Mai 68 : Une génération ni égoïste, ni cupide

Ce lieu commun arrange beaucoup de monde mais ne résiste pas à l’examen. La génération soixante-huitarde ne s’est pas intéressée qu’à elle-même.

La logique de combativité sera toujours préférable à la logique de passivité.

C’est une affirmation du même acabit que celle qui doterait les Bretons de chapeaux ronds, les Marseillais d’une tchatche à toute épreuve et les Auvergnats de chardons dans les poches. Le « moutonisme » des médias, toujours prêts à reprendre les truismes d’un confrère, et le bombardement médiatique quand une idée arrange bien le gouvernement sont tels, que nombre des acteurs de mai 68 sont désormais persuadés en toute bonne foi que notre génération, par son égoïsme et sa cupidité, est responsable du marasme actuel dans lequel se retrouve la jeunesse. Mais quelle blague !

Trois images mises bout à bout ne font pas une rétrospective et on ne soulignera jamais assez l’ineptie de la plupart des émissions sur mai 68 proposées jusqu’à maintenant par presque toutes les chaînes de télévision, à l’exception de France 3 (30/4) qui en faisant parler les policiers acteurs de ces événements nous a au moins offert un éclairage inédit. Et appris au passage que le général de Gaulle était prêt à faire tirer sur la foule. Quel journaliste grand public soulignera que les revendications « hédonistes » de mai 68 ont été très marginales par rapport aux attentes politiques de ceux qui étaient dans la rue, ou que la génération de la résistance a regardé avec sympathie celle des jeunes lanceurs de pavés ?

https://jeanyvesviollier.com/2018/04/29/le-message-perdu-de-mai-68/

De la même façon, personne parmi les actuels manieurs de caméras ne semble se rappeler ou vouloir évoquer ce fossé idéologique qui s’est creusé en quelques mois, dès la fin de 68, entre les fils de bonne famille venus jeter leur gourme idéologique en même temps que quelques pavés, (C’était l’époque où CRS et frondeurs s’affrontaient en cravate !) avant de bien vite réintégrer le giron des beaux destins qui leur étaient promis par atavisme familial, et les prolos, les réprouvés, les déclassés qui se sont investis à vie dans ce mouvement idéaliste. Passez vos vacances en Ardèche ou en Lozère, et, la gorge un peu nouée, vous croiserez toujours sur les marchés, que ce soit à Joyeuse ou à Mende, ces reliquats de communautés soixante-huitardes, s’efforçant de survivre en vendant des fromages de chèvre ou des bijoux en argent. Seule évolution en cinquante ans : il y a belle lurette que les fils de famille, ceux qui criaient plus fort que les autres en incitant tout le monde à se déraciner, ont pris leurs cliques … et parfois des claques d’autres membres de la communauté, tant ils étaient insupportables !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

En 1968, déjà, la presse est ciblée pour sa trop grande complaisance à l’égard du pouvoir.

Lorsque j’arrive au Centre de Formation des Journalistes, en 1973, je suis tout de suite confronté aux gauches les plus extrêmes, du maoïste grand teint à l’internationaliste convaincu et au trotskiste exemplaire, sans compter les cinquante nuances de marxistes-léninistes. Tour à tour pompiste, déménageur, figurant de théâtre, assistant cuisinier, je suis un des rares à avoir dû financer mes études, ce qui m’amène à nuancer les propos entendus et à passer « presque » pour un homme de droite, lors de nos innombrables assemblées générales. C’est aussi l’époque du premier reflux de 68, où les grands bourgeois qui avaient incité les plus jeunes à créer avec eux des communautés agricoles ou à s’installer dans les usines, découvrent que la terre est basse ou qu’on peut s’emmerder sérieusement quand on travaille à la chaîne. C’est l’époque où un Serge July, ex-prof devenu responsable du mouvement maoïste dans le Nord, décide que le journalisme est tout de même un métier plus confortable et s’installe à La Cause du peuple, avant de devenir directeur de Libération. Et tant pis pour les couillons qui l’ont écouté et qui sont obligés de rester, faute d’avoir comme lui pour financer ses caprices un papa polytechnicien et directeur d’exportation chez Ducretet-Thomson !

Même pitoyable mascarade au Centre de formation des Journalistes où les ayatollahs idéologiques les plus virulents vont connaître parfois des évolutions très surprenantes. Mon condisciple Hervé Martin était un garçon charmant mais aussi un maoïste fervent qui ne jurait que par Le Petit Livre Rouge. Je le retrouverai vingt-cinq ans plus tard au Canard enchaîné, toujours aussi charmant, mais devenu fervent libéral plutôt séduit par Sarkozy… Et capable d’écrire – dans Le Canard ! – un papier défendant la Société générale et pourfendant Jérôme Kerviel… Comme si le rôle de ce journal était d’encenser le Shérif de Nottingham face à Robin des bois !

Bien sûr, à cette époque, lors de nos débats permanents de jeunes étudiants journalistes, nous sommes tous pour la révolution la plus imminente possible, tous complètement hostiles à la répression policière (Nos discussions pendant des heures, heureusement jamais suivies d’effet, pour savoir comment on pouvait lors d’une manifestation arriver à jeter des CRS dans la Seine…), et tous totalement réfractaires à l’armée, tout juste bonne à écraser le peuple.

C’est avec une ironie teintée d’une certaine amertume que je découvrirai, au sortir de l’école, en juin 1975, ce que valent les postures idéologiques. Presque tous les garçons de ma promotion ont postulé pour la coopération militaire au titre de journaliste, pas gênés du tout à l’idée d’écrire pour les journaux de l’armée des panégyriques giscardiens sous des cieux cléments. Discutable façon de commencer à faire du journalisme en courbant l’échine ! Antigiscardien primaire, membre des comités de soldats, je ferai un choix de désobéissance qui me vaudra trois mois d’enfermement. Un événement dont je reste très fier, même si ma carrière de journaliste, m’a permis de comprendre qu’il y avait des gens respectables et foncièrement républicains dans tous les métiers.

