Tu n’es pas le bienvenu, Manu !

Mardi, les élus enamourés accueilleront le Président de la République dans un Biarritz barricadé. Mais bien peu de Biarrots se réjouissent du futur G7.

Photomontage extrait du blog « Les moutons rebelles »

Vous êtes sûrs que notre pays a connu une révolution et que les privilèges ont été abolis ? Pour ma part, je ne vois pas de différence significative entre ces nobles qui saccageaient les récoltes des paysans en chassant à courre, il y a plus de deux siècles, et ce Président qui va obérer la future saison touristique en décrétant que le G7 se tiendra à Biarritz en plein mois d’août. Même morgue de caste, même mépris des populations qui travaillent, même volonté de faire continuellement la leçon aux plus pauvres et d’épargner systématiquement les plus riches.

Emmanuel, la courtoisie républicaine voudrait qu’on se réjouisse de ta venue, mais tu manques tellement de courtoisie à notre égard qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Lundi soir à la télé, tu nous as fait le grand numéro du bourgeois de Calais, ou plutôt du bourgeois du Touquet, en pleine repentance, mais qui peut te prendre au sérieux ? Pour justifier les cadeaux fiscaux destinés aux plus riches, suppression de l’ISF et Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), tu as donné plus de quatre milliards à ceux qui, t’ont fait roi et tu te retrouves maintenant fort démuni pour distribuer des miettes quand les gilets jaunes sont dans la rue. Mais comme tu adores faire la leçon aux Français, tu continues à défendre ta « théorie du ruissellement », voulant que l’argent versé aux riches finisse par profiter aux pauvres. Tu ne vois pas qu’avec le matraquage fiscal auquel tu te livres, tes petits ruisseaux font les grandes misères ?

Si encore, conscient d’être un privilégié depuis l’enfance, tu avais la dignité de la mettre un peu en veilleuse. Mais visiblement, tu n’as pas retenu les leçons du « Casse-toi, pauvre con ! » de Sarkozy, ou les « sans-dents » de Hollande et tu te permets, avec une belle inconscience de classe, un festival de petites phrases méprisantes. Les « illettrés », les « fainéants », les « cyniques » ou les « gaulois réfractaires », ceux qui ne veulent pas travailler « pour se payer un costard », par flemme de « traverser la rue », alors qu’on leur consacre « un pognon de dingue », apprécient beaucoup de ne pas savoir comment ils vont offrir des jouets à leurs enfants pour Noël tout en se faisant insulter par leur Président.

Brigitte et Emmanuel Macron vous le diront : Biarritz est une ville où on fait de belles rencontres (Photo Paris Match, août 2016)

Mardi prochain, tu vas parader dans un Biarritz barricadé et à ta dévotion, avec autour de toi des petits élus locaux qui vont te regarder comme si tu étais capable de les guérir des écrouelles mentales qui les frappent. Mais as-tu conscience que deux jours avant ta venue, les commerçants qui ont des commandes à honorer, les chefs d’entreprise qui ont besoin de circuler n’arrivent pas à avoir la moindre réponse de la mairie sur ce qu’ils pourront ou ne pourront pas faire ?

Et comme tu dois être en panne de phrases creuses, tu as même prévu un entretien en tête à tête avec Michel Veunac. En revanche, des questions aussi triviales que celles posées par des élus comme Guillaume Barucq sur le coût du G7 et le fait de savoir qui va payer l’addition de ce raout présidentiel, ou sur un dédommagement possible pour le manque à gagner que vont subir tous ceux qui vivent du tourisme, ou sur des aides pour la rénovation de L’Hôtel du Palais, ne t’intéressent visiblement pas. Le mépris de caste, encore et toujours !

Pour ma part, je ne m’abaisserai même pas à venir manifester pour ta venue. Pas envie de me prendre un coup de froid, un coup de chaud ou même un coup de sang avec des policiers aux abois et n’hésitant jamais à frapper les manants et les gueux qui osent dire qu’ils ne sont pas d’accord. Puisque tu aimes les beaux vêtements, je me contenterai donc de t’offrir le joli « costard » que tu es en train de lire et de me permettre ce conseil amical : en attendant une VIe République, plus que jamais nécessaire, traverse la rue et change de job, car, à l’évidence, tu n’es pas et tu ne seras jamais le président de tous les Français.

 

 

Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !

Les sondeurs, ces parasites de la République

Ils faussent régulièrement l’opinion et se trompent presque à chaque fois. À quand une interdiction des sondages lors des échéances électorales ?

Les rois de la courbe vendent du vent et le savent. Mais tant qu’ils trouveront des gogos pour acheter leurs sondages et des crédules pour les prendre au sérieux…

Ils ont annoncé Juppé pour la primaire de la droite, Valls pour celle de la gauche, et bien évidemment Hillary Clinton à la présidence des États-Unis, mais, toute honte bue, ils continuent à avoir leurs sièges réservés sur toutes les chaînes de télés où ils nous expliquent doctement l’évolution des tendances électorales, alors que près de 40% des Français avouent ne pas avoir encore pris leur décision.

