Gilets jaunes : les artistes s’en mêlent

Revisitant les événements qui agitent notre pays, Victor La Licorne met à disposition du public textiles et affiches pour manifester sa colère.

Le meilleur slogan du monde n’aura jamais la force d’une image. L’artiste biarrot Victor La Licorne que nous apprécions particulièrement à Bisque, Bisque, Basque ! l’a parfaitement compris et a transformé son actuelle indignation en images fortes. Ses illustrations politiques et revendiquées comme telles, étaient exposées sous le titre « La beauté dans la rue », vendredi 18 janvier au Newquay Pub à Biarritz, mêlant textiles et affiches de tous formats.

Dans l’univers de Victor La Licorne, que l’on peut suivre sur Facebook (https://facebook.com/VictorLaLicorne) et Instagram (www.instagram.com/victorlalicorne/), vous trouverez par exemple un Président de la République qui révèle son vrai visage dénué d’empathie, rappelant Jack Nicholson dans Shining, au dos d’un gilet jaune qui fera de vous le plus beau pour aller manifester.

À moins que vous ne préfériez cette image d’un ancien proche conseiller de Macron, se laissant aller à des violences policières dignes d’un CRS de mai 1968, alors que les forces de l’ordre nous expliquent encore ce matin fort benoîtement qu’elles ne peuvent se passer de flashball (Qu’en pense Lola, victime d’un tir tendu et d’une triple fracture de la mâchoire ?), cette « Benallisation des violences policières », visiblement assumée par le gouvernement mérite d’être dénoncée.

Heureusement, pour Victor La Licorne, l’amour a aussi sa place avec cette image revisitée d’un manifestant en fauteuil roulant embrassant une Marianne assise sur ses genoux et croyant à l’avenir même si les forces de l’ordre obscurcissent l’horizon.

Pour l’artiste biarrot, il ne fait pas de doute que « L’amour vaincra ». Ce point de vue sera-t-il partagé par tous ceux qui seront dans la rue encore aujourd’hui, qu’ils soient en gilets jaunes ou en casques noirs et matraques ?

Les affiches sont à retrouver chez Blackbird Biarritz, avenue de Verdun, ou directement sur le Facebook et Instagram de l’artiste. N’hésitez pas à le suivre, il paraît qu’une mise aux enchères du fameux gilet jaune « macronisé » aura bientôt lieu et que l’argent servira aux victimes du mouvement ! Bravo !

 

 

 

Gouvernement pyromane et médias aux ordres

Pourquoi les médias, concernant Christophe Dettinger et Didier Andrieux, utilisent des vidéos tronquées alors que d’autres sont beaucoup plus édifiantes ? Pourquoi le gouvernement attise les haines et fait deux poids deux mesures ?

Devinette : Trouvez celui qui est le vrai boxeur et celui qui pose pour la photo.

En 2014, celui qui n’était alors que maire du Havre, s’était laissé filmer par son condisciple Laurent Cibien dans une salle de boxe en compagnie du champion de kick-boxing Jérôme Le Banner. Disons-le tout net, avec ses petits bras en allumettes et sa silhouette maigrelette, le « guerrier » Édouard Philippe prêtait un peu à sourire. Même sentiment hier soir sur TF1, en voyant celui qui est devenu Premier ministre faire un prévisible numéro de fermeté et annoncer que le gouvernement allait se montrer impitoyable avec les casseurs. La parole du « boxeur » Édouard Philippe serait crédible si le gouvernement décidait de traiter avec équité tous les fauteurs de troubles, ce qui n’est pas le cas. Pour parodier La Fontaine : « Selon que vous serez gilet jaune ou commandant de police »…

Un boxeur qui défend une femme avant de se rebeller

Prenons le cas de Christophe Dettinger, cet ancien boxeur professionnel filmé en train de frapper un CRS. Tous les médias chez qui les syndicats policiers ont table ouverte (BFM, TF1, Le Figaro…) se sont contentés de deux brèves séquences. L’une où l’on voit ce grand gaillard manifestant à visage découvert frapper un policier au sol et l’autre où il affronte avec un certain courage – et beaucoup plus de style qu’Édouard Philippe ! – un CRS casqué et armé d’une matraque. Les torts de l’homme semblent accablants. Ce qui est ennuyeux, c’est que d’autres vidéos, disponibles sur Youtube en un clic et quelques secondes de recherche, montrent la véritable histoire, celle que les médias aux ordres se gardent bien d’utiliser.

https://www.youtube.com/watch?v=-NTwurUqUwo

Acte 1.- Christophe Dettinger manifeste tranquillement sur la passerelle Léopold Senghor, en compagnie de sa femme et d’un ami. Avec sa haute silhouette et son bonnet noir, on le voit au sixième ou septième rang, lorsque la situation se durcit. Un mouvement de foule et il se retrouve gazé en plein visage par un CRS, alors qu’il n’a strictement rien fait.

