L’éviction méritée de Cécile Duflop

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Battue dès le premier tour de la primaire des Verts, Cécile Duflot ne trouvera sans doute pas grand monde pour la regretter.

C’est l’histoire d’un naufrage personnel et collectif, l’histoire d’un réel talent qui a troqué ses convictions politiques contre un plat de lentilles, même pas bios. À 41 ans, Cécile Duflot, qui avait passé son tour en 2012, en laissant sa place à Éva Joly, avait toujours dit qu’elle serait de la partie présidentielle en 2017. Les maigres électeurs ayant participé à la primaire des Verts (à peine 12 000, soit 0,02% de la population française !) l’ont sèchement renvoyée dans ses foyers dès le premier tour, lui préférant Yannick Jadot et Michèle Rivasi.

Et ce qui est fascinant dans cette trajectoire météorique – elle est devenue secrétaire nationale des Verts en 2006 -, c’est de voir à quel point la politique peut être un raccourci d’existence, avec des hauts et des bas vertigineux.

Au départ, une fille sympa qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui plaît aux Français. Cécile Duflot n’a pas fait les grandes écoles et sa différence, son sens pratique s’entendent. Cette jeune mère de famille qui a trois enfants et vit avec le frère de Bertrand Cantat, a été écrivain public à la prison de la Santé et travaille comme urbaniste dans un groupe immobilier de Créteil spécialisé dans le logement social. Douée de dérision, elle dit d’elle-même qu’elle possède « un charisme d’huître », ce qui ne l’empêche pas d’être réélue avec 70% des suffrages en 2008.

Quand l’huître se prend au sérieux…

Malheureusement à force d’être cajolée par les politiques qui annexeraient bien volontiers les suffrages verts et d’être sollicitée par les médias qui voient en elle une « bonne cliente », l’huître va finir par se prendre au sérieux. Avec Jean-Vincent Placé, le Mazarin des Verts, elle va se lancer dans des manœuvres qui vont totalement discréditer son parti. Un parti qui a cruellement besoin d’argent, ce qu’a bien compris le renard socialiste. Si Hulot se présente à la présidentielle de 2012, le vainqueur de la primaire socialiste François Hollande, risque d’en pâtir. Cécile Duflot et les gros malins du PS vont donc bâtir un programme d’échanges que l’on pourrait appeler « Candidat fantôme contre groupe parlementaire ».

Et c’est ainsi que la très respectable juge Éva Joly, une candidate parfaite pour ne pas faire d’ombre au candidat socialiste puisque, même quand elle parle en français on croit que c’est du norvégien, va recueillir 2,31% des voix au premier tour de la présidentielle de 2012.

Duflot et Placé savaient parfaitement qu’ils envoyaient leur candidate au massacre, mais peu leur importait. En échange de leur « sagesse » aux présidentielles, le PS leur avait gardé des circonscriptions imperdables aux législatives, ce qui a permis à Europe Ecologie Les Verts (EELV), avec 17 députés élus, de constituer un groupe parlementaire. Et d’obtenir l’argent et les avantages qui vont avec.

Au revoir, Cendrillon !

Même duplicité lors de la composition du premier gouvernement Ayrault, avec une Cécile Duflot nommée ministre du Logement et le très anonyme Pascal Canfin qui devient ministre délégué au Développement. Hollande et Ayrault se sont bien gardés de propulser Cécile Duflot à l’Écologie. Grisée sans doute par la pompe et les ors ministériels, on n’entendra plus Duflot, tandis que son ex-compagnon Jean-Vincent Placé, resté à la porte, dira tout le mal qu’il pense de ce gouvernement. Miracle : depuis qu’il a été nommé secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État, en février 2016, Jean-Vincent Placé trouve ce gouvernement très bien et on ne l’entend plus. Tandis que Cécile Duflot, qui a quitté le gouvernement, cherche à faire croire qu’elle est devenue une opposante de premier plan. Avec le succès que l’on sait.

S’il ne s’agissait de l’écologie, d’une cause qui devrait être prioritaire dans tous les programmes politiques et non d’une simple variable d’ajustement pour faire le plein des voix, on serait presque tenté de sourire.

Quant à Cécile Duflot, qui a dû lire enfant l’histoire de Cendrillon, elle aurait dû se rappeler que le carrosse redevient citrouille passé minuit. On lui souhaite une vie heureuse et beaucoup de joies professionnelles dans le bureau d’urbanisme qu’elle ne va pas manquer de réintégrer.

Parce que, franchement, au vu de ce qu’elle a montré comme duplicité et absence de convictions pendant ces dix dernières années, on n’a guère envie de la revoir sur l’estrade politique.

Air France : un gouvernement indigne

Air france 01Avec cet humour pince-sans-rire qui le rend unique dans le paysage politique français, Olivier Besancenot, après l’altercation opposant la semaine dernière des syndicalistes au DRH d’Air France Xavier Broseta et son adjoint, Pierre Plissonnier, obligés d’escalader des grilles torses nus, s’était contenté d’un tweet moqueur : « Sans-culotte : 1- Sans chemise : 0″ , tandis que l’hebdomadaire trotskyste « Lutte ouvrière » titrait : « Air France : la direction tombe le masque… et la chemise« .

