Biarritz lave plus vert

Les deux seuls militants EELV de Biarritz ont décidé de quitter leur parti. Juste au moment où Marine Batiste adhère.

Éric Ménard était persuadé avoir très bien défendu les intérêts des Verts en obtenant de Nathalie Motsch que tous les projets municipaux soient soumis à une commission environnementale. Menacé d’exclusion, il vient de démissionner des Verts.

Habituelle surenchère des publicitaires, nous avons connu la lessive qui lave « plus blanc » et même, immortalisée par Coluche, la lessive qui lave « plus blanc que blanc ». À Biarritz, la fièvre environnementale semble s’être emparée de toutes les listes qui la jouent « plus verte que verte ». Mais certains chiffres ramènent à la raison. En 2019, Europe Écologie Les Verts (EELV) ne comptait à Biarritz que… deux militants à jour de cotisation, Éric Ménard et son épouse. Ces deux derniers viennent de quitter leur parti, qui retrouve tout de même… 50 % de ses effectifs puisque la candidate Marine Batiste vient de décider d’adhérer, suivie peut-être par quelques membres de son équipe. Éric Ménard a en effet décidé de rejoindre les rangs de Nathalie Motsch qui lui promet qu’une commission environnementale examinera tous les projets municipaux si elle est élue. Une décision qui n’a pas plu à la secrétaire départementale Sophie Bussière, elle-même alliée sur Bayonne aux Abertzale. Contactée par SMS, Sophie Bussière n’a pas souhaité commenter la lettre de démission d’Éric Ménard, une lettre qui en dit pourtant long sur les pratiques d’arrière-boutiques électorales et que nous nous faisons un plaisir de publier.

La lettre de démission d’EELV d’Éric Ménard

À l’attention de Sophie Bussières, secrétaire départementale, de Jean Lissar, secrétaire régional d’EELV Pays Basque, et à l’attention de l’ensemble des mes camarades de lutte et membres du groupe.

Simple écologiste de base, plus habitué aux actions qui induisent un investissement personnel sur le terrain, une implication dans les milieux associatifs et du bénévolat, je dois humblement avouer que je me suis perdu dans les méandres stratégico-politiciens et je tiens donc à vous présenter toutes mes excuses pour ma naïveté intellectuelle. Mon manque de maîtrise sémantique sur le propos et le discours politique, amplifié par mon incapacité à décrypter le message de Yannick Jadot me confortent dans mon choix actuel.

J’ai toujours eu peur du vide et donc être suspendu du parti ne me met pas dans une situation confortable. Pour toutes ces raisons, je vais me libérer d’un poids en vous présentant de ma propre initiative ma démission. Je ne peux pas me reconnaître dans ce qui est en train de se passer à EELV et surtout EELV Pays Basque.

Ma génération a eu la chance de pouvoir vivre sans guerre, sans Sida, sans pollution, la liberté de quitter un boulot le matin pour en retrouver un autre le soir même, de côtoyer des gens qui se respectaient et mettaient en pratique la devise de la République : Liberté Egalité FraternitéQue laisserons-nous à nos enfants, nos petits enfants et aux générations futures ? Il y a urgence à s’unir pour sauver ce qui peut encore l’être. Sophie Bussière et Jean Lissar, quelle est votre interprétation de ce slogan : « GRANDIR ENSEMBLE, POUR GAGNER ENFIN ». C’est ensemble mais pas tous ensemble c’est cela, ou, ensemble mais pas avec tous. Expliquez-moi.

EELV refait ce qu’il a toujours su faire avec brio, rater le coche.

Maintenant je pose une question à la secrétaire départementale d’EELV Pays Basque, signataire et élue sur la motion « Le temps de l’Écologie ». Page 38 de la tribune concernant les deux congrès du 16 et 30 novembre 2019, en colonne trois il est écrit ceci : « Notre priorité des prochains mois est la réussite des élections municipales. Elles doivent permettre le rassemblement des citoyens et des autres formations autour du projet écologique pour amorcer le processus de dépassement ». Et dans la réalité vous refusez tout dialogue avec les autres partis, sans même prendre le temps de la réflexion, sans vous intéresser à ce que font les autres et sans tenir compte des spécificités ? C’est un bien curieux sens de la démocratie. Je n’ai même pas eu la possibilité de pouvoir m’expliquer au sein d’EELV Pays Basque.

