Chez les Borotra, on se fait des chèques mais on ne se parle pas

Le système de défense de Didier Borotra pour justifier l’engagement de sa fille à la Cité de l’Océan a paru bien fragile devant la Cour d’appel de Pau.

À la sortie de l’audience, Didier Borotra discute avec quelques soutiens.

Comment reconnait-on quelqu’un qui sort du tribunal, lorsqu’on déambule dans les rues commerçantes de Pau ? À ses oreilles qui traînent par terre de fatigue après quatre heures d’audience ! Entre l’intention et l’action, on le sait, il y a parfois comme un léger décalage. Le maniement du micro, contrairement à la publicité des débats, n’est visiblement pas inscrit au programme des facultés de droit, ce qui est bien dommage.

Si la présidente de la chambre d’appel de Pau, Anne Dufau, captant les signaux de désespoir des nombreux journalistes et membres de l’association RamDam 64-40 venus à l’audience, a fait de louables efforts pour que l’assistance puisse suivre les débats, il n’en a pas été de même de ses collègues masculins, l’avocat général Dominique Boiron ou les avocats de la défense Daniel Lalanne, Jean-Baptiste Bordas ou Alain Astabie, qui, sans doute victimes de quelques poussées de testostérone, se sont sentis obligés de déambuler de long en large devant leurs micros ne permettant de comprendre ce qu’ils disaient que par éclipses. Heureusement, l’histoire racontée à la barre par Didier Borotra, sa fille Sophie et l’ex-directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel est tellement croquignolette que les journalistes ont pu reconstituer toutes les « perles » qui ont jalonné l’audience.

On prend les mêmes et on recommence

Parfois, entre le procès en correctionnelle et celui en appel, les versions évoluent. Parfois les prévenus décident de s’accrocher à leur version, ce qui a été le cas, hier à Pau. D’où un grand sentiment de redite pour ceux qui avaient assisté en janvier 2017 au procès correctionnel à Bayonne où les trois prévenus avaient été relaxés de prise illégale d’intérêt et complicité de prise illégale d’intérêt, avant que le procureur ne fasse appel de la décision.

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/01/les-borotra-ces-grands-pudiques/

Seule différence notable, Didier Borotra a paru beaucoup moins flambant qu’il y a deux ans, même si avec ses longs monologues il a souvent agacé les magistrats, tandis que Sophie Borotra et Françoise Pautrizel se sont montrées plus combattives qu’en 2017. Il faut dire que la tâche était rude pour les prévenus : expliquer comment Sophie Borotra, quelques jours après avoir créé son auto-entreprise, a pu signer en septembre 2013 un contrat avec la directrice de la Cité de l’océan, Françoise Pautrizel, sans que son père qui était maire de la Ville et président de la Société d’économie mixte ne soit informé par l’une ou l’autre.

« Guerre civile » à Biarritz

L’argument avancé par Didier Borotra qui aurait découvert « incidemment » en décembre 2013 que sa fille travaillait depuis deux mois à La Cité de l’Océan va faire sourire plus d’un Biarrot. Selon les dires de l’ex-maire « la tension était telle entre ses trois adjoints tous candidats à la mairie » qu’il était pris jour et nuit par « le climat de guerre civile » qui régnait à Biarritz. Les Biarrots ne se souviennent pas avoir vu des chars ou des hommes en armes sillonner les rues de la Ville, mais si notre ex-bon maire le dit…

Et s’il a laissé le contrat de sa fille courir après l’avoir découvert tardivement, c’est uniquement pour ne pas ajouter du trouble au trouble. Une version qui ne convainc nullement l’avocat général Boiron qui demande pourquoi le contrat de Sophie Borotra a alors été renouvelé en mars 2014, passant de 11 000 euros à 24 000 euros, trois semaines avant le retrait définitif de la vie publique du maire.

Grand moment de solitude pour Didier Borotra. Et grands moments de solitude ensuite pour Sophie Borotra et Françoise Pautrizel, la première expliquant que son immense carrière professionnelle justifiait tout à fait ce poste tandis que la seconde, de lin blanc vêtu, affirmait ne pas avoir vu le problème en engageant la fille du maire.

Des affirmations qui ne résistent pas toujours très bien aux investigations menées par la Police judiciaire en novembre et décembre 2015 qui a pu établir que le compte de Sophie Borotra était alimenté de « manière non négligeable » par ses parents au titre de la « solidarité familiale » comme l’a déclaré Didier Borotra aux policiers puisque leur fille récemment revenue d’Amérique du Sud se trouvait sans emploi. Miracle, au moment où elle démarre son activité à la Cité de l’Océan et alors qu’elle n’a officiellement pas informé sa famille de son activité, les parents, avec cet instinct infaillible dès lors qu’il s’agit de leur progéniture, réduisent considérablement la voilure financière pour que leur fille, désormais accablée par un terrible labeur dont on n’a retrouvé nulle trace écrite conserve sensiblement les mêmes revenus. Tout ceci n’est-il pas admirable ?

Sophie la grande muette

Sophie Borotra avec son conseil, maître Jean-Baptiste Bordas.

C’est le moment que choisit fort subtilement la deuxième conseillère Viviane Peyrot pour interroger Sophie Borotra sur ses relations avec ses parents. Un ange passe, car Sophie Borotra voit bien le piège qui lui est tendu : « On ne se voit pas tous les jours, on ne se téléphone pas. Mon père est un bon communicant ici mais pas forcément avec ses proches… Je ne lui ai pas dit d’ailleurs il y a un an que j’avais trouvé un poste à Pau » Autrement dit, si Didier Borotra et Sophie se sont chaleureusement embrassés au bar du Palais et ont mangé ensemble avant l’audience (juste à mes côtés pour leur plus grand plaisir !) c’est uniquement pour amuser la galerie. La réalité c’est que papa fait des chèques à sa fille mais ne parle jamais de rien avec elle et qu’il ne lit pas non plus les journaux puisqu’il ignorait que son grand copain François Bayrou avait nommé sa fille directrice des halles de Pau. On est prié de le croire.

