment cultivé pour savoir à quel point ce qu’il propose est contradictoire. En dehors des symboles que sont les deux Chambres, pas un mot sur les assemblées régionales et départementales, elles aussi pléthoriques et qui mériteraient un sérieux dégraissage. Diminuer d’un tiers le nombre de parlementaires, c’est incontestablement diminuer le nombre d’amendements déposés, c’est simplifier le débat, c’est aller plus vite face à des lois qui ne voient jamais le jour faute de décrets d’application.

Mais introduire la proportionnelle, que ce soit à faible ou haute dose, c’est totalement modifier le jeu politique, puisqu’un certain nombre de leaders politiques n’auront plus à batailler pour être élus. Franchement, vous regrettez l’absence de Bayrou, Hollande, Juppé ou Sarkozy à l’Assemblée nationale ?

Créer des politiques à deux vitesses, les uns élus par cooptation, les autres grâce au suffrage universel, c’est professionnaliser encore plus un métier qui manque déjà singulièrement d’air. Et qu’on ne nous parle pas de la limitation à deux mandats, car le nombre de prébendes possibles est telle, qu’il restera très facile de faire toute sa carrière en politique en rebondissant d’un poste à l’autre. Surtout si on est sûr d’être élu sans avoir à quitter ses pantoufles et sans aller toucher le cul des vaches comme disait Chirac.

Plan B, comme barre-toi !

Fillon ne respecte même pas sa parole. Et vous voudriez qu’il devienne chef de l’État ? Réveillez-vous la droite, car vous conduisez le pays au désastre !

Pour prendre de court son calendrier judiciaire, François Fillon n’a plus qu’une issue : se faire élire par les Français. Mais c’est aux militants et aux ténors de la droite de dire stop, comme viennent de le faire Bruno Le Maire et l’UDI.

Si vous pensez encore qu’un candidat à l’élection présidentielle se doit d’avoir une morale supérieure à celle d’un citoyen ordinaire, si vous estimez qu’un mis en examen ne peut briguer aux plus hautes fonctions, si vous jugez qu’un parjure qui n’a cessé d’accumuler les mensonges ne peut être soutenu par un grand parti, alors vous ne vivez sans doute pas en France.

Tribun hors pair, Jean-Luc Mélenchon, après la triste conférence de presse du seigneur de la Sarthe, n’a pas manqué de se moquer, affirmant avoir presque de « la peine pour la droite qui mériterait un candidat présentable ». Un propos que je partage, car je pense à tous ces militants sincères qui rasent les murs actuellement, alors qu’ils désirent le meilleur pour la France, et tentent de se convaincre, sans arriver vraiment à y croire, que leur champion est victime d’un « assassinat politique ». Mais c’est surtout la deuxième phrase de Jean-Luc Mélenchon que je ratifie totalement : « La situation est malsaine, ce n’est pas bon pour la démocratie ».

Entre une candidate qui ne répond pas aux convocations du Parlement européen et un candidat qui est le seul à croire à un acharnement judiciaire, jamais le divorce entre la population et la classe politique n’a été aussi grand. Qui peut imaginer Fillon, devenu président de la République et demandant des efforts aux Français sans mettre la moitié du pays dans la rue ? Qui connaît une personne ayant travaillé vingt ans sans voir laissé la moindre trace de son activité professionnelle ? Qui peut admettre qu’un candidat qui annonce le 26 janvier qu’il se retirera s’il est mis en examen, décide de poursuivre envers et contre tous, au mépris de sa propre parole ?

Le Maire et l’UDI, les précurseurs

Bruno Le Maire est le premier ténor de la droite à clairement prendre ses distances, ce qui prouve qu’il vaut beaucoup mieux que ses prestations ratées lors de la primaire. L’UDI, malgré une promesse de soixante circonscriptions réservées, a décidé de suspendre son soutien à la campagne de Fillon. Pierre Lellouche, Catherine Vautrin ou le député des Ardennes Jean-Luc Warsmann viennent de faire de même. Mais d’autres par cécité, par petit calcul personnel, persistent et signent au mépris de l’intérêt du pays.

