Max et l’EPChips !

Chipstarrak a faim

(Dessin Pierre George)

Ma toute Douce,

La vie est parfois bien cruelle et rien n’est acquis sur cette terre !

Je me souviens des espoirs déçus de notre pauvre Max Brisson, de notre cher Chipstarrak, que nous avons connu tout mioche quand il jouait aux « politiciens et aux entrepreneurs » dans les rues de Boucau. Ah qu’il était mignon, tout frisé, ce jeune et brillant gamin si sage qui travaillait bien à l’école et collait les affiches du général de Gaulle sur les murs de la cité ouvrière avec son tube de colle Uhu. Après des études brillantes et l’agrégation d’histoire ou de géographie – je m’y perds -, le voilà qui s’est lancé dans la vie politique. Conseiller municipal de feu Bernard Marie qu’il appelait « Mon papa« , puis conseiller régional grâce à la bonté de MAM qu’il appelait « Ma grande sœur« , puis conseiller général aux côtés du Parrain de la Côte, l’excellent Claude Olive, qu’il appelait « Mon petit frère« , il les a tous, un jour ou l’autre, fabuleusement trahis avant de se prendre la fameuse pelle (du 18 juin) en plein dans la tronche !

Évidemment, cela fait mal… Mais personne ne l’avait forcé à faire la danse du ventre devant Borotra, puis à mener sa campagne électorale des municipales de 2014 comme on mène un veau à l’abattoir de Mauléon. Non personne…

Aujourd’hui, le bilan est triste (contrairement à Anne du même nom…), car si Ostia et Ostiette – du moins pour le moment – ont beaucoup de galette qui rentre chaque mois, pour Max-la-Mélasse les caisses ont un peu de mal à se remplir et la mise au régime a commencé. Du temps où il glorifiait Borotra soir et matin en venant lui faire des bisous dans son bureau et en saoulant ses proches par des : « Didier, DIDIER MON AMI, m’a dit que j’étais le SEUL, l’UNIQUE, le MEILLEUR » (ce qui faisait alors dire avec un grand sourire à l’élégant Michel Veunac qui armait patiemment ses scuds : « Certes, mais il ne lui a pas dit le meilleur des quoi…« ), le Max s’engrangeait dans le gosier une belle indemnité de premier adjoint, avec un joli bureau vue sur mer et une place de parking gratuite en plein centre-ville. Il cumulait les chips gentiment et voyait son avenir sous les meilleurs auspices (son avenir est-il désormais dans le meilleur des hospices ?) en commentant ainsi les choses à son fidèle Domège-sans-intérêts : « A moi les chips de maire et celles du Conseil général ! A moi les bons gueuletons au Palais. A moi les Chips Gold ! » Oui, la vie est bien cruelle, Chère Thérèse-Marie, et ses derniers espoirs furent déçus quand il s’est fait éjecter d’une position éligible aux régionales par l’insupportable Calmels qui aime mieux aller câliner le beau Mathieu Gallet à la Cité du Vin de Bordeaux que la Chips à la Cité de l’Océan.

Pourtant Chipstarrak avait un dernier espoir ! Oui, un ultime…

Il s’agit de l’EPCI, la future grande institution que doit présider le Lehendakari Etchegaray à partir du mois de janvier… Et notre Chips, qui danse le fandangros à Saint-Pée, prépare la brosse à reluire pour le Ché :

– Jean-René est mon ami ! Il est à la fois mon nouveau père, mon nouveau grand-frère, mon IMMENSE idole. C’est la plus grande des intelligences basques universelles. Il y a chez lui du Napoléon et du De Gaulle. Je conserve d’ailleurs dans ce petit écrin qui ne quitte pas ma poche de chips une mèche sacrée de ses cheveux que je vénère et que j’embrasse chaque matin et chaque soir. C’est un Saint !

Et de rajouter dès qu’il croise le Marco Amestoy, le fameux directeur de cabinet du Ché :

 Marco, MON Marco, toi qui as toujours été mon AMI, MON fils spirituel, à qui j’ai appris au temps de la splendeur du Ostia, l’art de la politique, je compte sur TOI, pour faire partie de l’entourage de notre futur empereur des Basques. Tu me dois bien ça, hein MON MARCO si beau ?

Marco, quelque peu gêné par tant de débordement, la cravate bien droite et scintillante de mille fils de soie, le costume impeccablement coupé, les pompes parfaitement lustrées, les mains méticuleusement manucurées, de fuir vers les toilettes les plus proches à la recherche d’un lavabo :

– Il m’a encore broyé la main ce type ! Mais c’est quoi ce truc qui colle, gras et gluant que j’ai sur les mains ? Mais c’est pas Dieu possible ! Il n’y a pas de gel antiseptique dans ces commodités ? Je crois qu’il va vraiment falloir que je revêtisse mes nobles mains de gants immaculés semblables à ceux de la reine d’Angleterre quand je verrai la Chips me poursuivre dans les couloirs. Mais c’est pas vrai ce truc, ça ne part pas ! Quelqu’un aurait du white-spirit ?

