Une fusion, des fadaises…

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Imanol Harinordoquy se déclare pour la fusion : à condition de ne pas avoir le dessous avec les Bayonnais?

Nous savons désormais, grâce à Sud ouest du 11 juin, que le Pays basque compte au minimum 318 possesseurs de boule de cristal. Pour le compte du quotidien régional, l’IFOP a demandé leur avis sur la fusion à 505 personnes et 63% se sont déclarées favorables à l’idée. Quel sera le nom de la nouvelle entité? Où se dérouleront les matches? Combien de joueurs du cru bénéficieront d’un contrat professionnel? Personne n’en a la moindre idée pour l’instant et il faut être culotté comme un marchand de sondages, capable d’annoncer en 1995 un triomphe de Balladur face à Chirac,  pour conclure, avec un aussi faible échantillon, que la population locale est favorable à la fusion.

N’ayant toujours pas acheté de boule de cristal, Bisque bisque basque!, malgré sa passion du rugby, restera prudent sur le thème de la fusion, même si un certain nombre de mensonges, de cachotteries, et pour tout dire de feintes de cadets, à propos de cet éventuel rapprochement, lui ont profondément échauffé les crampons.

Revue de détail des fadaises relevées ici ou là depuis quelques semaines.

L’élite n’est pas la panacée

Tous ceux qui vivent grassement du rugby, d’Imanol Harinordoquy à Jean-Pierre Ellisalde, nous affirment comme une évidence que le Pays basque ne peut pas être absent de l’élite du rugby français, compte tenu du rapport très passionnel qu’entretient la région avec le ballon ovale. Autrement dit, pas touche à notre gagne-pain! Si un jour, un championnat des provinces devait être organisé, ce qui entre parenthèses simplifierait grandement les problèmes de calendrier du rugby français, avec des joueurs issus du cru, il n’y a aucun doute que nous applaudirions des deux mains une fusion entre l’Aviron et le BO et la constitution d’une entité basque. Si la fusion, ça doit être, momentanément réunis sous un maillot aux couleurs basques, trois Sud-Africains, cinq Néozélandais, deux Argentins, quatre Anglais, quelques joueurs exotiques et deux joueurs du cru, où est l’intérêt, alors que les clubs de Bayonne et de Biarritz sont manifestement dimensionnés pour la ProD2, et peuvent toujours rêver d’une performance sportive exceptionnelle qui ramènerait l’un ou l’autre dans l’élite.

Dans le dernier supplément magazine de Midi Olympique, Bernard Laporte avait cet aveu surprenant. Très souvent, quand son cher Rugby Club Toulonnais joue, il délaisse la tribune de presse où il a l’habitude de s’installer pour aller suivre le match… à la télévision, dans le bus du club. Il communique par textos avec Pierre Mignoni et Jacques Delmas, car il a l’impression de mieux capter le déroulement de la partie. Si un technicien hors pair comme notre Bernie-le-dingue, bénéficiant de surcroît d’une place privilégiée, avoue qu’il a parfois du mal à suivre les matches de Top 14 dans les tribunes, vous imaginez ce qu’il en est pour le spectateur modeste et mal placé! Le rugby est devenu un sport formaté pour la télévision où les franchissements de la ligne d’avantage sont devenus presque aussi rares que la sincérité dans le discours politique, et où les horaires sont édictés par Canal +, avec, comme seule préoccupation l’Audimat et non ce cochon de spectateur payant, qui ne sert qu’à faire de belles images. Et ce n’est pas un hasard, si avec beaucoup de mes copains anciens joueurs, nous allons souvent le dimanche voir des matches de fédérale où les rebondissements sont beaucoup plus nombreux.

Silence, on ment!

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Un projet qui fait fi de ses supporters, ne peut être un bon projet…

Ce mépris des spectateurs qui font les grands clubs, on le retrouve dans l’attitude de Serge Blanco et Manu Mérin qui ont juré qu’il n’y avait pas de projet de fusion… avant de se contredire lamentablement. Même désinvolture avec les salariés des deux clubs et les joueurs sous contrat, qui passent « d’excellentes vacances », comme le souligne Erik Lund, en se demandant ce qui les attend à la reprise.

