Cité de l’océan : l’indignation de Capdevielle et Etcheto

colette-capdevielle--henri-etcheto« Du jamais vu!« . La députée socialiste Colette Capdevielle ne s’est toujours pas remise du vote sur l’entrée de l’Agglo au capital de la Cité de l’océan qui a eu lieu, mercredi soir. Avec Henri Etcheto et la communiste boucalaise Marie-Josée Espiaube,  le trio s’est donc opposé à cette dépense de 400.000€, qui n’a pas semblé poser problème aux autres conseillers.

«  De toute ma carrière politique, je n’ai jamais vu cela. On ne nous a pas fourni un seul document pour nous aider à réfléchir. Et la délibération tient en une page et quart ». Colette Capdevielle n’en revient pas que l’on puisse utiliser l’argent public à des fins aussi discutables et esquisse un avenir qui va faire frémir les contribuables de l’Agglomération : « L’Agglo vient de participer à une recapitalisation de 1,6 million d’euros, mais on parle déjà pour octobre prochain d’une rallonge pour investissements de 6 millions d’euros. Ce dossier m’inquiète. Comme conseillère intercommunautaire, je vais le suivre particulièrement. »

« Ce dossier aussi grave mérite la transparence »

« C’est extraordinaire! On découvre soudain un côté communautaire à cet espace jusque-là spécifiquement biarrot » s’indigne la députée. C’est gentil de penser aux copains quand les déficits surgissent! « Un dossier aussi grave doit être conduit dans la transparence et non en passant des délibérations le 22 ou 23 juillet quand tout le monde a la tête aux vacances« .

Au passage, l’élue socialiste fustige le fonctionnement fort peu démocratique de l’Agglomération : « On aura une véritable intercommunalité et non une politique de guichet quand il y aura des élections démocratiques pour désigner les membres de l’Agglomération. Cinq communes importantes du pays basque gèrent des millions d’euros, alors que les décideurs de cette Agglo n’ont comme légitimité qu’une élection municipale ».

Et Colette Capdevielle d’enfoncer le clou avec Michel Veunac : « Bien sûr que Michel Veunac aurait dû consulter la population et organiser un référendum! »

 Exactement ce que Bisque, bisque Basque! demande.

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Le texte de Colette Capdevielle

Plan de restructuration et de relance économique de la SEM Biarritz Océan

 

Cette délibération pose 4 questions majeures :

 

  1. Une question éthique: désormais, les habitants de Bayonne,  d’Anglet, de Bidart et de Boucau vont payer pour un équipement « hybride », pseudo ludico-culturel spécifiquement biarrot, que souhaitait à l’époque, seul contre tous, l’ancien maire de Biarritz. Que s’est-il passé pour que soudain l’ensemble des élus de l’Agglo considèrent que cet équipement a une vocation communautaire ?  

 

  1. Une question d’information et de transparence: Où sont les documents annexes ? Peut-on voter une telle somme sur la base d’une simple page recto/verso ?

–          Le bilan moral et financier de la SEM ?

–          Les chiffres récents du Musée de la Mer et de la Cité de l’Océan ?

–          Les diagnostics évoqués dans le rapport ?

–          Que sait-on des investissements cités dans la délibération, ceux concernant les nouveaux contenus pédagogiques et les nouveaux programmes de marketing ?

–          Combien les partenaires privés vont-ils apporter ?

 

  1. Une question de cohérence des politiques publiques: je m’interroge sur le contenu du plan de relance économique. Croit-on sérieusement que ce sont quelques casques de réalité virtuelle qui permettront de faire venir 150 000 visiteurs supplémentaires pour atteindre la barre de rentabilité des 450 000 spectateurs ?

–          Soit la Cité de l’Océan à une vocation touristique et l’équipement doit être transformée en véritable musée du surf, musée de l’Océan

–          Soit l’équipement a une vocation plutôt technologique et scientifique, en lien avec le développement d’une nouvelle filière autour de la mer que nous venons de voter juste avant, et dans ce cas il serait souhaitable de repenser totalement le rôle de cet équipement,

 

  1. Une question de financements:

–          D’après les rares informations présentes dans le rapport, l’objectif de 1,8M€ n’est pas atteint par le plan de financement qui serait de 1,6M€

–          De plus, le rapport ne précise pas la répartition des montants entre la reconstitution du fonds de roulement et le financement des outils de marketing numérique.