Alors le sort des Basques préoccuperait-il à ce point notre joli Chips ? Un tel cœur pour une si noble cause, cela ne mérite-t-il pas un peu d’indulgence de notre part, Ma Toute Douce ? J’ai failli y croire, jusqu’à ce qu’un proche de notre Max ne me raconte cette petite anecdote des plus croustillantes : « Il y a quelques temps, le Brisson m’a fait des confidences que je vous répète car je connais votre grande discrétion. Toute cette affaire est en fait une affaire de chips ! Figurez-vous qu’il a découvert que l’EPCI aura quinze vice-présidents et qu’ils percevront probablement dans les 2000 euros d’indemnités par mois chacun ! Et il ne se cache pas d’y prétendre et rêve à cet apport de chips supplémentaires pour arrondir ses revenus et son beau bidon ! C’est juste aussi simple que cela… Ma chère Marquise. »

Voilà donc le stratagème ! Toujours une affaire de pognon comme on dit du côté de Bidache. Alors, j’ai fait ma petite enquête pour savoir si notre Chips pourra bientôt festoyer sur le dos de nos impôts… Et le résultat ne va pas lui faire plaisir, vous allez voir… S’il est vrai que la Chips sera obligatoirement membre du futur EPCI, vu qu’il est déjà conseiller de l’Agglo à Bayonne, il ignore peut-être que les postes de vice-présidents seront donnés en priorité aux présidents des agglos sortantes. Il y en a dix sortants, dont neuf qui sont détenus par des hommes ! Si notre bien aimé Jean-René devient Lehendakari comme il se doit, il y aura donc neuf vice-président et une vice-présidente en quelque sorte de droit avant de désigner les cinq autres. Alors, ne peut-on pas penser que très logiquement pour les cinq postes qui resteront à pouvoir, l’on choisisse de les attribuer à des femmes ? Ce serait la moindre des choses dans cette société qui se décide enfin à appliquer la parité depuis peu… Et ce n’est pas au Pays basque, dans le cadre d’une nouvelle institution, que l’on se montrerait ringard ! On arriverait ainsi alors à dixhommes (avec le lehendakari à la présidence) et à six femmes, ce qui se serait déjà très en défaveur de nos condisciples Ma Toute Douce !

Pour en revenir à notre Chips, et comme il a très peu de chances de changer de sexe avant la fin de l’année, il va encore une fois devoir renoncer à ses folles espérances. Que voulez-vous quand le sort s’acharne…

Gardez bien cette nouvelle pour vous, car je ne voudrais pas casser le moral de notre joli joufflu une fois encore par une « fuite » de notre correspondance. Il semblerait toutefois qu’il pourrait avoir comme lot de consolation un poste de conseiller délégué, ce qui correspond en fait non pas aux bonnes poches de chips Gold qu’il visait chaque mois, mais plutôt à quelques petites miettes un peu molles…

Mais cette histoire de parité, qui fait le malheur de notre Max, semble aussi inquiéter notre si distingué préfet, qui en grand stratège EPCI-pien – et qui voit toujours si loin à des milliers de kilomètres même en plein brouillard – se doute que les recours lancés par les NONistes pourraient trouver une oreille favorable à Paris justement au nom de cette fameuse parité, figurez-vous ! Car dans ce collège de plusieurs centaines de conseillers, l’on ne pourra pas y appliquer une stricte parité. Il se pourrait donc que ce soit là le talon d’Achille de toute l’affaire ! Si la bataille de l’EPCI est gagnée par le vote des conseils municipaux, il se peut qu’elle se prolonge dans des recours plus ou moins interminables au nom de la parité…

Oui, Ma Chère, la vie politique in the Basque Country n’est pas un long fleuve tranquille…

Je vous laisse, Ma toute Douce, et à la semaine prochaine. Comptez sur moi.

Marie, votre Marie, Marquise de Vérité.

Pour protester contre les censeurs, « Bisque, bisque, Basque ! » accueille, comme chaque semaine, l’impertinente Marquise de Vérité de Jean-Philippe Ségot. Manifestez votre esprit citoyen, luttez contre les esprits chagrins qui ont délogé la Marquise de Vérité de La Semaine du Pays basque, en écrivant à herculepoirot@hotmail.fr. Comme plusieurs milliers d’entre vous, vous recevrez ainsi chaque semaine, par mail, les lettres de la Marquise.