C’était donner à l’affaire l’importance qu’il convenait, mais le chœur des vierges médiatiques et politiques, s’imaginant sans doute subir un jour pareil sort, de hurler au scandale et à la violence indignes. Sans avoir un seul mot pour les 1900 salariés d’Air France, menacés de chômage et qui, depuis des années, de gains de productivité en promesses non-tenues, subissent au travail des violences autrement plus intolérables qu’une chemise déchirée ou une cravate malmenée.

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La violence n’est jamais une bonne solution et un DRH n’est pas voué à jouer les Chippendales. Mais, entre une chemise déchirée et des familles précipitées dans le chômage, où est la vraie violence?

Le retour de manivelle, pour autant que les réacteurs d’avions démarrent à la manivelle, ne s’est pas fait attendre : cinq des six présumés coupables, cueillis lundi matin à l’aube par la police devant leurs familles, pour être gardés à vue à grands renforts de sirènes hurlantes et de pneus crissants. Et qu’on ne vienne pas nous dire, dans cet État où plus personne ne prend ses responsabilités, que le parquet de Bobigny a envoyé la police sans en référer à Bernard Cazeneuve ou Manuel Valls. Est-ce que ces militants, ayant transformé leurs DRH en improbables Chippendale, ne se seraient pas présentés à une convocation? Bien sûr que si! Est-ce qu’ils font courir un quelconque danger à leurs concitoyens?  Pas le moindre! Mais c’est tellement bon de les humilier publiquement, ces trublions qui ont fait frissonner le pouvoir! Manuel Valls, « le garde-chiourme d’Air France », comme l’a qualifié Jean-Luc Mélenchon, n’a pas résisté au plaisir de faire le show et d’envoyer un signal fort à l’électorat de droite qu’il veut séduire, en vue des prochaines échéances électorales.

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Si vous voulez de véritables informations sur les conflits sociaux, oubliez la presse traditionnelle et plongez-vous dans « L’Humanité » ou la presse d’extrême-gauche.

Bon réflexe, le député-maire Front de gauche de Tremblay, François Asensi, a immédiatement réclamé dans une lettre adressée au secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, la suspension du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) pour Air France (selon lui, d’un montant de 109 millions d’euros en deux ans) «tant que la direction n’aura pas annoncé une remise à plat du plan de licenciement imposé aux personnels». Mais il est bien seul à L’Assemblée à se manifester.

Heureusement que le Front de gauche, le parti communiste, quelques écolos regroupés autour de Cécile Duflot et l’extrême-gauche sont intervenus pour dénoncer la forfaiture de ce « prétendu gouvernement de gauche » qui « traite des militants comme des criminels« , selon les mots de Pierre Laurent, car le silence de la gauche traditionnelle a été absolu… et désolant.

Pas de doute, cette gauche gouvernementale indigne, dans l’affaire Air France comme dans bien d’autres,  vole vraiment très très bas!

DRH : une profession haïssable

«  Désormais, les patrons annoncent les bénéfices et nous… les plans sociaux » me confiait récemment un DRH (Directeur des Ressources Humaines et non Directeur des Roueries Humaines!), connu il y a trente ans, à l’occasion d’un congrès de jeunes DRH. Ah, ils en avaient des illusions à l’époque, nos sémillants diplômés. Ils allaient remettre l’humain au centre de l’entreprise. Ils seraient des médiateurs qui protégeraient les salariés contre la gloutonnerie de certains patrons. Ils ont juste oublié un petit détail, nos charmants fils de famille, persuadés d’être capables de faire de l’humanitaire dans les entreprises. Malgré leur titre ronflant, ils sont des salariés et ne peuvent mordre la main qui les nourrit. Et c’est ainsi qu’ils sont devenus les exécuteurs des basses besognes patronales.

Ma propre expérience à L’Équipe,  de 1977 à 1996, illustre à merveille cette évolution. Lors de mon engagement, un vieux reporter proche de la retraite gérait les notes de frais des journalistes et supervisait le service du personnel. Ayant lui-même bourlingué pendant trente ans, il savait détecter comme personne le reporter qui avait tendance à « gonfler » ses frais et défendre financièrement celui qui avait connu un réel impondérable. Et puis, peu après la mort de Jacques Goddet, on nous a expliqué qu’une rédaction était une entreprise comme les autres et qu’il nous fallait un directeur des ressources humaines. Mauvaise pioche, l’un des premiers recrutés au poste était un ivrogne invétéré qui s’endormait sur son bureau pendant les réunions avec le personnel. Viré! Son successeur, nettement plus jeune et sympathique, s’était beaucoup mieux intégré à la rédaction. Allant même jusqu’à parier avec l’ensemble des journalistes présents sur les grandes compétitions comme la Coupe du monde de football et à gagner le concours de pronostics et l’équivalent des 300 euros de cagnotte. Avant de susciter les doutes de l’organisateur du concours, qui avait gardé des photocopies de tous les bulletins, ce que le DRH ignorait, puisque les vrais bulletins étaient enfermés dans un coffre. La vidéosurveillance, nouvellement installée dans tout l’immeuble, fit sa première victime en la personne du DRH. Il était revenu en douce, la veille du dépouillement pour ouvrir le coffre et modifier son bulletin. Et encore un de viré! Décidément, cette profession peut vraiment se permettre de donner des leçons de vertu aux autres salariés!