« Des trucs qu’on fait en deux heures de temps »

Il a tout d’un gros chat paisible et endormi, alors qu’il surveille sa proie sous sa paupière mi-close. S’il n’impressionne pas par son physique, l’avocat-général Dominique Boiron doit compter quelques concours d’éloquence à son actif, car il possède à l’évidence l’arme fatale des prétoires, le mot qui tue. Au point que les trois avocats de la défense après son intervention, pédaleront comme des coureurs du Tour de France pour tenter d’estomper son intervention et déploreront unanimement « la férocité » du réquisitoire.

D’entrée l’avocat général note « qu’il se passe de drôles de choses sur la Côte basque et qu’un certain nombre d’élus locaux se croient tout permis » estimant que c’est « se moquer du monde » quand on est sénateur et qu’on fait la loi de ne pas savoir qu’une convention avec une personne doit être soumise à l’autorisation du conseil d’administration. Dominique Boiron évoque ensuite le rapport de la Chambre régionale des Comptes et les anomalies constatées à propos de la Cité de l’Océan puis s’étonne que « le tribunal de Bayonne ait avalé la couleuvre » en relaxant les prévenus. Pour lui, « personne n’a été impressionné par la compétence de Madame Borotra. Madame Pautrizel qui cherchait à faire des économies est tombé par hasard sur Madame Borotra, alors qu’il existe 210 cabinets de conseil et gestion à Biarritz » L’avocat général note aussi que le contrat en lui-même ne contient pas la moindre contrainte imposée. Quant à la réalité du travail effectué « des économies sur le téléphone et l’assurance », il se déchaîne : « Des trucs qu’on fait en deux heures dans un bureau deviennent l’essentiel de la mission de Madame Borotra ! » estimant même qu’on est « dans la logique du site les furets.com qui consiste à gagner quelques euros. »

Fort logiquement, tandis que les avocats de la défense s’efforcent de démontrer que le jugement de relaxe à Bayonne était parfaitement équitable, l’avocat général réclame 12 mois de prison avec sursis et 35 000 euros d’amende pour Didier Borotra, avec interdiction des droits civiques pendant cinq ans, 4 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour Sophie Borotra et Françoise Pautrizel.

La décision sera connue le 29 août prochain.

Deux grands absents à ce procès

Depuis 2015 Didier Borotra et Guy Lafite ne s’aiment plus et ils ont quelques raisons pour cela. C’est en effet notre grand argentier en pull cachemire qui aurait paniqué et informé Sud Ouest que derrière l’agence AGC se cachait Sophie Borotra. Le procès-verbal d’audition de Madame Pautrizel est très éloquent. Si elle affirme ne pas avoir informé Didier Borotra du recrutement de sa fille, elle est très claire, en ce qui concerne le nouveau maire annonçant avoir prévenu Michel Veunac, devenu président de la SEM Cité de l’Océan, de la situation dès son élection.

Dans ces conditions, puisque le contrat a continué pendant presque un an, alors que tout prouve que Michel Veunac et Guy Lafite étaient parfaitement informés, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas été inculpés de complicité de prise illégale d’intérêt.

Et si les deux compères ne savaient pas que Sophie Borotra travaillait pour la Cité de l’Océan, comme ils l’ont dit à l’époque dans Sud Ouest, ces deux élus soucieux des deniers publics auraient dû se porter partie civile pour réclamer au nom de la Ville le remboursement des deniers indûment perçus.

Mais « Mimi-La-Malice » et « La Faillite-nous-voilà !»  sont tellement occupés à cajoler Macron qu’ils n’ont plus le temps de rien… Et puis, avec 35 000 euros, on fait quoi de nos jours ?

Sur le sujet, lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/02/contrat-de-sophie-borotra-veunac-savait/

https://jeanyvesviollier.com/2018/12/09/didier-borotra-lhomme-a-qui-on-cachait-tout/

Trois petits anges égarés au tribunal

 

Accusés d’avoir favorisé la sœur du maire, les trois élus dacquois ont fait un grand numéro au tribunal correctionnel de Bayonne. Une affaire qui rappelle celle de Sophie Borotra travaillant pour papa à la Cité de l’Océan.

De gauche à droite, André Drouin, adjoint aux Finances, Élisabeth Bonjean, actuelle maire de Dax et Gabriel Bellocq, maire de Dax au moment des faits.

Rien n’est plus touchant qu’un élu cherchant à convaincre le tribunal de sa bonne foi. Gabriel Bellocq, maire de Dax au moment des faits : « J’étais dans le décisionnel pas dans l’opérationnel » Sous-entendu, j’étais maire mais je ne savais pas ce qui se passait à l’Office de Tourisme. Élisabeth Bonjean, première adjointe à l’époque, devenue maire en 2016 : « J’étais en Nouvelle-Zélande à l’époque des faits. J’ai vaguement su que ma sœur postulait pour une mission à l’Office de Tourisme et ne m’en suis pas inquiétée plus que cela ». André Drouin, chargé des Finances, et supérieur direct de la directrice de l’Office de Tourisme : « Personne n’a dit que c’était sa sœur, mais personne ne l’a caché » Encore un élu spécialiste en sémantique et désinvolture publique !