Les « facéties » de la presse de gauche

Heureusement, dans les rédactions que je vais fréquenter à l’époque, je vais très vite retrouver un esprit de 68 dominant, avec une grande volonté de générosité et de partage. Personne n’a peur pour son emploi et c’est avec plaisir que les anciens donnent des conseils aux jeunes qui les interrogent. C’est l’époque des sociétés de rédacteurs, contre-pouvoir efficace à la hiérarchie en place du journal, mais aussi de la défense des droits des pigistes. On ne lâche rien sur rien, on se bat collectivement sur ses droits et salaires et les feuilles de paie se bonifient ! Avec tout de même, un constat intéressant : si les journaux de droite sont corrects et appliquent scrupuleusement la convention collective des journalistes, les augmentations indiciaires prévues par la loi et le respect des jours de repos dans un métier où ils sont difficiles à prendre, c’est un peu plus le Jeroboam à encre dans la presse de gauche. Comme si le fait d’être une « conscience de gauche » dispensait des obligations légales tout juste bonnes pour les « salauds » de droite !

Serge July, lors de la publication du premier numéro de « Libération ». Un patron plus que contestable.

Du côté d’Hara Kiri, le professeur Choron aurait un peu tendance à écluser au bistrot du coin les charges sociales dues aux assurances maladies et caisses de retraite, ce que les dessinateurs découvriront des années plus tard. À Libération, l’inénarrable Serge July devient le roi de l’acrobatie sociale, séduisant de jeunes héritières qui ne reverront jamais leur argent englouti dans les innombrables versions, toutes déficitaires, du quotidien ou convainquant des journalistes en poste d’accepter un licenciement tout en continuant à travailler pour le titre pendant la durée de leur indemnisation chômage. Et, bien entendu, la promesse de les réembaucher ensuite ne sera jamais tenue. Qui a dit que les pires patrons sont souvent d’anciens gauchistes ? Quant au Canard enchaîné, devenu très riche depuis les années soixante, sous la houlette de Roger Fressoz, puis de Michel Gaillard, ses directeurs successifs, il va développer un système détestable avec une absence de contrat de travail et de délégués du personnel, un salaire qui ne varie quasiment jamais et des « primes » qui au bout de dix ans d’ancienneté représentent souvent la moitié des revenus. « J’adore donner des primes », affirme avec candeur le bon fils de famille accessoirement directeur d’un journal qui se veut donneur de leçons. A-t-il seulement conscience qu’un salarié souhaite être rémunéré pour son travail et ne veut pas avoir à dire « Merci, mon bon maître » ? Comprend-il qu’un tel système ne peut que favoriser la flagornerie et le conformisme ?

La génération qui a échappé aux radars de l’histoire

C’est « Tonton » qui va involontairement complètement changer la donne avec son élection en 1981. N’imaginez surtout pas que François Mitterrand a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par les anciens soixante-huitards. Si tout le monde se félicite d’avoir enfin un président de gauche, après vingt-trois d’attentes déçues, personne n’a beaucoup d’illusions sur les convictions idéologiques du brillant avocat. Seul point positif, tout comme Emmanuel Macron actuellement, il endosse le costume présidentiel avec autorité. Mais le nouvel élu se retrouve confronté à deux problèmes de taille : rassurer au plus vite le partenaire américain totalement effrayé par la présence de communistes au sein du gouvernement et rasséréner les milieux d’affaires qui auraient un peu tendance à aller visiter fréquemment la Suisse avec des valises pleines de liquide.

L’affaire Farewell, avec dans le premier rôle le colonel du KGB devenu agent double Sergueï Grigoriev, permettra à Mitterrand de donner des gages de loyauté à Reagan en l’informant du nom des taupes sévissant au sein de ses propres services secrets. Quant aux milieux d’affaire, Mitterrand, pour les amadouer va sortir de sa manche un bateleur extraordinaire qui va dédiaboliser l’argent et en faire une valeur quasi cardinale de la gauche, l’inénarrable Bernard Tapie ! Imaginez un homme capable dans un prime-time de TFI « Ambitions » d’affirmer qu’il veut « rendre le chômage illégal » et qui, dans le même temps continue à bâtir une fortune colossale en rachetant pour un franc symbolique des entreprises qu’il dépèce en licenciant les salariés. Avant de revendre très cher, les entreprises ainsi allégées.

Bernard Tapie, avec son amour assumé pour l’argent, va fasciner la gauche… Ou du moins une partie de la gauche!

Tapie, avec son idéologie douteuse et son toupet d’airain, va faire des dégâts considérables dans les esprits. Même s’il aura aussi le mérite de donner envie de créer des entreprises à des jeunes qui ne l’imaginaient même pas. Subitement le collectif a moins de poids et l’individualisme prime. Pour ceux qui enseignent dans les écoles de journalisme, en parallèle à leur carrière, le changement est stupéfiant. La nouvelle génération d’étudiants ne veut plus entendre parler de déontologie, de « clause de conscience » et autres vieilles lunes surannées, elle veut réussir des « scoops » et faire des coups et pour cela elle est prête à tout. Au Centre de Formation des Journalistes, un étudiant publiera dans Le Monde sous son nom, un papier écrit par une de ses condisciples. Démasqué, il sera sanctionné, mais combien auront fait de même impunément ? Au Canard, un autre cow-boy journalistique viendra proposer ses services. Il connait le domicile privé d’un politique de renom et se propose de le cambrioler et de nous faire parvenir tous les papiers dérobés à cette occasion dans son bureau. Il se fera éconduire vertement.

Dans les journaux, c’est le grand chambardement. Les directeurs de rédaction sont désormais placés sous la coupe d’hommes venus de la publicité ou du marketing. Ahuris, les journalistes entendent parler pour la première fois de leur existence professionnelle de publi-reportages et d’informations à ne pas passer pour ne pas nuire au commerce. Les ruades sont nombreuses, les désastres industriels multiples avec ces vendeurs de vent, mais le pli est pris et désormais de gros salaires aux compétences discutables viennent murmurer à l’oreille de journalistes complaisants ce qu’ils doivent écrire.

