Didier Borotra, l’homme à qui on cachait tout

Didier Borotra a réussi à convaincre les juges bayonnais qu’il n’était pas au courant de l’engagement de sa fille au sein de La Cité de l’Océan qu’il présidait. Les juges de la Cour d’appel de Pau seront-ils du même avis, mardi prochain ?

(Photo Sud Ouest)

 Jean-Philippe Ségot m’a interviewé dans La Semaine du Pays basque datée du 7 décembre 2018. Voici l’intégralité de l’entretien.

– Dans quelques jours, à Pau, aura lieu le procès en appel de ce que l’on appelle « L’Affaire Borotra ». Qui est à l’initiative de cet appel devant le tribunal correctionnel ?

Il convient d’abord de rendre à Sud Ouest ce qui revient à Sud Ouest. C’est un article publié par Muriel Bonneville le 7 février 2015 et intitulé « Le flou règne sur l’étude de recherche d’économies » qui me décide à passer à l’action. J’avais eu vent d’un conseil d’administration de la société d’économie mixte de la Cité de l’Océan très houleux où un administrateur avait parlé de « folie qui pouvait envoyer tout le monde en prison ». Dix minutes après la lecture de l’article, j’ai le bon réflexe de téléphoner à la directrice de la Cité de l’Océan pour avoir communication des écrits rédigés par Sophie Borotra dans le cadre de son contrat. La réponse de la directrice, Madame Pautrizel, est journalistiquement inespérée : « Cette jeune femme n’a pas de bureau chez nous et n’a pas rédigé de rapport. Mais elle nous a fait des préconisations orales très pertinentes ».  A partir de cette réponse, qui ne permettait plus de produire devant la Justice des documents postdatés, j’étais quasiment sûr que ce contrat était suspect. Le réseau mis en place depuis la création de « Bisque, Bisque, Basque ! », en juillet 2013, a fonctionné et m’a donné des éléments supplémentaires. Ce qui m’a décidé à aller voir un avocat, maître Malherbe, et à porter plainte sur ses conseils pour prise illégale d’intérêt.

– En quoi consiste précisément cette affaire qui réunit Borotra père et fille, et l’ancienne directrice de Biarritz Océan, devant le tribunal ?

– En septembre 2013, alors que Sophie Borotra, fille de Didier, vient de rentrer en France pour mettre au monde un enfant, elle crée une société AGC et propose « spontanément » ses services à la Cité de l’Océan « sans en parler à son père ». Six jours plus tard, elle signe un contrat avec la Cité de l’Océan pour une étude de « recherche d’économie » (Alors qu’un contrat avec Suez existait déjà !) et son père, quand il l’apprendra, se déclarera « très contrarié », selon ses dires à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne… Ce qui ne l’empêchera pas de laisser sa fille poursuivre le contrat. Tout cela est difficile à croire. D’autant plus que les investigations policières ont montré que Sophie Borotra touchait de la Cité de l’Océan une somme mensuelle qui correspondait exactement à ce que lui donnait sa famille, au titre de la « solidarité familiale » quand elle était au chômage.

– Où est la limite entre légalité et illégalité dans ce genre de comportement ?

C’est à la Justice et à personne d’autre de l’établir. Je suis donc allé voir maître Malherbe pour savoir si la prise illégale d’intérêt était « une vue de l’esprit ». Non seulement, il a abondé dans mon sens, mais a refusé de se faire payer puisque Bisque, Bisque, Basque ! est un blog gratuit et citoyen. Le 25 juin 2015, le procureur décide d’ouvrir une enquête. Le 8 décembre 2015, Didier Borotra, Sophie Borotra et Françoise Pautrizel sont interrogés par la police avant d’être convoqués au tribunal correctionnel le 31 janvier 2017, pour prise illégale d’intérêt et complicité de prise illégale d’intérêt.

– Quelles furent les motivations du tribunal correctionnel de Bayonne, en première instance, pour rendre un jugement disculpant les Borotra et Madame Pautrizel ?