Mais pour ces nouveaux docteurs Folamour de l’Audimat, pas le moindre doute, pas la plus petite remise en cause et des tripatouillages à faire hurler n’importe quel amoureux de la démocratie. Tous les Français vont aller aux urnes dans quelques jours avec l’idée très nette que les petits chevaux électoraux Le Pen et Macron sont les plus près du poteau final suivis de Fillon et Mélenchon, puis de Hamon, les « petits » candidats n’étant là que pour faire beau dans le paysage. Mais qu’en savent-ils, ces spécialistes qui ne voient jamais rien venir et qui poussent les Français à « voter utile » dès le premier tour, en agitant un classement totalement putatif, alors que personne n’a la moindre idée du résultat final ?

Si vous disposez de soixante minutes, ne ratez surtout pas le replay de l’excellent « Envoyé Spécial » d’Élise Lucet et vous allez mieux comprendre l’hypocrisie sans nom de tous ces jolis cœurs qui veillent jalousement sur le devenir de leur goûteux fromage en se parant des atours de la science.

 

La malice des sondés

Ah, il m’a bien fait rire, l’étudiant bordelais qui a parfaitement compris comment fonctionne l’attrape-gogo (minute 16’). Quentin, dix-neuf ans, se fait de l’argent de poche en répondant aux sondages en ligne sur Internet et touche pour cela environ un euro pour vingt minutes de travail (Ils sont princiers, ces sondeurs, même Macron n’a pas encore osé proposer ce salaire horaire!). Mais il a remarqué que le style étudiant célibataire et fauché n’était pas très prisé des producteurs de graphique. Alors, il s’est rajouté vingt ans d’âge, inventé une femme, deux enfants et des revenus annuels de quarante mille euros et se retrouve sollicité par les sondeurs, trois ou quatre fois par semaine.

La ruse ne date pas d’hier, puisque dans le club de rugby où je jouais l’un de nos coéquipiers occupait nos trajets en autocar avec des « enquêtes d’opinion » qu’il était censé faire au porte-à porte. Suivant les voyages, je me suis donc retrouvé ménagère de plus de cinquante ans anxieuse sur le choix de sa lessive ou mère de famille inquiète pour les dents de ses enfants. Nous avons tous ri de concert de la supposée « bêtise » des sondeurs qui faisaient confiance à de jeunes rugbymen chahuteurs comme nous. Sans comprendre que ces « marchands de vent », loin d’être bêtes, étaient parfaitement conscients de nos petits truandages mais bien obligés d’en passer par là pour vendre quelque chose à leurs commanditaires.

Écoutez bien Jean-Daniel Levy, le responsable du département politique d’Harris interactive (minute 19). Bien sûr qu’il ne va pas tordre le cou à la poule aux œufs d’or qui le fait vivre grassement, alors il louvoie, minimise, parle « d’une réponse sur six mille » biaisée, alors qu’il n’en sait strictement rien. Et l’on en arrive à ces redressements effectués par chaque sondeur. « Les instituts ne veulent pas donner les chiffres bruts (qui seraient pourtant plus près de la vérité !) car cela donnerait une mauvaise information ». Ben, voyons !

Sur quels critères sont faits les redressements ? Par qui ? Dans quelle intention ? Même le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, auteur d’une loi réglementant les sondages n’en sait rien et parle de « redressements au doigt mouillé ». Et l’on s’étonne ensuite de voir les sondeurs se planter avec cette constance qui force l’admiration…

Le narcissisme des élus

Pour LCI, ( et les autres!) pas de doute, Juppé va triompher aisément.

Face à cet amateurisme désarmant, le législateur pourrait très bien rédiger une loi interdisant les sondages en période électorale. Sauf que, parmi les politiques, ces grands nombrilistes qui faute de glace se mirent dans les sondages, on ne trouverait peut-être pas une majorité d’élus décidés à faire de la peine à leurs amis sondeurs. On pensait par exemple Nicolas Sarkozy heureux de vivre et sûr de lui avec ses talonnettes de sept centimètres qui lui permettaient d’arriver à l’épaule de Carla. Dans l’excellente émission d’Élise Lucet, on apprend que trois cent trente-trois sondages ont été commandés par l’Élysée entre 2007 et 2009. Aux frais des contribuables, bien entendu. Mais vous conviendrez avec moi que dépenser 4186 € pour savoir si sa liaison avec Carla Bruni altère l’image de marque du chef d’État Nicolas 1er, était indispensable.

Si la gauche semble, sous Hollande, beaucoup moins gourmande de sondages, le vaniteux petit Catalan qui a donné sa parole de soutenir le vainqueur de la primaire de gauche avant d’aller faire des mamours à Macron, est visiblement un grand Narcisse qui ne s’ignore pas. Tout y passe en matière de sondages, sa coupe de cheveux, son air colérique, ou son apparence. Là aussi, aux frais des contribuables. Valls aurait mieux fait pour ses costumes de demander à l’ami de Fillon, ça nous aurait coûté beaucoup moins cher.

La paresse des journalistes

Pour remporter la primaire de la gauche, Le Figaro voit Montebourg.

