Les vertus du ménage à trois

En refusant une alliance logique qui rassurait les électeurs, Guillaume Barucq a sans doute compromis ses chances de devenir maire de Biarritz.

Ces temps-ci, que ce soit devant les caméras de France 3 ou face à la presse, lors de sa conférence de presse au phare de Biarritz le mardi 2 juin, Guillaume Barucq s’affirme furieusement monogame et répète à l’envi : « Je préfère un couple à deux qui fonctionne, qu’un ménage à trois qui dysfonctionne, ou à quatre, qui explose… » Si l’on peut comprendre la pruderie du très sage docteur à catogan, face aux exploits des « libertins » Destizon et Vial qui auront fréquenté tous les clubs échangistes disponibles sur Biarritz avant de tomber dans les bras de Saint-Cricq, il est dommage que le candidat écologiste n’ait pas compris que les règles qui prévalent ordinairement dans la vie conjugale ne s’appliquent pas à la politique.

Nous avons tous vécu des cérémonies de mariage où une famille est extatique, tandis que l’autre se montre nettement plus réservée. Mardi, pour l’observateur extérieur, le contraste était saisissant entre les mines joyeuses des membres de la liste Abertzale Verte et Solidaire (EHVS) et l’air nettement plus pincé des membres de « Nouvelle Vague Biarritz ». Il faut dire aussi que faire 12,34% des voix au premier tour et se retrouver avec seize candidats sur trente-cinq dans la nouvelle liste recomposée, constitue une aubaine inespérée pour la liste EHVS. Après tout si vous êtes jeune et démuni(e) et qu’un(e) milliardaire vous épouse sans contrat de mariage, il n’est pas interdit d’accepter.

Parfois, les unions les plus improbables s’avèrent les plus durables, mais il est clair que parmi les observateurs extérieurs le scepticisme était de mise. Pour le cas, où Guillaume Barucq l’emporterait, on voit mal comment cette liste qui va de Clémentine Autain  à Bruno Retailleau pourrait fonctionner dans la durée, sans le point d’équilibre que pouvait représenter Nathalie Motsch.

C’est pour ne pas faire peur à Corine Martineau ou aux électeurs que Mathieu Accoh se cache derrière Lysiann Brao sur la photo ?

Vous le savez comme moi, que ce soit à la sortie de l’église pour un couple improbable ou à la fin d’une conférence de presse annonçant la constitution d’une liste de second tour, il est de bon ton de voir la vie en rose. Alors qu’Emmanuelle Brisson, jugeant la liste « trop à gauche », a claqué la porte et refusé une place éligible, ce qui est à son honneur et démontre un beau caractère, Corine Martineau explique suavement qu’elle ne se sent pas gênée par la présence sur sa liste d’abertzale, d’écologistes ou de membres de  » Ensemble Insoumis « , car « c’est une liste locale qui s’est construite avec un programme local ». On prend les paris que la politique va reprendre ses droits dès l’élection terminée ? Quelques minutes plus tard, c’est Mathieu Accoh, représentant de  » Ensemble insoumis « , qui affirme sans rire qu’il était impossible à sa liste de fusionner avec la liste de Nathalie Motsch car « les programmes étaient trop différents et Nathalie Motsch trop à droite » … Tandis que Tata Corine est une gauchiste bien connue ?

Une erreur politique

En trente-cinquième position, Jakes Abeberry était présent lors de la conférence de presse.

Selon des sources abertzale, les discussions au sein du mouvement auraient été « très violentes » entre les jeunes et les plus anciens, Jakes Abeberry estimant que l’on doit « respecter le suffrage universel » et que la nouvelle liste ne pouvait être articulée autrement qu’avec Guillaume Barucq en numéro 1, suivi de Nathalie Motsch et de Brice Morin. Même s’il était présent à la conférence de presse, le vieux leader n’a visiblement pas été suivi et c’est fort dommage.