Mystères de la Justice ! J’ai trouvé remarquable l’audience qui a duré plus de trois heures. Le président Gérard Denart comme le procureur Samuel Vuelta-Simon maitrisaient parfaitement leur dossier. Au passage, on en a appris des belles. Malmenée par les juges sur son maigre bagage professionnel, Sophie Borotra a lâché qu’elle avait été assistante parlementaire de son père, sénateur. Alors qu’elle vivait en Amérique du Sud ! À la fin de l’audience, tous les confrères sont venus me voir pour me dire à quel point ils étaient persuadés que le trio allait être lourdement condamné. Il faut croire que le tribunal a cru plausible cette version voulant que Françoise Pautrizel ait engagé la fille de son président sans lui en parler, puisque le trio a été relaxé. Heureusement, le procureur a immédiatement fait appel d’où ce nouveau procès en cour d’appel de Pau, le 11 décembre prochain. Pour ma part, je suis débouté comme partie civile, ce qui m’arrange car je retrouve ainsi ma liberté d’écrire sur le sujet.

 – Vous êtes à l’origine de la révélation de cette affaire. Comment en avez-vous eu vent et comment avez-vous pu enquêter ? Avez-vous subi des pressions au cours de votre enquête ? En subissez-vous parfois ? De quelles sortes ?

Je travaille avec des réseaux très solides et difficilement identifiables, ce qui agace bien l’actuelle mairie je crois. Pourvu qu’un jour je ne devienne pas gâteux et me mette à lâcher des noms d’informateur, car je crois que beaucoup tomberaient de leurs chaises ! Des pressions, des menaces de procès, j’en subis continuellement. Tout cela fait partie de la vie d’un journaliste et me laisse assez indifférent.

– Une affaire qui pour vous est révélatrice de la défiance des citoyens face à certains hommes politiques et à cette fameuse expression « Tous des voleurs » ?

Je déteste l’expression « Tous des voleurs ! » ou « Tous pourris ! », car il y a une majorité d’élus qui font bien leur travail. En revanche, existait un « système » qui se poursuit encore aujourd’hui, de passe-droits et de copinages, tout à fait inadmissible. Lorsque Steven Holl, qui était l’architecte le plus cher, s’est vu confier la conception de la Cité de l’Océan, il s’est immédiatement fait assister par un cabinet d’architectes bayonnais où travaillait… Laurent Borotra, ce qui est plus que limite. Et des histoires comme cela, j’en ai encore et encore !

– Cette affaire, votre rôle de lanceur d’alerte, a-t-elle été à l’origine de votre envie de fonder avec quelques citoyens votre association « RamDam » ? Ou en est cette association quelques mois après sa naissance ?

– Effectivement, c’est grâce à Didier Borotra que s’est créé RamDam 64-40. Peut-être devrions-nous en faire notre président d’honneur ? Dans le procès Borotra, j’ai sollicité Anticor, dont j’étais membre, pour être partie civile. Et là, courage fuyons ! Mais j’avais repéré dans l’association des citoyens remarquables, des gens de terrain qui menaient dans leurs villes, que ce soit à Ciboure, Saint-Jean-de-Luz, Urrugne, Lahonce ou Ondres, des combats édifiants. Comme nous étions d’accord sur la « nécessaire moralisation de la vie publique » mais totalement opposés politiquement, nous nous sommes laissés un an pour voir si nous arrivions à fonctionner. La réponse est clairement oui. RamDam 64-40, c’est comme une équipe de rugby, il y a des grands et des petits, des impulsifs et des réfléchis, des gens de droite et d’autres de gauche. Lors de notre première réunion publique en septembre 2018, à la maison des Associations de Biarritz, nous nous sommes retrouvés avec une vingtaine de personnes debout tant la salle était bondée. Et dans la foulée, une cinquantaine de personnes ont signé un chèque pour devenir sympathisants de l’association, ce qui montre bien qu’il y a un problème de confiance entre les citoyens et les élus. Comme je le répète à nos nouveaux adhérents : « Soyez économes de votre vindicte, il y a tellement de politiques nécessiteux ! »

– Finalement, un ancien journaliste du Canard Enchainé est incorrigible, non ? Jamais à la retraite…

Tout le monde sait ce que je pense de Veunac et Lafite. Je rêve de m’arrêter, mais tant qu’ils seront aux manettes, je les combattrai, car ils incarnent tout ce que je déteste en politique.

Contrat de Sophie Borotra : Veunac savait

Le maire de Biarritz nous a tous promenés. C’est Françoise Pautrizel qui l’affirme au tribunal. Et sans la panique d’un administrateur de la SEM, l’histoire aurait sans doute duré encore fort longtemps.