Autre question que je pose à Nicolas Balerdi, ton conjoint, qui se retrouve lui sur la motion « l’Écologie au pouvoir, grandir ensemble pour gagner enfin ». Page 25 et sur la troisième colonne : « Nous devons assumer notre responsabilité de moteur d’une nouvelle dynamique, sans céder à l’hégémonisme. Autour du projet écologiste, nous avons vocation à rassembler des partenaires issus d’autres traditions politiques, pour gouverner des communes, des régions et demain le pays ». Et page 26, première colonne : « Dépassant les idéologies politiques anciennes, l’écologie propose de gouverner différemment nos destinées », puis page 26 colonne 3 : « il s’agit notamment de proposer aux partis politiques historiquement inscrits dans la mouvance écologique ou issus d’une écologisation plus récente de cheminer ensemble. Nous devons nous confronter sans crainte et nous unir sans arrières pensées. Toutes celles et ceux qui veulent sincèrement construire avec nous des réponses écologiques à la crise sont les bienvenu.e.s. »

Vous faites quoi avec ça aujourd’hui, c’est juste un effet d’annonce, un rond dans l’eau, un effet de fumée ? Pour pouvoir se faire une opinion encore faut-il prendre un instant pour pouvoir échanger et discuter ?  Comment arriver à prendre le leadership si dès le départ vous estimez qu’il n’y a aucune possibilité de travailler ensemble avec plus de la moitié de la population. ? Quid du cas spécifique de Biarritz ?

Sept mois de réflexion, il aura fallu sept mois de réflexion à la néo-candidate de EELV à Biarritz pour savoir si elle était écologiste, si elle s’encartait. Et vous lui sautez au cou sans la moindre réflexion ! Si les décisions concernant la gestion de la ville de Biarritz mettent autant de temps pour mûrir, c’est sûr que la commune sera bien gérée. 

Quelle stratégie EELV Pays Basque compte mettre en œuvre pour ravir la municipalité de Biarritz ? Pendant combien de temps encore la candidate d’EELV Pays Basque va-t-elle faire illusion ?  J’ai dû rater un épisode car cette même candidate se vantait par SMS interposés, au début du mois de septembre d’avoir l’investiture d’EELV Pays Basque auprès des journalistes locaux. Ce qui à l’époque m’a juste fait bondir quelque peu puisque nous étions seulement deux encartés à Biarritz, ma compagne et moi-même.

Quelle perte de temps et d’énergie !

Je milite et m’intéresse à la vie politique depuis mes seize ans. Je me suis toujours impliqué dans la vie politique et associative locale dans mes actes du quotidien. J’ai grandi et fait évoluer mes idées au fur et à mesure que ma réflexion et ma conscience politique s’étoffaient. Plus militant de terrain que stratège, j’ai du mal à comprendre qu’au XXIe siècle certains et certaines responsables politiques réagissent encore avec des réflexes du siècle dernier.

Pour un parti qui prône la solidarité, il serait bon de déterminer avec qui la faire et comment. S’il s’agit d’une solidarité de l’entre soi, la cause écologique telle que vous la défendez n’est pas prête à prendre le pouvoir. Ce qui est étonnant chez EELV c’est la facilité avec laquelle ce parti arrive à s’autodétruire dès qu’il y a une embellie.

Juste une dernière question, qu’allez-vous faire des Verts allemands qui s’ouvrent aux libéraux pour travailler ensemble à la mise en place d’une politique écologique efficiente et efficace face à l’urgence actuelle ? (Reportage du journal d’Arte du 07/01/2020).

Je vous souhaite une excellente année 2020.

Éric Ménard