Une mouche du coche Veunacosceptique…

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30 mars 2014 : un trio improbable qui peut enfin assouvir ses ambitions… Pour les convictions, on verra plus tard.

La vie de blogueur réserve bien des surprises et vient de me valoir un mail où l’on me considère comme « La mouche du coche » de la Ville, ce qui est tout de même préférable à « La couche du moche », comme le diraient les adeptes de contrepèteries.

Voilà donc ce que m’écrit Philippe Etcheverry, mon excellent con  frère :

«  Une mouche du coche qui pique à tort et à travers n’est plus qu’un vulgaire moustique. 
Ton papier sur la non-fermeture des plages de Biarritz suite à une pollution très localisée sur une plage d’Anglet qui, je te le rappelle, n’a pas entrainé d’interdiction de baignade des autres plages angloyes, en est l’illustration. Ton appel au vote “tout sauf Veunac” pour le deuxième tour des municipales était déjà une indication de ton parti-pris. Pour ma part je continue à harceler mes amis élus sur des questions de sécurité, de transport, d’usage de produits phyto et de communication. Sauf que je leur laisse le temps de mettre tout ça en place avant de piquer si cela s’avérait nécessaire.
Je me sers de mon makila pour avancer sur le chemin mais son dard, dissimulé, n’a rien perdu de son ardeur, je te rassure!
 »

Passons sur l’outrance verbale. En bon talonneur qui adore la castagne, elle me met en joie, même si j’ai tendance à me méfier quand des messieurs d’un âge certain tiennent à mettre en avant l’ardeur de leur dard, même dissimulé. Ce qui me frappe dans ton mail, Philippe, c’est cette vision du journalisme, tellement en contradiction avec la mienne.

Soupe aux choux pour les touristes !

Ainsi donc mon papier sur la qualité des eaux de baignade n’avait pas lieu d’être puisque l’application, « Biarritz info plage » et le très compétent auteur du mail que tu es, nous certifient qu’elle est excellente. Philippe, le journalisme ne consiste pas à rapporter la bonne parole officielle, mais à raconter ce qu’on voit.

Dimanche 10 août après-midi, les nageurs des plages du Port-vieux et de la grande plage baignaient, une fois de plus, dans une sorte de soupe aux choux immonde et devaient écarter à chaque brasse des algues, des morceaux de bois, des lambeaux de plastique et autres déchets mal identifiés. Alors, peut-être que sous l’épaisse couche de potage, la qualité des eaux de baignade était « excellente » comme l’affirmait sans barguigner « Biarritz info plage », mais les hauts le cœur et les récriminations des touristes sortant de l’eau étaient bien réels et sans doute pas très prometteurs pour l’avenir touristique de Biarritz. Marie Darrieussecq, elle–même, a raconté dans Libération  du 9 août à quel point la Côte basque est actuellement dans la merde, au sale et au figuré. On peut penser que le sémillant docteur Guillaume Barucq, que l’on a connu très incisif en 2013, n’aurait pas manqué de vitupérer sur ce problème. Il est amusant de constater que le nouvel adjoint à l’environnement Barucq Guillaume, ne trouve plus rien à redire à l’aspect repoussant  des eaux de baignade, version 2014.

Veunac trois fois pris la main dans le sac

Venons-en, maintenant, au reproche essentiel contenu dans ton mail. Ainsi donc, j’aurais appelé au deuxième tour de l’élection municipale au « Tout sauf Veunac », preuve de mon « parti-pris ». Ceux qui m’ont connu en 2008, à l’époque où mon épouse entrait au conseil municipal, peuvent témoigner qu’entre Brisson et Veunac, mes sympathies allaient plutôt pour ce dernier, lorsqu’on me demandait pour qui je voterais en 2014, si les deux adjoints étaient candidats sur des listes séparées. Scandalisé par le mépris manifesté par Didier Borotra pour son opposition, en particulier lors de la décision de construire la Cité de l’Océan, j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la vie politique locale en 2012, au moment de mon départ du Canard enchaîné. Les premiers éléments que j’ai pu récolter  m’ont tellement sidéré que j’ai pris la décision en 2013 de lancer le blog Bisque, bisque Basque ! 