Deux ans déjà que dure l’opération d’enfumage…

Notre amuseur public, roi de la phrase creuse et ronflante, s’est surpassé depuis son avènement à chaque fois qu’il a évoqué la Cité de l’Océan. C’est entendu, Michel Veunac va « nous faire aimer La Cité de l’Océan », il a un « plan de relance » (qui a consisté surtout à taper les Biarrots, les instances départementales et régionales), et à l’en croire, au hit-parade des Cités naufragées, le bâtiment voulu par Didier Borotra se porte comme un charme.

Quand Sud Ouest, le 7 février 2015, annonce qu’une étude de « recherches d’économies » a été confiée à la société AGC de Sophie Borotra, Michel Veunac fait semblant de tomber de la vague : « Il y a eu deux études qui ont été financées, oui, mais elles font partie du passé (…) Moi, ce qui m’intéresse, c’est regarder devant ». Il est impressionnant, notre grand timonier.

( https://jeanyvesviollier.com/2015/02/08/la-tres-voyante-cecite-de-veunac-et-lafite/)

Quelques mois auparavant, le nouveau maire avait longuement développé en conseil municipal son « plan de relance » pour la Cité de l’Océan et les économies qu’il comptait faire. Mais, – C’est bête ! – ce grand pudique de Michel s’est bien gardé de préciser que cette mission allait être confiée à Sophie Borotra, un nom qui aurait pourtant certainement beaucoup intéressé l’assistance.

Des mensonges éhontés

Aucun doute n’est possible : dans cette affaire, le maire de Biarritz a délibérément menti. Et ce n’est pas Bisque, Bisque, Basque ! qui l’affirme, mais Françoise Pautrizel, la directrice de l’époque de la Cité de l’Océan, à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne où elle a comparu mardi dernier en compagnie de Sophie et Didier Borotra. Si la récente retraitée persiste à affirmer qu’elle n’avait pas informé Didier, son patron, de l’engagement de sa fille Sophie, elle est très catégorique lors de son audition par la police sur ce qui s’est passé ensuite : « Elle se souvenait en avoir parlé à Monsieur Veunac quand il est devenu PDG de la SEML Biarritz Océan à la suite de son élection à la mairie de Biarritz. L’éventualité d’une infraction pénale pour la signature de ce contrat et de cet avenant (35 000 € pour ceux qui ont oublié !), vu le lien familial entre M. Borotra PDG de la société et Sophie Borotra ne serait venu ni à l’esprit de Madame Pautrizel, ni de Sophie Borotra, ni de Monsieur Veunac. Ce point n’aurait été évoqué par personne ».

Oh la belle démonstration que voilà, prouvant que non seulement Michel Veunac ment mais qu’il est aussi incompétent puisqu’il dirige la Ville sans avoir la moindre notion de ce qu’est une prise illégale d’intérêt !

Un gentil renvoi d’ascenseur

À moins, à moins, diront les esprits chagrins et les Biarrots qui ont la mémoire longue, que notre bien aimé maire ne se soit livré à un de ces gentils renvois d’ascenseur qu’affectionnent les politiques. Tout le monde se souvient du soutien non négligeable apporté par Didier à Michel pendant la campagne des municipales. Le procureur de son côté a souligné un étonnant concours de circonstances. Le nouveau contrat de Sophie Borotra a été signé quelques jours avant le retrait de la vie publique de son père. Michel Veunac savait donc dès son avènement mais s’est bien gardé de bouger, en affirmant s’intéresser à l’avenir plutôt qu’aux deniers évaporés des contribuables biarrots, ce qui est pourtant son rôle.

Mais il y a mieux encore. Sophie Borotra serait sans doute encore aujourd’hui une consultante camouflée de la Cité de l’Océan, sans la panique d’un administrateur et sans le journal Sud Ouest qui dans cette affaire nous a fait économiser des sommes non négligeables. L’histoire mérite d’être contée.

Panique à bord !