Pour les militants locaux, la fidélité ne doit pas aller jusqu’à la cécité.

Lorsqu’il a annulé sa visite matinale au Salon de l’Agriculture, et convoqué les ténors de LR, Fillon, qui venait d’apprendre sa mise en examen avec son épouse, était prêt à renoncer et avait téléphoné en ce sens à Alain Juppé, le seul plan B réaliste de la droite. Mais les Baroin, Longuet, Pécresse, Morano et consorts se sont récriés et ont réussi à renvoyer au combat un Fillon, plus acculé que jamais. A priori, après le piteux quinquennat de Hollande, cette élection était imperdable pour la droite, ce qui n’est plus du tout le cas avec l’affaire Fillon. Alors qu’une manifestation de soutien au jouisseur qui nourrissait grassement sa famille avec des emplois plus que suspects, est prévue dimanche place du Trocadéro, n’est-il pas désormais du devoir de tous les politiques et les militants de droite de demander à Fillon de quitter la scène électorale au profit d’un candidat qui les représentera mieux et ne fera pas rougir les Français de honte ?

Le calendrier est serré, mais les Français sauront se montrer indulgents pour le nouveau candidat de la droite face à des circonstances aussi exceptionnelles. Alors que, en continuant à soutenir l’indéfendable Fillon, en envisageant de voter pour lui, vous discréditez la classe politique et vous faites le jeu d’une Marine Le Pen… C’est ce que vous souhaitez ?

Les absolus primaires de la droite

Dans le temple de la boxe de la salle Wagram, les coups entre les candidats de la droite sont restés très retenus. Normal, sur la détestation du salarié, du prof ou du syndicaliste, tous sont d’accord…

Ah, le bon médicament que voilà pour tous ceux qui ont mal à leur gauche ou qui frisent la dépression pour cause de quinquennat décevant au possible ! Le deuxième débat de la droite se déroulait le 3 novembre, jour annoncé de la gentillesse, dans la salle Wagram, l’ancien temple de la boxe. Les sept candidats de la primaire de droite, en politiques roués, ont su à merveille alterner les vacheries fielleuses, l’autodérision teintée de pain au chocolat et les amabilités mielleuses, tout en retenant leurs coups. Mais si l’on oublie les petites phrases, les effets de manche préparés longtemps à l’avance par des équipes de gagmans salariés, et si l’on s’intéresse au fond, aux propositions formulées par ces Docteur Diafoirus du futur quinquennat, on se sent tout de suite beaucoup moins malades d’être de gauche.

Car derrière les différences de façade, Le Maire qui remet sa cravate pour faire moins moderne, Juppé qui ne dit mot pour entretenir l’illusion du vieux sage, Copé et Kosciusko décidés à se payer Sarko, et Fillon qui débite sa leçon qui n’intéresse personne, que retenir sur le fond ? Sept enfants gâtés, nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui affichent leur haine du salarié, ce fainéant trop payé, leur envie de casser du syndicaliste, la nécessité de plus de police, de plus de juges, de plus de places de prison pour remettre le pays sur ses rails. Et quand on en arrive au sujet-phare de la soirée, notre école en déliquescence absolue (à 22h50 et avec des réponses d’une minute ce qui démontre la stupidité incommensurable de l’exercice !) tous d’être d’accord, après avoir tapé sur les profs, pour préconiser le port de l’uniforme et le chant quotidien de la Marseillaise…

Un débat tous les trois jours s’impose…

Non mais, sérieux, vous croyez que c’est avec cette confondante absence d’imagination et ces règles du XIX e siècle que vous allez transformer le pays ? Et vous avez une équipe appointée autour de vous pour proférer des âneries de cette taille en public ? Et vous croyez qu’on a envie de vous voir diriger le pays avec une imagination aussi atrophiée ? L’école ne se limite pas au bonnet d’âne et aux coups de règle sur les doigts et j’aurais tellement aimé vous entendre parler nouveaux savoirs, détection des métiers d’avenir, recherche des compétences chez l’enfant, évolution des enseignants au cours de leurs carrières…

Après, soyons lucides, le médicament est tellement bon pour toutes les âmes en peine de gauche, ravies des litanies d’inepties proférées par cette droite ringarde au possible, que l’on se prend à regretter que le prochain débat des candidats de la primaire de droite ne se déroule pas avant le jeudi 17 novembre.