Oui, et je le revendique en tant que journaliste, j’ai estimé que Michel Veunac ne devait pas être élu maire de Biarritz, mais cette affirmation ne reposait pas sur un quelconque caprice de bobo parisien, fraîchement installé au Pays basque, mais sur l’analyse de faits particulièrement têtus. Trois fois, pendant la campagne électorale, Michel Veunac s’est fait prendre la main dans le sac, en empruntant de l’argent à un fournisseur de la Ville, en rédigeant une étude fort rémunératrice et fort peu consistante pour l’Agglomération et en laissant un membre de son équipe aider le FN à monter sa liste. Même si aucun de ces faits n’est illégal en soi, ils témoignent d’une espèce d’avidité et de désinvolture avec l’éthique publique, incompatibles à mes yeux avec un poste de Premier magistrat de Biarritz. Ensuite, pendant toute la campagne, Michel Veunac et quelques comparses m’ont promis des révélations sur les « turpitudes » des autres candidats et en particulier de Max Brisson. Jamais rien ne m’a été fourni. Au contraire, tout ce que j’ai pu découvrir d’un peu limite me renvoyait toujours à Michel Veunac ou à quelque second couteau de sa liste, déjà en poste lors du précédent mandat. Faute d’un candidat de gauche respectable au second tour, j’assume donc complètement, d’avoir voté le 30 mars pour Max Brisson et la droite, ce qui m’était déjà arrivé en 2002 avec Chirac contre Le Pen.  Et quand, lors des conseils municipaux, j’écoute le trio Max Brisson, Jean-Benoît Saint-Cricq ou Richard Tardits,  qui offre un tel contraste avec l’improbable et disparate majorité municipale, je ne regrette pas mon choix et je me dis que la Ville est vraiment passée à côté d’une équipe performante.

L’ambition plutôt que les convictions pour Lafite et Barucq

Les Biarrots sont parfois étranges pour le Charentais que je suis. Quand Michel Veunac emprunte de l’argent à Jacques Darrigrand, les pragmatiques du bistrot du coin frottent leur pouce contre leur index pour mimer l’argent et me disent dans un clin d’œil : « A sa place, j’aurais fait pareil ». Quand le résultat final de l’élection suppose des reports de voix particulièrement surprenants, voire des tricheries, les blasés haussent les épaules et soupirent : « De toutes façons, ils sont tous pareils, ces hommes politiques ! »

Bisque, bisque, basque ! s’élève totalement en faux contre cette idée. Non,  les politiques ne sont pas tous pourris ! Allez consulter par exemple, le site nosdéputés.fr qui fait le bilan de l’activité parlementaire, cherchez le nom de Colette Capdevielle et vous aurez une petite idée de ce qu’est une députée qui travaille et de l’abnégation que demande un tel poste. Oui certains élus se la coulent douce et profitent du système, mais tous les hommes politiques ne sont pas à mettre dans le même panier, à Biarritz comme en France.

Quelques semaines avant les élections municipales, j’ai pu avoir une conversation informelle avec des hiérarques du parti socialiste au sujet de Guy Lafite. La réponse avait été catégorique. Si Guy Lafite s’alliait avec Michel Veunac, « jamais le parti socialiste ne lui accorderait l’investiture pour le second tour » On connait la suite et la déculottée historique subie par le PS, qui l’a sans doute incité à ne pas trop se monter regardant sur les alliances de second tour. Pour cette raison, j’éprouverais toujours le plus infini respect pour le candidat communiste Bernard Ithurbide qui a préféré se retirer plutôt que de s’allier avec Michel Veunac. Guy Lafite, et ses colistiers, eux, n’ont pas été effleurés par ce genre de scrupules…

… Même déception concernant Guillaume Barucq. Pendant longtemps, j’ai envisagé de voter pour lui au premier tour, avant qu’une discussion dans son cabinet ne me refroidisse complètement. Il était manifeste qu’entre Veunac et Brisson, il irait au plus offrant, que les approximations de l’un et les vertus de l’autre n’entreraient pas en ligne de compte, et qu’il n’envisageait pas une minute de s’installer dans un rôle d’opposant vigilant qui aurait crédibilisé ses débuts en politique. Entre ambition personnelle et convictions, Lafite comme Barucq ont vite fait leur choix et il n’est guère étonnant que nombre de leurs supporters aient eu le sentiment d’être trahis.