C’est un membre du conseil d’administration de la SEM qui, voyant passer ces peu protocolaires contrats signés avec la fille de l’ancien maire, commence à se dire que tout le monde peut finir en prison avec ce type d’embrouille. Le grand argentier Guy Lafite, lorsqu’il avait été interrogé sur le contrat de Sophie Borotra, avait botté en touche, ce qui avait fait sourire : «  Je ne suis pas au courant de ce contrat. En tant qu’administrateur de la SEM, je ne suis pas tenu de rentrer dans le détail de sa gestion ». La rumeur publique affirme pourtant qu’après en avoir longuement parlé à ses troupes, fort divisées depuis, et avoir livré en public ses états d’âme, ce très bon connaisseur de la vie publique a décidé, alors qu’un renouvellement de contrat est en préparation, de refiler le paquet cadeau en douce à Sud Ouest.  Un acte citoyen qui honore son auteur mais que l’intéressé va sans doute s’empresser de démentir, alors qu’il devrait en tirer gloire et mérite des félicitations. Et cette rumeur est évidemment totalement impossible à vérifier, car je suis trop respectueux du secret des sources pour aller demander quoi que ce soit à Sud Ouest. L’essentiel n’est pas là. Grâce à cet article, la collaboration entre la SEM et Sophie Borotra a cessé et d’un seul coup il n’a plus été question de recherches d’économies.

Pourquoi la SEM n’est pas partie civile ?

Se pose maintenant la question de la restitution de cet argent à la Ville, s’il a été indûment perçu. Ma constitution de partie civile a été jugée irrecevable par le tribunal puisque je n’ai pas subi de préjudice direct. Peu m’importe, puisque l’affaire est devenue publique, ce que je souhaitais. Mais le procureur Vuelta Simon s’est étonné à l’audience : « Je regrette que ni la SEM ni la ville de Biarritz n’aient demandé sa constitution de partie civile » Parce que les deux entités ont décidé de ne pas faire de vagues, ce qui s’impose Cité de l’Océan ? Parce que le maire connaissait trop bien l’histoire et n’a pas jugé bon d’avoir accès au dossier ? Parce qu’il est embêté de demander à son mentor de restituer l’argent indûment perçu ? On n’en sort décidément jamais de ces copinages et coquinages qui font que les politiques deviennent la profession la plus détestée des Français !

À suivre :

On ne réveille pas une opposition qui dort

Les Borotra, ces grands pudiques

C’est la Cité de l’océan ou la Cité des enfants gâtés ?

Une directrice de la Cité de l’Océan qui rendait compte toutes les semaines, mais qui n’a pas jugé bon d’informer son patron, Didier Borotra, d’un contrat passé avec sa fille. Une jeune femme au chômage qui n’annonce pas à sa famille qu’elle a trouvé un travail. Un ancien maire qui, selon ses dires, apprend plusieurs semaines après, l’engagement de sa fille et en est « contrarié », mais pas au point d’empêcher la signature d’un nouveau contrat. Voilà le récit qui nous a été servi au tribunal correctionnel de Bayonne pour justifier les 35 000 euros perçus par Sophie Borotra, fille de. Et comme je ne suis plus partie civile dans cette affaire, ce qui me convient parfaitement maintenant que les faits relèvent de la place publique, me voilà donc libre de faire à nouveau du journalisme et de vous raconter cet après-midi plein d’enseignements au tribunal correctionnel de Bayonne.

UNE JUSTICE REMARQUABLE

C’était ma première incursion dans un tribunal du département et je dois dire que je ne risque pas d’oublier cette audience. Près de quatre heures consacrées à l’affaire, un président, Gérard Denart, qui connaît son dossier sur le bout des doigts et qui laisse le temps aux prévenus de s’expliquer, un procureur, Samuel Vuelta Simon, qui a lui aussi visiblement beaucoup travaillé et prononce un réquisitoire limpide, voilà une Justice qui mérite le respect et dont le verdict me donnera satisfaction, quel qu’il soit. Comme dirait Valérie Trierweiler, « Merci pour ce moment ! ». Contribuable biarrot, j’avais porté plainte pour savoir si de l’argent public avait été indûment perçu et j’ai le sentiment d’avoir quitté le tribunal, en fin d’après-midi avec des réponses à mes questions. Et les sourires affichés dans la salle pendant les explications des prévenus m’ont conforté dans mes sentiments.

ATTACHEZ VOS CEINTURES !