Reste un aspect qu’Élise Lucet – allez savoir pourquoi ! – a passé sous silence. Si les sondages prolifèrent, c’est bien qu’il y a des imbéciles pour les acheter et d’autres pour les utiliser et donc les crédibiliser. Et il n’aurait pas été inutile de souligner la paresse des journalistes – presse écrite ou télévision, même combat ! – qui préfèrent visiblement torcher un article ou monter un débat d’une heure avec les derniers chiffres fournis par les adeptes du doigt mouillé plutôt que de plonger dans les programmes et de poser les questions qui fâchent, ce qui est leur rôle.

Bien sûr, il y a des exceptions notables et des journalistes obligés de se prêter à cet exercice journalistique à la demande de leur patron, mais les Français seraient tout aussi bien informés si l’on chassait les sondeurs des écrans et les remplaçait par Élisabeth Tessier ou autres manieurs de boules de cristal.

En fait, l’histoire des sondeurs, c’est un peu l’histoire de Mazarine, la fille autrefois cachée de François Mitterrand : il y a une élite qui sait mais qui, pour mille raisons diverses d’intérêt personnel ne dit rien et des gogos qui ne savent pas et prennent les chiffres fournis pour science triomphante, se perdant ainsi dans des conjonctures électorales absurdes.

Je vais voter Mélenchon au premier tour, mais j’en ai marre d’entendre autour de moi des citoyens avertis et réfléchis dire : « Hamon me plaît beaucoup mais j’ai peur de perdre ma voix en votant pour lui ». SI Hamon vous paraît l’homme de la situation, votez pour lui !

Oui, les sondeurs sont les parasites de la République et font main basse par leurs affabulations sur la plus élémentaire démocratie. Alors, en attendant que quelqu’un donne à ces petits marquis poudrés le grand coup de pied aux fesses qu’ils méritent et les chasse de la vie politique, faites-leur un grand bras d’honneur et votez sans calcul pour le candidat qui vous plaît réellement au premier tour. Et il sera toujours temps au second tour d’éliminer Marine avec le moins pire qui restera en lice.

Se faire tirer dessus et fermer sa gueule…

Ce ne sont pas François Fillon ou Jérôme Cahuzac qui vous diront le contraire, l’argent rend dingue. Dans notre angélisme, on pensait juste qu’un journal de copains, qui vivotait péniblement jusqu’en 2014, avant de connaître une renommée mondiale suite aux assassinats commis par les frères Kouachi, pouvait échapper à cet engrenage fatal. On savait que c’était tendu à Charlie hebdo, mais on mettait cela sur le compte du traumatisme vécu. Et puis Marie Bordet et Laurent Telo, deux solides confrères de la presse nationale, viennent nous souffleter au visage et nous raconter un véritable hold-up commencé… « Le jour d’après ».

On se souvient tous de la sidération des Français, de ce pigeon facétieux déposant sa fiente sur le costume de Hollande à l’occasion de la grande marche, des panonceaux « Je suis Charlie », de l’oraison funèbre de Luz à Charb en l’église de Pontoise « Qu’est-ce qu’on s’est bien enculés ! » Et puis comme toujours, l’actualité passe à autre chose et les survivants et les blessés, loin des caméras, se répètent inlassablement les événements du jour tragique en tentant de refaire un journal, malgré tous les absents.

Une DRH et une communicante à Charlie !

Première surprise pour ces miraculés, l’arrivée de l’ex-communicante de DSK, Anne Hommel. « Elle met en place une adresse mail unique qui centralise toutes les demandes d’interviews. C’est pratique, mais c’est aussi le moyen idéal de tout contrôler. (…) Aucun des Charlie n’est joignable sans passer par le filtre Hommel. Elle décide qui parle et à quel média ». Voilà les grandes gueules Patrick Pelloux ou Zineb El Rhazoui définitivement muselées ! Et puis comme on ne recule devant aucun sacrifice dans ce qui était, il y a peu encore une famille, une directrice des ressources humaines, Marika Bret, ex-copine de Charb, est nommée. Dans un journal de vingt salariés, ce qui doit constituer une sorte de record du monde !

Laurent Léger qui a eu la vie sauve en se jetant au sol lors de la fusillade comprend le danger. Il demande que l’ensemble de la rédaction devienne actionnaire du journal pour pouvoir participer aux décisions à prendre. Il se fait sèchement rabrouer par Riss le nouveau directeur de la rédaction, de retour de l’hôpital, qui aura cette réponse pleine de poésie : « Allez-vous faire foutre ! » Pendant ce temps, les blessés qui séjournent encore à l’hôpital, Lançon, Fieschi et Nicolino, s’étonnent de ne recevoir aucune visite de leur direction. Celle-ci est trop occupée à verrouiller son pouvoir pour perdre son temps à des futilités.

