Un BO sans âme… et sans Géronimo!

BO Aurillac

Il reste encore vingt-neuf journées pour modifier la donne, mais ce premier match contre Aurillac n’est guère rassurant.

Des travées à demi vides, alors que la ville est saturée de touristes amateurs de rugby, voilà qui n’augure pas de très joyeux dimanches, au mois de janvier prochain, quand les « occasionnels » seront devenus rares. Après les épisodes peu glorieux qui ont occupé toute la fin de saison dernière avec la fusion ratée, on se frottait les mains à l’idée de retrouver enfin du rugby au stade Aguilera, face à une équipe d’Aurillac qui pratique un jeu appliqué mais sans grand génie, et on espérait une victoire tranquille de nos couleurs.

C’était sans compter sur la bonne volonté de tous les participants en rouge et blanc, joueurs ou dirigeants, qui se sont acharnés à faciliter les choses aux visiteurs.

Cafouillage d’entrée du préposé à l’écran géant, incapable de faire apparaître les têtes des joueurs en même temps que leurs numéros, puis Jean-Louis Berho qui s’égosille dans une sono hors d’âge et inaudible (…Apparemment, il n’y a plus d’argent au BO, malgré toutes les subventions municipales!), avant que les joueurs n’entrent sur la pelouse au milieu de quelques claquements de mains polis, à peine dignes d’un match de première série. Pas de chants,  pas de cris, et pas un spectateur qui ne ressent ce délicieux frisson qui précède les coups d’envoi.

Comme l’a avoué, cette semaine, le nouveau président Nicolas Brusque, « nous ne sommes pas très doués pour la communication et l’animation« . Alors, pourquoi diable, s’être privé de Géronimo, si attendu par les occupants des tribunes qui ne demandaient qu’à s’enflammer, et préférer un vide total, comme si le BO n’avait plus de véritable identité?

Concours d’erreurs individuelles

La tribune Blanco après un essai du BO

Clément vient de marquer le premier essai du BO, et c’est à peine si un ou deux drapeaux s’agitent dans la tribune Blanco.

Et puis, histoire de bien se compliquer les choses d’entrée côté jeu, deux erreurs défensives monumentales qui permettent aux Cantalous de mener 12 à 0 à la 17 e minute après un essai de Nouhaillaguet et un autre de Roussel, avant que Clément ne marque en force pour le BO à la 22e puis Davies à la 29 e. Et à peine trois drapeaux qui s’agitent dans la tribune Blanco et une apathie qui gagne tout le public, tellement ce rugby est triste et besogneux! 15-15 à la mi-temps et le sentiment, malgré les manques, que les couleurs locales vont l’emporter.

À la reprise, Cassan marque pour Aurillac à la 65 e et Burotu réplique à la 69 e : 25-25.

Il n’y a pas un écart énorme entre Aurillac et le BO, juste un peu plus d’application offensive et défensive chez les visiteurs. A la 71 e, Petitjean transforme une pénalité et donne trois point d’avance à Aurillac 28-25. Mais le BO semble décidé à perdre ce match. Le Bourhis manque une pénalité très facile face aux poteaux, avant que le BO ne se fasse voler un ballon en touche à dix mètres de la ligne adverse et qu’Erik Lund ne commette un magnifique en-avant sur le dernier ballon du match.

Bien sanglé dans un impeccable costume gris, le nouveau président du BO semble juste avoir oublié que le rugby doit être une fête, qu’une l’équipe ne vit pas que des subventions télé et qu’elle a besoin d’un public, transcendé, qui la porte dans les moments difficiles.

Avant de nous parler inévitablement, dès juin 2016, d’une nouvelle fusion avec l’Aviron bayonnais, aussi prévisible que le retour des crabes à la marée, on ne saurait donc trop conseiller à Nicolas Brusque, d’envoyer en stage à l’Aviron tout son entourage pour apprendre à mettre le feu au stade avant, pendant et après les matches. Il y avait quelqu’un qui faisait cela très bien. Il s’appelait Géronimo et nul ne peut le soupçonner de ne pas éprouver un amour infini pour ses couleurs. Qui nous expliquera pourquoi Nicolas Brusque lui a demandé d’arrêter?