Il y a toujours un gag, lors d’une audience et celui-ci me fera rire longtemps. Au moment de franchir le portique de sécurité, je dépose comme tout le monde ma ceinture mes clés et mon téléphone dans une bannette. Comme je discute avec un confrère, je mets un certain temps à réaliser que ma ceinture force un peu et que le téléphone portable que j’ai en mains n’est pas le mien. Je croise alors le regard impavide de Didier Borotra qui fait semblant de ne pas me reconnaître et réalise soudain que je suis en train de me servir dans ses affaires personnelles. Quelques secondes de plus, et c’était le flagrant délit de vol à la tire…

PAUTRIZEL AU SUPPLICE

C’est Françoise Pautrizel qui est la première à répondre aux questions patientes et méthodiques du président : « À aucun moment, vous ne vous êtes dit en engageant Sophie Borotra, ça peut créer des problèmes ? », « Son inexpérience professionnelle ne vous a pas inquiétée ? », « Saviez-vous que Madame Borotra était dans une situation un peu précaire et aidée par ses parents ? » Et la malheureuse salariée de répéter d’une voix à peine audible : « Je ne suis pas sûre d’en avoir parlé à Didier Borotra », « ¨J’ai engagé Madame Borotra de ma propre initiative », « Didier Borotra n’a pas été informé de l’avenant » (prolongeant en mars 2014 de un an et 24 000 euros le contrat initial).

SOPHIE EN LARMES

Sophie Borotra vit visiblement très mal sa présence au tribunal. Elle s’échappera même pour verser quelques larmes lors d’une suspension d’audience. « Est-ce que vous saviez que votre père était président de la société d’économie mixte ? » La jeune femme ne peut qu’approuver. La situation se complique lorsque les juges lui demandent de dérouler son curriculum vitae professionnel, mince comme un recueil d’aphorismes. Les juges s’étonnent que la très méritante et inexpérimentée Sophie ait pu décrocher un contrat avec la ville de Biarritz six jours seulement après la constitution de sa société AGC. Sophie répète être venue « spontanément » rencontrer Madame Pautrizel, fin août 2013, et réaffirme : « Je n’en ai pas parlé à mon père, qui était très contrarié quand il l’a  appris ». La situation se complique quand le président cherche à savoir si AGC avait décroché d’autres contrats. « Un seul petit contrat », sur un marché public à Pau. La filière MoDem sans doute ? Ensuite, un ange passe quand la fille avoue qu’elle a été assistante parlementaire de son sénateur de père, lors de son séjour en Amérique du Sud… C’est Pénélope qui va être jalouse !

DIDIER-RÉPONSE-À-TOUT

Question confiance en lui, l’ancien maire de Biarritz n’est visiblement pas en retraite. Le président devra même rappeler à l’ordre plusieurs fois l’ancien maire pour qu’il le laisse terminer ses questions avant de répondre. « Je n’ai pas participé à la négociation ni à la décision de ce contrat ». Sortant de son sac, le contrat signé entre la Cité de l’Océan et sa fille, le maire plastronne : « Comment Madame Pautrizel rendait compte ? Par l’intermédiaire de l’administration municipale ». Décidément, que ce soit avec sa police municipale ou son administration, Didier avait beaucoup de soucis… « J’ai appris que ma fille avait signé un contrat à la sortie d’une réunion quand la directrice de la Cité de l’Océan m’a dit : Je suis très contente du travail de votre fille ». Contrarié et tombant visiblement des nues, Borotra père aurait pu mettre fin à ce contrat, ce qu’il s’est bien gardé de faire puisqu’il a été renouvelé en mars 2014, quelques jours avant son départ de la mairie, mais là encore l’ancien maire a une explication. « Il est très difficile d’interrompre un contrat de droit privé. Trois de mes adjoints étaient candidats les uns contre les autres et la situation était tendue. Mon souci, c’était Biarritz et passer cette période politiquement difficile. Je me suis dit que puisque ma fille faisait du bon travail… »