Car, derrière les belles déclarations d’intention, les faits sont têtus. Revenue de Loire-Atlantique pour s’installer au Pays Basque, Joelle Burgau de la Tullaye, sœur d’Elisabeth Bonjean, avait crée une société d’import-export de produits australiens, nommé « Naturabilis ». Le chiffre d’affaires de cette société parle de lui-même. 1700 euros annuels en 2011, 16 000 euros en 2012 et 17 000 euros en 2013, années où un miraculeux contrat  de 25 916 euros hors taxes avec l’Office de Tourisme dacquois est venu arrondir les fins de mois, puis 1060 euros annuels en 2014.

Bien entendu, les trois élus cités n’hésitent pas à accabler les services et particulièrement la directrice de l’Office de Tourisme, « incompétente et seule décisionnaire pour les marchés de moins de 90 000 euros ». Cette fois encore, comme le rappellent le président Gérard Denard puis le procureur Samuel Vuelta-Simon, les faits mettent à mal les affirmations des prévenus. Six entreprises avaient postulé à l’appel d’offres de l’Office de Tourisme et c’est Naturabilis, la moins bien classée de toutes avec 23 points sur 100, qui avait remporté le marché.

Ils ont tout appris par voie de presse

À en croire le trio d’élus, la décision incombait aux services et ils ne s’en sont pas mêlés. Sauf que la police judiciaire chargée de l’enquête a recensé 427 SMS comminatoires et suaves d’André Drouin, adressés à la directrice de l’Office du Tourisme, du genre « Fais pas chier ! », « Et ce cahier des charges, il est rédigé ? », « Tu as l’impression que je t’impose quelque chose… » et ce magnifique « Si elle ne s’exécute pas, c’est moi qui l’exécute ! »

Visiblement, la directrice de l’Office du Tourisme a tout fait pour que Naturabilis n’obtienne pas le marché. « Je refuse de faire le sale boulot. Encore une magouille ! » écrit-elle à une collègue. Aux policiers qui l’interrogent, elle déclare : « Drouin m’a dit que je devais choisir cette offre et c’est tout ! ». La directrice raconte aussi « J’ai pris rendez-vous avec le maire. Il m’a reçu et donné l’ordre de signer dès le lendemain… Et que je ne m’avise pas d’être en arrêt maladie ! ».

 Gabriel Bellocq ne nie pas cette réunion avec la directrice mais, par malchance, sur tout ce dossier, il a la mémoire qui flanche : « Je n’ai jamais su avant l’attribution du marché que la lauréate était la sœur de ma Première adjointe. Ce n’est que cinq ans après que j’ai découvert par voie de presse ce qui m’a conduit ici ». Même trou de mémoire pour Élisabeth Bonjean : « J’étais destinataire en copie des messages concernant ma sœur, mais je reçois tellement de mails que je ne peux pas prêter attention à tout. J’ai tout découvert par la presse en 2017. J’ai peu de souvenirs précis et à aucun moment je n’ai été l’entremetteuse. »

Des arguments qui ne convainquent pas le Procureur de la République, Samuel Vuelta-Simon, qui au terme d’un réquisitoire tranchant – « Les trois prévenus ont sciemment faussé le jeu dans un marché public » – réclame pour favoritisme et prise illégale d’intérêt une condamnation à six mois de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité pour Gabriel Bellocq et Élisabeth Bonjean, trois mois avec sursis, 20 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité pour le second couteau André Drouin et 15 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité pour Joelle Burgau de la Tullaye.

Les quatre avocats des prévenus, après cette démonstration implacable du procureur, ont sans doute connu des jours d’audience plus faciles, même si, sans surprise, ils ont plaidé la relaxe de leurs clients, victimes d’un « complotisme judiciaire ». Et le malaise grandit quand maître Bellegarde, avocat de Gabriel Bellocq, se tourne vers l’assistance pour répéter à plusieurs reprises : « Est-ce que Gabriel Bellocq est stupide ? » Poser la question, maître, c’est parfois déjà y répondre.

Verdict le 5 mars 2019.

Didier Borotra, l’homme à qui on cachait tout

Didier Borotra a réussi à convaincre les juges bayonnais qu’il n’était pas au courant de l’engagement de sa fille au sein de La Cité de l’Océan qu’il présidait. Les juges de la Cour d’appel de Pau seront-ils du même avis, mardi prochain ?

(Photo Sud Ouest)

 Jean-Philippe Ségot m’a interviewé dans La Semaine du Pays basque datée du 7 décembre 2018. Voici l’intégralité de l’entretien.

– Dans quelques jours, à Pau, aura lieu le procès en appel de ce que l’on appelle « L’Affaire Borotra ». Qui est à l’initiative de cet appel devant le tribunal correctionnel ?

Il convient d’abord de rendre à Sud Ouest ce qui revient à Sud Ouest. C’est un article publié par Muriel Bonneville le 7 février 2015 et intitulé « Le flou règne sur l’étude de recherche d’économies » qui me décide à passer à l’action. J’avais eu vent d’un conseil d’administration de la société d’économie mixte de la Cité de l’Océan très houleux où un administrateur avait parlé de « folie qui pouvait envoyer tout le monde en prison ». Dix minutes après la lecture de l’article, j’ai le bon réflexe de téléphoner à la directrice de la Cité de l’Océan pour avoir communication des écrits rédigés par Sophie Borotra dans le cadre de son contrat. La réponse de la directrice, Madame Pautrizel, est journalistiquement inespérée : « Cette jeune femme n’a pas de bureau chez nous et n’a pas rédigé de rapport. Mais elle nous a fait des préconisations orales très pertinentes ».  A partir de cette réponse, qui ne permettait plus de produire devant la Justice des documents postdatés, j’étais quasiment sûr que ce contrat était suspect. Le réseau mis en place depuis la création de « Bisque, Bisque, Basque ! », en juillet 2013, a fonctionné et m’a donné des éléments supplémentaires. Ce qui m’a décidé à aller voir un avocat, maître Malherbe, et à porter plainte sur ses conseils pour prise illégale d’intérêt.

