Plan B, comme barre-toi !

Fillon ne respecte même pas sa parole. Et vous voudriez qu’il devienne chef de l’État ? Réveillez-vous la droite, car vous conduisez le pays au désastre !

Pour prendre de court son calendrier judiciaire, François Fillon n’a plus qu’une issue : se faire élire par les Français. Mais c’est aux militants et aux ténors de la droite de dire stop, comme viennent de le faire Bruno Le Maire et l’UDI.

Si vous pensez encore qu’un candidat à l’élection présidentielle se doit d’avoir une morale supérieure à celle d’un citoyen ordinaire, si vous estimez qu’un mis en examen ne peut briguer aux plus hautes fonctions, si vous jugez qu’un parjure qui n’a cessé d’accumuler les mensonges ne peut être soutenu par un grand parti, alors vous ne vivez sans doute pas en France.

Tribun hors pair, Jean-Luc Mélenchon, après la triste conférence de presse du seigneur de la Sarthe, n’a pas manqué de se moquer, affirmant avoir presque de « la peine pour la droite qui mériterait un candidat présentable ». Un propos que je partage, car je pense à tous ces militants sincères qui rasent les murs actuellement, alors qu’ils désirent le meilleur pour la France, et tentent de se convaincre, sans arriver vraiment à y croire, que leur champion est victime d’un « assassinat politique ». Mais c’est surtout la deuxième phrase de Jean-Luc Mélenchon que je ratifie totalement : « La situation est malsaine, ce n’est pas bon pour la démocratie ».

Entre une candidate qui ne répond pas aux convocations du Parlement européen et un candidat qui est le seul à croire à un acharnement judiciaire, jamais le divorce entre la population et la classe politique n’a été aussi grand. Qui peut imaginer Fillon, devenu président de la République et demandant des efforts aux Français sans mettre la moitié du pays dans la rue ? Qui connaît une personne ayant travaillé vingt ans sans voir laissé la moindre trace de son activité professionnelle ? Qui peut admettre qu’un candidat qui annonce le 26 janvier qu’il se retirera s’il est mis en examen, décide de poursuivre envers et contre tous, au mépris de sa propre parole ?

Le Maire et l’UDI, les précurseurs

Bruno Le Maire est le premier ténor de la droite à clairement prendre ses distances, ce qui prouve qu’il vaut beaucoup mieux que ses prestations ratées lors de la primaire. L’UDI, malgré une promesse de soixante circonscriptions réservées, a décidé de suspendre son soutien à la campagne de Fillon. Pierre Lellouche, Catherine Vautrin ou le député des Ardennes Jean-Luc Warsmann viennent de faire de même. Mais d’autres par cécité, par petit calcul personnel, persistent et signent au mépris de l’intérêt du pays.

Pour les militants locaux, la fidélité ne doit pas aller jusqu’à la cécité.

Lorsqu’il a annulé sa visite matinale au Salon de l’Agriculture, et convoqué les ténors de LR, Fillon, qui venait d’apprendre sa mise en examen avec son épouse, était prêt à renoncer et avait téléphoné en ce sens à Alain Juppé, le seul plan B réaliste de la droite. Mais les Baroin, Longuet, Pécresse, Morano et consorts se sont récriés et ont réussi à renvoyer au combat un Fillon, plus acculé que jamais. A priori, après le piteux quinquennat de Hollande, cette élection était imperdable pour la droite, ce qui n’est plus du tout le cas avec l’affaire Fillon. Alors qu’une manifestation de soutien au jouisseur qui nourrissait grassement sa famille avec des emplois plus que suspects, est prévue dimanche place du Trocadéro, n’est-il pas désormais du devoir de tous les politiques et les militants de droite de demander à Fillon de quitter la scène électorale au profit d’un candidat qui les représentera mieux et ne fera pas rougir les Français de honte ?

Le calendrier est serré, mais les Français sauront se montrer indulgents pour le nouveau candidat de la droite face à des circonstances aussi exceptionnelles. Alors que, en continuant à soutenir l’indéfendable Fillon, en envisageant de voter pour lui, vous discréditez la classe politique et vous faites le jeu d’une Marine Le Pen… C’est ce que vous souhaitez ?

Cassez-vous et cachez-vous, Monsieur Fillon !

Quand on entend la défense de son entourage sur les « bonnes familles », on est fier de faire partie des mauvaises familles…

La position de François Fillon, assiégé de toutes parts, est intenable…

Chaque soir, au moment de s’endormir, cette question récurrente : est-ce qu’au début de l’année 1789, la noblesse française, face au tiers état, faisait preuve de la même morgue, de la même arrogance, de la même inconsciente désinvolture qu’une partie de cette classe politique française, qui campe actuellement sur les plateaux de la télévision française pour justifier l’injustifiable et le million d’euros d’argent public encaissé par la famille Fillon ?

Le beau regard franc du collier de Messire Gérard Longuet.

Prenez par exemple messire Gérard Longuet, ce jeune gandin qui dans sa folle jeunesse au quartier Latin s’amusait avec ses copains d’Occident à redresser idéologiquement les gauchistes à coups de barre de fer. Le seigneur de Lorraine explique sur BFM qu’il est tout à fait normal de salarier ses enfants, quand on est sénateur, même s’ils ne sont pas tout à fait avocats : « Ce sont des choses qui arrivent dans toutes les bonnes familles ». Effectivement, s’il faut maintenant perdre son temps à se justifier pour des foucades à 4 000 € d’argent de poche, où va-t-on ? Et si on empêche le connétable de la Sarthe (qui ne gagne guère à être connu !) pour un million versé indûment à sa famille de se présenter à la fonction suprême, nul doute que notre pays est foutu !