Si le déficit du BO n’était « que » de 1,4 million d’euros, comme annoncé dans la presse, pour la saison 2014, tout irait bien. Mais ce chiffre biarrot, qui a été jeté en pâture à l’opinion publique, oublie les arriérés de salaires et l’argent dû à l’URSSAF. Et le déficit serait beaucoup plus vertigineux que cela, au point que le BO pourrait fort bien se retrouver en fédérale, sur sanction financière. Il faut dire aussi que, côté biarrot, on est habitués à promener tout le monde. Souvenez-vous, il y a un an, des déclarations tonitruantes à propos de l’arrivée de l’entraîneur Eddie O’Sullivan et du retour pronostiqué dans l’élite du BO. Résultat, un an plus tard, il est manifeste que le « grand » entraîneur a pâti de sa méconnaissance de la ProD2 française et que plus personne ne parle désormais de lui. Souvenez-vous aussi des magnifiques mouvements de menton de Michel Veunac annonçant que la subvention exceptionnelle de 400 000 euros, allouée au BO, était assortie de la promesse d’un droit de regard de la Ville sur les comptes. On connait la suite.

Parce que Manu Mérin, avec son malhabile projet de fusion, a plombé la fin de saison de son club, parce qu’on ne peut se satisfaire de la perpétuelle fuite en avant de Serge Blanco, il semble évident qu’une fusion ne peut se réaliser qu’avec la démission immédiate de ces deux présidents qui promènent tout le monde et la mise en place d’un « comité des sages », composé à égalité de Biarrots et de Bayonnais, qui  réfléchiraient calmement à une éventuelle fusion, qui ne pourrait de toute manière intervenir dans le meilleur des cas qu’à l’entame de la saison 2016-2017.

Où est l’intérêt de l’Aviron?

S’il est un seul élément significatif à retenir dans le sondage IFOP-Sud Ouest sur la fusion, c’est qu’elle n’est pas voulue de la même façon par les Biarrots et les Bayonnais, avec 71 % des fans du BO favorables à un rapprochement, contre seulement 59% d’inconditionnels de l’Aviron. Car tout le monde perçoit bien que l’ancienne miss France en rouge et blanc a multiplié les chèques en bois ces derniers temps et semble prête à épouser le premier venu pour se sauver. Sauf que l’époux en bleu et blanc est dans une situation un peu plus confortable et ferait bien de tourner ses regards vers un club, comme La Rochelle, très comparable à l’Aviron, en termes de budget et de passion.

Le vieux grognard David Roumieu qui vient de signer, la mort dans l’âme, pour le Stade Rochelais, l’a bien compris (Sud ouest, 6 juin) : « Le Stade Rochelais est un club familial, comme l’Aviron Bayonnais, qui m’a toujours plu (…) Je suis heureux d’intégrer ce club sain. (…) Si l’Aviron m’avait dit, deux jours après la relégation quel était le projet en ProD2, je serais resté. » Et le magnifique guerrier ne cache pas qu’il est agacé par « cette situation frustrante et difficile à vivre » pour ses copains de l’Aviron.

Le BO a perdu 40% de son public, lorsqu’il a quitté l’élite. En comparaison, lorsque le Stade Rochelais a connu la même mésaventure, il n’a vu son affluence baisser  que de 10%. Sans jouer les voyants, il est probable que l’Aviron sera plus près de La Rochelle que du BO, en matière d’affluence.

On voit donc mal quel est l’intérêt pour ces deux clubs, à l’histoire si prestigieuse, de se précipiter dans les bras l’un de l’autre, toutes affaires cessantes. Oui le BO risque de devoir se reconstruire en fédérale, le temps de retrouver rigueur financière et sportive. mais cette mésaventure est déjà arrivée au grand Béziers ou à Montauban, qui sont redevenus, après cette pénitence, des clubs solides. Oui l’Aviron, qui vient de se faire piller sans vergogne par les grands clubs, va avoir du mal à exister sportivement la prochaine saison et à attirer des joueurs avec sa réputation (justifiée) de club totalement instable. Mais est-ce que pour autant un mariage précipité peut être la solution?

Quand deux titulaires du RSA se disent oui devant Monsieur le maire, aucun des témoins du mariage n’imagine que le couple va devenir millionnaire dans les mois à venir. C’est pourtant ce que Blanco et Mérin s’efforcent de nous faire gober.

Remarquable Etcheto!