Riss prend l’oseille

Michel et Denise Charbonnier, les parents de Charb, qui détiennent 40% des actions du titre, cèdent en douce leurs parts à la direction. C’en est fini pour les contestataires qui ont juste eu le plaisir de se faire tirer dessus dans le cadre de leurs fonctions : « Pendant que [la direction] serinait qu’il fallait laisser les parents de Charb tranquilles, donner du temps au temps, attendre l’été pour ouvrir les négociations, les parts de Charb étaient achetées pour un montant inconnu. » Colère de la rédaction qui découvre que le directeur et son adjoint n’ont pas déboursé un euro personnel : « Cette opération s’est déroulée sans que Riss ni Éric Portheault aient à débourser un centime. C’est la société éditrice qui a payé les parts de la famille de Charb. La participation des deux hommes a mécaniquement augmenté. Elle passe de 40 à 70% pour Riss et de 20 à 30% pour Éric Portheault. Le tour est joué ».

Un tour d’autant plus discutable que c’est le trésor de guerre qui a servi à financer ce coup de force. Le numéro spécial d’après attentat devait venir en aide aux familles des victimes. Mais sur les trente millions d’euros récoltés, seuls quatre seront distribués à ceux qui ont perdu un proche, malgré les promesses de l’époque. Et le reste va gentiment grossir le magot de Charlie, et de ses deux actionnaires.

Le mot de la fin à Patrick Pelloux, le médiatique médecin urgentiste qui a décidé de s’éloigner, écœuré par ce qu’il a vu : « Un journal qui prône l’alter-mondialisme ne peut pas se retrouver entre les mains de deux actionnaires. C’est comme si des militants végétariens bouffaient des entrecôtes ! »… Ou comme si Cahuzac devenait le Premier ministre de Fillon pour mieux nous faire la morale.

« Charlie hebdo, le jour d’après », Marie Bordet et Laurent Telo, éditions Fayard, 288 pages, 19 €.

Lire aussi sur Charlie hebdo : https://jeanyvesviollier.com/2016/02/24/hold-up-reussi-a-charlie/

Père Noël et mère Michèle

(Conte de Noël)

Occupant depuis des décennies ce bel appartement de Ciboure avec une vue magnifique sur l’océan et le fort de Socoa, Michèle reste pourtant indifférente au superbe paysage qui se trouve devant ses yeux, tout comme elle ignore les parures de Noël qui scintillent sous ses fenêtres. Il faut dire aussi qu’elle a tant à faire ! Patrick, son compagnon, inquiet pour la santé d’un de ses proches, a décidé de prolonger son séjour en Dordogne et de la rejoindre un peu plus tard. Passer cette veille de Noël seule, dans cette ancienne cité de corsaires qu’elle chérit particulièrement, ne soucie nullement Michèle qui se réjouit de ce temps libre inespéré, loin de son existence parisienne trépidante.

Pour faire comme tout le monde, Michèle regarde quelques minutes les niaiseries télévisuelles proposées à l’occasion de ce réveillon de Noël, avant de retrouver avec plaisir ses notes et ses carnets. Rien ne lui est plus agréable que le travail. Qui peut-elle entraîner dans l’aventure qu’elle prépare ? À qui faire confiance ? De qui se défier, alors qu’elle a déjà pris tellement de coups, subi tellement de trahisons dans sa carrière ? Tandis que résonnent dans le lointain quelques cantiques de Noël, Michèle répète en boucle sa phrase talisman qui va l’aider à faire les bons choix pour les mois à venir : « Finalement, ce qui est facile n’est pas très intéressant. C’est ce qui est difficile, ce qui exige un effort, qui nous donne le sentiment de vivre un peu plus. Finalement, ce qui est facile n’est pas très intéressant… »

Un léger bruit fait sursauter Michèle. Elle constate qu’elle s’est endormie sur le canapé et aperçoit une lueur diffuse dans la salle à manger. Elle ne pense pas une seconde à un possible cambrioleur. Mue par la curiosité qui a toujours été sa marque de fabrique depuis l’enfance, elle se dirige d’un pas résolu vers la source lumineuse. Avant de trouver le Père Noël penché sur le sapin que son amie Maialen lui a préparé avec soin, comme chaque année.

L’homme affiche un beau visage empreint de douceur, malgré sa barbe blanche.

Je ne t’ai pas fait peur au moins ?

Michèle ne peut s’empêcher de s’esclaffer.

Tu sais, j’ai un peu passé l’âge de croire au Père Noël !

Le vieil homme qui ne s’attendait pas à être dérangé dans son travail, semble hésiter sur la conduite à tenir.

Qu’on soit grand ou petit, tout le monde aime recevoir des cadeaux. Puisque tu es réveillée, profites-en donc pour regarder ce que je t’ai amené. Et si tu avais un verre à m’offrir, ce ne serait pas de refus.

Michèle se dit que les Pères Noël ne ressemblent plus guère à ceux de son enfance et qu’ils ont désormais de drôles de manières. Mais après tout, à part Robert Rabagny à Biarritz, elle n’en a pas connu beaucoup. Elle ramène donc une bouteille d’Egiategia, ce vin blanc fortement iodé, immergé dans l’océan du côté d’Urrugne.

Sitôt les verres servis, Michèle ne résiste pas au plaisir de déballer les deux cadeaux offerts par l’homme en rouge.