Contrairement à Guillaume Barucq, qui décidément ne se montre pas grand stratège, Jakes Abeberry sait que dans la vie publique le trio représente souvent l’équation gagnante et permet l’équilibre des forces, quand le duo est dangereux en cas de conflit. C’est bien en s’appuyant sur des socialistes et des membres de LR qu’Emmanuel Macron a su créer à partir de rien le mouvement En Marche. Plus loin de nous, François Mitterrand est devenu président de la République en 1981 en s’aidant des radicaux de gauche et des communistes. Et en 2014, si le docteur Barucq est devenu adjoint à l’environnement, c’est grâce à un « ménage à trois » avec les listes de Veunac et Lafite.

Une erreur psychologique

Mais plus que l’erreur tactique, c’est l’erreur psychologique qui étonne de la part d’un candidat intelligent comme Guillaume Barucq. Pour la première fois depuis des décennies, cette élection était limpide et traduisait clairement ce que voulaient les Biarrots. Le 15 mars au soir, malgré l’angoisse du Covid, tous les passionnés de vie publique avaient de quoi se réjouir : un personnel politique totalement discrédité à force de tromperies et de trahisons allait prendre une retraite bien méritée, et le ou la futur(e) maire de Biarritz allait incarner un renouvellement considérable. Avec une démarcation claire entre Arostéguy, Veunac et Saint-Cricq, plutôt prêts à discuter avec le BO, Barucq, Motsch, EHVS et Karim Guerdane, plutôt fermes face à Aldigé.

Tous ceux qui se sont mariés savent que l’on a toujours un doute au moment de se dire « oui ». Et tous ceux qui ont travaillé dans une entreprise savent que le charmant collègue que l’on côtoie peut devenir un dictateur odieux après avoir reçu une promotion.

Légitimement, les Biarrots s’interrogent sur leur futur maire, se demandent si Maïder Arostéguy qui n’est à l’évidence pas d’extrême-droite même si elle est très à droite, saura prendre ses distances avec son entourage, si Guillaume Barucq, d’un caractère trop gentil, saura faire preuve de fermeté, si Nathalie Motsch, d’un caractère plus affirmé, ne tombera pas dans l’autocratisme d’un Borotra si elle se retrouve avec l’écharpe tricolore.

Comment Guillaume Barucq a pu proposer une place de numéro 6 à Nathalie Motsch, qui constitue une insulte au résultat du scrutin, sans comprendre que le ticket Barucq-Motsch-Morin s’avérait très rassurant pour les Biarrots, la gentillesse visionnaire de l’un étant équilibrée par la technicité et la pugnacité de la deuxième et les préoccupations basques et sociales du troisième ? Avec le maintien de la liste Saint-Cricq, cette liste recomposée aurait pu poser un sérieux problème à Maïder Arostéguy.

Barucq hué au Royalty

On peut s’étonner que Bisque, Bisque, Basque ! clairement à gauche n’éprouve pas plus d’enthousiasme pour cette liste qui est la plus à gauche des quatre, même si Nathalie Motsch a eu tort dans sa conférence de presse de parler de « liste d’extrême-gauche ». La raison est double : cette liste ne respecte pas le suffrage exprimé par les Biarrots et elle paraît vouée à d’inévitables conflits. Sur les réseaux sociaux beaucoup s’étonnent et se montrent plutôt critiques pour le docteur à catogan. Mercredi 3 juin à 14 h 45, alors que les Biarrots fêtaient le déconfinement en retrouvant leurs cafés favoris, Bisque, Bisque, Basque ! a pu assister à une scène surréaliste à la terrasse du Royalty : trois quadragénaires à la mise soignée que j’ai souvent croisés à Biarritz sans pour autant pouvoir les identifier, chantaient à tue-tête « Barucq montre-nous tes fesses, Barucq montre-nous ton cul ! », juste sous les fenêtres du cabinet du docteur qui devait les maudire s’il était en consultation.

Le gentil Guillaume Barucq ne mérite à l’évidence pas un tel traitement, mais il est vrai que dans les mariages improbables, tôt ou tard il y a toujours un gros malin pour chanter : « Les cocus, au balcon ! » …

L’entourloupe faite à Robert Rabagny

Tout le monde sait à quel point Robert Rabagny aime sa ville. « L’indien », avec son masque aux couleurs du BO, est donc arrivé pendant la conférence de presse de Guillaume Barucq et n’a pu résister au plaisir de prendre la parole : « Tout le monde sait que je soutiens Maïder Arostéguy à 150%, mais je me réjouis de voir disparaître certains élus et de voir une liste composée de jeunes et de surfeurs ». Quelques minutes plus tard, une photo, publiée sur les réseaux sociaux et retirée depuis, montrait Rabagny discutant avec les membres de la liste et remerciait Robert « pour son soutien ». Un procédé plus que discutable.