La lutte n’est pas encore totalement perdue, mais devient de plus en plus indécise. Affaibli par l’arrivée de jeunes journalistes qui ne croient qu’en eux-mêmes pour améliorer leur ordinaire et qui préfèrent aller mendier seuls une augmentation au lieu de passer par des luttes collectives, les anciens soixante-huitards voient impuissants les horreurs se multiplier dans les entreprises, sans pouvoir rétablir l’équilibre. Contrats précaires qui deviennent la norme, exploitation sans vergogne des plus faibles, non-respect du droit du travail, c’est le monde voulu par Tapie, Bolloré et consorts, avec la bénédiction tacite d’une génération montante qui nous déteste aussi cordialement qu’on la déteste. Mais pourquoi diable, cette génération, qui incarne une rupture politique considérable, reste-telle totalement inaperçue des radars de l’histoire ?

Grandes gueules, mais ni bourges, ni cupides, ni égoïstes…

Edwy Plenel en 1985 : une grande cohérence dans son parcours.

Heureusement, une nouvelle génération est en train de surgir qui a compris que l’aventure individuelle ne peut conduire qu’à des déboires. Depuis une dizaine d’années, les étudiants des écoles de journalisme, ce reflet des tendances de la société, s’intéressent à nouveau à la déontologie et à la responsabilité de celui qui écrit. La réussite de Mediapart, la plus belle aventure de presse de ces dernières années, est un signe plus qu’encourageant. Pourtant dirigée par l’ex-trotskiste Edwy Plenel, qui avait fait ses premières armes journalistiques à Rouge, l’entreprise est exemplaire au niveau professionnel dans le respect des droits des salariés, mais aussi impressionnante par les compétences journalistiques qu’elle abrite. Un tout petit peu moins de phraséologie d’extrême-gauche dans les articles, un peu plus d’humour même si les progrès ces derniers temps sont certains et Mediapart deviendra incontestablement le meilleur titre de la presse française. Témoin aussi des évolutions de la société, cette campagne présidentielle de 2017 où le thème de la moralisation de la vie publique a été omniprésent. Un thème un peu oublié depuis, comme le prouve l’affaire Richard Ferrand, mais qui ravit notre génération.

Une génération qui laisse dire et perd l’envie de lutter quand les journalistes répètent à l’envi que les déboires actuels de notre jeunesse sont de notre faute. Est-ce si sûr ? Oui, nous avons toujours été de grandes gueules n’éprouvant pas beaucoup de craintes à l’égard de nos hiérarchies ou des élus aux tristes pantomimes qui nous gouvernent. Oui, on nous a beaucoup entendus, contrairement à d’autres générations et ces mêmes journalistes qui nous fustigent aujourd’hui, nous ont souvent laissé la parole parce que nous étions de « bons clients » au verbe fleuri et à l’expression imagée… Mais sommes-nous devenus les affreux bourgeois que la presse se plaît à décrire ? Certes, en comparaison avec la jeune génération actuelle, nous avons très bien gagné notre vie. Mais ce n’est pas notre génération qui a été trop payée. Ce sont les générations actuelles qui sont scandaleusement exploitées.

Les violences de mai 2018 ne sont absolument pas une surprise pour notre génération.

Exemple que Macron devrait méditer : quand François Mitterrand arrive au pouvoir, il augmente immédiatement de 10% le salaire minimum. Bien évidemment, le patronat hurle à l’assassinat, avant de constater que la mesure s’avèrera indolore et relancera la consommation. Et nous ne sommes strictement pour rien dans l’écart sans cesse croissant entre les plus démunis et les patrons du CAC 40. Oui, l’impôt sur la fortune est un impôt imbécile, puisqu’il coûte presque autant qu’il ne rapporte. Mais ce cadeau de 4 milliards fait aux plus riches était-il la priorité absolue quand des familles qui travaillent dur n’arrivent plus à subvenir à leur besoin ? Notre génération a regardé sans grande surprise les images du 1er mai 2018 à Paris. Face aux violences effroyables que le gouvernement fait subir aux salariés, il n’est guère étonnant de voir de jeunes encagoulés descendre dans la rue pour tout casser. La seule surprise, c’est qu’ils aient mis si longtemps à franchir le pas…

Notre génération est-elle devenue égoïste ? Là encore, à l’exception de trois « acrobates » emblématiques à la tête d’entreprises où ils exploitent sans vergogne leurs troupes, comment ne pas rire de ce raccourci journalistique ? Nous sommes la première génération, compte-tenu de l’allongement de l’espérance de vie, à nous occuper et de nos parents et de nos enfants. Tout au long de ma carrière, ce qui m’a frappé au contraire, c’est la générosité qui continue à caractériser les enfants de 68. Dans les écoles de journalisme, nombre de profs ne se font pas payer, estimant que c’est un devoir de transmettre aux plus jeunes notre passion. Les mêmes se mettent en grève aux côtés de leurs élèves quand les frais d’inscription augmentent. Contrairement à ce qu’affirment les petits marquis du journalisme conventionnel, nous ne sommes pas devenus égoïstes avec le temps. Nous avons assisté, désolés, à une évolution de la société que nous désapprouvons et, sur le terrain, avons perdu des batailles à notre plus grand regret.