Pas d’idée, pas de projet, à part s’augmenter

Un vrai journaliste doit mécontenter tout le monde, tout au long de sa carrière. Quand j’ai salué, la courtoisie que manifestait Michel Veunac à l’égard de son opposition et sa volonté de dialogue, la plupart de ceux qui avaient beaucoup apprécié mes papiers pendant la campagne électorale, ont pensé que, à l’image d’un de mes confrères et ami, j’étais devenu un Veunacophile convaincu.

Je rêve d’un grand maire pour Biarritz, car la situation de la Ville est particulièrement délicate, mais, pour le moment, je reste très Veunacosceptique, car là encore les faits sont têtus.

Trouvez-moi, en dehors de Biarritz, un seul Premier magistrat d’une ville de 25 000 habitants qui n’ait pas encore livré sa feuille de route à ses électeurs ! Michel Veunac nous l’avait promis pour juin, ce grand programme qui allait enchanter les foules. Il l’a finalement différé à octobre et les Biarrots un peu observateurs commencent à se demander si leur nouveau maire a la moindre idée sur ce qu’il doit faire, maintenant qu’il a obtenu le pouvoir. Alors que la situation financière de la Ville est particulièrement délicate, ses seules décisions d’importance ont été de s’attribuer une indemnité mensuelle de 4499,80€, très proche du maximum prévu par la loi et de sérieusement raboter les subventions accordées aux associations. Cinq mois après son élection, « Goinfrounac », comme le surnomment quelques Biarrots facétieux, ne semble toujours pas savoir quoi faire du pouvoir qu’il a tellement souhaité. Voilà qui n’est guère rassurant. Et l’on commence à entendre aux halles des Biarrots qui ont voté Veunac et qui reconnaissent : « Finalement, on aurait dû voter Brisson. Il est beaucoup plus solide. »

 

Voilà, Philippe, en réponse à ton mail qui m’a beaucoup amusé, pourquoi ma vision du journalisme n’a vraiment rien à voir avec la tienne.  Contrairement à toi, « La mouche du coche » n’a pas de beau-frère à la mairie, ne possède pas de terrains familiaux susceptibles de devenir constructibles, n’attend rien de personne, n’a rien à demander, ne convoite aucun poste, n’est membre d’aucun parti, ne sera jamais candidat à une élection, n’est intéressé que par le journalisme pur et dur, n’aura jamais aucun état d’âme pour dénoncer tous  les manquements aux règles de la vie publique, quel qu’en soit l’auteur, et surveillera de très près dans les mois à venir d’éventuelles évolutions du PLU, le Plan Local d’Urbanisme, au cas où quelques miracles se produiraient.

C’est peut-être ça qui fait la force de Bisque, bisque, basque !

I.- SOCIOLOGUE VEUNAC, AU RAPPORT !

Enquête Veunac 001On ne se méfie jamais assez des curieux congénitaux! Le 10 février, une semaine après la publication de l’article « Les discutables acrobaties de l’élu Michel Veunac« , où sont dévoilées une reconnaissance de dette signée à un fournisseur et la réalisation d’une étude sociologique pour le compte de la ville de Bayonne, le candidat à la mairie de Biarritz me croise, non loin de sa permanence de la rue du Helder. Comme un joueur de poker, titulaire d’une paire de deux, qui sait qu’il n’a d’autre choix que de bluffer jusqu’au bout pour espérer gagner, il me met au défi : « Vous devriez lire cette enquête, tout le monde a salué mon travail ». Pari relevé, après de longues semaines de rencontres, de discussions et de traque, « Bisque, bisque, basque! » a enfin pu mettre la main sur la bête. Récit d’une enquête de plus d’un mois qui amusera sans doute beaucoup tous les passionnés de vie publique.

 10 février 2014, rue du Helder à Biarritz : Michel Veunac est blême et tient à la main un dossier contenant des articles de « Bisque, bisque, basque » lorsqu’il me rencontre : « Je sais que vous roulez pour Max Brisson. J’ai des dossiers sur lui. Je vais vous les passer… On verra si vous les publiez! » Je m’efforce de lui démontrer que j’ai toute ma vie voté à gauche et que je me vois mal commencer un flirt avec l’UMP à soixante ans passés. Je lui répète ce que je dis à tout le monde, à savoir que je publierai tout élément prouvant un non-respect de la vie publique, quel que soit le candidat concerné. En définitive, je ne recevrai jamais rien.