Acte 2.- Une femme est projetée à terre juste à côté de lui. Alors qu’elle tente de se protéger la tête, un CRS la frappe. C’est ce même CRS, mis à terre par un autre manifestant, qui se fait frapper par le boxeur. Cette vidéo a été visible quelques heures sur le site du Parisien. Curieux hasard, elle n’est plus accessible.

Acte 3.- Fou de colère, Dettinger saute de la passerelle supérieure pour rejoindre la partie inférieure qui mène aux berges de la Seine et frappe un policier. Comme le dira celui qui est devenu fonctionnaire territorial à Massy et qui manifestait à visage découvert, « J’ai vu la répression, la police nous gazer, j’ai vu la police faire mal à des gens avec des flashballs, j’ai vu des retraités se faire gazer, j’ai vu plein de trucs ». Puis de marteler, en conclusion, qu’il est un citoyen « lambda »« Je travaille, j’arrive à finir mes fins de mois mais c’est compliqué. Je manifeste pour tous les retraités, pour le futur de mes enfants, pour les mères célibataires (…) J’ai la colère du peuple qui est en moi. Les présidents, les ministres, l’État, se gavent sur notre dos. C’est toujours nous, les petits qui payons. Moi quand j’entends « les gueux », les « sans dents », je me sens concerné ». Voilà l’homme que les médias ont présenté comme un dangereux délinquant, en se gardant bien de raconter l’incident dans sa totalité !

Benalla, Andrieux même combat

Passons maintenant à Toulon et au délicieux commandant Didier Andrieux, décoré de la Légion d’honneur. Peu avant la remise de sa médaille, il avait cassé le nez d’un major de sa compagnie mais avait toujours affirmé qu’il « visait une armoire » (Celle-là, il fallait oser !). Et que voit-on sur la vidéo ? Un homme noir qui a été interpellé et qui attend calmement qu’on l’embarque se faire frapper à trois reprises sans sommation par le colérique commandant. Ce dernier, n’ayant visiblement pas épongé sa bile, s’en prend ensuite à d’autres manifestants avec la même violence. Comme dirait Coluche, c’est terrible la police, au bout de cinquante réprimandes, on risque un blâme.

https://www.youtube.com/watch?v=CnUR-mqMNYo

Un chef d’entreprise, dans le Var, s’est offert quelques ironiques panneaux de publicité.

Ce gradé colérique n’est visiblement pas fait pour diriger des opérations de maintien de l’ordre, mais Édouard Philippe n’a pas semblé très ému par la situation, hier sur TF1. Tandis que le boxeur, actuellement en garde-à-vue risque une lourde peine de prison, ce galonné puncheur se contentera d’être entendu par la police des polices.

Comment s’étonner ensuite que les gilets jaunes soient exaspérés ?

Une violence inégalée en France

Il aura fallu attendre l’acte VIII, samedi dernier, pour que les gilets jaunes manifestent enfin avec un service d’ordre délimitant le périmètre et empêchant les autonomes ou les pilleurs de s’infiltrer dans le cortège avant de se livrer à d’inadmissibles exactions. La CGT pratique ainsi depuis des lustres assurant la sécurité de ceux qui viennent manifester et… l’ordre public.

Les grenades de désencerclement doivent être lancées au sol pour minimiser les risques. Samedi, à deux reprises, les CRS les ont lancées dans la foule. Un miracle qu’il n’y ait pas eu de blessés graves.

Le gouvernement a délibérément joué le pourrissement et la décrédibilisation du mouvement. Les dégâts faits à des magasins, les coups assénés à des fonctionnaires sont inacceptables mais les journalistes auraient dû faire preuve d’un peu plus de curiosité lors des manifestations. Les imbéciles en gilets jaunes posant devant des voitures brûlées et embarqués par fournées pour être conduits au tribunal étaient à l’évidence des « puceaux » des manifestations ayant mal jugé de la situation et ayant suivi des casseurs aguerris qui ont su se replier à temps et ne pas se faire prendre. Comment les journalistes n’ont-ils pas dénoncé ce que n’importe quel spectateur pouvait voir devant sa télévision ? Des CRS multipliant les tirs tendus de flashball, souvent destinés à des passants étrangers à la manifestation. C’est ainsi que Lola à Biarritz a subi une triple fracture de la mâchoire alors qu’elle était en train de filmer la manifestation. Mais aussi, des policiers en civil quittant les rangs des manifestants après les avoir bien « chauffés » avant de rejoindre la police pour tirer sur ceux qu’ils côtoyaient peu auparavant. Il n’est pas scandaleux que des policiers s’infiltrent dans des manifestations pour repérer les casseurs. Mais le bon goût voudrait dans ce cas-là de s’abstenir d’agir ensuite avec les forces de l’ordre. Et surtout, beaucoup plus grave, un usage absolument interdit des grenades de désencerclement, cette arme de guerre que dénonce Amnesty International. Cette grenade a tué Rémi Fraisse et ne doit être utilisée qu’au sol et dans des conditions d’urgence absolue. Lors de la séquence sur la passerelle Léopold Senghor, on voit très nettement à deux reprises les CRS lancer ce type de grenades au-dessus de la foule. Avec le risque de faire un carnage. Les fonctionnaires fautifs doivent être sanctionnés de la même manière que les casseurs. On prend les paris qu’il n’en sera rien ?