L’association RamDam 64-40 peut aussi témoigner de cette survivance de l’esprit de 68, même si certains vont sursauter en me lisant. Nous sommes six des huit fondateurs à avoir vécu les événements de mai 68. De bords politiques opposés, certains ont défilé sur les Champs-Élysées quand d’autres occupaient encore le Quartier latin. Mais, quand nous décidons de créer une association pour contribuer à la moralisation de la vie publique, quel bénéfice pouvons-nous en tirer, à part celui de prendre des coups de la part des profiteurs ordinaires qui ne font pas de bruit mais usent de la politique pour se servir ? Si cette association n’est pas la prolongation de l’esprit de 68…

Alors, oui, je suis terriblement agacé par ce que je lis et entends sur notre génération. Je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir laissé ma part aux chiens, mais si je devais revisiter mon parcours, ce serait pour me battre encore plus et encore plus. Et si je devais transmettre un message à la génération montante qui me bluffe par son courage et sa force, malgré les infâmies qu’elle subit, ce serait osez l’insolence et la contestation, vous en deviendrez d’autant plus créatifs et en retirerez de toutes autres satisfactions que celles obtenues par la flagornerie et les bassesses. Soyez contestataires, ne cédez rien, inquiétez en permanence les pouvoirs en place, c’est de cette façon que notre société progressera et trouvera son équilibre.

Quand les tripes parlent…

Pardon, pour ces deux papiers beaucoup trop longs sur mai 68, mais les lecteurs auront compris que le sujet me tient à cœur et que je suis sincèrement scandalisé par ce que je vois et j’entends sur le sujet. Je dédie ce deuxième article à mon jeune frère, pour qui j’éprouve une immense affection, même si nos débats idéologiques sont parfois animés, et à tous mes copains de l’époque du lancer de pavés qui ont réussi à se faire « farcir » la tête à force d’entendre les lieux communs des médias. Non, vous n’êtes pas devenus des salauds et vous pouvez sans crainte vous regarder dans la glace !

 

Valls, Mélenchon, Bayrou, la farce tranquille

Campant sur leurs marécages, les vieux crocodiles de la politique n’ont visiblement rien compris au signal envoyé par les électeurs.

Par la bonne odeur des législatives alléchés, nos politiques se montrent prêts à tout et affichent pour la plupart un comportement… insigne. (Image Expertissim)

Montrez la porte à la vieille politique et elle reviendra par la fenêtre ! Voilà un ancien Premier ministre socialiste, qui paraissait incontournable il y a peu encore. À l’Assemblée nationale, il n’hésitait pas à qualifier son ministre des Finances Emmanuel Macron de « microbe » et à l’admonester en public. Candidat malheureux aux primaires de la gauche, Manuel Valls, s’est parjuré, appellant à voter Macron alors qu’il s’est engagé à soutenir le vainqueur de la primaire. Et le même, en ce début de semaine, toute honte bue – une investiture pour rester propre et continuer à exister ! – annonce l’effondrement du parti socialiste et son désir de se présenter aux législatives à Evry sous les couleurs d’En Marche.

Habileté suprême du « microbe », qui sait qu’en politique les retournements de situation sont monnaie courante, Macron refuse l’investiture à Valls mais ne lui oppose pas de candidat En Marche. Comme il le confie à un de ses conseillers dans le documentaire diffusé sur TF1, « Je ne fais pas d’offre de services, je cherche à déstabiliser l’adversaire ».

Mélenchon-Je-suis-Partout

Voilà un autre prétendant sérieux au bal des ego ! En 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été trop content de faire épauler sa petite boutique contestataire par le parti communiste. Mais décidément, les sondages qui le voyaient qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, lui sont montés à la tête. Non content de bouder au soir du premier tour, le donneur de leçons Mélenchon, alors que le parti communiste appelait immédiatement à voter Macron, a minaudé, tergiversé pour délivrer un message inaudible – « J’appelle à ne pas voter Marine Le Pen, mais je me refuse à donner des consignes de vote » – qui relève de la faute morale autant que politique, le Front national devant être combattu sans la moindre faiblesse.

La déception de l’échec à peine digérée, le vieux cheval de retour Mélenchon, décide de mépriser ses alliés d’hier et de présenter des candidats de la France Insoumise face aux candidats communistes, le plus sûr moyen de faire perdre les deux camps. Et comme si cela ne suffisait pas, il organise une opération parachutage sur la Canebière pour lui-même. Candidat de l’Essonne aux sénatoriales en 2004, candidat aux législatives dans le Pas-de-Calais en 2012, candidat aux Européennes pour le Sud-Ouest en 2009 et 2014, le roi de la chute libre Mélenchon boucle son tour de France en sautant sur Marseille où il avait réalisé au premier tour un score particulièrement intéressant. Une façon à l’ancienne de faire de la politique, une désinvolture vis-à-vis des électeurs et un mépris pour l’ancrage local qui vaudront, je l’espère, une solide déculottée à ce Mélenchon-Je-suis-partout, même si je continue à avoir de la sympathie pour ses idées.

Bayrou ivre de lui-même

Et comment ne pas placer d’office sur ce podium des ego bouffis et distendus, un François Bayrou, miraculeusement revenu dans le jeu, pour avoir annoncé un peu plus tôt que les autres son soutien à Emmanuel Macron ? Honni de la droite pour avoir appelé à voter Hollande en 2012, Bayrou est parfaitement conscient qu’il a peu de chances de devenir le Premier ministre d’Emmanuel Macron, car il nuirait au grand rassemblement voulu par le nouveau président. Mais en bon politicien roué, il n’oublie pas l’essentiel, l’argent qui va ruisseler sur les le partis avec ces législatives où chaque bulletin en faveur d’un candidat dûment étiqueté rapportera 40 centimes d’euro à sa formation politique. D’où ce combat sans merci mené par le grand argentier Emmanuel Macron pour que tous les candidats qu’il soutient soient encartés En Marche.

D’où les bouderies, qui n’ont vraiment rien d’idéologiques, d’un François Bayrou qui considère qu’on ne fait pas la part assez belle au MoDem, ce qui est pour le moins discutable à l’aune du poids politique du leader béarnais. D’où cet atermoiement, qui nous renvoie aux vieilles lunes politiques d’antan, dans la circonscription de Biarritz où un Vincent Bru, poulain de Bayrou, risque fort d’être préféré à un François Amigorena qui a pourtant le profil type d’un candidat d’En Marche. Et comment ne pas voir avec ces cent-cinquante investitures encore en attente pour le camp En Marche, alors que toutes devaient être connues hier, un retour à des pratiques que l’on espérait dévolues, à des ouvertures improbables et des combinaisons nauséabondes pour l’électeur ?