 12 février 2014, bureau de Jean Grenet, Bayonne : J’ai remarqué que Michel Veunac a perdu sa délégation aux transports au profit de Jean Grenet et je me demande si la fameuse enquête confiée au sociologue biarrot ne relève pas d’un phénomène de compensation. Je pose la question au service communication de la ville. Alors qu’un train pour Paris m’attend et qu’une réponse téléphonique me conviendrait parfaitement, Jean Grenet insiste pour me rencontrer. « Mais qu’est-ce qu’il vous a fait ce pauvre Veunac? J’ai beaucoup d’estime pour lui, ce n’est pas un figurant ». Jean Grenet évacue d’un revers de main l’hypothèse d’une compensation quelconque. En perdant sa délégation, Michel Veunac n’a pas perdu d’argent. Si Jean Grenet a repris en main les transports, c’est uniquement parce qu’en tant que député, il était plus à même d’obtenir des subventions. Jean Grenet se veut élogieux sur le travail de son vice-président d’agglomération : « Non, je n’ai pas suivi moi-même l’enquête, mais il est venu m’en parler deux heures dans mon bureau et je l’ai trouvé très intéressant », avant de balayer d’un revers de main tout favoritisme : « Quand on lui a confié l’enquête, ça ne nous a même pas effleuré l’esprit qu’il puisse y avoir un conflit d’intérêt ».  Mais oui, mais oui… Un ange, aux ailes d’un blanc immaculé, passe…

Jean Grenet tient enfin à ce qu’on ne fasse pas l’amalgame entre Biarritz et Bayonne. Il sort des timbres de son bureau et me les montre : « Vous voyez, quand j’ai du courrier personnel, je le poste à mes frais… Je ne sais pas ce qui se passe à Biarritz, mais pour ma part, je préfère être trop carré ».  Cette fois, c’est l’ange gardien de Didier Borotra qui s’étrangle…

Quand je lui demande à avoir accès à l’enquête, Jean Grenet exige un courrier officiel (qui part l’après-midi même) et me la promet sous peu. En fait, je ne serai recontacté que le 28 février par un salarié de la mairie qui s’enquiert de mon adresse, pourtant écrite noir sur blanc dans le mail envoyé! Heureusement entre temps, j’ai pu me procurer le chef d’œuvre.

 13 février 2014, entretien téléphonique avec Roxane Scavo, sociologue ayant participé à l’enquête.

Mes recherches et quelques confidences me montrent qu’un cabinet bordelais, Peris, chargé du terrain, s’est allié à Michel Veunac pour l’étude sur les rassemblements festifs à Bayonne. Pierre Coupiat, le patron du cabinet Peris, étant injoignable, j’appelle Roxane Scavo qui a participé à ce travail. Elle raconte : « Je venais de finir mon master à l’Université de Bordeaux en juin 2010, et j’étais donc sociologue au moment de l’enquête. Les deux cabinets Peris et Michel Veunac consultant ont répondu en commun à l’appel d’offres. Nous avons effectué une enquête de terrain de six mois » Roxane Scavo confirme que son cabinet s’occupait du terrain tandis que « Michel Veunac s’occupait de centraliser, des relations avec les élus et du rendu officiel » Reste la délicate question des émoluments : « Le cabinet Peris a touché 15 000 euros pour ce travail ».  Je lui détaille la rémunération de Michel Veunac consultant, 21 000€ pour l’enquête et 20 000€ pour la mise en place des mesures à prendre.  Énorme silence : « On a été payés pour notre travail »

 21 et 28 février 2014, entretiens téléphoniques avec Colette Capdevielle, députée socialiste et conseillère municipale à Bayonne

Colette Capdevielle n’y va pas par quatre chemins :  » Des études comme celles-là, les tiroirs en sont pleins et personne ne les lit ». La députée socialiste trouve tout à fait logique que j’enquête sur le sujet et se montre particulièrement sévère à l’égard de Michel Veunac (lire la partie III de cette enquête).

 21 février 2014, un bébé bien pâlichon

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Comme on dit au Petit-Bayonne, un bon coup de blanc, ça n’a jamais fait de mal à personne… Et puis ça fait toujours une page de plus au rapport.