L’IMPLACABLE RÉQUISITOIRE

Des arguments qui n’ont visiblement pas convaincu le procureur Vuelta Simon qui va mettre à mal les arguments évoqués, tout en faisant allusion à l’affaire Fillon, présente dans tous les esprits : « Si nous n’étions pas dans une situation nationale compliquée en termes de probité d’élus, cette audience serait sans doute beaucoup plus détendue ». Et le procureur de décocher ses flèches méthodiquement : « Pour quelle raison externaliser une prestation ? Je me le demande ! » En effet, un contrat d’un montant de 120 000 € avait été signé avec Suez Environnement pour des prestations identiques à celles proposées par Sophie Borotra. « Dans les Pyrénées-Atlantiques, une concurrence farouche existe entre les cabinets de consulting » poursuit le procureur qui s’étonne quelque peu de l’inexpérience de Sophie Borotra. « Le contrat initial (signé en septembre 2013) se résume à huit lignes en stylé télégraphique et l’avenant (signé en mars 2014) à quinze lignes ». Et, petite décoration sur le paquet cadeau, l’autoentreprise AGC n’avait ni assurance ni garantie professionnelle, ce qui arrachera un ironique « Formidable ! » au procureur qui se demande si la constitution de la société AGC n’a pas servi avant tout à masquer le nom trop voyant de Sophie Borotra. « Si ce consultant se présentait dans n’importe quelle entreprise publique ou privée, je doute qu’il serait engagé en six jours »

Outre le viol de la loi puisqu’il n’y a eu ni appel d’offres, ni publicité, ni concurrence, le procureur remarque que l’avenant au contrat a été signé vingt jours avant les élections municipales qui mettaient fin à la vie publique de Didier Borotra, ce qui est sans doute un pur hasard. La conclusion est donc limpide : « La responsabilité des prévenus est avérée. L’élément intentionnel se déduit des faits. Personne ne sait rien, personne ne voit le mal à part le parquet. » Un an de prison avec sursis, 35 000 € d’amende et une privation des droits civiques sont requis contre Didier Borotra, 15 000 € d’amende et trois mois avec sursis contre Sophie Borotra, et 6 000 € d’amende contre Françoise Pautrizel.

LES AVOCATS RAMENT ET ATTAQUENT LA PRESSE

Les trois avocats, Alain Astabie pour Madame Pautrizel, Jean-Baptiste Bordas pour Sophie et Daniel Lalanne pour Didier Borotra donnent l’impression de ramer beaucoup pour défendre leurs clients, ce qui n’est pas illogique dès lors qu’il s’agit de la Cité de l’Océan. Ils s’efforcent de démontrer qu’un appel d’offres n’était pas nécessaire dans le cas présent et plaident la relaxe pour leurs clients, Didier Borotra parce qu’il ne savait pas et les deux autres pour cause d’ignorance de la loi. Maître Astabie, du barreau de Bayonne, se lance même dans une attaque en règle de l’article de Sud Ouest, rédigé par Muriel Bonneville, à l’origine de l’affaire. Selon lui cet article est truffé d’inexactitudes puisqu’on parle de 48 000 € alors que Sophie Borotra n’a effectivement perçu que 35 000 €.

Un argument pour le moins curieux qui tendrait à faire croire qu’il existe des petites et des grandes prises illégales d’intérêt. Le métier de journaliste est comparable à celui de mineur de fond, comme le prouve actuellement le remarquable travail du Canard enchaîné avec la famille Fillon. On cherche, on fouille parfois un peu à l’aveugle avant de ramener à la surface une pépite mal dégrossie que l’on polira ensuite seul ou avec l’aide des confrères. Cette pépite a un nom : la vérité.

Maître, votre façon, pour tenter d’épargner votre cliente, de vous en prendre grossièrement à un journal qui a bien fait son travail, tombe plutôt à plat. Avez-vous conscience, alors que chaque semaine nous amène une nouvelle fournée de scandales politiques en tous genres et d’abus de pouvoir, que sans une presse libre et indépendante, il n’est de démocratie possible ?

Jean-Yves Viollier

 Demain  : Contrat de Sophie Borotra : Veunac savait

On ne réveille pas une opposition qui dort

 

Sophie et Pénélope, même combat ?

Sommée de s’expliquer sur son maigre parcours professionnel, Sophie Borotra a fait sursauter toute l’assistance en affirmant que lors de son séjour en Amérique Latine, elle avait été « pendant trois à six mois » attachée parlementaire de son père. Lors d’une interruption de séance, Didier Borotra a expliqué qu’il était nécessaire de convaincre certains maires de grandes villes de rejoindre le Foro, le forum des amitiés Biarritz-Amérique du Sud. Seul petit hic, cette organisation était purement municipale et ne concernait en rien le sénateur des Pyrénées-Atlantiques qu’était Didier Borotra.  Son indemnité parlementaire n’aurait donc jamais dû servir à cet usage, mais Didier Borotra arguera sans doute du fait qu’il s’est contenté d’imiter Fillon et se fera un plaisir de nous révéler combien il donnait chaque mois à sa fille.

