Élus ordinaires d’une ville ordinaire…

Le G7 nous prouve une fois de plus que la majorité ne marche vraiment pas au super (Chronique publiée dans Mediabask, le 8 août).

Les penseurs de la majorité sont déjà concentrés sur le mandat suivant. Ils sont tellement préoccupés des Biarrots qu’il serait vraiment dommage de se passer d’eux dans le futur.

Quand vous les croisez, ils vous expliquent qu’ils ont accepté un mandat par passion de la vie publique et sens exacerbé de l’intérêt général. Et si d’aventure, ils se représentent en 2020, c’est bien entendu parce qu’ils ont cédé à la pression affectueuse de leurs amis et non parce qu’ils y trouvent leur compte.

Imaginons maintenant une ville de la côte basque sur le point d’accueillir un grand sommet international. Le débat n’est pas de savoir si l’initiative est judicieuse ou non, même s’il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Mais dans une ville ordinaire, avec des élus ordinaires, chacun en fonction de sa délégation se préoccuperait de savoir comment les personnes âgées résidant en centre-ville vont pouvoir traverser cet événement sans trop de dommage. Quelques emplois jeunes, dûment badgés, sembleraient particulièrement indiqués, dans cette cité balnéaire où la moyenne d’âge flirte avec les soixante ans, pour recenser les esseulés et voir les menus services à leur rendre pendant le G7.

En effet, au vu des contraintes multipliées à plaisir par l’État pour la venue des grands de ce monde, il n’est pas du tout sûr que le ravitaillement et les tâches quotidiennes puissent se dérouler normalement. Un exemple parmi d’autres ? L’Agglomération annonce que pendant quinze jours, du 19 août au 2 septembre, toutes les poubelles situées dans la zone rouge de la Ville seront neutralisées et inutilisables et que les ordures ménagères devront être portées en zone bleue. À pied, puisque les voitures seront interdites. Sachant que les côtes sont raides à Biarritz, ils vont devenir musclés nos papis et mamies si pendant quinze jours ils doivent faire une grimpette quotidienne pour se délester de leurs déchets ! Et émaciés, puisqu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir trouver à se ravitailler.

Évidemment, aucun de ces élus beaux parleurs n’a consacré une seconde de son temps si précieux pour imaginer un dispositif facilitant la vie des plus nécessiteux. On offre aux séquestrés le spectacle de Macron, Trump et Veunac paradant dans une ville déserte et ils oseraient se plaindre ! Un spectacle que les manants ne pourront d’ailleurs voir qu’à la télé puisqu’il sera interdit de se mettre aux fenêtres. Nos élus de la majorité à Biarritz, vous l’avez compris, ne sont pas ordinaires et ils n’ont pas de temps à consacrer à des tâches aussi triviales. Ils sont déjà tellement ivres d’eux-mêmes, tellement occupés à se demander s’ils réussiront à obtenir un selfie avec Macron ou une risette de Brigitte, qu’ils ne vont pas s’encombrer l’esprit avec des gens qui n’avaient qu’à se mettre au vert comme la majorité. Heureusement qu’un élu de l’opposition, même pas candidat en 2020, François Amigorena, a eu la bonne idée de créer une page Facebook « Entraide G7 » pour tenter de limiter les dégâts. Même s’il n’a pas les moyens de la majorité à sa disposition.

Car ainsi va désormais notre démocratie : pendant que certains festoieront au Palais, d’autres se contenteront de la série « Poubelle la vie ! »

Macron n’y va pas de main morte

Impressionnant face à Donald Trump, le président Macron a remporté son duel… haut la main.

La rencontre de « deux mâles alpha » selon la presse américaine.

Pour avoir fréquenté des boxeurs dans ma jeunesse, j’ai toujours été frappé de la douceur avec laquelle ces sportifs vous serrent la main. Seuls les matamores de vestiaire, ceux qui cherchent à faire oublier leur médiocrité sur le ring, s’obligent à vous broyer les phalanges pour bien vous faire sentir leur virilité. Faute de pouvoir briller par sa hauteur de vues ou ses connaissances géo-politiques, le président américain Donald Trump a développé une stratégie bien à lui pour faire sentir à ses interlocuteurs qu’il entend demeurer le maître du monde. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, reçu à la Maison-Blanche en février dernier, n’est pas prêt d’oublier l’étreinte de dix-neuf secondes que le rustique président des États-Unis a fait subir à la petite miniature qui lui tient lieu de main. Ne ratez pas sa grimace de soulagement quand le supplice se termine, elle est désopilante.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/11/la-poignee-de-main-entre-donald-trump-et-shinzo-abe-derniere-d/

Emmanuel Macron apprend décidément très vite, même s’il n’a pas été élu à mains levées. Très à l’aise pour son premier G7, sachant habilement s’écarter avec Justin Trudeau tout en restant à portée de main pour offrir aux photographes l’image d’une jeune classe dirigeante triomphante, complice avec Angela Merkel comme jamais Hollande ne l’a été, le président français a retenu l’attention de tous les médias américains en se sortant

brillamment du traquenard tendu par Donald Trump. Face aux caméras, notre Macron que l’on découvre féroce, non seulement ne s’échappe pas face à la tentative de destruction de sa main droite par le soudard américain, mais il en rajoute et, pour notre plus grand chauvinisme triomphant, ce sont les articulations de Trump qui blanchissent, ses doigts qui papillonnent et se font flanelle pour tenter d’échapper à la broyeuse, tandis que Macron, sourire de façade et œil cruel rajoute une ultime pression avant de libérer les cinq otages. Voici d’ailleurs ce qu’écrit le New-York Times à ce sujet :  » Leur poignée de main a suscité l’étonnement. Le président américain de 70 ans et son homologue français de 39 ans se sont donnés la main, entamant un salut viril qui s’est achevé en poignée de la mort bon enfant. Les mâchoires serrées, leur visage alternant entre sourires et grimaces, les deux hommes se sont serrés la main jusqu’à ce que les jointures de M. Trump pâlissent. A un moment, le président a essayé de retirer sa main, mais M. Macron a agrippé sa main encore plus fort et a continué à la serrer. Finalement, la seconde fois, M. Trump s’est retiré et M. Macron l’a laissé partir.« 

Même si Macron a franchi l’épreuve haut la main et si on applaudit des deux mains, on a le sentiment qu’il s’en est fallu de l’épaisseur d’un doigt que le président des États-Unis ne dégaine l’arme nucléaire s’il avait eu le fameux bouton rouge à portée de main.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170526.OBS9911/trump-aneanti-par-la-poignee-de-main-de-macron-la-presse-compte-les-points.html

Et c’est donc avec une certaine inquiétude que l’on attend la visite demain en France de Vladimir Poutine, autre grand primate de la virilité triomphante. Après le rituel baiser sur la bouche, vont-ils affronter un ours à mains nues pour pouvoir évaluer leur testostérone ? Tandis que Fillon, Juppé ou Valls regarderont les images en se répétant, nostalgiques, le vieil adage : « Aux innocents, les mains pleines ».