Si le médecin pouvait nous prescrire un euphorisant comme le débat de la droite tous les trois jours, on finirait presque par trouver des qualités à Hollande, ce qui, convenons-en, requiert tout de même un bel effort d’imagination…

Primaire de droite : le bal des ringards (1/3)

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Cinquante nuances de droite, peut-être, mais une haine commune du démuni, du salarié, du syndicaliste et un amour sans limite pour le patronat et la finance…

On ne remerciera jamais assez les sept candidats à la primaire pour le bonheur qu’ils ont apporté à tous les gauchers contrariés qui souffrent depuis 2012 d’avoir mis un bulletin en faveur du François-le-benêt qui nous dirige. « Je m’estime peu quand je m’examine, beaucoup quand je me compare » affirmait Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, dans ses bien nommés Contes cruels.

Si quelques désespérés de la gauche étaient avant l’émission momentanément tentés par une incursion à droite, nul doute que les cent cinquante minutes de pompeuses platitudes débitées, jeudi soir sur TF1 par la bande des sept ringards les auront définitivement détournés de ce projet.

Avec un Bruno Le Maire réactionnaire à souhait dont la seule modernité consiste à ne pas porter de cravate, un Alain Juppé pontifiant et redoutant la gaffe, une Nathalie Kosciusko-Morizet cramponnée à son joint de cannabis dépénalisé dans sa pathétique course à la modernité, un Sarko toujours plus agité et toujours plus convaincu d’être une victime de tous, un Jean-François Copé décidé à incarner à lui tout seul les douze salopards réunis et un François Fillon, capable d’endormir un congrès de notaires, on a parfois l’impression d’avoir affaire à la droite la plus bête du monde. Preuve de la faiblesse du casting, c’est le très à droite Frédéric Poisson, grand militant anti-mariage pour tous et pourfendeur de l’islam qui retient l’attention, ce qui situe le niveau.

Identité heureuse façon Juppé

Dans ce show pathétique où chacun dispose d’une minute pour répondre, ce qui est largement suffisant pour un buteur de Top 14 au moment de la transformation, mais peut-être un peu sommaire pour quelqu’un qui s’imagine un jour diriger la France, ce sont finalement les points communs entre toutes ces nuances de droite, beaucoup plus que les divergences, qui ont frappé le téléspectateur. Car lorsqu’il s’agit de fustiger les salariés, ces fainéants, ces profiteurs, ces assistés, tous se retrouvent, ont soudain l’œil qui luit et promettent d’en découdre.

Un mot, un seul, sur les patrons voyous ou exploiteurs ? Sûrement pas ! Sur ceux qui pratiquent l’évasion fiscale ? Toujours rien ! Sur les banques qui vont prochainement nous envoyer à nouveau dans le mur ? Ne soyons pas obscènes !

Et qu’est-ce qu’ils nous promettent ces beaux messieurs et cette belle dame pour 2017 ?

Un impôt unique à 23,5% (NKM), la suppression de l’ISF (tous ou presque) et autres risettes fiscales pour les plus riches. Et pour les salariés, pour ces nouveaux-pauvres qui n’arrivent pas à survivre malgré leur travail ? Le passage aux 39 heures sans contrepartie pour presque tous grâce à des accords d’entreprise où les plus mal défendus ne pourront qu’opiner, la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires et de 400 000 emplois aidés pour Bruno Le Maire, ou pour Alain Juppé, qui doit sans doute classer cette mesure dans la rubrique « L’identité heureuse », la limitation à deux mandats pour les délégués syndicaux et l’obligation de consacrer 50% de leur temps de présence au travail. Un programme que les politiques devraient s’appliquer d’abord à eux-mêmes, car, s’ils se limitaient à deux mandats et allaient de temps en temps faire un tour dans la vraie vie en quittant les ors ministériels, ils diraient moins de bourdes à la télévision.