Les incidents multiples, la verbalisation des gilets jaunes installés sur des ronds-points pour « entrave à la circulation » montrent cette volonté de fermeté du gouvernement. Mais la fermeté ne peut aller sans la justice. Les vœux de nouvel an totalement hors sol de Macron ont démontré que ce gouvernement ne maîtrise plus rien. Le ridicule saupoudrage à l’égard des plus démunis face à des injustices de plus en plus répétitives, la volonté de ne pas aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les plus riches, le prélèvement à la source pour les salariés mais pas pour les entreprises et ce sentiment que ce gouvernement de pompiers pyromanes fait tout pour attiser la colère populaire, vont finir par nous conduire au désastre.

Les médias, avec des airs de douairière compassée, ont déploré qu’un boxeur puisse utiliser son « savoir », en l’occurrence ses poings face à un fonctionnaire de police. Reproche-t-on à Macron d’utiliser ses neurones à mauvais escient face à des interlocuteurs qui en ont beaucoup moins que lui ? C’est pourtant ce qu’il fait avec ses petites phrases méprisantes et discriminatoires à l’égard des plus démunis.

Vite une VIe République un peu plus présentable, où la « noblesse électorale » ne s’accaparera pas tous les pouvoirs et tous les privilèges en méprisant les revendications légitimes des plus démunis.

Gilets jaunes, peur bleue et colère noire

Pour avoir rançonné les plus pauvres au profit des plus riches, le gouvernement, et lui seul, est responsable de la violence actuelle. Une seule solution : écouter et céder.

Les CRS visiblement solidaires des gilets jaunes.

En adoptant, il y a quelques jours, une loi contre la fessée, nos députés ont négligé deux amendements de taille pourtant fort utiles en cette période troublée. Si l’interdiction des châtiments corporels à l’égard des enfants ne peut être que saluée, la fessée devrait être publiquement administrée quand le gouvernement se montre autiste à la colère de tout un peuple et quand des journalistes jouent aux complaisants valets du pouvoir.

Prenez ce brave Christophe Jakubowski, chef du service politique de TF1, qui, de lin blanc vêtu, explique suavement deux jours avant la grande manifestation du 1er décembre que les gilets jaunes exhibent désormais des pancartes « ANTICAPITALISTES ! ». Et le brillant analyste de développer sa pensée : Les manifestants « réclament le SMIC à 1300 euros ». Cette revendication mesurée ne relève nullement de l’anticapitalisme mais du simple bon sens, alors que notre pays est devenu le plus taxé d’Europe, mais elle horrifie visiblement le chef de service politique (Au fait, son salaire représente combien de Smic par mois ?)

Des journalistes qui ne savent plus « lire » les manifestations

Les journalistes de ma génération ont pour la plupart participé à des manifestations, fait le coup de poing avec les forces de l’ordre et parfois senti les matraques leur caresser les côtelettes. Devenus observateurs, ils connaissent toutes les ficelles de ces affrontements publics, les autonomes venus pour durcir le mouvement en espérant le grand soir, les pilleurs jugeant trop belle l’occasion offerte et les infiltrés, flics en civil à la Alexandre Benalla, qui sont parfois les premiers à provoquer dans le but de susciter la peur des « braves » manifestants et la décrédibilisation du mouvement.

Malheureusement, les écoles de journalisme, avec leurs prix d’entrée astronomiques, sont devenus les repaires de la « bien-pensance », alors qu’elles devraient être le haut lieu de l’esprit critique. Et ils nous ont offert un festival, les journalistes de TF1, de BFM, ou de I-télé, et parfois même ceux du service public, en relayant sans le moindre esprit critique toutes les fables que le gouvernement leur soufflait à l’oreille ! Au départ, le mouvement était piloté en sous-main par l’extrême-droite. Puis par l’extrême-gauche. Et maintenant par des casseurs sans foi ni loi, voulant la ruine de notre pays. Et on tartine pendant des heures et des heures sur les voitures qui brûlent, les barricades érigées, les magasins saccagés. On se rend en cohorte dans le XVIe arrondissement interroger la bonne bourgeoise terrifiée ou le commerçant dévasté qui, les larmes au bord des yeux, affirment n’avoir jamais vu ça.