Oh, Père Noël, une urne magique ! Et une panoplie de candidate ! Mais comment as-tu deviné que rien ne pouvait me faire plus plaisir ?

Le Père Noël a du mal à réprimer un grand fou-rire.

Tu sais, Michèle, comme tous les politiques, tes souhaits ne sont pas très difficiles à déchiffrer.

Michèle cache difficilement sa joie et son émotion à la vue des cadeaux reçus.

 Je le savais, je le savais ! Je suis certaine que je vais être présidente de la République en 2017. Toi au moins, contrairement à tous les moqueurs, tu crois en moi !

Accablé à l’idée de tous les enfants qui l’attendent encore, le Père Noël qui avait déjà esquissé un pas vers la sortie, se rassoit lourdement.

Mais, Michèle, tu n’as pas compris…

Michèle qui caresse machinalement le velours de sa robe de candidate, interrompt son geste, bouche bée. Le Père Noël s’efforce de se montrer pédagogue, conscient de la situation délicate dans laquelle il s’est fourré.

Quand tu étais petite, qu’est-ce que je t’offrais ?

Michèle sourit, extatique :

– Je ne risque pas d’oublier ! Une visite de l’Assemblée nationale pour mes sept ans ! Une invitation à l’Élysée, pour la fin de l’année 1956, où j’ai pu saluer, à dix ans, le président René Coty. Et puis des panoplies de conseillère municipale, de ministre, un déguisement en général de Gaulle avec le képi à étoiles qui me plaisait tant. Sans compter ces jeux de société « Politica » et « Que la meilleure gagne ! » que j’ai toujours conservés précieusement.

Le Père Noël se fait plus précis.

Et en 1972, qu’as-tu reçu pour Noël quand tu as démarré ta carrière politique ?

Michèle est perplexe. Elle ne voit pas du tout où veut en venir son interlocuteur.

Alors, là, aucun souvenir !

L’homme à barbe blanche sourit malicieusement.

Des parfums, des foulards de marque, et autres fariboles que toutes les jeunes femmes aiment généralement porter.

Michèle n’ose avouer son trou de mémoire. Le Père Noël, pour sa part, continue sur sa lancée.

Ensuite, tu as eu cette fabuleuse carrière politique que tout le monde connaît. Tu es la seule femme à avoir occupé avec brio les quatre ministères régaliens, Défense, Intérieur, Justice et Affaires étrangères…

Finalement, ce Père Noël est un gros macho planqué sous une houppelande rouge. Michèle lui réplique vertement :

Ah, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi et me sortir, comme Patrick mon compagnon, que POUR UNE FEMME j’ai eu une carrière inespérée ! Je veux devenir Président de la République !

Le Père Noël qui en a vu bien d’autres ne se départit pas de son calme.

Tu n’es pas la seule à avoir cette ambition. Michèle, toi qui as fait tant de choses dans ton existence et qui a gagné une place bien méritée dans les livres d’histoire, tu ne t’es jamais interrogée sur la fonction du Père Noël ?

Des coriaces, elle en a connu à l’Assemblée nationale où les bellâtres de l’opposition tentaient de lui faire perdre contenance lors des questions au gouvernement, mais cette interrogation doucereuse la laisse sans voix.

L’homme en rouge regarde sa montre avec agacement : « Nom d’un renne, je suis tellement en retard ! Et en plus, il faut que je t’explique ! Tu imagines un monde où tous les rêves seraient réalisés ? Ce serait invivable. Ma mission de Père Noël, c’est d’aider les enfants à croire au possible et les adultes à accepter l’idée de l’impossible. Quel que soit notre âge, nous restons tous d’incorrigibles rêveurs. À 80 ans passés, un ancien Don Juan restera toujours un homme émerveillé par les femmes et qui se remémorera en boucle ses bonnes fortunes passées. Un ancien directeur d’entreprise pensera sans cesse à ses plus beaux conseils d’administration. La nostalgie fait partie de la vie. Je dirais même qu’elle est indispensable à la vie. C’est ainsi qu’avec l’âge, on prend de la distance avec son propre parcours, on abolit ses désirs et ses ambitions pour petit à petit se détacher de tout. Mais je dois reconnaître que le pouvoir est une drogue particulièrement dure et que je vous plains sincèrement les politiques ! »

Michèle a du mal à dissimuler son émotion.

« Écoute-moi plutôt, au lieu de t’attendrir sur ton sort. En dehors de la malencontreuse affaire tunisienne, ton parcours est superbe et tu peux être fière de toi. Tu as baptisé ton mouvement politique « Nouvelle France ». Maintenant, donne l’exemple et laisse la place aux autres… Et quand c’est trop difficile, joue avec les cadeaux que je t’ai apportés. La nostalgie est souvent le premier pas qui mène à la guérison »

Un instant, le Père Noël a le sentiment qu’il va prendre en pleine figure la bouteille vide d’Egiategia. Heureusement Michèle se ressaisit et le Père Noël regrette de ne pas disposer de plus de temps à consacrer à la septuagénaire.