Oui, décidément, il y a des soirs où on est heureux d’être de gauche !

Demain

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité (2/3)

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/15/primaire-de-gauche-si-hollande-avait-un-peu-de-dignite-23/

Pauvre Virginie, sacré Bruno!

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Sympathique mais pas très charismatique, Virginie Calmels, cramponnée à son pupitre, a paru bien tendre en comparaison de Bruno Le Maire : taper à bras raccourcis sur les socialistes, ne suffit pas à faire un programme.

Si « L’exactitude est la politesse des rois« , Virginie Calmels et Bruno Le Maire, venus en meeting, le 20 octobre à Anglet, et arrivés avec 45 minutes de retard, montrent qu’ils ont encore des progrès à faire, avant d’être à la hauteur du titre suprême qu’ils convoitent chacun de leur côté. Dans la salle des fêtes, bondée comme jamais, et où une bonne partie de l’assistance a dû rester debout,  l’ex-ministre de l’Agriculture se met immédiatement le public dans la poche en expliquant son manque de ponctualité par un nouvel excès de vitesse, en racontant ses stages réguliers pour retrouver des points de permis ou en révélant les moqueries d’un moniteur lui disant « Avant, vous aviez les motards devant et maintenant, vous les avez derrière!« . Sans doute un peu grisé par les applaudissements, Bruno Le Maire ira même jusqu’à se contredire, quelques instants plus tard, en affirmant qu’il était installé avant le meeting, dans le bureau de Claude Olive, en vacances cette semaine, et que le lieu lui a paru tellement confortable qu’il allait briguer la mairie d’Anglet et renoncer à un mandat national, « ce qui fera sans doute plaisir à certains« .

Mais le public des ex-UMP, devenus républicains (… Je ne m’y ferai jamais à ce détournement d’un des plus beaux mots de la langue française au profit d’un parti!) est bon enfant et décidé à applaudir à tout rompre le moindre propos proféré par la candidate aux régionales ou par le candidat aux primaires de la droite.

Virginie Calmels ouvre le bal des discours. Si l’on se réjouit de voir arriver de nouvelles têtes en politique, si l’on ne veut surtout pas être taxé d’antiféminisme primaire, disons-le clairement, le discours de Virginie, sympathique, énergique, mais tellement primaire, relève pour le moment du cours élémentaire deuxième année et d’une mention « appliquée, mais peu douée. Peut mieux faire »… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne réussira pas un jour.

Petites roueries pour public conquis

Calmels Le Maire

Ce n’était pas très difficile, mais Bruno Le Maire, par son talent oratoire, par son sens de l’anecdorte, s’est mis toute la salle dans la poche.

Pas encore de programme officiel, puisque la liste n’est définitive que depuis le matin, mais quelques roueries pour récolter des applaudissements enthousiastes. Des remerciements interminables à toutes les personnalités locales présentes, des attaques en piqué sur le gouvernement socialiste « On en a marre de travailler dur et de subir le matraquage fiscal des classes moyennes« , une évocation systématique de son parcours dans l’entreprise -comme si la fréquentation d’Endémol ou de Canal + permettait d’affirmer qu’on est dans la vraie vie!- et une affirmation catégorique : « Il nous faut des élus neufs, volontaires, courageux » Suivez mon regard!

Virginie Calmels se moque ensuite d’Alain Rousset « Jamais invité sur les plateaux télé« , contrairement à elle, (voilà un critère probant quand on sait à quelle vitesse la télé brûle ce qu’elle a adoré!), avant de balancer des promesses tous azimuts en direction des chômeurs, des jeunes, des femmes, du patrimoine (« en commençant par la rénovation de nos églises »), des agriculteurs et des artisans. N’en jetez plus!