Le jour où Biarritz a voté sa ruine

????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

Samedi 25 juin 2011 : les sourires sont encore de mise pour l’inauguration de la Cité de l’Océan. Ça ne va pas durer…

La magie d’un simple carnet de journalistes! Vous le feuilletez et, immédiatement, vous retrouvez l’ambiance, le décor du jour où vous avez pris ces notes fébriles. Ce Conseil municipal du 23 juillet 2008 s’annonce exceptionnel. Quelques jours avant, des opposants résolus à la Cité de l’Océan ont souhaité manifester devant la mairie, avant de se désister au dernier moment, mais l’opinion publique reste très remontée contre le projet (Guillaume Barucq, dans son blog surf prévention parlera même, le jour de l’inauguration, d’une « mascarade« ). À l’époque, je travaille au « Canard enchaîné » et n’imagine pas qu’un jour j’écrirai sur Biarritz, d’autant plus que je me sens tenu à un devoir de réserve puisque mon épouse est conseillère d’opposition.  Réflexe, je prends pourtant des notes façon Canard, avec une citation précise et le commentaire satirique qui me vient immédiatement à l’esprit. Ce jour là, j’ai été totalement scandalisé par ce que j’ai vu et entendu, par l’aplomb et le toupet d’un Borotra, mais aussi par la lâcheté d’élus de la majorité qui criaient en douce à la folie du mégalomaniaque, mais qui ont voté comme un seul homme dès que Borotra a froncé un sourcil. Les mêmes qui sont au pouvoir aujourd’hui! Et quand mon épouse a démissionné en 2010, j’ai eu enfin le sentiment que je pouvais désormais écrire ce que je pensais, et j’en avais des choses à dire, alors que l’on nous répétait au « Canard » que les PPP, les partenariats public-privé, étaient devenus des machines à corrompre les élus.

Pour ce conseil municipal, qui va durer de 18 à 23 heures,  15 orateurs se sont inscrits, les quatre chefs de file de l’opposition, Claverie, Viollier, Saint-Cricq, Destizon,  mais aussi de nombreux membres de la majorité,  » spontanément «  désignés pour voler au secours de cher Didier.  Coup de théâtre ou plutôt mauvais goût extrême, Borotra entame la séance en exhumant des compte-rendus des conseils municipaux des années 30, à l’époque de la création du Musée de la mer, pour démontrer qu’il y a toujours des conseillers timorés, d’opposition évidemment, et des progressistes, la majorité bien sûr.

Conseil de haut niveau donc, où toutes les interventions ont été ciselées et travaillées. Et comme à chaque fois pas mal de surprises : Un Jean-Benoît Saint-Cricq réaliste et visionnaire sur le naufrage annoncé, un Patrick Destizon offensif, une Maider Arosteguy qui trahit Destizon après avoir trahi Saint-Cricq et vote pour Biarritz Océan, un Didier Borotra, plus paternaliste et méprisant que jamais, qui prône une « opposition constructive » mais n’hésite pas à couper le micro et à multiplier les apartés avec Brisson et Veunac quand l’opposition parle,  histoire d’afficher son désintérêt.

Voici mot  à mot les notes prises à l’époque sur ce carnet. Les perles de conseil sont en romain et les commentaires en italique.

Borotra : « La Cité de l’Océan va rapporter 1 800 000€ par an à la Ville »

Cité de l'Océan Carnets

Quelques notes, fébrilement rédigées à l’époque, et c’est tout le parfum d’une journée exceptionnelle et ahurissante qui resurgit.

Didier Borotra : « Je suis enfin à l’aise pour vous présenter le projet Biarritz Océan. »

Ce n’était donc pas le cas avant ?

Didier Borotra : « Le montage fait nous assure la sécurité absolue. »

Sécurité absolue pour Biarritz ou pour le groupe Vinci ?