Philippe Morel : « Borotra était le patron pour tout »

philippe-morelAbsent de l’audience, l’ancien patron pendant neuf mois de la SEM, Philippe Morel est un peu tombé de sa chaise en lisant « Sud Ouest » : « Didier Borotra était le patron de tout et nous ne pouvions même pas acheter des crayons sans son autorisation. Quand il dit qu’il n’était au courant de rien, ce n’est pas vrai ». Il raconte comment il a été viré de son poste en vingt secondes : « Didier Borotra est venu me voir. Il m’a dit la ville de Biarritz, c’est moi et je reprends la présidence ». C’était son droit le plus absolu et je n’ai strictement trouvé rien à y redire. Je lui ai juste demandé si je pouvais être vice-président et il m’a répondu non, car il voulait que les quatre courants de sa majorité soient représentés au conseil d’administration. »

Mais à part ça, Didier Borotra ne savait absolument pas ce qui se passait à la Cité de l’Océan.

Didier Borotra, l’abonné du tribunal

Salarier son conjoint ou ses enfants est très tendance. Ce n’est ni François Fillon ni Didier Borotra qui diront le contraire.

Compte tenu de son calendrier judiciaire, il est sûr que le retraité Didier Borotra doit avoir du mal à terminer ses grilles de mots fléchés actuellement. Condamné par la cour d’appel de Pau, mercredi 25 janvier, à 30 000 euros d’amende dans l’affaire des procès-verbaux annulés, l’ancien maire de Biarritz va rendre visite, mardi prochain 31 janvier à 13h45, au tribunal correctionnel de Bayonne, en compagnie de sa fille Sophie et de l’ancienne directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel. Motifs retenus : complicité de prise illégale d’intérêts, prise illégale d’intérêts et recel de prise illégale d’intérêts, Sophie Borotra, fille de, ayant touché 35 000 euros pour une mission de conseils et de recherche d’économies de la Cité de l’Océan, alors que son père était président de la société d’économie mixte qui chapeautait l’établissement. Il est vrai qu’il est très tendance actuellement de salarier ses enfants et que ce n’est pas François Fillon qui dira le contraire.

L’auteur de ce blog étant le contribuable biarrot qui a porté plainte et provoqué cette affaire, Bisque, Bisque, Basque ! s’est efforcé de rester très elliptique pour que la Justice puisse faire son travail en toute sérénité et décider de la légalité ou de l’illégalité de cette mission confiée à la fille du maire. Maître Jean-Paul Malherbe me représentera et demandera un euro symbolique, tandis que Didier Borotra sera défendu par maître Daniel Lalanne, un avocat bordelais qui affirmait en 2007 que défilent dans son cabinet les BQD de la région, les « Bourgeois Qui Déconnent » (http://www.hugo-blog.com/?p=341). On lui laissera la responsabilité de ces propos.

Dès que le jugement sera rendu, Bisque, Bisque, Basque ! se fera en revanche un plaisir de vous raconter toutes les coulisses de cette affaire. Le trouillard qui a tout lâché à Sud Ouest, la panique de la garde rapprochée de Veunac ou l’indolence d’une opposition peu pressée de s’exposer.

La presse locale a très bien fait son travail dans cette affaire et, si vous voulez en savoir plus, il suffit de la consulter (voir documents joints). Si vous êtes un contribuable biarrot agacé par la décontraction de nos élus avec l’argent public, soyez présents mardi à cette audience. Ce sera l’occasion de montrer à ceux qui nous dirigent que nous restons des citoyens vigilants.

 Tribunal correctionnel de Bayonne, avenue de la Légion tchèque, mardi 31 janvier à 13h45.

borotra-proces-la-semaine

Article dans La Semaine du Pays basque du 27/1

Sous la plume de Goizeder Taberna, l’article (payant) de Mediabask consacré au procès.

L’article de Sud Ouest, du 7/2/2015, signé Muriel Bonneville.