« Tu ne vas pas forcément me croire, Michèle, mais j’éprouve une immense admiration pour tous les politiques. Ce que vous faites, le temps que vous consacrez aux autres, votre altruisme, votre souhait d’un monde meilleur, votre générosité de départ, même si elle se mue souvent avec le temps en féroce égoïsme, défient l’entendement. Pas un salarié normal n’accepterait de faire un tel job sans en référer immédiatement à son syndicat. Et je ne parle même pas des dégâts que vous provoquez dans vos propres familles. Une drogue dure, il n’y a pas d’autre terme !  Quand on a goûté au pouvoir, y renoncer de soi-même, en s’épargnant l’humiliation publique d’une cuisante défaite électorale, est un sacrifice presque équivalent à la peine de mort. Regarde Hollande comme il a tergiversé avant de se rendre à l’évidence. Rassure-toi, tu n’es pas la seule dans ton cas. Je te prends tous les paris que dans vingt ans, Max Brisson ou Peyuco Duhart, s’ils sont encore en position de remporter une élection, seront candidats à tout ce qui passera à leur portée. Et prends le jeune talent d’Anglet, le maire Claude Olive ou celle qui pourrait bien atterrir à l’Assemblée nationale, Maïder Arostéguy, ils finiront sans doute comme toi, à chercher encore un suffrage à emporter à soixante-dix ans passés, s’ils ont l’habileté de réussir une longue carrière politique. Je sais, tu as le sentiment que le sol s’ouvre devant toi en entendant mes propos, mais tu verras, Michèle, après les jours de pouvoir, une vie est possible et elle ne manque pas de saveur. »

Michèle se penche par la fenêtre de son appartement et tente de scruter la grisaille cotonneuse du jour naissant. Pas une voiture ne roule en ce matin de Noël, accentuant l’atmosphère ouatée. Dans le chenal, le chalutier Urtxintxa se laisse porter par les courants de la marée descendante pour se diriger vers Capbreton et ramener les précieux merlus, indispensables aux restaurateurs locaux. Malgré sa nuit agitée, Michèle est bien décidée à ne plus opiner machinalement de la tête quand on lui parle, mais à regarder désormais avec attention le monde qui l’entoure. Elle serre les dents et, comme premier exercice, se force à scruter longuement le chalutier bleu et rouge, les marins qui préparent les lignes destinées à capturer par plus de cent mètres de fonds le poisson roi des tables de Noël, le capitaine à la barre, attentif au jusant qui a piégé bien des débutants. Quand elle s’est levée de fort bonne heure, le premier réflexe de Michèle a été d’inspecter le sapin, aussi dépourvu de cadeaux que la veille au soir. Mais elle s’explique mal les deux verres et la bouteille vide sur le guéridon.

Pour se donner du courage à l’idée de descendre dans la rue dès qu’il y aura un peu plus de monde, pour se prémunir contre les réflexions fielleuses qui seront au départ beaucoup plus nombreuses que les gentilles, elle se répète en boucle, comme pour s’encourager dans le nouveau défi qu’elle se lance, « Finalement, ce qui est facile n’est pas très intéressant. »

Sa décision est prise. Elle va renoncer à ses projets et chercher à réapprendre l’existence en mode ordinaire. À 9 heures, elle va prévenir Patrick, son compagnon qui ne va certainement rien comprendre à la nouvelle situation et à 10 heures, elle enverra un très bref communiqué à l’Agence France Presse.

Noël n’est vraiment pas le jour idéal pour communiquer, mais, en définitive, elle s’en moque. C’est aussi cela la vraie vie.

 

Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

La route à venir ne va pas être simple pour Manuel Valls. Au concours du parti le plus bête du monde, le PS semble décidé à faire aussi bien que la droite.

Même si elles m’ont valu quelques profondes satisfactions, comme ce coup de pied aux fesses infligé au petit Nicolas, les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, continuent à susciter en moi un profond malaise. Pour les médias comme pour les politiques, une somme de quatre euros, si l’on vote aux deux tours, est totalement négligeable et ne mérite pas la moindre réflexion. Nous connaissons pourtant tous autour de nous des gens pour qui une telle somme est vitale.

GRATUITÉ INDISPENSABLE

Est-il logique, est-il démocratique que des bobos friqués et politisés puissent ainsi déterminer à l’avance le casting d’une élection au suffrage universel tandis que les prolos impécunieux devront se contenter du choix effectué par des gens à des années-lumière de leurs préoccupations ? De Gaulle disait « La seule Cour suprême, c’est le peuple ». À l’évidence, l’esprit de la Ve République est trahi avec l’organisation de primaires payantes. Quand on sait que l’État français a versé plus de 63 millions d’euros de financement public aux partis politiques en 2015, il est navrant de constater que le parti socialiste, décidément doté du même autisme que la droite, n’a pas le réflexe élémentaire d’une primaire gratuite, permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter, sans exclusion par l’argent. Quitte à installer dans un coin des salles de vote, une tirelire où chacun pourrait donner librement pour aider aux frais d’organisation du scrutin.

LE FN N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Marine Le Pen reste persuadée qu’elle va caracoler en tête.