–          Autre point : les financements affichés sont exclusivement publics : Région, Département, Commune + agglo. La mobilisation des acteurs privés doit aussi se poser. Quid de la participation de Suez ou de la Caisse des Dépôts envisagée un temps ?

–          Enfin, la pérennité budgétaire de l’équipement : il faut rappeler que le déficit s’élève à 682 000 € pour l’exercice 2013 et 597 000 € en 2014. Dans ces conditions, les 1,6M€ de recapitalisation seront consommés en deux ans, au rythme des pertes actuelles.

 

Au vu de ces 4 observations, je rejoins mon collègue Henri Etcheto et je ne prendrai pas part au vote. 

Colette CAPDEVIELLE,
Députée des Pyrénées-Atlantiques 

Une fusion, des fadaises…

Fusion fadaises 01

Imanol Harinordoquy se déclare pour la fusion : à condition de ne pas avoir le dessous avec les Bayonnais?

Nous savons désormais, grâce à Sud ouest du 11 juin, que le Pays basque compte au minimum 318 possesseurs de boule de cristal. Pour le compte du quotidien régional, l’IFOP a demandé leur avis sur la fusion à 505 personnes et 63% se sont déclarées favorables à l’idée. Quel sera le nom de la nouvelle entité? Où se dérouleront les matches? Combien de joueurs du cru bénéficieront d’un contrat professionnel? Personne n’en a la moindre idée pour l’instant et il faut être culotté comme un marchand de sondages, capable d’annoncer en 1995 un triomphe de Balladur face à Chirac,  pour conclure, avec un aussi faible échantillon, que la population locale est favorable à la fusion.

N’ayant toujours pas acheté de boule de cristal, Bisque bisque basque!, malgré sa passion du rugby, restera prudent sur le thème de la fusion, même si un certain nombre de mensonges, de cachotteries, et pour tout dire de feintes de cadets, à propos de cet éventuel rapprochement, lui ont profondément échauffé les crampons.

Revue de détail des fadaises relevées ici ou là depuis quelques semaines.

L’élite n’est pas la panacée

Tous ceux qui vivent grassement du rugby, d’Imanol Harinordoquy à Jean-Pierre Ellisalde, nous affirment comme une évidence que le Pays basque ne peut pas être absent de l’élite du rugby français, compte tenu du rapport très passionnel qu’entretient la région avec le ballon ovale. Autrement dit, pas touche à notre gagne-pain! Si un jour, un championnat des provinces devait être organisé, ce qui entre parenthèses simplifierait grandement les problèmes de calendrier du rugby français, avec des joueurs issus du cru, il n’y a aucun doute que nous applaudirions des deux mains une fusion entre l’Aviron et le BO et la constitution d’une entité basque. Si la fusion, ça doit être, momentanément réunis sous un maillot aux couleurs basques, trois Sud-Africains, cinq Néozélandais, deux Argentins, quatre Anglais, quelques joueurs exotiques et deux joueurs du cru, où est l’intérêt, alors que les clubs de Bayonne et de Biarritz sont manifestement dimensionnés pour la ProD2, et peuvent toujours rêver d’une performance sportive exceptionnelle qui ramènerait l’un ou l’autre dans l’élite.

Dans le dernier supplément magazine de Midi Olympique, Bernard Laporte avait cet aveu surprenant. Très souvent, quand son cher Rugby Club Toulonnais joue, il délaisse la tribune de presse où il a l’habitude de s’installer pour aller suivre le match… à la télévision, dans le bus du club. Il communique par textos avec Pierre Mignoni et Jacques Delmas, car il a l’impression de mieux capter le déroulement de la partie. Si un technicien hors pair comme notre Bernie-le-dingue, bénéficiant de surcroît d’une place privilégiée, avoue qu’il a parfois du mal à suivre les matches de Top 14 dans les tribunes, vous imaginez ce qu’il en est pour le spectateur modeste et mal placé! Le rugby est devenu un sport formaté pour la télévision où les franchissements de la ligne d’avantage sont devenus presque aussi rares que la sincérité dans le discours politique, et où les horaires sont édictés par Canal +, avec, comme seule préoccupation l’Audimat et non ce cochon de spectateur payant, qui ne sert qu’à faire de belles images. Et ce n’est pas un hasard, si avec beaucoup de mes copains anciens joueurs, nous allons souvent le dimanche voir des matches de fédérale où les rebondissements sont beaucoup plus nombreux.