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/fillon-emploie-ses-enfants-une-chose-qui-arrive-dans-toutes-les-bonnes-familles-selon-longuet-909243.html

 Manant de père en fils depuis des siècles, je suis ravi d’avoir enfin compris ce qui sépare en France les bonnes familles des mauvaises familles, grâce à cette affaire.

– Dans les bonnes familles, on pense sincèrement que le pain au chocolat que la bonne va acheter coûte quinze centimes tandis que dans les mauvaises familles on le regarde dans la vitrine en trouvant qu’il est bien cher.

– Dans les bonnes familles, on fait appel aux amis entrepreneurs pour trouver un stage aux enfants, tandis que dans les mauvaises on se retrouve dans le meilleur des cas à compter les poches plastiques utilisées chez Auchan ou à ne pas valider ses diplômes faute d’employeurs complaisants prêts à vous offrir un stage.

– Dans les bonnes familles, on poursuit ses études paisiblement et on obtient des séjours Erasmus, tandis que dans les mauvaises, on multiplie les petits jobs à douze euros de l’heure tandis que, comme par hasard, votre dossier n’est jamais complet au moment de partir étudier à l’étranger.

– Dans les bonnes familles on envoie les enfants dans les meilleures écoles privées pendant que les élèves des mauvaises familles, ces sots qui veulent singer l’aristocratie, rêvent de métiers auxquels ils ne peuvent accéder (4 à 6 000 euros l’année pour une école de journalisme !) preuve de la faillite de notre système républicain.

 – Dans les bonnes familles, on n’hésite pas en tant que maire à faire employer sa fille par l’entreprise que l’on dirige avant d’expliquer à la Justice qu’on ne savait rien ou à la salarier comme assistante parlementaire quand elle décide de vivre en Amérique du Sud. Dans les mauvaises familles on espère bêtement un contrat précaire et rêve de décrocher le graal, un CDI.

– Dans les bonnes familles, la main gauche doit ignorer ce que fait la main droite, celle qui trempe dans le bénitier, et on sourit en voyant un ministre socialiste chargé de faire la chasse aux fraudeurs, détenteur de comptes offshore. Dans les mauvaises familles, on se fait plumer par son banquier au moindre déficit et on ignore ce qu’est un compte en Suisse.

– Dans les bonnes familles, on vous explique qu’il est normal que votre épouse, qui n’a ni badge, ni mail professionnel et se contente d’un service de pigeons voyageurs entre Paris et son château de la Sarthe, touche plus que le député qui vous a remplacé. Dans les mauvaises familles, on reste sans voix devant tant de mauvaise foi.

– Dans les bonnes familles, on considère comme négligeable une somme d’un million d’euros et on fait la morale aux manants qui ne gagneront jamais cela de leur vie en leur expliquant qu’il ne faut pas jeter le quignon de pain dur et le consommer le lendemain dans la soupe.

Obscène !

Alors oui, Monsieur Fillon, vous qui voulez devenir le seigneur et maître de tous les Français, je vous avoue que je m’honore depuis que votre affaire est sur la place publique de faire partie des mauvaises familles.

– Fier dans cette mauvaise famille d’un grand-père qui donnait à un châtelain oisif comme vous la moitié de sa récolte de métayer et qui, ancien maire de son village, n’hésitait pas, à quatre-vingt ans passés, à prendre son tracteur pour aller déverser du fumier devant la sous-préfecture.

– Fier , dans notre maison où il n’y avait pas grand-chose, de la ronéo familiale qui permettait à mon père d’exprimer ses profonds sentiments anticolonialistes pendant la guerre d’Algérie et de distribuer des tracts de son cru.

– Fier de mon frère, instituteur puis directeur d’école. Jeune retraité, il a réussi tout au long de sa carrière à ne jamais prendre un seul jour d’arrêt, même quand il y avait droit au moment de la naissance de ses filles, simplement parce qu’il pensait que les enfants dont il avait la charge seraient pénalisés.

– Fier d’être membre de cette mauvaise famille et de n’être pas devenu, grâce à ma génétique familiale, un cireur de pompes de la classe dominante en place…

Monsieur Fillon n’avez-vous pas conscience d’être obscène avec vos pitoyables dénégations, vos demi-vérités, et vos dénonciations, qui ne dupent personne, d’un complot universel contre vous ? N’êtes-vous pas peiné, tout comme le manant que je suis, pour tous ces vrais assistants parlementaires, tous ces militants sincères, tous ces élus remarquables que vous salissez avec votre morgue et vos approximations ? Ne comprenez-vous pas qu’à force de vouloir, à gauche comme à droite, conserver vos privilèges à tout prix, vous allez soit propulser Marine Le Pen à la tête du pays soit provoquer une insurrection nationale ? Il y a deux siècles, la noblesse se reconnaissait à ses particules. Maintenant la nouvelle noblesse se reconnaît à ses mandats électoraux et à ses casseroles.

Alors, Monsieur-la-vertu, Monsieur le donneur de leçons de morale, Monsieur l’abonné du premier rang à l’église locale, renoncez à la présidentielle dès aujourd’hui, cassez-vous, et allez-vous cacher dans votre si joli château de Solesmes, qu’en magnifique hypocrite vous qualifiez de maison quand il s’agit d’être élu par le bon peuple. Et, en attendant que vous rendiez l’argent, estimez-vous heureux si les manants, comme en 1789, ne montent pas à l’assaut de votre château en cherchant à mettre votre tête au bout d’une pique.

Jean-Yves Viollier