Petites manœuvres à l’ancienne

8 mai à Paris : une manifestation plus que discutable.

Que dire enfin de cette manifestation du 8 mai dans les rues de Paris contre la réforme du travail voulue par Emmanuel Macron ? Comment ne pas y voir les roueries de vieux généraux faisant défiler leurs troupes sur le Champ de Mars électoral, alors même que la passation de pouvoir n’a pas encore eu lieu et que le nom du futur Premier ministre fait encore l’objet de toutes les supputations ? À titre personnel, je m’opposerai probablement aux choix très libéraux de Macron, mais, de grâce, souhaitons le meilleur pour notre pays et laissons à l’homme le temps de s’installer et d’expliquer son projet avant de lui déclarer la guerre. Ces manœuvres d’appareil, avec probablement des militants sincères descendus dans la rue sans avoir conscience d’être des pions dans le jeu des législatives, sont détestables et contribuent encore un peu plus à décrédibiliser la politique.

Emmanuel Macron a ringardisé dans cette présidentielle les partis traditionnels, à droite comme à gauche. Les Français, souvent légitimistes quand ils viennent d’élire un président, prennent conscience que ces élections législatives sont capitales pour l’avenir de notre pays. Il ne serait guère surprenant que ces mêmes électeurs donnent une majorité à Emmanuel Macron pour lui permettre de gouverner sans cohabitation.

En 1981, l’écart entre Mitterrand et Giscard était très faible, ce qui n’avait pas empêché les électeurs d’envoyer une « vague rose » à l’Assemblée. Une vague rose qui renouvelle le paysage politique, amène de bonnes surprises comme Joxe ou Badinter et quelques notables erreurs de casting comme Dumas ou Boucheron. S’il mène à bien son projet, Emmanuel Macron devra très vite composer, tout comme Mitterrand en son temps, avec l’ivresse de troupes venues de la vie civile, grisées par l’utilisation du gyrophare et de la sirène à deux temps. Le nouveau président annonce – et après les affaires Cahuzac et Fillon tout le monde ne peut que s’en réjouir ! – une loi de moralisation de la vie publique.

Ce sera le moment de vérifier si Emmanuel Macron est mû par une véritable volonté de refonte de notre politique ou s’il se contente d’un peu de « poudre de perlimpinpin », selon l’expression qu’il affectionne, pour retoucher superficiellement les pratiques d’une caste politique de moins en moins appréciée par les Français.

Et faire de l’ancien avec du neuf.

Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !

Ivrogne, borgne et en rogne…

jean-edern-hallier-l-idiot-insaisissableAu temps de sa splendeur, si l’on peut qualifier ainsi le fait d’être l’objet d’une attention toute particulière du président de la République, ce ne sont pas moins de quatre-vingt policiers qui étaient attachés aux basques de Jean-Edern Hallier pour rapporter à François Mitterrand le moindre de ses faits et gestes. Car celui qui se surnommait lui-même « Le dandy de grand chemin » et qui aimait affirmer : « Je ne parlerai qu’en présence de ma vodka » est avant tout un enfant perdu de la littérature, qui a laissé un réel talent en jachère pour nourrir son ego de polémiques stériles et de coups médiatiques pas toujours très heureux.

Éborgné par les forceps à la naissance, ce fils de général, manifeste très vite un sens du titre et de la formule qui donneront à penser à certains critiques littéraires qu’ils tiennent là un nouveau Chateaubriand. « Le premier qui dort réveille l’autre » (1977) ou « Chaque matin qui se lève est une leçon de courage » (1978) restent des ouvrages plus que lisibles. Au point que le brave Bernard Pivot s’exclama « Cet écrivain sera un jour à l’Académie française » et que François Mitterrand – pas tout à fait un profane en matière de littérature !-voulut rencontrer le jeune homme en colère et se montra très séduit par son talent. Est-ce pour plaire à Mitterrand qu’Edern Hallier, l’année suivante, commettra un pamphlet féroce contre Giscard intitulé « Lettre ouverte à un colin froid » qui n’arrangera pas les affaires du président à fausse particule ?

Alors que la gloire annoncée n’arrive pas aussi vite qu’il le souhaite, Hallier estime que Mitterrand lui doit son élection de 1981. Il réclame sans succès le ministère de la Culture puis la présidence d’une chaîne de télévision, Mitterrand se méfiant de plus en plus de cet incontrôlable qui passe plus de temps en compagnie de la vodka ou de la cocaïne qu’avec sa plume. Hallier décide alors d’utiliser le journal qu’il a fondé, « L’idiot international » pour multiplier les allusions transparentes à l’enfant caché du président, avant de proposer à tous les éditeurs qu’il rencontre un manuscrit mettant au grand jour l’existence de Mazarine. Panique au château ! « Son pamphlet est une épée de Damoclès qui peut s’abattre d’un jour à l’autre. Le rebelle a mis à prix la tête du chef de l’état. François de Grossouvre serait prêt à négocier. Il lui a proposé cinquante mille franc en liquide pour que le livre ne sorte pas. Une somme provenant de la caisse des fonds secrets « De l’argent sale » lui aurait répondu Jean-Edern ».

La partie de cache-cache durera jusqu’en 1994, moment où François Mitterrand officialisera l’existence de Mazarine, tandis que l’écrivain prometteur est devenu un bouffon que plus personne ne prend au sérieux, même s’il séduit encore quelques midinettes avec une technique bien personnelle : « Je viens juste de finir ce manuscrit, mais je ne veux pas vous le faire lire, car sinon vous allez tomber amoureuse de moi ».

En 1997, lorsque ce quasi aveugle est retrouvé mort à 9 heures du matin à Deauville, à côté de son vélo, personne ne se posera beaucoup de questions. Pourtant ce même jour sa chambre d’hôtel et son appartement seront « visités », probablement par des services spéciaux en quête d’autres manuscrits sensibles.