Dans La Semaine du Pays Basque datée du 12 juin, l’élu bayonnais Henri Etcheto publie une  chronique remarquablement bien écrite, intitulée « La grande illusion« . Le chef de l’opposition bayonnaise a non seulement du style mais des idées claires et il compare ce projet de fusion, qui a tout pour lui de la fausse bonne idée, au faux trou que les défenses laissent pour piéger l’attaquant adverse qui va s’isoler et se faire découper par le deuxième rideau. Avant de conclure, au terme d’une démonstration édifiante : «  Les élus bayonnais ont le devoir de prendre position clairement sur ce sujet. Nous préférons, nous, que l’Aviron cultive le jardin de ses valeurs et de son identité bayonnaise plutôt que de s’éloigner de son assise populaire.« 

Pour ceux qui sont instinctivement hostiles à la fusion, mais parfois à court d’arguments, voilà un article à ne surtout pas rater.

Les coupables ne sont pas sur le terrain

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Face à La Rochelle, l’Aviron a livré un match plein et entier, l’emportant sur le score sans appel de 45 à 10.

Décidément, on pleure beaucoup, en ce moment à Bayonne. Entre les larmes de Manu Mérin, il y a quelques jours, décidant de mettre fin à la fusion envisagée avec le BO, et celles des joueurs de l’Aviron aujourd’hui, victorieux mais découvrant à l’ultime minute que leur club est relégué en pro D2, on  n’arrête plus de sortir les mouchoirs. Et nous ne sommes pas prêts d’oublier les sanglots familiaux du magnifique guerrier David Roumieu avec ses enfants, ou la peine de Scott Spedding et Marvin O’Connor, qui rêvaient d’un tout autre départ.

Tous les joueurs de l’Aviron, peuvent pourtant circuler la tête haute dans Bayonne, car ils n’ont vraiment rien à se reprocher cette saison. Et si on n’avait pas tout fait pour leur compliquer l’existence sportive, il est probable que leur club n’en serait pas là.

Manque de moyens, manque de banc, depuis dix ans l’Aviron joue chaque saison « Peur sur le stade« , avant de se sauver à l’ultime journée. Pourtant, cette année, une vague d’optimisme soufflait sur Jean Dauger. Dans les moments difficiles, les joueurs semblaient moins paniquer et capables de redresser la situation, même si les effectifs limités n’avaient rien à voir avec ceux des grosses écuries. Le verdict des connaisseurs était unanime : « Cette année, le club ne descendra pas ».

Mais c’est l’histoire de l’élève appliqué qui voit soudain ses notes partir en vrille l’année du divorce de ses parents. Est-ce vraiment l’élève qui est responsable? Que n’a-t-on écrit en ce début du mois de mai, alors qu’il y avait fusion sous roche! Les joueurs ne doivent pas s’intéresser à l’extra-sportif, ils doivent se concentrer sur les matches, ne pas tendre l’oreille aux rumeurs… Dieu merci, le rugby est joué par des hommes et non par des robots. Des hommes qui ont les forces et les faiblesses des humains, même si leur musculature est hors norme!

La responsabilité du président

Bayonne relégué 02

Tout a été fait cette saison pour comlpliquer la vie des joueurs…

La grande mode maintenant est que les joueurs soient mariés, car ils sortent moins et font moins la fête. Et alors qu’une fusion est dans l’air, on voudrait que ces pères de famille ne se posent pas de question sur leurs futurs contrats, sur l’école où vont aller leurs enfants, sur un éventuel déménagement? On ne m’ôtera pas de l’idée que sans l’ambiance pesante qui a régné autour du club en mai, l’Aviron avait tout à fait les moyens d’accrocher le point de bonus défensif à Montpellier ou à Bordeaux-Bègles. Ce petit point qui lui permettrait aujourd’hui de demeurer en top 14, à la place de Brive qui a bénéficié d’un non match absolu du Stade Français, visiblement décidé à se ménager pour son match de barrage contre le Racing-Métro (27-0)

Difficile de douter de la sincérité de Serge Blanco lorsqu’il évoque son désir d’un club basque dans l’élite, difficile de le suivre lorsqu’il s’imagine que les déficits réunis de l’Aviron et du BO peuvent se transformer en une entité flamboyante. Mais on serait à la place du président Manu Mérin, compte tenu du manque de transparence qu’il a manifesté dans son projet de fusion, compte tenu de ses démentis et maladresses multiples qui ont à l’évidence eu un impact sur la performance des joueurs, on se sentirait vraiment très mal. De même que tous ceux qui ont tisonné sur les braises au nom d’une ambition toute personnelle.

Car les coupables ne sont pas toujours sur le terrain.