Sans démocratie, l’EPCI n’a pas de sens

EPCI 02

Un vote à bulletin secret qui a été suivi attentivement par tout le conseil municipal…

 « Je veux bien me faire traiter d’énarque, de comptable, Je m’en fiche. On n’a pas été élus pour faire des paris, mais pour défendre les Biarrots! » Jeudi soir, à l’image d’un Lionel Jospin du temps où il était Premier ministre, le Premier adjoint Guy Lafite a fendu l’armure et a parlé avec ses tripes. Et comme nombre de conseillers municipaux en ont fait autant, qu’ils soient favorables ou non à l’EPCI (Établissement Public de Coopération Intercommunale, qui regrouperait les 158 communes du Pays basque), le public a pu assister à un conseil municipal de très haute volée. Pour tous ceux qui ont encore du mal à saisir ce que sera l’EPCI, il suffit d’écouter les 207 minutes du débat, marqué par 19 interventions aussi riches que différentes, pour comprendre l’enjeu qui anime tout le Pays basque.

http://ville.biarritz.fr/mairie-pratique/le-conseil-municipal/videos-deliberations/

Un fossé plus large que l’Adour entre les pour et les contre

Il est évident dans ce débat qu’aucun procès d’intention ne peut être fait à quiconque, car tous les conseillers présents souhaitent une mise en valeur du Pays basque. Mais entre ceux qui voient une opportunité à saisir quels que soient les risques, et ceux qui pensent que la copie préparée par le préfet est plutôt médiocre, le fossé est actuellement bien plus large que l’Adour. C’est ainsi que dans la même coalition des pour, on retrouve les oui convaincus de Max Brisson, Peio Claverie et Édouard Chazouillères, épaulés par Michel Poueyts, Régine Daguerre, Maialen Etcheverry ou Laurent Ortiz et les oui mais de Maïder Arostéguy ou Ghislaine Haye.

Max Brisson (minute 53 sur la vidéo) : « Il faut dire chiche au préfet car la situation de morcellement du Pays basque n’est plus tenable. Pour certains, le moment n’est pas venu. Le problème, c’est que pour le Pays basque, le moment n’est jamais venu ».

EPCI Chazouillères

Edouard Chazouillères en compagnie de Ghislaine Haye. Pour tous les deux.

Édouard Chazouillères (1h37′), excellent, laisse parler ses tripes, lui qui n’est pas né au Pays basque : « Est-ce qu’on la joue petit bras? Il faut saisir cette occasion unique de rassembler tout le territoire. »  Et l’adjoint chargé du commerce de rejeter l’argument de la précipitation : « Si on nous donnait trente ans pour  faire l’EPCI, nous commencerions la trentième année« .

Peio Claverie (2h16′), sans surprise, prévient son auditoire : « Le lyrisme dans le débat public, c’est le sel de la soupe. Mon avis sera favorable même si l’EPCI n’est pas un projet abertzale. L’heure est au réalisme afin de saisir ce que le destin et les hommes nous proposent au Pays basque. La future région aura la taille de l’Autriche, alors, si nous voulons peser, regroupons-nous! »

Maïder Artosteguy (2h32′), se montre plus nuancée et regrette « un timing très précipité« . Malgré cela, elle a envie de croire en cette EPCI, car « l’innovation comporte des risques, mais ils sont moindres que l’immobilisme« . Avant de conclure avec cette citation de Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse! »

Des textes ciselés

On l’aura compris, chacun a soigneusement travaillé son intervention et le camp des opposants au projet actuel d’EPCI, a lui aussi des arguments à faire valoir. Les lecteurs assidus de ce blog ne vont pas manquer de sourire de ce compliment, mais Michel Veunac, Guy Lafite et François Amigorena, entre autres, vont avoir des interventions remarquables. Michel Veunac est décidément une énigme : ce maire a une capacité étonnante à conduire un débat apaisé et à accepter que ses colistiers ne soient pas d’accord avec lui. Quel dommage qu’il n’élargisse pas son sens de la démocratie jusqu’aux citoyens biarrots, lors de grandes décisions à prendre comme la relance de la Cité de l’océan! Jeudi soir, son intervention a été limpide (33′). Après avoir rappelé à quel point, il souhaite connaître un jour une entité basque, il a tenu à s’expliquer : « Le graal est à portée de la main, mais nous ne rendrons pas service au Pays basque avec une solution aussi précipitée et mal préparée« , avant d’annoncer qu’il allait proposer au préfet un scénario fédératif qui pourrait constituer une étape intermédiaire. Frédéric Domège s’est retrouvé sur la même position (1h08′) : « Il s’agit d’engager tout le Pays basque dans un nouveau mode de gouvernance. La méthode et l’agenda donnent l’impression d’un passage en force du gouvernement. Je ne vois pas où est l’intérêt des Biarrots dans cette proposition d’EPCI« .