– En quoi consiste précisément cette affaire qui réunit Borotra père et fille, et l’ancienne directrice de Biarritz Océan, devant le tribunal ?

– En septembre 2013, alors que Sophie Borotra, fille de Didier, vient de rentrer en France pour mettre au monde un enfant, elle crée une société AGC et propose « spontanément » ses services à la Cité de l’Océan « sans en parler à son père ». Six jours plus tard, elle signe un contrat avec la Cité de l’Océan pour une étude de « recherche d’économie » (Alors qu’un contrat avec Suez existait déjà !) et son père, quand il l’apprendra, se déclarera « très contrarié », selon ses dires à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne… Ce qui ne l’empêchera pas de laisser sa fille poursuivre le contrat. Tout cela est difficile à croire. D’autant plus que les investigations policières ont montré que Sophie Borotra touchait de la Cité de l’Océan une somme mensuelle qui correspondait exactement à ce que lui donnait sa famille, au titre de la « solidarité familiale » quand elle était au chômage.

– Où est la limite entre légalité et illégalité dans ce genre de comportement ?

C’est à la Justice et à personne d’autre de l’établir. Je suis donc allé voir maître Malherbe pour savoir si la prise illégale d’intérêt était « une vue de l’esprit ». Non seulement, il a abondé dans mon sens, mais a refusé de se faire payer puisque Bisque, Bisque, Basque ! est un blog gratuit et citoyen. Le 25 juin 2015, le procureur décide d’ouvrir une enquête. Le 8 décembre 2015, Didier Borotra, Sophie Borotra et Françoise Pautrizel sont interrogés par la police avant d’être convoqués au tribunal correctionnel le 31 janvier 2017, pour prise illégale d’intérêt et complicité de prise illégale d’intérêt.

– Quelles furent les motivations du tribunal correctionnel de Bayonne, en première instance, pour rendre un jugement disculpant les Borotra et Madame Pautrizel ?

Mystères de la Justice ! J’ai trouvé remarquable l’audience qui a duré plus de trois heures. Le président Gérard Denart comme le procureur Samuel Vuelta-Simon maitrisaient parfaitement leur dossier. Au passage, on en a appris des belles. Malmenée par les juges sur son maigre bagage professionnel, Sophie Borotra a lâché qu’elle avait été assistante parlementaire de son père, sénateur. Alors qu’elle vivait en Amérique du Sud ! À la fin de l’audience, tous les confrères sont venus me voir pour me dire à quel point ils étaient persuadés que le trio allait être lourdement condamné. Il faut croire que le tribunal a cru plausible cette version voulant que Françoise Pautrizel ait engagé la fille de son président sans lui en parler, puisque le trio a été relaxé. Heureusement, le procureur a immédiatement fait appel d’où ce nouveau procès en cour d’appel de Pau, le 11 décembre prochain. Pour ma part, je suis débouté comme partie civile, ce qui m’arrange car je retrouve ainsi ma liberté d’écrire sur le sujet.

 – Vous êtes à l’origine de la révélation de cette affaire. Comment en avez-vous eu vent et comment avez-vous pu enquêter ? Avez-vous subi des pressions au cours de votre enquête ? En subissez-vous parfois ? De quelles sortes ?

Je travaille avec des réseaux très solides et difficilement identifiables, ce qui agace bien l’actuelle mairie je crois. Pourvu qu’un jour je ne devienne pas gâteux et me mette à lâcher des noms d’informateur, car je crois que beaucoup tomberaient de leurs chaises ! Des pressions, des menaces de procès, j’en subis continuellement. Tout cela fait partie de la vie d’un journaliste et me laisse assez indifférent.

– Une affaire qui pour vous est révélatrice de la défiance des citoyens face à certains hommes politiques et à cette fameuse expression « Tous des voleurs » ?

Je déteste l’expression « Tous des voleurs ! » ou « Tous pourris ! », car il y a une majorité d’élus qui font bien leur travail. En revanche, existait un « système » qui se poursuit encore aujourd’hui, de passe-droits et de copinages, tout à fait inadmissible. Lorsque Steven Holl, qui était l’architecte le plus cher, s’est vu confier la conception de la Cité de l’Océan, il s’est immédiatement fait assister par un cabinet d’architectes bayonnais où travaillait… Laurent Borotra, ce qui est plus que limite. Et des histoires comme cela, j’en ai encore et encore !

– Cette affaire, votre rôle de lanceur d’alerte, a-t-elle été à l’origine de votre envie de fonder avec quelques citoyens votre association « RamDam » ? Ou en est cette association quelques mois après sa naissance ?