Il faut dire que depuis 1982 et le faux enlèvement qu’il affirme avoir subi, après une prestation totalement ratée et alcoolisée à « Apostrophes », Hallier n’a plus guère de crédit. Disparu pendant une semaine, Hallier réapparaîtra soudainement devant le Palais des Congrès et arrêtera un automobiliste pour qu’il le conduise à la police. Mais la suite de l’histoire, l’ivrogne, borgne et en rogne s’est bien gardé de la raconter. Noyés sous la faconde verbale de l’écrivain qui leur donne force détails sur l’endroit où il était enfermé et sur ses ravisseurs qu’il a miraculeusement réussi à berner, les policiers ne savent pas trop quoi penser de cet enlèvement. Jusqu’à ce qu’un policier intrigué par la mise impeccable du « séquestré », ose l’impensable et demande à Jean-Edern de baisser son pantalon. Et là apparaît un caleçon blanc immaculé pas tout à fait ressemblant à celui que porterait quelqu’un enfermé depuis sept jours…

Oui, décidément avec Jean-Edern, incarnation même du talent gâché et du destin fourvoyé, tout finissait toujours en pantalonnade.

 « Jean Edern Hallier l’idiot insaisissable », Jean-Claude Lamy, éditions Albin Michel, 608 pages, 26 €.

Un journal, c’est du brutal !

Trois livres différents et la même désespérante vision de la presse française.

brutal-01-lancelinGrand ménage d’automne dans les rédactions de la presse nationale. Comme en 2001, 2006 ou 2011, le pouvoir politique, qui affirme la main sur le cœur ne jamais intervenir dans la vie des médias, s’assure avant les élections présidentielles que des fidèles sont en place à la tête des rubriques politiques et font pression sur les directeurs de journaux pour écarter sans ménagement ceux qui ne sont pas strictement dans la ligne. Aude Lancelin était il y a peu encore directrice adjointe de la rédaction du Nouvel Observateur. Personne ne vous dira que ce n’est pas une excellente professionnelle, bonne plume, solide mécanique intellectuelle et grande capacité à écouter les autres. Pourtant elle vient de rejoindre la longue cohorte des titulaires de carte de presse qui pointent actuellement à Pôle Emploi.

Les raisons de son éviction ? Trop à gauche, pas assez en admiration béate devant Hollande et vivant avec un des responsables de « Nuit debout ». Dans Le monde libre, transparente allusion au trio Bergé, Pigasse, Niel, propriétaire de son ex journal ainsi que d’un grand quotidien de référence, on retrouve quelques portraits féroces de tous les lâches et incompétents qui prospèrent dans les rédactions, mais aussi et surtout une description de cette information de plus en plus paralysée par des intérêts politiques et économiques qui passent bien avant l’exactitude des faits : « En quinze ans, un directeur de la rédaction aguerri peut littéralement paralyser un corps collectif, le priver de ses nerfs, saper toute sa capacité de résistance, y rendre l’intelligence odieuse, l’originalité coupable, la syntaxe elle-même suspecte. Il peut y changer entièrement la nature des phrases qui sortiront de l’imprimerie. Pour cela il faut être extrêmement rigoureux dans la sélection des pousses. Rejeter tout individu qui aura montré une forme quelconque d’insoumission ou de nervosité face à un ordre, fût-il aberrant. Le jeune journaliste doit déjà avoir la souplesse du vieux cuir » Pour avoir subi pendant seize années les errances d’un directeur incompétent au « Canard enchaîné », je partage totalement l’analyse d’Aude Lancelin. Le monde libre vous offre la plus précise des radiographies si vous voulez comprendre comment fonctionne un grand titre de la presse nationale et les acrobaties permanentes avec la vérité des galonnés qui dirigent ces entreprises de presse.

Main dorée sur l’information

brutal-02-mauduitEt surtout n’allez pas croire que cette perpétuelle reprise en main d’une presse qui ne devrait s’intéresser qu’aux lignes jaunes à franchir, se limite à quelques titres. Laurent Mauduit, de Mediapart, nous offre dans Main basse sur l’information une recension précise de tous les grands patrons qui se sont emparés des principaux médias nationaux. « Le temps est venu de se révolter contre l’état de servitude dans lesquels sont placés la presse et tous les grand médias d’information, radios et télévision. C’est pour inviter à cette révolte citoyenne que j’ai souhaité écrire ce livre. » Ce n’est pas par passion de la presse que Vincent Bolloré, mais aussi Patrick Drahi, Pierre Bergé, Mathieu Pigasse, Xavier Niel ou Arnaud Lagardère se sont offerts les fleurons des médias français, mais uniquement pour en faire des instruments de chantage et de propagande face au pouvoir. Avec des anecdotes détaillées sur les lubies de chacun de ces milliardaires, des purges staliniennes de Bolloré à Canal + en passant par les interventions incessantes (et véhémentes !) de Pierre Bergé, Laurent Mauduit nous montre à quel point la presse est devenue aux ordres et comment le journaliste devient un simple aligneur de mots et d’expressions destinés à faire briller les idées préétablies du patron. Il a été frappant de voir à quel point, au moment de la loi Travail, tous les médias se sont mis à cogner comme des sourds sur la CGT, alors que la centrale syndicale était parfaitement dans son rôle en contestant une réforme du travail pour le moins libérale. Qu’il est loin ce « Projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre » adopté le 24 novembre 1945 par la Fédération nationale de la presse : « Article 1. La presse n’est pas un instrument de profit commercial. C’est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain.

Article 2. La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté.

Article 3. La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d’argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs »

Soixante-dix ans plus tard, le recul avec ces louables intentions est saisissant.