« Aliénor » en rosit de plaisir

Tandis que Virginie Calmels se rassoit, on se dit que les organisateurs n’ont peut-être pas eu une bonne idée de réunir dans le même meeting Virginie Calmels et Bruno Le Maire. Un peu comme une maman, trop aimante, qui, pour fêter la victoire de son fils, capitaine de l’équipe minime de rugby d’Ustarritz, demanderait à Sébastien Chabal de venir passer une tête dans les vestiaires. À qui va-ton s’intéresser?

Ce que l’on pressent, arrive. Tandis que Calmels est laborieusement restée scotchée derrière son pupitre, Le Maire s’empare du micro, déambule dans l’allée centrale, joue la complicité avec la foule, multiplie les anecdotes de proximité qui font chavirer de bonheur la salle. Et ça, du talent oratoire, il en a, l’ancien élève de Normal Sup! Et contrairement à Nicolas Sarkozy, qui aux dernières nouvelles n’est toujours pas venu à bout de « La Princesse de Clèves« , il n’écorche pas la langue française.

Se sachant en famille, Bruno Le Maire ne recule devant aucun effet de manche pour galvaniser la foule et l’inciter à distribuer des tracts pour « cette dernière bataille territoriale avant la grande bataille nationale ». Après un couplet sur le cumul des mandats qui déchaînera la foule, Le Maire assène « Voter pour le FN, c’est mettre un bulletin de vote pour le PS ». Avant d’oser comparer Virginie Calmels, qui en frétille de plaisir sur sa chaise, à Aliénor d’Aquitaine et de souhaiter que la candidate aux Régionales devienne « reine d’Aquitaine, reine de Poitou-Charentes et reine du Limousin ».

Une reine qui,  après avoir bien insisté sur le besoin d’élus neufs, aura tout de même un mot pour « ceux qui, comme Max Brisson, ont accepté le jeu du renouvellement et ce n’est pas toujours facile« . Debout contre un mur, même pas convié à s’asseoir avec le gratin politique régional, Max Brisson a péniblement opiné, mais pour le « volontaire écarté d’office » la pilule a visiblement du mal à passer.

Et pendant ce temps, j’ai même vu des républicains de Biarritz, venus pour la réunion, rire sous cape…

Non, n’insistez pas, je ne vous donnerai pas les noms!

Tout-pour-ma-gueule a encore sévi !

Sarko toutpour magueule

Franchement, vous avez envie d’en reprendre pour cinq ans avec lui en 2017 ?

Ah ça, il n’y a pas une caméra de télé qui ne nous a épargné l’image des militants venant, samedi dernier à La Villette, avec un sandwich pour assister au congrès fondateur des Républicains, ce merveilleux mot de la langue française que l’ex UMP vient de s’approprier sans vergogne. Comme si la présence d’un simple jambon-beurre dans la besace du militant de base pouvait suffire à exorciser le bling-bling façon congrès du Bourget, avec le niaiseux « Merci mon papa » du petit Louis, ou à faire oublier la kyrielle de casseroles judiciaires que continue de se trimballer l’ex président de la République, qui voit ses anciens affidés partir un à un en garde à vue.

Et ce congrès qui se voulait d’un coût modeste – 500 000 € selon les organisateurs -,  l’a effectivement été… question assistance. 20 000 personnes attendues, et 7 000 en réalité. Pour le reste, Nicolas Sarkozy a été à la hauteur… si l’on peut dire, en plastronnant à tout va, en balançant des horreurs sur tous ses petits camarades et en se gardant bien d’esquisser le moindre geste quand sa garde rapprochée a sifflé les allocutions d’Alain Juppé ou de Bruno Le Maire. La modestie, c’est pour les autres et il est clair que, à l’image de l’ancienne UMP, la nouvelle machine de guerre dénommée Les Républicains doit désormais être au service exclusif de notre matamore de pacotille, qui veut nous jouer « Nicolas II, le retour« .