– Effectivement, c’est grâce à Didier Borotra que s’est créé RamDam 64-40. Peut-être devrions-nous en faire notre président d’honneur ? Dans le procès Borotra, j’ai sollicité Anticor, dont j’étais membre, pour être partie civile. Et là, courage fuyons ! Mais j’avais repéré dans l’association des citoyens remarquables, des gens de terrain qui menaient dans leurs villes, que ce soit à Ciboure, Saint-Jean-de-Luz, Urrugne, Lahonce ou Ondres, des combats édifiants. Comme nous étions d’accord sur la « nécessaire moralisation de la vie publique » mais totalement opposés politiquement, nous nous sommes laissés un an pour voir si nous arrivions à fonctionner. La réponse est clairement oui. RamDam 64-40, c’est comme une équipe de rugby, il y a des grands et des petits, des impulsifs et des réfléchis, des gens de droite et d’autres de gauche. Lors de notre première réunion publique en septembre 2018, à la maison des Associations de Biarritz, nous nous sommes retrouvés avec une vingtaine de personnes debout tant la salle était bondée. Et dans la foulée, une cinquantaine de personnes ont signé un chèque pour devenir sympathisants de l’association, ce qui montre bien qu’il y a un problème de confiance entre les citoyens et les élus. Comme je le répète à nos nouveaux adhérents : « Soyez économes de votre vindicte, il y a tellement de politiques nécessiteux ! »

– Finalement, un ancien journaliste du Canard Enchainé est incorrigible, non ? Jamais à la retraite…

Tout le monde sait ce que je pense de Veunac et Lafite. Je rêve de m’arrêter, mais tant qu’ils seront aux manettes, je les combattrai, car ils incarnent tout ce que je déteste en politique.

Bayrou engage Sophie à l’insu de son plein gré

Pour Jean-Paul Brin, adjoint du maire de Pau, ce sont les services qui voulaient l’engagement de Sophie Borotra. François Bayrou n’aurait appris ce recrutement qu’après coup.

La Marquise de Vérité, avec la complicité du dessinateur Olivier Ruiz raconte « Les malheurs de Sophie » dans La Semaine du Pays basque datée du 20 avril.

 C’est une étrange maladie qui frappe nos élus des Pyrénées-Atlantiques et le ministère de la Santé ferait bien de se pencher sur la question avant que l’épidémie ne gagne tout le pays. Ils dirigent, ils prennent des décisions, mais il ne se savent pas, ne se souviennent pas ou découvrent à retardement ce que les citoyens ordinaires ont compris depuis longtemps. Président de la DSPL Halles & République, et donc supérieur hiérarchique de la directrice générale Sophie Borotra, Jean-Paul Brin a accordé à Bisque, Bisque, Basque ! un entretien téléphonique qui s’est terminé de façon un peu musclée.

Monsieur Brin, n’auriez-vous pas, lorsque vous étiez avocat, défendu Didier Borotra et les intérêts de la ville de Biarritz ?

J’ai peut-être défendu la Ville de Biarritz, il y a vingt ans. Mais je ne suis pas sûr de mon fait, il faudrait que je cherche dans mes archives…

(Cherchez, maître, vous y trouverez certainement la confirmation des faits). Jean-Paul Brin enchaîne : « Je vois que cette question n’est pas neutre. Pour votre gouverne, sachez qu’il y a douze à quinze ans que je n’ai pas croisé Didier Borotra » (Et probablement que les liaisons téléphoniques entre Pau et Biarritz ne fonctionnent pas !)

Venons en au recrutement de Sophie Borotra comme directrice générale des halles de Pau…

C’est une affaire d’une banalité absolue. Les commerçants locaux avaient besoin d’une assistance de maîtrise d’ouvrage. Sophie Borotra les a tous conquis, alors que nous avions beaucoup de soucis avec la société AO conseil de Monsieur Casamayou.

Ce n’est vraiment pas ce que disent les commerçants locaux.

C’est faux. Nous avons lancé un premier appel à candidature et avons reçu 40 candidatures. Personne ne faisait vraiment l’affaire. Nous avons donc procédé à un deuxième appel et cette fois Sophie Borotra a postulé.

Alternatives Pyrénées semble penser que ce poste, avec la présence de Philippe Sinapian à la mairie, n’a pas de raison d’être.

– (Jean-Paul Brin monte dans les tours) Bien sûr, si vous lisez n’importe quoi ! (Merci pour les confrères !) C’est un équipement totalement nouveau où nous avons besoin des compétences de Sophie Borotra. L’appel à candidature s’est fait en dehors de nous. Ce sont les services qui ont voulu Sophie Borotra. François Bayrou n’a appris son recrutement qu’une fois qu’il a été effectué.

Au tour de Bisque, Bisque, Basque ! de se montrer sarcastique :

Sophie Borotra est décidément poursuivie par la malchance. Elle est engagée à la Cité de l’Océan, mais son père ne l’a su qu’après et, selon ses dires au tribunal « en a été très contrarié », et maintenant vous engagez à Pau la fille de Didier Borotra et vous voulez me faire croire que personne n’en a touché un mot à François Bayrou ? Qui peut gober cela en 2018 ?

– (Se rendant compte, qu’il est allé trop loin, Jean-Paul Brin appuie sur le frein) Quand nous avons signé un appel d’offres avec AO conseil, nous ne savions pas que Sophie Borotra faisait partie de cette société.

Mais bien sûr, puisque la première année Pascal Casamayou a exercé seul pour la plus grande satisfaction de tous.

– (Jean-Paul Brin explose de colère) Mais qu’est-ce que vous voulez ? Que Sophie Borotra ne puisse plus travailler nulle part dans l’hexagone ? (Et il raccroche le téléphone furieux)

Bisque, Bisque, Basque ! va donc se faire un plaisir de répondre au colérique adjoint qui devrait apprendre à maîtriser un brin ses nerfs. On peut être « fils ou fille de » et être parfaitement légitime à un poste à responsabilité. Mais par respect pour les six millions de Français au chômage qui galèrent pour retrouver un travail, on se doit de disputer la compétition à la loyale. Lorsque Sophie Borotra a déroulé son parcours universitaire et professionnel devant le tribunal correctionnel de Bayonne, les juges et le procureur se sont étonnés de la minceur du bagage. Savoir qu’elle a devancé quarante candidats possibles laisse rêveur. D’autant plus que son curriculum vitae semble à géométrie variable selon qu’elle le présente au tribunal ou à la mairie de Pau. Mais après tout, on n’est qu’à quarante-cinq kilomètres de Lourdes, la ville des miracles permanents.