Pour presque tous les confrères, la messe est dite et la désignation de François Fillon ruine les espoirs de Marine Le Pen. Circulez, y’a plus rien à voir ! C’est sans doute aller un peu vite en besogne. François Fillon a totalisé sur son nom presque trois millions de suffrages, ce qui est une belle performance. Mais pour se qualifier au premier tour de la présidentielle, il faut généralement dix millions de votes en sa faveur et vingt pour devenir Président de la République. D’après les sondeurs, 400 000 sympathisants du Front national seraient venus voter à la primaire de la droite. Les autres sympathisants, pendant ce temps, ruminent en silence leur haine du système et fourbissent le bulletin fatal qu’ils déposeront dans l’urne le jour de la présidentielle. Marine n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’AGONIE DE HOLLANDE

Les adversaires de Manuel Valls, qu’ils soient de droite ou de gauche, soulignent à l’envi que le Premier ministre lui a planté un poignard dans le dos avec son interview au Journal du Dimanche. Même si je ne suis pas du tout favorable à Manuel Valls, appréciant peu sa perpétuelle danse du ventre devant le patronat et sa Loi travail, rien ne me semble plus faux. Hollande a lamentablement raté son quinquennat et il ne le doit qu’à lui, son Premier ministre ayant plutôt limité les dégâts. Refusant de s’inscrire à l’Association au Droit de Mourir dans la Dignité, Hollande était le seul à ne pas avoir conscience d’être en phase terminale. Ségolène et ses enfants ont tenté de lui dire, Valls, plus pragmatiquement l’a débranché et il a bien fait. La politique n’est pas une activité pour les poètes, et Hollande, lors de ses prochaines escapades en scooter, pourra toujours se dire qu’il a renoncé de lui-même, tandis que Sarkozy s’est fait virer. C’est tout ce que les livres d’histoire, avec le mariage pour tous, retiendront de son peu brillant passage.

VALLS L’ÉQUILIBRISTE

Les chances de la gauche de remporter la présidentielle de 2017 sont infimes. Manuel Valls sait parfaitement qu’une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple et qu’il conserve une minuscule fenêtre de tir. En attendant, il va devoir se livrer à un sacré numéro d’équilibrisme. Libéral et à droite presque toute quand il gouvernait, il va se souvenir qu’il est à gauche dans les jours qui viennent pour tenter d’asphyxier Montebourg, avant de draguer les centristes s’il réussit à sortir vainqueur de la primaire. De la haute voltige, certes, mais aussi quelque part le lot quotidien d’un politique. Et Valls dans l’exercice n’est pas le moins doué de tous.

LA PRIMAIRE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Pour Gérrard Filoche, l’essentiel, c’est de doubler les salairres. et de laisser l’orthographe à ceux que ça intéresse… (Photo François Amigorena)

Si la primaire de la droite a permis aux Français de découvrir ce qui se cache derrière le vocable creux du libéralisme – haine du salarié, mépris des plus faibles, volonté d’éradiquer le syndicalisme -, nul ne peut contester que l’événement a été de fort belle tenue avec un ancien président de la République et deux anciens Premiers ministres à l’affiche. Malheureusement la politique est ainsi faite que la tentation du quart d’heure de gloire télévisuelle existe. Ce n’est pas faire injure aux candidats de la primaire de gauche d’affirmer qu’ils sont plus là pour faire prospérer leur fonds de commerce et négocier au plus offrant les quelques voix obtenues au premier tour plutôt que véritablement viser l’élection présidentielle. Entre l’inexistante Marie-Noëlle Lienemann, la girouette Montebourg, Vincent Peillon en faux-nez de Martine Aubry, ou le brave inspecteur du travail Gérard Filoche, les débats pourraient vite devenir ridicules et la primaire une magnifique machine à perdre. J’en suis personnellement très chagriné, mais la gauche a une chance et une seule de l’emporter et elle se nomme Manuel Valls.

LE VRAI FILLON

La modeste masure du pauvre hère Fillon, présentée dans Paris Match.

La capacité d’oubli de nos médias n’a d’égale que celle de nos concitoyens. Pendant les primaires de droite, on s’est gargarisé sur Mister Nobody revenu de nulle part, sur l’homme simple qui plaît aux Français, le Sarthois placide capable d’essuyer les tempêtes. Au lieu de taper comme un sourd sur cette icône en carton-pâte qu’un souffle devrait balayer, autiste, la gauche s’apprête pendant deux mois à ferrailler entre elle en négligeant un homme dont le programme devrait épouvanter n’importe quel citoyen ayant deux sous de bon sens. François Fillon, c’est d’abord, selon les dires du personnel de Matignon, rapportés par « Le Canard enchaîné » de l’époque, « le pire jouisseur de la Ve République ». L’homme qui prône les économies indispensables mais qui n’hésitait pas à prendre un avion ministériel plutôt qu’une voiture pour les 250 kilomètres à parcourir entre Matignon et son château de Solesmes et ne se souciait que de son confort personnel. Le même Premier ministre qui, en 2011, au mépris de la politique étrangère de la France, acceptait une invitation de Moubarak à passer les fêtes de fin d’année en Égypte. Et à détourner sournoisement l’attention sur Michèle Alliot-Marie et ses vacances tunisiennes, pour qu’on l’oublie.