Du papier toilette au papier journal

brutal-03-perdrielEt comme un livre sur un grand patron de presse vient de sortir, profitons-en pour compléter ce panorama de la presse actuelle. Dans Sans oublier d’être heureux, Marie-Dominique Lelièvre nous offre la biographie d’un des plus appréciés patrons de presse des années quatre-vingts, Claude Perdriel, actionnaire principal du Nouvel Observateur, puis du Matin de Paris. Vie étonnante que celle de cet enfant de classes aisées, abandonné par son père et délaissé après son remariage par sa mère. Brillant élève, Perdriel, quatre-vingt-dix ans depuis le début de l’année, va réussir Polytechnique et faire fortune dans les Sani broyeurs et autres inventions modernes. Il vendra aussi du charbon et des ascenseurs. Des activités qui vont lui rapporter des millions, mais qui ne lui donnent pas une visibilité flamboyante, comparable à celle des patrons de presse. Ami de Jean Daniel et de Bernard Franck, authentiquement à gauche, il va se précipiter en 1964 pour racheter Le Nouvel Observateur, puis fonder en 1977 Le Matin de Paris pour soutenir dans son ascension François Mitterrand. Et, dans ce livre très bien tricoté par Marie-Dominique Lelièvre, on retrouve en creux toutes les préoccupations affirmées précédemment par Aude Lancelin et Laurent Mauduit. Perdriel, la main sur le cœur, vous jure qu’il n’intervient jamais auprès de sa rédaction, mais le récit permanent de ses tractations avec le pouvoir socialiste, son combat pour trouver de nouvelles sources de financement destinées à favoriser l’avènement de François Mitterrand, montrent bien qu’un journal est un lieu de pouvoir permanent où le simple salarié, titulaire d’une carte de presse, ne pèse guère.

Oui, comme diraient les bien-nommés tontons flingueurs, « un journal, c’est vraiment du brutal ! »

« Le monde libre », Aude Lancelin, éditions Les liens qui libèrent, 234 pages, 19 €.

« Main basse sur l’information », Laurent Mauduit, éditions Don Quichotte, 448 pages, 19, 90€.

« Sans oublier d’être heureux », Marie-Dominique Lelièvre, éditions Stock qui libèrent, 378 pages, 20,50 €.

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

Nicolas Sarkozy, le président calme et paisible dont rêvent tous les Français pour 2017…

Rencontre inopinée avec un maire de la Côte basque pour qui j’éprouve beaucoup d’estime : « Il faut absolument aller voter à la primaire de la droite pour nous aider à nous débarrasser de Sarkozy ». Même raisonnement chez un couple d’amis de gauche : « Aucun doute possible pour nous, on participera à la primaire de droite. Parce que l’idée d’avoir un deuxième tour Nicolas Sarkozy-Marine Le Pen est insupportable ».

L’ex Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui roule pour Alain Juppé, ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « une élection présidentielle à quatre tours » Et pour ceux qui ont aussi une sensibilité de gauche et des sympathies pour l’écologie, ça devient une élection à huit tours ?

Aucune raison d’aller voter à la primaire de droite

Je déteste Nicolas Sarkozy, ses vantardises permanentes, son opportunisme idéologique, et son mépris de la loi quand ses intérêts personnels sont en jeu. Il est à mes yeux le pire président de toute l’histoire de la France et je trouve difficile de lui pardonner d’avoir accepté de l’argent de Kadhafi en 2007 pour financer sa campagne électorale (lire à ce sujet les excellents articles de Médiapart), de l’avoir laissé installer sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny, avant de le faire assassiner en octobre 2011. Et si par malheur les Français avaient le choix au deuxième tour de l’élection présidentielle entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, je resterais insensible aux appels républicains de la droite et je voterais blanc, tellement je ne veux ni ne peux établir de distinguo entre l’original et la copie.

Mais malgré toutes ces perspectives peu réjouissantes, en aucun cas je n’irai voter à la primaire de la droite, pour trois raisons au moins.

– On ne peut pas déplorer les petites manœuvres des politiques, privilégiant leurs intérêts du moment avant leurs convictions et… faire de même en tant que citoyens. Signer une charte affirmant : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre » me révulse, et tout autant l’idée de donner deux euros à un parti qui compte encore plus de ringards au mètre carré que la gauche.

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– Avec des élections nationales ou régionales où le taux de participation n’arrive pas toujours à atteindre la moitié des électeurs inscrits, il ne me semble pas judicieux de multiplier les scrutins.  Les classes aisées – et politisées ! – se mobilisent pour les primaires, tandis que la majorité de la population s’en contrebalance totalement et ne voit pas l’intérêt de dépenser de l’argent et, éventuellement en province, de faire un long trajet pour ce vote. On en arrive donc à un résultat totalement anti-démocratique où une élite choisit les candidats pour lesquels le bon peuple devra se prononcer.

Une droite haineuse qui rêve de précarité pour tous

– Vous vous souvenez comment, en 2002, nous nous sommes tous mobilisés pour que Chirac soit élu face à Jean-Marie Le Pen. Est-ce que Chirac a tenu compte ensuite des votes de gauche dans la politique qu’il a menée ? Nullement ! Le débat de jeudi a confirmé ce que nous savons tous : si le PS est en état de quasi mort cérébrale, le parti Les Républicains est en décomposition avancée. Aller voter aux primaires de droite, c’est cautionner cette droite haineuse qui rêve de finir le massacre entrepris par Valls sur le code du travail, en instaurant la précarité pour tous, sauf pour les grands patrons. Que ce parti accouche au terme du processus des primaires d’un Nicolas Sarkozy, meilleure chance de victoire de la gauche, ou d’un Alain Juppé, à peu près aussi moderne qu’une De Dion-Bouton participant au Salon de l’Auto 2016, m’importe en définitive peu.

La droite aura le candidat qu’elle mérite et ne se gênera pas ensuite pour prendre en otages les citoyens de gauche ou de centre-gauche qui auront participé aux primaires.