Dartigolles demande un conseil municipal extraordinaire

Opposant communiste à François Bayrou, Olivier Dartigolles est un client assidu des halles de Pau. Et, hasard absolu, ses informations sur la grogne des commerçants face à l’arrogance de Sophie Borotra recoupent exactement celles de Bisque, Bisque, Basque ! Il demande donc, par l’intermédiaire de sa page Facebook, la tenue d’un conseil municipal extraordinaire entièrement consacré au recrutement de Sophie Borotra. Nul doute que le chevalier blanc de la moralisation de la vie publique qu’a été François Bayrou pendant les présidentielles de 2017, va se faire un plaisir d’accepter.

La véritable histoire de Sophie B.

Pour nommer Sophie Borotra directrice des halles de Pau, François Bayrou s’est livré à quelques acrobaties assez éloignées de la moralisation de la vie publique qu’il défend.

L’article de Sud Ouest a fait sourire jaune les commerçants de Pau.

Ce commerçant palois, croisé samedi matin aux halles de Pau, était mort de rire à la lecture de Sud Ouest (14/4) : « Il n’y a que deux commerçants sur cinquante-trois aux Halles qui sont à peu près favorables à Sophie Borotra et, par un hasard incroyable, ce sont ces deux-là que le quotidien a interrogées ». En effet, si la fille de l’ex-maire de Biarritz, 38 ans à ce jour, semble avoir pour seul diplôme un DUT de commercialisation, selon Mediabask, il est clair dans cette affaire qu’elle n’est ni titulaire d’une licence de stratégie, ni même d’un BTS de diplomatie, son intervention sur le Facebook de Colette Capdevielle à un moment où elle aurait dû se faire oublier s’avérant particulièrement malencontreuse.

https://mediabask.naiz.eus/fr/info_mbsk/20180412/sophie-borotra-recompensee-par-francois-bayrou-a-pau

et https://jeanyvesviollier.com/2018/04/11/limpudence-de-sophie-borotra/

Pas de chance pour la nouvelle promue, Bisque, Bisque, Basque ! compte pas mal de copains à Pau et va donc se faire un plaisir de raconter une saga commencée il y a presque trois ans et qui tourne autour d’un personnage central, bien connu à Biarritz, même si son nom n’a pas encore été cité dans la presse, Pascal Casamayou.

Le bon samaritain et la pimbêche

« Un bon mec qui connaît vraiment bien son boulot, lui, et avec qui c’était un plaisir de discuter » affirme le même commerçant. Effectivement, en matière de commercialisation et de réaménagement, Pascal Casamayou en connaît un rayon, comme en témoigne sa société, créée il y a six ans, LLD conseil, qui a réalisé 209 300 euros de chiffre d’affaires en 2017. Ce Biarrot d’adoption, venu se réfugier au Pays Basque après une séparation, va spontanément offrir ses services à la Maïder Arosteguy Cup et aux commerçants de Biarritz pour les aider à négocier avec la mairie. Détail croustillant, les commerçants présents racontent même que la première fois qu’il s’est présenté à la mairie, Didier Borotra le prenant pour un juriste, l’avait viré de son bureau. Avant de comprendre qu’il avait un excellent médiateur face à lui. La qualité de son travail bénévole et de ses idées feront l’unanimité à Biarritz. 

Malgré de nombreuses sollicitations, Pascal Casamayou n’a jamais voulu répondre à nos sollicitations. Le récit qui suit a donc été obtenu par recoupements auprès d’amis scandalisés par ce qui vient de lui arriver. C’est en 2013, peu après le réaménagement des halles de Biarritz, qu’il fait la connaissance de Sophie Borotra, fraîchement rentrée d’Amérique du Sud. Les deux sympathisent. La rumeur veut même qu’il aurait aidé Sophie Borotra à créer sa société, AGC, lui permettant de postuler à la Cité de l’Océan.

En 2014, Pascal Casamayou répond à un appel d’offres de la mairie de Pau qui souhaite rénover ses halles. Précédé d’une flatteuse réputation, les commerçants biarrots ayant discuté avec les commerçants palois, il remporte le marché et crée à cette occasion une société spécifique AO conseil.  À cette époque, il a souvent au téléphone Sophie Borotra, qui, avec son maigre bagage professionnel (en dehors de son activité d’assistante parlementaire de papa, elle n’a quasiment jamais exercé après ses études) peine à trouver du travail. Le jeune chef d’entreprise, qui est un peu débordé avec ses multiples activités, décide de lui tendre la main. Il lui propose de devenir associée d’AO conseil et la nomme directrice.

Un commerçant, qui refuse que son nom soit cité par crainte de représailles de la part du « roi du Béarn » François Bayrou, raconte : « On a vite compris de quoi il retournait. Sophie Borotra ne connaissait rien à la problématique des halles. Dès qu’elle faisait une suggestion, c’était pour dire une bêtise énorme. On voyait bien que Pascal, qui savait de quoi il parlait, tentait de recoller les morceaux sans pouvoir empêcher le désastre. » Selon son voisin de travée, les incidents se seraient multipliés avec les maîtres d’œuvre, les responsables de la mairie et les commerçants. « Quand on discutait individuellement avec Sophie Borotra, c’était quelqu’un de timide et gentil, mais dès qu’on se retrouvait en public et qu’on avait le malheur de ne pas être d’accord avec elle, elle montait sur ses grands chevaux et ne voulait rien entendre ». La génétique Borotra, que voulez-vous !

