Les rois de la phrase qui tue

Les flingueursOn a l’habitude de dire d’eux qu’ils tueraient leur mère pour un bon mot… Normal, car, dans ce métier, votre destin peut basculer sur une seule phrase et faire de vous aussi bien un  président de la République qu’un recalé de l’Histoire. Le livre de Patrice Duhamel et Jacques Santamaria,  » Les flingueurs « , nous prouve que ce n’est pas la peine d’envisager de se lancer en politique, si l’on s’avère incapable de distiller des vacheries.

Les sommets de l’invective politique datent de la IIIe République, avec le champion toutes catégories Georges Clémenceau. Le Lyonnais Édouard Herriot, qui s’accommodait de tous les changements, se verra ainsi affublé par le Père-la-Victoire du surnom de  » Discrédit lyonnais « . Le général Boulanger?  » Il mourut comme il avait vécu : en sous-lieutenant « .  Enfin, quand il ne trouvait plus d’adversaire à la mesure de son éloquence, Clémenceau savait aussi se moquer de lui-même :  » Pour mes obsèques, je veux le strict nécessaire, c’est-à-dire moi « .

Autre sniper de premier ordre, ce qui n’est pas très étonnant pour un militaire de carrière, le général de Gaulle. Coup de téléphone du général au ministre de l’Intérieur, Roger Frey, en pleine guerre d’Algérie, après l’arrestation du général Jouhaud :  » Alors, Frey, il vous a fallu un an pour arrêter un chef de l’OAS ? Et, pour comble, vous m’arrêtez le plus con et le plus difficile à fusiller ! « . Au moment de la présidentielle de 1965, évoquant le centriste Jean Lecanuet, :  » C’est l’enfant de chœur qui a bu le vin des burettes et qui s’en est enivré « . Et quand il se retrouvait avec des intimes, le grand Charles se confiait :  » La pire calamité après un général bête, c’est un général intelligent ! « .

Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu es

Son meilleur adversaire, lors des présidentielles, François Mitterrand, n’était pas non plus démuni d’esprit de répartie. Martine Aubry ?  » Trop méchante pour réussir. un jour, elle se noiera dans son fiel « . Jacques Chirac ?  » Quand Chirac vient me voir à l’Élysée, il monte avec ses idées et redescend avec les miennes. » Et puis, cette magnifique fulgurance sur DSK :  » Un jouisseur sans destin « .

Si Valéry Giscard d’Estaing s’est montré hermétique à l’humour, ne réussissant à faire rire qu’à ses dépens (« Aucun roi de France n’aurait été réélu au bout de sept ans » osera-t-il en 1981), son meilleur ennemi, Jacques Chirac a, lui, manifesté des dispositions certaines. Retrouvez à l’INA cette séquence de 1976, où Giscard pérore sur le pont du porte-avions Clémenceau. Chirac, alors Premier ministre, est tellement énervé par ce qu’il entend, qu’il prend des jumelles pour se donner une contenance devant les caméras… et les utilise à l’envers!

Autre séquence culte, dont les diplomates se régalent encore. Chirac a toujours été un peu sourd et a tendance à parler fort. Lors d’une dure séance de négociations européennes, où Margaret Thatcher s’est montrée intraitable, comme à son habitude, il lance, discrètement croit-il,  » Qu’est-ce qu’elle veut de plus, la ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? « . C’est le même, au plus fort de sa détestation du  » traître  » Sarkozy, qui s’exclamera :  » Sarkozy, il faut lui marcher dessus pour deux raisons. D’une part, il ne comprend que cela, et en plus, il paraît que ça porte bonheur! ».

Nicolas Sarkozy, plus colérique que satirique, ne s’est guère illustré dans l’exercice de la phrase qui tue, même si on lui doit un assez visionnaire : « Prenez un sucre, mettez-le dans un verre d’eau, vous aurez Hollande! ».  Son successeur, qui était connu pour ses petites phrases quand il était le patron du PS, semble lui aussi faire profil bas.  Heureusement, le personnel politique, qui concourt chaque année pour le prix annuel de l’humour politique, s’est surpassé en 2014. Jean-Luc Romero, à propos du mariage pour tous :  » Un gay qui vote pour la droite, c’est comme une dinde qui vote pour Noël « .  Pas mal, non plus, cette monumentale vacherie d’Arnaud Montebourg :  » Un retour de Nicolas Sarkozy ? Peut-être, mais menotté ! « .  D’autres en revanche font rire bien involontairement. La gaffeuse Nadine Morano explique les chiffres en hausse de la délinquance : « On a une recrudescence de violence, par exemple le vol des portables à l’arraché. ça n’existait pas avant que les portables existent !  »  C’est cela, Nadine!

Vous l’avez compris, un bon politique doit être un vrai tonton flingueur, ce que Clémenceau résumait à sa façon : «  Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait! ».

Regrettons seulement que les deux auteurs des  » Flingueurs «  l’aient joué un peu fainéant, avec la solution de facilité d’un abécédaire qui entraîne d’inévitables redites, alors que nous aurions volontiers accepté un livre plus construit.

  « Les flingueurs, anthologie des cruautés politiques », Patrice Duhamel et Jacques Santamaria, éditions Plon, – 286 pages, 19,90 €.