La loi est claire :  un journaliste n’a pas à révéler ses sources. Disons qu’un commando de copains, membres du 1er RPIMA de Bayonne m’a filé un coup de main pour me procurer cette enquête, que l’on suppose en or massif, vu le prix qu’elle a coûtée à la collectivité bayonnaise.

Déception, le contenu est sans doute mirifique comme me l’affirmera Michel Veunac, mais l’habit n’est guère reluisant. L’ensemble fait 106 pages, dans un très gros caractère, sans doute parce que les élus sont vieux et ont du mal à lire, et la photo de couverture montre les quais de la Nive à Bayonne totalement déserts et en plein jour, ce qui est un choix surprenant quand on évoque les rassemblements festifs nocturnes.

Les 28 premières pages ne sont que des extraits de livres de sociologues ou de journalistes traitant de la question. Certes, il faut recopier sans se tromper, mais ça ne semble pas une tâche insurmontable. Chaque titre de chapitre, histoire de donner un peu d’épaisseur à l’enquête, est perdu dans une page de blanc et suivi d’une page intitulée « L’essentiel » où, pour les élus à qui la lecture donnerait mal de tête, on fait la crème de la crème des citations des pages suivantes. Les pages 26 à 48, intitulées « L’observation participante » sont visiblement le résultat du travail d’observation du cabinet Peris, ce que Michel Veunac confirmera.

Arrive alors le grand moment, les six propositions, d’une page chacune environ, qui vont changer le destin de Bayonne. Fédérer les cafetiers, multiplier la présence des policiers municipaux, parler aux parents ou créer un local de dégrisement. Et le lecteur, écartelé entre fou-rire et indignation, de se demander s’il faut vraiment être sociologue pour aller chercher tout cela et de s’interroger sur le quotient intellectuel des élus du conseil municipal de Bayonne qui ont dû faire appel à des spécialistes pour préconiser des mesures que n’importe quel assemblée d’hommes de bon sens aurait trouvé toute seule.

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Pour les élus qui n’ont pas le courage de tout lire, « L’Essentiel », c’est la crème de la crème des citations qui occupent les pages suivantes… Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour gagner 36 000€ les 106 pages!

À partir de la page 59, ce rapport à 36 000€ TTC, ne contient plus que des annexes : la liste des personnes interrogées et le verbatim, et même pour les 25 dernières pages un discours prononcé par le patron de Peris, en 2009 à l’occasion du printemps de Bourges (Bourges et Bayonne commencent par la même lettre, est-ce suffisant?) et un autre, non daté, prononcé par Roxane Scavo sur « Les jeunes et l’expérience de l’alcoolisation« .

Détail qui tue, d’un chapitre à l’autre de cette « oeuvre », la typographie et l’interlignage des textes ne sont pas les mêmes, comme si l’assembleur s’était contenté de « coller » des morceaux de provenance diverses, sans même prendre la peine de les homogénéiser… mais, c’est bien connu, pour 36 000€ ( 56 000€ avec le « suivi ») de nos jours, tu n’as plus rien!

 7 mars 2014 : bureau de Michel Veunac à l’agglomération.

Le ton n’est plus à l’algarade. Michel Veunac me reçoit courtoisement, accompagné de Pierre Coupiat, le patron de Peris. il souhaite s’expliquer, ce qui est parfaitement légitime, et me convaincre de la qualité de son travail.  L’entretien dure une heure trente et va constituer la deuxième partie de cette enquête. Et il ne fait nul doute que le Biarrot comme  le Bayonnais moyen seront ravis de savoir comment leurs impôts sont utilisés. Les électeurs ont tellement mauvais esprit!