On la vire, elle rit sous cape !

Au bout de trois ans, la tension est telle avec la Ville et les maîtres d’œuvre, qu’ils décident de convoquer AO conseil pour résilier leur contrat. Des fonctionnaires de la ville de Pau racontent, sous couvert d’anonymat, cette réunion surréaliste où, pas plus au courant que les maîtres d’œuvre de ce que tramait François Bayrou et son adjoint Jean-Paul Brin, deux copains de papa Didier, ils admonestaient Sophie Borotra pendant que celle-ci souriait aux anges. Elle et elle seule savait qu’elle allait devenir la supérieure hiérarchique de ceux qui l’engueulaient.

La République des Pyrénées évoque la brillante collaboration de Sophie Borotra à la Cité de l’Océan, mais omet de raconter la fin de l’histoire et le double passage au tribunal.

D’où la création, le 6 avril dernier, d’une délégation de Service Public attribuée à la Société Publique Locale Halles & République, au capital entièrement détenu par la ville et l’Agglo, avec comme président Jean-Paul Brin, l’adjoint de Bayrou, et comme directrice générale Sophie Borotra. Les commerçants locaux sont outrés. Pascal Casamayou, qu’ils apprécient, n’est plus leur interlocuteur et sa société perd le marché, tandis que Sophie Borotra, qu’ils exècrent, est promue. Cherchez l’erreur !

Quels mauvais esprits ces socialistes! Ils imaginent que François Bayrou aurait pu donner un coup de pouce à la fille de Didier Borotra….

Ensuite, pour calmer la grogne de l’opposition, la mairie a dû envoyer quelques gros bobards à la presse locale comme la justification de cette nomination par le poste important occupé à … La Cité de l’Océan ! Un poste mémorable, effectivement : pas de bureau, pas d’écrit et… tout dans la tête, voilà un poste qui peut impressionner. Reste ce délicat problème du passage, le 5 décembre prochain, de Sophie en Cour d’appel pour « complicité de prise illégale d’intérêt ». Là aussi l’ancien bâtonnier Jean-Paul Brin a réponse à tout et ne voit pas le problème puisqu’elle est présumée innocente.

Seul écueil de taille que semble avoir oublié celui qui en 2017, aux côtés de Macron, s’était comporté en chantre de la moralisation de la vie publique. François Bayrou ne peut, tout étincelant maire de Pau qu’il soit, piquer une directrice à une société pour la reconduire au même poste dans une autre société. Bisque, Bisque, Basque ! n’a pas en sa possession le contrat de travail unissant Sophie Borotra à Pascal Casamayou, mais il est probable qu’une clause de non-concurrence a été signée. Du sport en perspective si Pascal Casamayou, le grand cocu de cette affaire où l’avenir d’une fille de famille est passé avant la demande des citoyens palois, décidait d’une action en justice contre son ancienne associée.

À moins que les juges n’estiment que quand on s’appelle Borotra, et qu’on fait don de sa personne à la ville de Pau, on n’a pas à se soucier de quelque chose d’aussi trivial que le droit du travail.

L’impudence de Sophie Borotra

La fille de Didier Borotra, attendue devant la cour d’appel de Pau pour complicité de prise illégale d’intérêt, se permet de faire la morale à Colette Capdevielle.

Colette Capdevielle s’est autorisée à ironiser sur les Biarrots. Heureusement Sophie veillait au grain.

C’est un peu comme si François Fillon s’élevait publiquement contre les emplois fictifs ou Jérôme Cahuzac contre les paradis fiscaux ! C’est bien de défendre son père… à condition de garder raison. Alors que l’ex-députée socialiste Colette Capdevielle s’étonnait sur son Facebook que les frais de défense de Didier Borotra dans l’affaire des PV annulés (20 000 euros tout de même) aient été pris en charge par la mairie et donc par les contribuables biarrots, Sophie, fille de Didier a vu rouge et s’est fendue d’un post vengeur en réponse au moqueur « Pauvres Biarrots ! Mais qu’ont-ils fait pour mériter cela ? »  de l’avocate bayonnaise qui précise sa pensée : « L’élu condamné devrait payer ses frais de défense ».

Sophie Borotra monte au filet et volleye fort : « Madame, je vous suis avec intérêt. Normalement, la médiocrité ne fait pas partie de vos commentaires… Continuez dans l’intérêt de nos pauvres amis bayonnais ! »

Tout cela ferait partie de la vie courante des réseaux sociaux et serait très amusant si le parcours professionnel de la demoiselle ne prêtait autant à contestation.

Assistante parlementaire de papa

De retour d’Amérique Latine, Sophie Borotra avait créé en 2013 une société de services AGC et, hasard, son premier contrat avait été obtenu à la Cité de l’Océan, alors que son père était président de la société d’économie mixte. Mais comme elle l’a affirmé à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne, le 31 janvier 2017, elle a traité directement avec la directrice de l’époque, Françoise Pautrizel, « sans en parler à son père qui était très contrarié quand il l’a appris ». Le tribunal de Bayonne a finalement choisi de relaxer le trio de prévenus, mais le procureur Vuelta-Simon a fait appel et l’affaire sera jugée à Pau le 5 décembre prochain.

Mais là où l’admonestation de Sophie Borotra à l’égard de Colette Capdevielle, irréprochable pendant son mandat, prend tout son sel, c’est lorsqu’on repense à son interrogatoire à la barre du tribunal. Malmenée par le président Denart, qui s’étonne de la minceur de son expérience professionnelle, Sophie Borotra, pour donner un peu de contenance à son parcours, lâche alors : « Mais j’ai été assistante parlementaire de mon père quand je vivais en Amérique Latine ». Un peu gêné aux entournures, Didier Borotra profitera d’une pause pour expliquer à la presse que sa fille jouait un rôle très important dans le Foro, en convaincant les maires des grandes villes sud-américaines de se rendre à Biarritz. L’explication vaut ce qu’elle vaut, sauf que le Foro relevait uniquement de la ville de Biarritz et non des fonctions de sénateur de Didier Borotra.