Mérin et Blanco, seuls responsables du fiasco

Blanco mérin

Les deux petits cachottiers, Manu Mérin et Serge Blanco à Brindos. (Photo Sud Ouest)

La colère, avec la perte momentanée de contrôle qu’elle implique, peut être très révélatrice. Vexé de voir son projet de fusion mis en échec par l’association des amateurs de Biarritz Omnisports, Serge Blanco a annoncé qu’il démissionnait de la présidence du BO et s’est laissé aller à quelques propos particulièrement mal venus (Sud Ouest, 24 juin), reprochant  «  un orgueil mal placé de la part de gens qui n’ont jamais mis la main à la poche « . Si l’on suit le raisonnement du patron du BO, ceux qui n’ont pas d’argent n’auraient donc que le droit de fermer leur gueule et devraient s’interdire de veiller aux valeurs du rugby local. Détestable raisonnement qui est bien à l’image de la détestable façon dont a été conduite cette opération de fusion!

Des dégâts humains irréversibles

L’ancien meilleur arrière du monde n’aurait jamais dû oublier que le rugby est un sport collectif et que ses relances somptueuses qui enchantaient tous les passionnés de rugby, il les devait aux bons ballons procurés par ses avants. Cette fusion, négociée en secret par Blanco et Mérin, a hérissé tout le monde et ne pouvait que capoter. Coup de bluff ou décision durable, on voit mal comment Blanco pourrait demeurer à la tête du BO, au vu de la façon dont il a traité les joueurs et les salariés qu’il dirigeait. Tandis que dans les autres équipes de Pro D2, les joueurs réenfilent le short, tout heureux de se retrouver après quelques semaines de récupération, ce sont des joueurs épuisés  psychologiquement qui vont reprendre lundi, au terme de vacances pourries, le chemin d’Aguilera. Erik Lund, l’emblématique capitaine des rouges et blancs qui n’a rien d’une mauviette, s’est amèrement plaint dans la presse de n’être tenu au courant de rien. Et comment demander à des joueurs comme De Luca, Waenga, Ikapote Fono, Noirot ou Marienval de mouiller le maillot, alors qu’on leur avait fait savoir qu’on ne les conserverait pas en cas de fusion? Et même bonne ambiance assurée chez les salariés, entre ceux qui auraient été du voyage en cas de fusion et ceux dont le club était prêt à se séparer.

Mérin doit lui aussi démissionner

Seule consolation pour les inconditionnels du BO, les dégâts sont encore plus importants du côté de l’Aviron. Lorsque le projet de fusion a fuité, le BO ne pouvait plus envisager un retour possible dans l’élite, mais l’Aviron avait encore toutes ses chances de rester en Top 14. Les joueurs ne sont pas des robots décérébrés  et il est probable que l’incertitude provoquée par cette possible fusion a créé quelque perturbation dans le jeu bleu et blanc. Mais le plus incroyable est de constater que l’Aviron n’avait pas le moindre plan B, en cas d’échec de la fusion. Rokococo, Monribot, Bustos Moyano, Ugalde ou Iguiniz avaient donné leur accord pour participer à cette nouvelle entité basque, alors qu’ils auraient pu sans peine retrouver un club de l’élite. Alors que les transferts sont terminés, ils doivent vraiment avoir le sentiment d’être les dindons de la fusion, dans une équipe singulièrement dépourvue de premières lignes ou de demis de mêlée. Homme de bonne volonté mais d’une maladresse insigne, Manu Mérin doit tirer de lui-même les conclusions qui s’imposent de sa catastrophique présidence et démissionner. Par cette décision, il démontrera qu’il n’était pas dans une aventure personnelle et facilitera l’avenir de l’Aviron.

Une vraie réflexion s’impose

Alors que se dessine pour la saison prochaine, la perspective de deux derbies entre le BO et l’Aviron, les leçons doivent être tirées de cette nouvelle tentative ratée de fusion. Nombre d’acteurs des deux clubs, en particulier du côté des amateurs et des supporters, ont eu le sentiment d’un coup de force. Ils ont rué dans les brancards et ils ont bien fait. D’autres sont malheureux de voir le rugby basque disparaître de l’élite. Il est clair qu’une fusion, discutée en secret et voulue à marche forcée n’a aucune chance de réussir.  La seule solution désormais consiste à créer un « comité des sages », composé équitablement de Biarrots et de Bayonnais, d’amateurs et de professionnels et de réfléchir en toute transparence à un possible rapprochement entre les deux clubs pour la saison 2016-2017. Avec l’obligation de régler certains problèmes cruciaux comme le choix du stade, du siège social et du devenir des équipes de jeunes.

Å ce prix, et à ce prix seulement, un rapprochement est envisageable, alors que toutes les tentatives jusqu’à présent ne ressemblaient qu’à un jeu de dupes.

Mérin imite Blanco

Se disant « épuisé« , Manu Mérin, quelques heures après la publication de cet article, a annoncé qu’il allait démissionner dans « quelques semaines« . On ne voit guère ce qu’il pouvait faire d’autre.