Alors que son parti doit encore aux banques 69 millions d’euros et cherche à renégocier sa dette, Nicolas Sarkozy continue à dépenser sans compter. Quatre jours avant le congrès, il s’était offert un meeting au Havre… en jet privé. La capitale se trouvant à moins de deux cents kilomètres, les militants apprécieront avec quel soin le président de leur mouvement utilise l’argent du parti avec cette plaisanterie à 3200 € la soirée. Sans compter la voiture qui a fait le trajet pour les menus déplacements en ville de Monsieur.

Et l’homme à la classe naturelle qui vient d’annoncer cette semaine, à propos du président du MoDem :  » De toute façon, le bègue, je vais le crever « , d’argumenter dans Le Canard enchaîné (3 juin) à  propos de son escapade en avion : « Je ne voulais pas aller me faire chier pendant deux heures en bagnole. je voulais pouvoir bouffer tranquillement dans l’avion de retour sans m’en foutre partout. De toute façon les militants n’en ont rien à faire. ce sera sans conséquence« .

Bel aveu! Si le nouveau président des Ripouxblicains, pardon des Républicains, n’est pas prêt à faire deux heures de bagnole pour aller rencontrer les militants, il ferait peut-être mieux d’oublier l’élection présidentielle de 2017 et de s’installer définitivement avec Carla au Cap-Nègre…

Et comme amuseur public, on le laissera bien volontiers aux gens du Var !

Les militants UMP auront ce qu’ils méritent

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Cette détestable façon de passer la main dans le dos, si typiquement sarkozyenne…

Ainsi donc, voilà un homme qui a ruiné l’UMP, pendant sa campagne électorale de 2012, avec plus de 10 millions d’euros évaporés dans des officines douteuses comme Bygmalion. Un homme, qui, malgré ses conférences mondiales à 100 000 euros les deux heures, n’a pas hésité à faire appel à la générosité publique des militants pour rembourser la dette. Un homme qui, fraîchement élu à la tête de l’UMP, retrouve soudain après deux ans de recherche son chéquier au fond de son armoire, pour verser 363 000 euros à son parti, une aumône qui doit correspondre à l’argent de poche d’une semaine pour la famille Sarkozy-Bruni.

Ainsi donc, voilà un homme que l’on entend arriver à un kilomètre à la ronde, tellement il traîne de casseroles judiciaires : Bygmalion, déjà cité, mais aussi le financement libyen de sa campagne de 2007, le trafic d’influence avec le magistrat Gilbert Azibert, les sondages de l’Élysée, l’affaire Tapie, les dessous de table de Karachi. Pas de doute, avec cet homme, on va souvent parler de l’UMP à la rubrique judiciaire, mais est-ce une bonne nouvelle pour ce parti, au moment où les Français font si peu confiance à leurs hommes politiques?

Ainsi donc, voilà un homme qui s’affirme l’autre jour devant Claire Chazal « calme et apaisé »,  avant, contrarié par trois questions anodines, de crisper les mâchoires de colère et de multiplier les tics nerveux, tandis qu’il annonce viser la présidence de l’UMP (Imagine-t-on Charles de Gaulle, après son départ, postuler au ministère des Sports ?). Un homme qui roule des mécaniques, mais se dégonfle devant deux cents cinglés anti mariage pour tous, un homme qui devient fou de colère en découvrant son score minable, dimanche soir, et les presque 30% réussis par Bruno Le Maire. Et l’on croit volontiers « Le Canard enchaîné » (3/12), quand il rapporte ses insultes : « Dans un parti, quand il y a un grand favori, n’importe quel couillon peut faire 30%. (…) Bruno, c’est du pipeau. Il finira en slip kangourou. » Mais alors, pourquoi diable les sarko boy’s avaient annoncé un score à plus de 80% ?