Pour toutes ces raisons, les primaires, avec le dévoiement politique qu’elles impliquent, me paraissent d’une imbécillité sans nom. Imagine-t-on, en 1987, le Président François Mitterrand se soumettre à l’exercice des primaires avant de se représenter en 1988 ? Mais lui, contrairement à l’actuel Président de la république, savait parfaitement habiter la fonction présidentielle. C’est à chaque parti de prendre ses responsabilités et de désigner en bureau fermé son candidat sans se lancer dans ce grand barnum médiatique, antidémocratique et sans intérêt.

Et qu’on ne vienne pas me dire que les primaires sont modernes, puisque les États-Unis les appliquent depuis des décennies. Un système qui accouche, comme candidats ultimes de Donald Trump et d’Hillary Clinton ne peut que prêter à sourire… Ou à pleurer !

Lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/14/primaire-de-droite-le-bal-des-ringards-13/

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/

Ne pas mésestimer Brisson

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Max Brisson a un passé chargé, mais il peut aussi avoir un avenir.

Parfois je déteste ma passion du journalisme, parce qu’elle m’oblige à dire haut et fort ce que je pense, me conduit à chercher les ennuis et à ne pas hurler avec la meute. Quoi, un blogueur qui oscille entre Front de gauche et parti communiste, qui souhaite vivre au moins une fois dans sa vie un véritable gouvernement socialiste et qui perd son temps à défendre un apparatchik républicain bon teint, alors que tout le monde rigole sous cape de l’éviction au poste de secrétaire départemental de Max Brisson, remplacé par Nicolas Patriarche ! Aucun problème, Bisque, bisque, Basque ! c’est aussi le combat contre les idées reçues, d’où qu’elles viennent.

Très souvent, des proches m’ont demandé comment j’avais pu passer vingt ans à L’Équipe et presque autant au Canard enchaîné. Il existe pourtant un lien évident entre le sport et la politique, car les deux disciplines offrent à leurs figures de proue des défaites, des victoires et des raccourcis d’existence saisissants pour le commun des mortels. Qui aurait parié un ancien franc de l’époque sur l’élection de François Mitterrand après l’attentat bidon de l’Observatoire et qui aurait imaginé Bernard Hinault capable de gagner à nouveau le Tour de France après sa grave blessure au genou ?

Plutôt séduit par « l’animal politique » Brisson, au moment des municipales de 2014 (on me reproche souvent mes écrits de l’époque, mais je reste persuadé qu’il s’est fait voler la victoire aux élections municipales par des manœuvres frauduleuses), Bisque, bisque Basque ! s’est ensuite montré très caustique sur les louvoiements du candidat aux départementales et aux régionales et de l’opposant qui se perdait dans la neige un jour de conseil municipal.

Disons-le tout net, et ça ne fera sans doute pas plaisir à l’intéressé, Brisson a singulièrement manqué de courage face à Borotra en ne s’opposant pas à sa mégalomaniaque Cité de l’Océan, communique souvent de façon désastreuse et n’est pas toujours de la première finesse dans les relations humaines. Mais son intelligence, son bagage politique, sa culture historique me donnent à penser qu’il va savoir analyser la série de revers qu’il subit et en tirer les leçons pour revenir plus fort. Car, s’il décide de se consacrer à Biarritz au lieu de papillonner, il a un autre potentiel que celui qui lui a piqué le fauteuil de maire.

Contrairement au grand naïf Veunac, qui croit que tout le monde l’aime, Max sait parfaitement qu’il est impossible d’avoir des amis en politique. Il a pensé sauver sa peau en surjouant le sarkozysme, mais n’a pas vu que Nicolas Sarkozy, lui-même en difficulté dans l’optique de la présidentielle de 2017, a besoin de ratisser large. Aussi, pour se gagner les bonnes grâces de la Dame, Sarko s’est senti obligé d’offrir la tête de Max à Michèle Alliot-Marie, qui en rêvait depuis des lustres.

Redevenir libre

J’imagine que Max va sans doute passer quelques assez mauvaises semaines, ce qui lui arrive souvent depuis 2014. Mais, s’il prend conscience qu’il n’était plus lui-même à force de tenter de concilier les inconciliables et d’être obnubilé par sa survie politique, s’il comprend que ce revers peut être une chance pour lui en en faisant un homme libre, s’il arrête sa communication à deux balles et ses manœuvres grossières pour amadouer le futur, alors son destin peut être devant lui et les Biarrots vont peut-être avoir la chance de découvrir le vrai Max Brisson, qui a des idées et qui n’a pas besoin de mobiliser cinquante bureaux d’études pour les réaliser.

Oui, je continuerai à voter à gauche toute au premier tour des prochaines municipales, mais, au vu de la situation catastrophique de Biarritz, au vu du deuxième naufrage que nous fait vivre depuis 2014 le beau parleur calamistré flanqué de son grand argentier pontifiant, j’opterai au deuxième tour pour un politique, qui a des défauts comme tous les humains, mais qui est capable de mener à bien ses dossiers. Car il est certain qu’en 2020, la situation de la Ville va exiger autre chose que des beaux discours et des incantations.

Bisque, bisque, Basque ! et La Marquise de Vérité

Le talent est chose rare et Jean-Philippe Ségot n’en manque pas, même si les arabesques de La Marquise de Vérité et ses flèches à répétition sur Max-la-Chips et Ostia-de-Ostia-Lasserre peuvent parfois ressembler à des virages à 180°, par rapport à des prises de position passées. Quand un pilote d’hélicoptère, fait pour diriger La Semaine du Pays basque comme moi pour être bonne sœur, décide de censurer l’ami Jean-Philippe, et vire de sa publication – quel manque de flair !- la rubrique qui lui valait le plus de lecteurs, il est un devoir de la publier et de lui faire le maximum de publicité. Chaque fois que Jean-Philippe me fera l’amitié de m’adresser les lettres de l’impertinente Marquise, vous les retrouverez donc dans ce blog, même si je ne partage pas forcément le point de vue de l’auteur. Dans une presse de moins en moins pluraliste, il n’est d’autre choix possible qu’une solidarité sans faille entre les impertinents de tous crins.