Gilets jaunes, peur bleue et colère noire

Pour avoir rançonné les plus pauvres au profit des plus riches, le gouvernement, et lui seul, est responsable de la violence actuelle. Une seule solution : écouter et céder.

Les CRS visiblement solidaires des gilets jaunes.

En adoptant, il y a quelques jours, une loi contre la fessée, nos députés ont négligé deux amendements de taille pourtant fort utiles en cette période troublée. Si l’interdiction des châtiments corporels à l’égard des enfants ne peut être que saluée, la fessée devrait être publiquement administrée quand le gouvernement se montre autiste à la colère de tout un peuple et quand des journalistes jouent aux complaisants valets du pouvoir.

Prenez ce brave Christophe Jakubowski, chef du service politique de TF1, qui, de lin blanc vêtu, explique suavement deux jours avant la grande manifestation du 1er décembre que les gilets jaunes exhibent désormais des pancartes « ANTICAPITALISTES ! ». Et le brillant analyste de développer sa pensée : Les manifestants « réclament le SMIC à 1300 euros ». Cette revendication mesurée ne relève nullement de l’anticapitalisme mais du simple bon sens, alors que notre pays est devenu le plus taxé d’Europe, mais elle horrifie visiblement le chef de service politique (Au fait, son salaire représente combien de Smic par mois ?)

Des journalistes qui ne savent plus « lire » les manifestations

Les journalistes de ma génération ont pour la plupart participé à des manifestations, fait le coup de poing avec les forces de l’ordre et parfois senti les matraques leur caresser les côtelettes. Devenus observateurs, ils connaissent toutes les ficelles de ces affrontements publics, les autonomes venus pour durcir le mouvement en espérant le grand soir, les pilleurs jugeant trop belle l’occasion offerte et les infiltrés, flics en civil à la Alexandre Benalla, qui sont parfois les premiers à provoquer dans le but de susciter la peur des « braves » manifestants et la décrédibilisation du mouvement.

Malheureusement, les écoles de journalisme, avec leurs prix d’entrée astronomiques, sont devenus les repaires de la « bien-pensance », alors qu’elles devraient être le haut lieu de l’esprit critique. Et ils nous ont offert un festival, les journalistes de TF1, de BFM, ou de I-télé, et parfois même ceux du service public, en relayant sans le moindre esprit critique toutes les fables que le gouvernement leur soufflait à l’oreille ! Au départ, le mouvement était piloté en sous-main par l’extrême-droite. Puis par l’extrême-gauche. Et maintenant par des casseurs sans foi ni loi, voulant la ruine de notre pays. Et on tartine pendant des heures et des heures sur les voitures qui brûlent, les barricades érigées, les magasins saccagés. On se rend en cohorte dans le XVIe arrondissement interroger la bonne bourgeoise terrifiée ou le commerçant dévasté qui, les larmes au bord des yeux, affirment n’avoir jamais vu ça.

Ces mêmes journalistes, qui n’essaient même pas de dissimuler leur soutien inconditionnel au gouvernement, nous livrent parfois des images qui contredisent leurs propos, mais ils sont bien incapables de le remarquer. Pourquoi ces civils qui lancent des lacrymos aux côtés des CRS ? Pourquoi les voitures mises à feu le sont-elles par des hommes cagoulés de noir, tandis que de braves couillons de gilets jaunes posent à visage découvert devant le feu de joie improvisé et se font alpaguer ensuite par les forces de l’ordre ? Pourquoi si peu d’images de la manifestation de l’avenue de l’Opéra où des milliers de gilets jaunes se sont retrouvés dans le calme ? Pourtant, on trouve des « pépites » sur Youtube, qui, allez savoir pourquoi, ne sont jamais montrées au grand public (https://www.youtube.com/watch?v=8CZtDqIifCU)

Le mouvement des nouveaux pauvres

Relayé par des médias complaisants, le refus de comprendre par le gouvernement la nature même du mouvement des gilets jaunes est sidérante et en dit long sur le fossé qui sépare l’élite ministérielle des simples citoyens. La difficulté à trouver des porte-paroles montre bien que ce mouvement est spontané, même s’il s’organise avec le temps, ce qui est logique. Ceux qui occupent les ronds-points, ou bloquent les péages autoroutiers sont les nouveaux pauvres de notre pays. Ceux qui travaillent dur mais n’arrivent plus à s’en sortir avec leurs salaires, à force d’être taxés sur tout. La France est devenue le premier pays d’Europe au niveau de la pression fiscale, mais qu’a fait Macron en arrivant au pouvoir ? Il a supprimé l’impôt sur la Fortune, soi-disant pour ne pas faire fuir les possédants et fait un cadeau fiscal de plus d’un milliard d’euros au 0,01% de Français les plus riches.  

https://www.marianne.net/economie/127-milliard-pour-les-001-les-plus-riches-le-gros-cadeau-de-macron-enfin-chiffre

Et cela en s’attaquant aux retraites, en multipliant les taxes qui compliquent à chaque fois un peu plus les fins de mois et en repoussant au jour où Édouard Philippe dansera le tango avec Arlette Laguiller toute augmentation du salaire minimal. La taxation sur l’essence, c’est « La goutte d’essence qui a fait déborder la base », comme l’a joliment écrit Mediabask.

Alors oui, les gilets jaunes ont raison, mille fois raison de revendiquer encore et toujours. Oui, ils ont raison de faire pression jusqu’à ce que le gouvernement cède. Qu’ils se rassurent en écoutant le nouveau ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et la peur bleue qu’il affiche derrière ses paroles de matamore varois face à la colère noire des Français.  (C’est Gérard Collomb qui doit se féliciter d’être parti à temps !)

En France, seuls les grands patrons du CAC 40 peuvent obtenir des avantages sans lutte. (rémunération à 5 millions d’euros en moyenne, plus 14% par rapport à 2017).  Pour les autres, le seul espoir est de créer un rapport de forces favorable. Les avancées significatives de 1936, de 1968 ou de 1981 ne l’ont été qu’après des semaines de lutte. À chaque fois, l’augmentation a provoqué un tollé. En 1981, après que François Mitterrand ait décrété une augmentation de 10% du salaire minimal, nombre d’entrepreneurs ont annoncé leur intention de partir à l’étranger. En fait ils sont restés et la mesure a relancé la consommation.

Oui, il est intolérable que des gens perdent de l’argent en travaillant, entre le loyer à payer, les frais de garde des enfants et l’essence de la voiture. Le travail doit être respecté et le salaire obtenu, permettre de vivre.

Pour toutes ces raisons, les gilets jaunes ont mon soutien total et absolu. De ce mouvement, je ne retiendrai pas les images complaisamment véhiculées par les télés de barricades ou de casseurs, mais simplement la rencontre sur un rond-point entre cette mère de famille arborant son gilet jaune et un député LRM, dégoulinant de bon sentiment avec sa bouillie sucrée lui coulant du bec et son « Je vous comprends » digne d’un chanoine venu visiter ses pauvres. Et la femme en colère de lui répliquer : « Vous pensez que j’emprunte pour m’acheter un appartement ou une nouvelle voiture ? J’emprunte pour pouvoir offrir des jouets à Noël à mes enfants »

Tout est dit. Le peuple des gilets jaunes ne réclame ni pain ni brioche, comme le dirait Marie-Antoinette. Il réclame son dû, qui passe par une augmentation des salaires, et le respect des gouvernants qui doivent cesser immédiatement leur funeste rançonnage.