Respect de la démocratie et… combativité !

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La gauche perd 155 villes aux municipales, mais Michel Veunac, avec sa liste si peu à gauche, réussit à faire basculer Biarritz. (Photo Sud Ouest)

Alain Estrade, ingénieur et fervent supporter de Michel Veunac, n’y va pas par quatre chemins sur Twitter : «  Comme annoncé le 25 décembre, le petit Jésus s’appelle bien Michel Veunac et il est arrivé ce 30 mars pour nous sauver des partis ». Biarrots, vous n’avez donc plus d’inquiétude à avoir, le nouveau Jésus qui nous dirige va multiplier les pains, marcher sur l’eau du lac Mouriscot, effacer miraculeusement la dette de la Ville et guérir des écrouelles ceux sur qui il posera les mains. Mais après tout, ce ne sera pas le premier miracle de cette campagne électorale, puisque Balkany a été triomphalement réélu à Levallois, et que François Hollande, affirmant avoir ressenti la claque que lui a infligé le peuple de gauche a choisi pour gouverner… le plus à droite des socialistes, Manuel Valls. Allez y comprendre quelque chose!

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Michel Veunac, notre nouveau Jésus? Message à l’auteur du tweet : en cas de surchauffe, la tête dans le bénitier, c’est très bon.

La position de Bisque, bisque, basque est claire : en démocratie, les électeurs ont toujours raison. Un homme, dans une nouvelle fonction, peut être transformé et il faudra attendre les premiers mois pour juger de l’action qui est menée. Qui aurait pu imaginer en 1959 que le sombre magouilleur qui avait simulé un attentat dans les jardins de l’Observatoire, l’arriviste aux canines acérées qui s’y voyait déjà au départ du général de Gaulle, allait devenir un président de la République, incarnant à merveille la fonction? Comme François Mitterrand, Michel-Jésus Veunac peut être touché par la grâce avec sa nouvelle écharpe tricolore et c’est tout le mal que l’on souhaite à cette ville de Biarritz…

… Ce qui ne nous empêchera pas de continuer notre travail de journaliste, d’enquêter, de s’intéresser au passé de certains élus, et de porter à la connaissance du public les faits qui ne seront pas conformes aux règles de la vie politique. Et de saluer comme il se doit les actions positives!

Le premier conseil municipal de vendredi, le choix des adjoints, la volonté de rupture avec le système Borotra, l’écoute de l’opposition, devraient déjà nous en apprendre beaucoup sur la « gouvernance » voulue par Michel Veunac.

Vite, que le nouveau match commence!

Les illusions de Mollasson II

Les illusions de Mollasson

Ce ne sont pas les questions de « Match » qui auront malmené la mèche bien ordonnée du châtelain de la Sarthe…

Si vous adorez le second degré, ne ratez pour rien au monde l’interview de François Fillon dans Match, où l’ex  » collaborateur  » de Nicolas Sarkozy, n’ayant pas la moindre question incisive à redouter, s’efforce de prendre une posture présidentielle dans l’optique de 2017 :  » Je ne vois pas d’acte de ma vie politique qui puisse étayer l’idée d’une quelconque indécision ou d’un caractère velléitaire « . Effectivement, la façon dont Jean-François Copé a piqué l’UMP, au nez et à la barbe du notable de la Sarthe, qui a couiné pour la forme avant de baisser piteusement pavillon, est tout à fait révélatrice de la combativité de celui qui s’imagine présidentiable.

François Fillon, en passionné de l’histoire politique qu’il est, devrait pourtant savoir que, sous la Ve République, les Français ont systématiquement pratiqué la rupture, d’une élection présidentielle à l’autre.

C’est la rondeur de Georges Pompidou qui a plu aux électeurs après la rigidité du général de Gaulle. Difficile à imaginer, mais, en 1974, Valéry Giscard d’Estaing incarne la modernité, avec sa façon de venir en pull au Conseil des ministres, de jouer de l’accordéon ou d’exhiber ses mollets maigrelets sur un terrain de football… On connait la suite et le pitoyable mandat de l’homme aux diamants. François Mitterrand s’est ensuite efforcé de redonner du sens à la République avant de devenir un sphinx hiératique et hautain. Logiquement, les Français ont alors choisi Jacques Chirac, bon vivant rigolard amateur de Corona, avant de se lasser, douze ans plus tard, du roi fainéant. Rupture encore avec le petit nerveux Nicolas Sarkozy, énergique en apparence, velléitaire en fait, qui court dans tous les sens sans même savoir où il va. Et nouvelle désillusion en 2012 avec François Hollande, les Français l’ayant imaginé volontaire, sous prétexte qu’il avait laissé en route trois kilos de bedaine.  Avant de découvrir que, derrière les fredaines de Mollasson 1er, à la ligne politique aussi hésitante que le personnage, se cachait un matraquage fiscal tous azimuts.

Difficile donc d’imaginer que les Français, sous prétexte d’alternance, vont s’infliger la même punition en 2017, avec l’indécis de droite Fillon. Ils vont vouloir du dur et du méchant, façon Jean-François Copé ou Marine Le Pen… Ce qui n’est pas franchement une bonne nouvelle.