Jean-Benoît Saint-Cricq, pour une fois, approuve totalement le maire (1h12′) : « Seule une consultation des citoyens aurait du sens. Il s’agit de saborder le navire ACBA. Ce machin sera ingouvernable et les villages de l’intérieur seront rattrapés par la fiscalité de la côte ».

EPCI Amigorena

François Amigorena. Contre.

François Amigorena, (1h18′) après avoir évoqué son père Jean et son militantisme basque à la fin des années 30, se fait lyrique : « Quel principe plus fondateur de la République que « Un homme, une voix ». Le projet d’intercommunalité proposé par le préfet bafoue sans vergogne ce principe puisque notre agglomération qui représente 42% de la population n’aura que 24% de conseillers dans la nouvelle assemblée »

Hervé Boissier (1h21′) est du même avis que son collègue et voit dans cette consultation « un piège, volontaire ou non, qui nous est tendu par monsieur le préfet »

Guillaume Barucq (2h48′) a constaté que les petites communes de l’intérieur étaient favorables à ce projet. Le surfeur convaincu s’est amusé de « cette grande vague qui, pour une fois, vient de l’intérieur. Biarritz ne peut pas être sourde à cette volonté. » Bien qu’il n’ait pas envie « de dire non à une communauté unique« , il décide de s’abstenir, car «  nous rêvions d’un pays et on nous propose un EPCI« .

Guy Lafite, enfin, en bon argentier (2h04′) estime que « l’intercommunalité n’a jamais été faite pour résoudre des problèmes d’identité. »  Il sourit quand on lui parle d’économies d’échelle. En effet, avec une EPCI organisant la vie de 195 000 habitants, «  le niveau d’indemnité des 232 conseillers sera beaucoup plus élevé et ça intéresse beaucoup certains »

À quoi tient l’enthousiasme en politique!

Après un vote à bulletin secret, 20 conseillers se prononceront contre le projet d’EPCI, 12 pour et 3 s’abstiendront.

Un déni de démocratie

EPCI Vial

Hervé Boissier, Louis Vial. Contre.

Mais c’est peut-être Louis Vial, opposé à ce projet, qui a eu la comparaison la plus heureuse de la soirée, même s’il affirme « ne pas être orateur » : « Nous avons l’Europe que nous avons. En sommes-nous vraiment fiers. Je ne suis pas sûr ».  L’ancien policier tape juste quand il compare la future EPCI à l’actuelle Europe : « On est dans un chantage et je ne l’accepte pas. J’ai un mandat et je n’ai pas été élu pour ça ». La nécessité de grandir, l’opportunité, tous ces arguments peuvent faire sens, s’il n’y avait ce curieux calendrier choisi. Rappelons que le vote de jeudi n’était que consultatif, et qu’un prochain vote aura lieu au printemps 2016, définitif celui-là, avant que le préfet ne prenne une décision début 2017. Et que se passe-t-il en 2017? Il y a une élection présidentielle avec un certain François Hollande qui rêve de se représenter et qui va utiliser comme argument de campagne sa simplification du mille-feuilles français. Voilà pourquoi on avance à marche forcée!

Lorsque nous avons voté en 2014 pour nos conseillers municipaux, il n’était nullement question d’intercommunalité. Pourquoi un Biarrot va-t-il valoir dans cet EPCI la moitié d’un habitant de Mauléon? Pourquoi une décision aussi importante n’est-elle pas prise au suffrage universel? Voilà où le bât blesse! L’EPCI, pourquoi pas, mais à condition qu’il n’y ait pas hold-up sur la démocratie, à condition qu’on ne nous refasse pas le coup de l’Europe, avec cette Constitution incompréhensible, rejetée par les Français et validée en douce par les politiques, au mépris du verdict des urnes.

L’EPCI peut être une chance pour le Pays basque. L’excellent débat que nous ont proposé nos élus jeudi soir, montre à quel point la décision à prendre est complexe. Mais, c’est peut-être le moment de jouer groupé.  Alors que le préfet observe les réactions et les hostilités, avant de s’efforcer de rendre une copie présentable, tout en ne mécontentant pas le pouvoir en place, les élus biarrots doivent profiter de cette période et de leur poids dans la future EPCI pour obtenir beaucoup plus. Car comment peut-on demander à des électeurs dont on n’a pas sollicité l’avis d’accepter les réussites et les échecs de ce gros machin, qui ne sera qu’une baudruche dénuée de sens, si tout le monde ne se sent pas concerné?