A suivre : II.- Michel Veunac : « Un souvenir formidable »

https://jeanyvesviollier.com/2014/03/08/ii-veunac-un-souvenir-formidable/

III.- CAPDEVIELLE :  » CE GENRE DE TRAVAIL N’EST PLUS POSSIBLE « 

capdevielleDéputée socialiste de la 5e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, et membre du conseil municipal de la ville de Bayonne, Colette Capdevielle a du tempérament et ne pratique pas la langue de bois. Classée par le site http://www.nosdeputes.fr parmi les parlementaires les plus assidues, elle compte à son actif 243 interventions dans l’hémicycle. Sévère sur l’étude rédigée par Michel Veunac, mais aussi sur le manque de vigilance manifesté par l’opposition municipale dont elle fait partie, elle me donne sans détour son avis, le 21 février :

« Cette histoire est assez incroyable… Des études comme celles-là, les tiroirs en sont plein et personne ne les lit… Au conseil municipal, à l’époque, on était très préoccupés par les fêtes de Bayonne et je pense qu’on n’a pas réagi… Ce qu’a fait Michel Veunac, c’est comme si, en tant qu’avocate, j’avais fait une consultation juridique pour la mairie de Biarritz. On travaille beaucoup sur ce sujet actuellement à l’Assemblée nationale, car on est à la lisière du conflit d’intérêt… Il faut arrêter ce genre de pratique ».

 Henri Etcheto : « Je n’y ai vu aucune malice »

 Chef de file des socialistes bayonnais, désireux de succéder à Jean Grenet, Henri Etcheto n’est visiblement pas très désireux de me parler. Comme tout bon candidat aux municipales, il est surtout préoccupé de ratisser large et de ne faire de peine à personne, à quelques jours du premier tour. Finalement, il consentira à une courte déclaration le 28 février : « Les incivilités au petit-Bayonne étaient réelles. Jean Grenet a peut-être des défauts, mais ce n’est pas son genre. Je n’y ai vu aucune malice quand on a appris que l’étude avait été confiée au cabinet Michel Veunac consultant… Dans le rendu du travail, les choses ont été faites normalement »… Et quand on lui demande s’il ne trouve pas le prix payé par cette étude démesuré, il élude : « Je ne saurais vous dire… »  Et semble assez gêné quand je lui fais remarquer que sa position est fort éloignée de celle de sa colistière.

Colette Capdevielle :  » Désormais, on épluche tout »

Colette Capdevielle est décidément une femme consciencieuse. Elle me rappelle une semaine plus tard, après avoir relu le rapport de Michel Veunac : « Votre enquête se justifie parfaitement, mais, en 2010, personne ne prêtait attention à ce genre de conflit d’intérêt. À l’époque, les collectivités locales avaient de l’argent et il n’y avait aucune vigilance. On se disait, au moins on fait travailler des gens. Si j’ai voté pour cette enquête en 2010, c’est que j’avais un regard de 2010… Aujourd’hui, en 2014, on épluche tout, même ce qui est en dehors des appels d’offres. Je me souviens que quand j’ai reçu le rapport, ce que préconisait Michel Veunac m’avait fait sourire. Quand on relit cette enquête en 2014, il est évident qu’on n’avait pas besoin d’un sociologue pour faire l’analyse de la situation et trouver des solutions par nous-mêmes… Aujourd’hui, ce genre de travail  n’est plus possible, je plaide d’ailleurs en tant que députée pour que tous les élus fassent une déclaration de patrimoine afin de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’enrichissement illicite ».

 Difficile d’imaginer plus belle oraison funèbre à propos de l’enquête sur « Les rassemblements festifs nocturnes de jeunes dans le petit Bayonne »!

A suivre : IV.- Des arguments peu probants

https://jeanyvesviollier.com/2014/03/08/iv-des-arguments-peu-probants/

IV.- DES ARGUMENTS PEU PROBANTS

mairie Biarritz

Même repeinte en grise, elle va en faire rêver des prétendants, cette mairie de Biarritz, jusqu’au 30 mars!

Plus de deux mois se sont écoulés depuis le jour où m’est parvenue dans ma boîte à lettres une reconnaissance de dette signée Michel Veunac. Ce jour-là, je n’imaginais pas que ce courrier allait me conduire à Bayonne, à la poursuite d’une improbable enquête « souciologique ». Grosse envie, au moment de mettre le point final à ce travail bénévole, mené par passion du journalisme, d’écrire à nouveau sur le rugby, la littérature ou le plaisir de vivre à Biarritz, plutôt que de continuer la chasse aux faisans.

Quelques remarques s’imposent cependant pour ceux qui ont eu la patience de me lire jusqu’au bout.