Didier Borotra : « Le partenariat public-privé est une nécessité absolue. Il ne s’agit pas de construire de la gloire humaine, mais un outil d’attraction touristique »

Encore que, la gloire humaine…

Didier Borotra : « Je.vous donne rendez-vous dans trente ans »

En 2038, après tout Didier Borotra n’aura que 101 ans…

Patrick Destizon : « Comment peut-on de nos jours décider d’un tel investissement sans même s’appuyer sur une étude de marché? »

Le mage Borotra est extra-lucide…

Patrick Destizon : « Vinci, un géant qui sera le maître de la ville pour de longues années »

Pour un peu, la trahison d’Arosteguy le rendrait lucide, notre Patrick…

Patrick Destizon : « Tant qu’à votre hypothèse de 1 800 000€ HT de redevance annuelle que verserait la structure chargée de l’exploitation des équipements à la Ville, elle est totalement irréaliste »

Vinci qui verserait de l’argent à Biarritz, ce serait vraiment le monde à l’envers.

Didier Borotra à Patrick Destizon : « Vous ne pouvez pas dire que les chiffres sont incertains. »

Mais oui, mais oui, Didier, les touristes ont déjà acheté les 500 000 tickets prévus annuellement…

Arosteguy : « Le PPP veille sur nous! »

Maider Arosteguy : « Dormez tranquilles, chers concitoyens, le PPP veille sur nous »

Si Arosteguy pouvait dormir, au lieu de dire des âneries…

Didier Borotra : « Il y a les gens qui savent ce qui se passe ailleurs et il y a les autres. »

Autrement dit, d’un côté la majorité qui rivalise d’intelligence et de l’autre, l’opposition, ce rassemblement d’incultes.

Jean-Benoît Saint-Cricq : « Les jeux sont tellement faits qu’on se demande à quoi bon se réunir puisque la messe est dite. »

Quel vinaigre, ce vin de messe !

Jean-Benoît Saint-Cricq : « La hauteur de cet engagement est proprement ahurissante. Jamais dans l’histoire de Biarritz, aucun maire n’aura osé engager la collectivité pour de pareils montants. La dette biarrote est de 32 millions d’euros et va être ce soir multipliée par 2,67 »

Enfin quelqu’un qui sait compter !

Max Brisson : « Si nous sommes ensemble, monsieur le maire, c’est que nous sommes définitivement du côté du mouvement »

Et question mouvement, si tu pouvais piquer la place de Borotra, avant la fin de son mandat, ça arrangerait tout le monde…

Max Brisson : « Les PPP sont de nouvelles habitudes pour les collectivités publiques, de nouvelles pratiques où l’initiative reste à la puissance publique. Elles constituent dans notre pays une rupture vertueuse »

Le PPP n’est-il pas plutôt le symbole de l’impuissance publique et de la vertu outragée ?

Didier Borotra à Max Brisson : « Votre analyse est sérieuse, technique et profondément vraie. »

Caressez Borotra dans le sens du poil blanc et il ronronne !

Michel Veunac : « Biarritz Océan n’est pas une lubie, un gadget. »

Juste un ruineux joujou !

Michel Veunac : « Ces nouveaux objets touristiques attractifs, si nous n’en mettons pas, nous serons bientôt devancés. »

En attendant, qui va se faire mettre ? Les Biarrots !

Michel Veunac : « Avec Biarritz Océan nous allons raconter aux touristes une histoire. »

C’est bien le moins après avoir raconté tant d’histoires aux Biarrots !

Maider Arosteguy à Michel Veunac : « Vous nous avez fait la démonstration magnifique, cher Michel, de ce qu’on appelle la résistance au changement. »

Pour Arosteguy le changement ressemble à la nymphomanie. Après les genoux de Saint-Cricq et de Destizon, la voilà sur ceux de Veunac !

Didier Borotra : « J’ai passé le temps où on cherchait à se construire sa gloire. »

Il avoue, il avoue !

André Labéguérie : « Je me demande s’il n’y a pas dans l’opposition une forme d’antiborotrisme primaire. »

Et encore un ancien socialiste atteint de lècheborotrisme primaire !

Et pour conclure :

André Labéguérie : « Je ne suis pas socialiste pour rien.. »

Mais si, mais si…