QUI EST LE PLUS PRIMAIRE ?

La différence de style est frappante. Hollande a mis dix minutes à défendre son bilan, avant d’annoncer qu’il ne se représentait pas. Valls quarante secondes à annoncer sa candidature avant de commencer à fustiger ses futurs adversaires. En 1980, nous étions nombreux à ne guère entretenir d’illusions sur François Mitterrand. Mais notre détestation de Valéry Giscard d’Estaing était telle, que nous avons voté sans trop de difficultés pour François les dents longues, avant de découvrir quelqu’un qui a su incarner la fonction présidentielle. Éternel capitaine de pédalo corrézien, Hollande ne s’est pas hissé à la hauteur du poste qu’il occupait, ce qui l’a définitivement séparé de ses électeurs. Je ne rêve vraiment pas de Valls à chaque heure du jour et de la nuit, mais sa fougue, sa combativité alliée à son sens de l’État, font de lui la seule chance de la gauche et un possible et présentable Président de la République.

À condition d’arrêter un peu avec ces primaires qui faussent complètement le jeu politique, Valls devant lutter pendant deux mois contre son propre camp pendant que Macron, avant de faire pschitt, va pouvoir parader et débiter des inepties au kilomètre sans la moindre contrainte puisqu’il s’est affranchi de ce tour préliminaire !

Oui, sans aucun doute, « Valls, c’est du brutal » comme diraient les tontons flingueurs. Et quand on voit la furia avec laquelle le petit taureau catalan peut asséner ses arguments, on se dit que le fils de notaire Sarthois, grand spécialiste du coup en douce, mais pas trop courageux dans le face à face, pourrait sérieusement se faire malmener dans un débat à deux. Et après, qui sait ?

Les absolus primaires de la droite

Dans le temple de la boxe de la salle Wagram, les coups entre les candidats de la droite sont restés très retenus. Normal, sur la détestation du salarié, du prof ou du syndicaliste, tous sont d’accord…

Ah, le bon médicament que voilà pour tous ceux qui ont mal à leur gauche ou qui frisent la dépression pour cause de quinquennat décevant au possible ! Le deuxième débat de la droite se déroulait le 3 novembre, jour annoncé de la gentillesse, dans la salle Wagram, l’ancien temple de la boxe. Les sept candidats de la primaire de droite, en politiques roués, ont su à merveille alterner les vacheries fielleuses, l’autodérision teintée de pain au chocolat et les amabilités mielleuses, tout en retenant leurs coups. Mais si l’on oublie les petites phrases, les effets de manche préparés longtemps à l’avance par des équipes de gagmans salariés, et si l’on s’intéresse au fond, aux propositions formulées par ces Docteur Diafoirus du futur quinquennat, on se sent tout de suite beaucoup moins malades d’être de gauche.

Car derrière les différences de façade, Le Maire qui remet sa cravate pour faire moins moderne, Juppé qui ne dit mot pour entretenir l’illusion du vieux sage, Copé et Kosciusko décidés à se payer Sarko, et Fillon qui débite sa leçon qui n’intéresse personne, que retenir sur le fond ? Sept enfants gâtés, nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui affichent leur haine du salarié, ce fainéant trop payé, leur envie de casser du syndicaliste, la nécessité de plus de police, de plus de juges, de plus de places de prison pour remettre le pays sur ses rails. Et quand on en arrive au sujet-phare de la soirée, notre école en déliquescence absolue (à 22h50 et avec des réponses d’une minute ce qui démontre la stupidité incommensurable de l’exercice !) tous d’être d’accord, après avoir tapé sur les profs, pour préconiser le port de l’uniforme et le chant quotidien de la Marseillaise…

Un débat tous les trois jours s’impose…

Non mais, sérieux, vous croyez que c’est avec cette confondante absence d’imagination et ces règles du XIX e siècle que vous allez transformer le pays ? Et vous avez une équipe appointée autour de vous pour proférer des âneries de cette taille en public ? Et vous croyez qu’on a envie de vous voir diriger le pays avec une imagination aussi atrophiée ? L’école ne se limite pas au bonnet d’âne et aux coups de règle sur les doigts et j’aurais tellement aimé vous entendre parler nouveaux savoirs, détection des métiers d’avenir, recherche des compétences chez l’enfant, évolution des enseignants au cours de leurs carrières…

Après, soyons lucides, le médicament est tellement bon pour toutes les âmes en peine de gauche, ravies des litanies d’inepties proférées par cette droite ringarde au possible, que l’on se prend à regretter que le prochain débat des candidats de la primaire de droite ne se déroule pas avant le jeudi 17 novembre.

Si le médecin pouvait nous prescrire un euphorisant comme le débat de la droite tous les trois jours, on finirait presque par trouver des qualités à Hollande, ce qui, convenons-en, requiert tout de même un bel effort d’imagination…