Un travail réel, mais un partage inéquitable

Si le rapport de Xavière Tiberi, qui avait tellement fait parler en son temps, relève du certificat d’études, nul doute que « Les rassemblements festifs du Petit-Bayonne » est du niveau baccalauréat. Michel Veunac a eu l’habileté de s’adjoindre les talents de sociologues réputés qui ont fait un vrai travail de terrain et il a lui-même mis un peu à la main à la pâte en conduisant des entretiens. Ce qui laisse perplexe, c’est le partage financier final. Comme le dit Roxane Scavo, « On a été payé pour ce qu’on a fait« . Est-ce à dire que ce n’est pas le cas pour tout le monde?

Une stratégie de communication discutable

Les temps changent. Des nouveaux médias comme les blogs, peu coûteux à faire, permettent à des journalistes de ne pas avoir le moindre lien économique avec les décideurs et d’examiner objectivement les faits. En insultant la profession, en refusant dans un premier temps de répondre aux questions de mes confrères, en multipliant les propos méprisants, l’élu Veunac s’est tiré une balle dans le pied. À un moment de l’entretien, j’ai évoqué avec lui ces journalistes qui étaient invités par la ville de Biarritz à séjourner gratuitement à l’Hôtel du Palais et Michel Veunac a eu cette réaction amusante : « Ce n’est pas moi, c’est Didier Borotra ». Il est clair qu’on mord rarement la main qui vous nourrit et que quelques grandes plumes de la presse ne se sont pas montrées très corrosives avec la gouvernance Borotra. Il est à l’honneur de la jeune génération de journalistes de terrain d’avoir repris les éléments d’enquête  de ce blog et d’avoir publié.

Le rôle véritable d’un élu

Comme Colette Capdevielle, Michel Veunac aurait pu dire que ce travail relevait de pratiques d’une autre époque, et qu’il s’engageait en tant que futur maire de Biarritz, à veiller à une gestion rigoureuse des deniers publics et, en tant qu’élu de l’Agglomération, à ne plus renouveler ce discutable mélange des genres. Michel Veunac peut répéter sur tous les tons que ce qu’il a fait n’est «  pas illégal », un élu, jusqu’à preuve du contraire reste chargé de défendre les intérêts de sa ville et n’a pas à accepter de devenir l’employé d’un élu concurrent. Un élu est aussi choisi parmi ses pairs pour ses compétences et ne devrait pas toucher une rémunération supplémentaire pour quelque chose qui relève de son domaine. Si l’agglomération a un problème d’ordre public avec sa jeunesse, on voit mal pourquoi les lumières du sociologue Michel Veunac, même si ses attributions sont autres, ne seraient pas partagées avec ses collègues et pourquoi il devrait toucher quelque chose en plus de son indemnité d’élu. J’imagine mal un médecin addictologue, refuser de donner à ses pairs son point de vue sur l’alcoolisme des jeunes, sous prétexte qu’il est chargé de l’environnement au sein de l’Agglomération.

Refuser qu’on juge son travail, c’est nier la démocratie

L’argument le plus surprenant de Michel Veunac consiste à nier à Colette Capdevielle le droit de juger de la qualité de son travail de sociologue. L’élue du conseil municipal de Bayonne était destinataire de ce travail et a donc tout à fait le droit d’estimer cette enquête bâclée et inutile. Mais surtout cette sidérante réflexion pose un vrai problème de fonctionnement démocratique. Ainsi donc, si l’on en croit Michel Veunac, le patient qui se retrouve infirme après une opération n’aurait pas le droit de juger son chirurgien puisqu’il n’a pas fait d’études médicales? Les supporters de Michel Veunac ne seraient pas aptes à juger de mon travail de journaliste puisqu’ils n’ont pas fréquenté d’école de journalisme? Et bien évidemment, les citoyens ne pourraient décider de la qualité du travail d’un élu… puisqu’ils ne sont pas élus eux-mêmes!

Quant on est à ce point coupé de sa base, quand on a à ce point perdu le sens des réalités et le respect de l’argent gagné, je crois qu’il est plus que temps de mettre fin à sa longue carrière politique, ce qui, à 68 ans, parait raisonnable.

En attendant les résultats des élections, le 23 au soir, une décision s’impose : Ouvrir grand ma fenêtre, respirer un bon bol d’air frais et rêver du jour où les citoyens se réconcilieront avec la politique.