Oui, décidément oui, question pardon des offenses, ces électeurs et électrices de l’UMP, tellement heureux de la victoire de leur favori, méritent vraiment une admiration sans borne pour avoir voté à 64,5% en faveur de Nicolas Sarkozy !

Le petit caporal passe ses troupes en revue

Il paraît, mais j’ai peine à le croire, que les caméras n’existaient pas en mars 1815. Lundi 1er décembre002 Sarko, le retour de l'île d'Elbe 2014, presque deux cents ans plus tard, j’avais pourtant vraiment l’impression de revivre, en direct du siège de l’UMP, le retour de l’île d’Elbe de Napoléon 1er. Même manteau lui battant les chevilles, même façon dès huit heures du matin (« Je travaille, moi, monsieur ! ») de brasser de l’air, de sur-jouer la cordialité, d’accueillir des visiteurs et de les adouber ostensiblement devant témoins, tandis que les intéressés gênés, avaient visiblement du mal à montrer leur joie avec ce cadavre fraîchement sorti du placard. Grand moment comique au moment du départ de l’UMP de Bruno Le Maire, car Dame nature lui a généreusement accordé les centimètres que Sarkozy n’a pas. Mais qu’à cela ne tienne : notre petit caporal, hissé sur ses talonnettes, a tout de même réussi devant les caméras, à poser sa main sur l’épaule de son rival, au lieu de vérifier s’il portait bien le slip kangourou qu’il lui avait promis la veille. Franchement, c’est à cet homme que vous voulez confier les rênes de la France ?

On se souvient comment s’est terminé l’aventure de cent jours de notre premier empereur et on peut se demander si le même destin n’attend pas notre nouveau Napoléon.

Tous cocus et contents

Pour le moment, tout le monde se frotte les mains après cette élection. François Hollande, qui est vraiment le seul à croire en ses chances, est persuadé qu’il l’emportera en 2017 s’il est opposé à Nicolas Sarkozy. On ne voit pas comment, mais c’est beau l’espoir ! L’ancien président de la république et époux de Carla Bruni sait de son côté que cette conquête de l’UMP va bien lui faciliter la vie. D’un tempérament tenace, et habitué à mordre aux mollets tous ceux qui oseraient s’approcher de son pré carré, il va rebaptiser le parti et s’organiser une petite primaire sur mesure. On souhaite bien du plaisir à Alain Juppé, à François Fillon, ou même au président du MoDem François Bayrou,  pour arriver à faire entendre leurs petites musiques face à la grosse caisse de Neuilly ! Quant à Marine Le Pen, confrontée à la gauche la plus nulle du monde et à la droite la plus bête de l’univers, elle peut en rajouter à plaisir sur l’UMPS, multiplier les déclarations poujadistes et réserver d’ores et déjà son ticket pour le second tour des élections présidentielles de 2017.

Au final, c’est la France, une fois de plus, qui va dérouiller, faute d’un rassembleur capable de mobiliser tout le monde au moment d’effectuer les réformes dont ce pays a désespérément besoin. En 2002, Chirac a raté une occasion historique de réconcilier tous les Français, de gauche comme de droite, après sa victoire contre Jean-Marie Le Pen. Quinze ans après, le scénario pourrait être fort semblable. En l’état actuel de déliquescence du gouvernement socialiste, il est fort à craindre qu’il n’y ait pas de candidat de gauche au deuxième tour et que le duel final oppose Marine Le Pen au ténor désigné par l’UMP. C’est donc à gauche et non à droite que se jouera cette élection, pour que le pays reste gouvernable. On traînera des pieds, mais les républicains de gauche, faute d’un Besancenot ou d’un Mélenchon en position éligible, voteront si un Bruno Le Maire ou un Alain Juppé se retrouve face à Marine Le Pen. Mais que cela soit clair : les mêmes iront à la pêche à la ligne en cas de duel Sarkozy-Marine. On ne choisit pas entre la peste et le choléra.