Ces mêmes journalistes, qui n’essaient même pas de dissimuler leur soutien inconditionnel au gouvernement, nous livrent parfois des images qui contredisent leurs propos, mais ils sont bien incapables de le remarquer. Pourquoi ces civils qui lancent des lacrymos aux côtés des CRS ? Pourquoi les voitures mises à feu le sont-elles par des hommes cagoulés de noir, tandis que de braves couillons de gilets jaunes posent à visage découvert devant le feu de joie improvisé et se font alpaguer ensuite par les forces de l’ordre ? Pourquoi si peu d’images de la manifestation de l’avenue de l’Opéra où des milliers de gilets jaunes se sont retrouvés dans le calme ? Pourtant, on trouve des « pépites » sur Youtube, qui, allez savoir pourquoi, ne sont jamais montrées au grand public (https://www.youtube.com/watch?v=8CZtDqIifCU)

Le mouvement des nouveaux pauvres

Relayé par des médias complaisants, le refus de comprendre par le gouvernement la nature même du mouvement des gilets jaunes est sidérante et en dit long sur le fossé qui sépare l’élite ministérielle des simples citoyens. La difficulté à trouver des porte-paroles montre bien que ce mouvement est spontané, même s’il s’organise avec le temps, ce qui est logique. Ceux qui occupent les ronds-points, ou bloquent les péages autoroutiers sont les nouveaux pauvres de notre pays. Ceux qui travaillent dur mais n’arrivent plus à s’en sortir avec leurs salaires, à force d’être taxés sur tout. La France est devenue le premier pays d’Europe au niveau de la pression fiscale, mais qu’a fait Macron en arrivant au pouvoir ? Il a supprimé l’impôt sur la Fortune, soi-disant pour ne pas faire fuir les possédants et fait un cadeau fiscal de plus d’un milliard d’euros au 0,01% de Français les plus riches.  

https://www.marianne.net/economie/127-milliard-pour-les-001-les-plus-riches-le-gros-cadeau-de-macron-enfin-chiffre

Et cela en s’attaquant aux retraites, en multipliant les taxes qui compliquent à chaque fois un peu plus les fins de mois et en repoussant au jour où Édouard Philippe dansera le tango avec Arlette Laguiller toute augmentation du salaire minimal. La taxation sur l’essence, c’est « La goutte d’essence qui a fait déborder la base », comme l’a joliment écrit Mediabask.

Alors oui, les gilets jaunes ont raison, mille fois raison de revendiquer encore et toujours. Oui, ils ont raison de faire pression jusqu’à ce que le gouvernement cède. Qu’ils se rassurent en écoutant le nouveau ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et la peur bleue qu’il affiche derrière ses paroles de matamore varois face à la colère noire des Français.  (C’est Gérard Collomb qui doit se féliciter d’être parti à temps !)

En France, seuls les grands patrons du CAC 40 peuvent obtenir des avantages sans lutte. (rémunération à 5 millions d’euros en moyenne, plus 14% par rapport à 2017).  Pour les autres, le seul espoir est de créer un rapport de forces favorable. Les avancées significatives de 1936, de 1968 ou de 1981 ne l’ont été qu’après des semaines de lutte. À chaque fois, l’augmentation a provoqué un tollé. En 1981, après que François Mitterrand ait décrété une augmentation de 10% du salaire minimal, nombre d’entrepreneurs ont annoncé leur intention de partir à l’étranger. En fait ils sont restés et la mesure a relancé la consommation.

Oui, il est intolérable que des gens perdent de l’argent en travaillant, entre le loyer à payer, les frais de garde des enfants et l’essence de la voiture. Le travail doit être respecté et le salaire obtenu, permettre de vivre.

Pour toutes ces raisons, les gilets jaunes ont mon soutien total et absolu. De ce mouvement, je ne retiendrai pas les images complaisamment véhiculées par les télés de barricades ou de casseurs, mais simplement la rencontre sur un rond-point entre cette mère de famille arborant son gilet jaune et un député LRM, dégoulinant de bon sentiment avec sa bouillie sucrée lui coulant du bec et son « Je vous comprends » digne d’un chanoine venu visiter ses pauvres. Et la femme en colère de lui répliquer : « Vous pensez que j’emprunte pour m’acheter un appartement ou une nouvelle voiture ? J’emprunte pour pouvoir offrir des jouets à Noël à mes enfants »

Tout est dit. Le peuple des gilets jaunes ne réclame ni pain ni brioche, comme le dirait Marie-Antoinette. Il réclame son dû, qui passe par une augmentation des salaires, et le respect des gouvernants qui doivent cesser immédiatement leur funeste rançonnage.