Et maintenant, un poste en or à Pau

Quand on a aussi indûment profité de l’argent public, le bon sens voudrait que Sophie rase un peu les murs et évite de se répandre sur Facebook, mais sa nouvelle carrière étincelante en Béarn, qu’elle ne doit sans le moindre doute qu’à elle-même, lui donne toutes les audaces. Comme nous l’apprend « La République des Pyrénées » du 11 avril, Sophie Borotra devient responsable des nouvelles halles de Pau, chargée de la commercialisation des surfaces restantes.

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2018/04/11/la-fille-de-l-ancien-maire-centriste-de-biarritz-va-diriger-les-halles-de-pau,2320701.php

Et l’on entend d’avance le grand copain politique de Borotra, François Bayrou, qui a créé cette SPL (société publique locale) nous expliquer avoir beaucoup cherché en vain dans tout le Béarn et avoir enfin déniché la perle rare de directrice dont il avait besoin en la personne de Sophie, qui, bien entendu, n’a pas parlé de son engagement à son père, qui, bien entendu, a été très contrarié quand il l’a appris.

Ceux qui gagnent péniblement le salaire minimal, ne se rendent pas compte. Sophie vous le confirmera : être fille de maire ou d’ancien maire, ce n’est vraiment pas un métier facile !

Borotra et Veunac fessés par la Chambre Régionale des Comptes

Irrégularités, malfaçons, dissimulation de pièces, les magistrats viennent de rédiger un rapport de 114 pages accablant pour « l’inventeur » de la Cité de l’Océan comme pour son successeur.

La Cité de l’Océan, l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire, selon les magistrats chargés de surveiller les Finances publiques.

Une volée de bois vert comme il est rare d’en lire ! Les magistrats de la Chambre régionale des Comptes, plutôt adeptes de la périphrase ou de la tournure ampoulée, n’ont pas vraiment fait dans la nuance au moment de remettre leurs conclusions. Dans les 114 pages de ce rapport consacré à la Cité de l’Océan, tout y passe, de l’inanité du projet, aux malfaçons et aux mensonges répétés sur la billetterie. Sud Ouest (14/3) a fort bien raconté l’affaire, mais le détail de ce qui a été écrit par les magistrats mérite d’être révélé.

Dès la page 3, le ton est donné et les chimères de papy Borotra sont épinglées, puisque la Chambre Régionale des Comptes (CRC) évoque « un modèle économique ambitieux mais irréaliste »

En termes feutrés, la CRC dénonce le fonctionnement cautionné par Borotra et ses adjoints de l’époque, Brisson, Veunac et Lafite d’une société à la gestion « marquée par de nombreuses irrégularités ».

Et ce n’est pas le plan de relance de Michel Veunac et son fameux : « Je vais vous faire aimer la Cité de l’Océan ! » qui changera grand-chose à la situation catastrophique de la Cité naufragée.

Au contraire, la mairie a visiblement joué l’obstruction et a traîné des palmes pour transmettre les procès-verbaux du conseil d’administration de la Cité de l’Océan.

Borotra avait eu au moment du vote de la Cité de l’Océan, des propos très méprisants pour ceux qui s’opposaient à l’édification de son joujou. Dix ans plus tard la CRC donne raison à ces derniers.

Et depuis 2014, comme le souligne l’opposition actuelle, le nombre réel de visiteurs est très en dessous de ce qui est annoncé. 57 000 entrées pour la Cité de l’Océan, ce n’est vraiment pas glorieux.

Alors, pour compenser, on a distribué à tour de bras des entrées gratuites, comme l’a souligné à de nombreuses reprises Jean-Benoît Saint-Cricq.

« Irréalisme » semble décidément être le mot préféré des magistrats de la CRC dans ce rapport.

Rien n’a été fait dans les règles de l’art et la scénographie n’a pas plus été au niveau que le reste.

Et pour couronner le tout, de nombreuses irrégularités ont été commises dans ce dossier où aucune des règles concernant les marchés publics n’ont été respectées. Quant à la gouvernance « de type moniste » (autrement dit, le maire décide et le conseil d’administration approuve), elle est en droite ligne avec tout ce qui se pratique à Biarritz.

Quand on est responsable de l’argent public, on défend les contribuables en s’élevant contre les malfaçons. La scénographie n’a absolument pas tenu ses promesses. Mais, comme la société était dépourvue d’assurance professionnelle (sic !), aucun recours contentieux n’a été effectué. On croit rêver.

Didier Borotra a été le « père » du projet, mais les trois adjoints Brisson, Veunac et Lafite n’ont rien fait pour l’empêcher. Pour ce désastre que les contribuables biarrots n’ont pas fini de payer, ils doivent être sanctionnés en 2020 s’ils ont l’impudence de vouloir prétendre se présenter à nouveau devant les électeurs. La conclusion du rapport de la Chambre Régionale des Comptes est limpide : le premier imbécile venu n’aurait pas fait pire qu’eux dans ce dossier.

Après le fiasco des écuries de la Bigueyrie, Michel Veunac avait annoncé, lors du conseil municipal du 20 décembre, qu’il allait demander aux magistrats de la Chambre Régionale des Comptes d’enquêter. Nul doute que ces derniers vont s’empresser de revenir pour saluer les performances du gestionnaire hors pair Veunac.