Silence, on ment!

Fusion fadaises 02

Un projet qui fait fi de ses supporters, ne peut être un bon projet…

Ce mépris des spectateurs qui font les grands clubs, on le retrouve dans l’attitude de Serge Blanco et Manu Mérin qui ont juré qu’il n’y avait pas de projet de fusion… avant de se contredire lamentablement. Même désinvolture avec les salariés des deux clubs et les joueurs sous contrat, qui passent « d’excellentes vacances », comme le souligne Erik Lund, en se demandant ce qui les attend à la reprise.

Si le déficit du BO n’était « que » de 1,4 million d’euros, comme annoncé dans la presse, pour la saison 2014, tout irait bien. Mais ce chiffre biarrot, qui a été jeté en pâture à l’opinion publique, oublie les arriérés de salaires et l’argent dû à l’URSSAF. Et le déficit serait beaucoup plus vertigineux que cela, au point que le BO pourrait fort bien se retrouver en fédérale, sur sanction financière. Il faut dire aussi que, côté biarrot, on est habitués à promener tout le monde. Souvenez-vous, il y a un an, des déclarations tonitruantes à propos de l’arrivée de l’entraîneur Eddie O’Sullivan et du retour pronostiqué dans l’élite du BO. Résultat, un an plus tard, il est manifeste que le « grand » entraîneur a pâti de sa méconnaissance de la ProD2 française et que plus personne ne parle désormais de lui. Souvenez-vous aussi des magnifiques mouvements de menton de Michel Veunac annonçant que la subvention exceptionnelle de 400 000 euros, allouée au BO, était assortie de la promesse d’un droit de regard de la Ville sur les comptes. On connait la suite.

Parce que Manu Mérin, avec son malhabile projet de fusion, a plombé la fin de saison de son club, parce qu’on ne peut se satisfaire de la perpétuelle fuite en avant de Serge Blanco, il semble évident qu’une fusion ne peut se réaliser qu’avec la démission immédiate de ces deux présidents qui promènent tout le monde et la mise en place d’un « comité des sages », composé à égalité de Biarrots et de Bayonnais, qui  réfléchiraient calmement à une éventuelle fusion, qui ne pourrait de toute manière intervenir dans le meilleur des cas qu’à l’entame de la saison 2016-2017.

Où est l’intérêt de l’Aviron?

S’il est un seul élément significatif à retenir dans le sondage IFOP-Sud Ouest sur la fusion, c’est qu’elle n’est pas voulue de la même façon par les Biarrots et les Bayonnais, avec 71 % des fans du BO favorables à un rapprochement, contre seulement 59% d’inconditionnels de l’Aviron. Car tout le monde perçoit bien que l’ancienne miss France en rouge et blanc a multiplié les chèques en bois ces derniers temps et semble prête à épouser le premier venu pour se sauver. Sauf que l’époux en bleu et blanc est dans une situation un peu plus confortable et ferait bien de tourner ses regards vers un club, comme La Rochelle, très comparable à l’Aviron, en termes de budget et de passion.

Le vieux grognard David Roumieu qui vient de signer, la mort dans l’âme, pour le Stade Rochelais, l’a bien compris (Sud ouest, 6 juin) : « Le Stade Rochelais est un club familial, comme l’Aviron Bayonnais, qui m’a toujours plu (…) Je suis heureux d’intégrer ce club sain. (…) Si l’Aviron m’avait dit, deux jours après la relégation quel était le projet en ProD2, je serais resté. » Et le magnifique guerrier ne cache pas qu’il est agacé par « cette situation frustrante et difficile à vivre » pour ses copains de l’Aviron.

Le BO a perdu 40% de son public, lorsqu’il a quitté l’élite. En comparaison, lorsque le Stade Rochelais a connu la même mésaventure, il n’a vu son affluence baisser  que de 10%. Sans jouer les voyants, il est probable que l’Aviron sera plus près de La Rochelle que du BO, en matière d’affluence.

On voit donc mal quel est l’intérêt pour ces deux clubs, à l’histoire si prestigieuse, de se précipiter dans les bras l’un de l’autre, toutes affaires cessantes. Oui le BO risque de devoir se reconstruire en fédérale, le temps de retrouver rigueur financière et sportive. mais cette mésaventure est déjà arrivée au grand Béziers ou à Montauban, qui sont redevenus, après cette pénitence, des clubs solides. Oui l’Aviron, qui vient de se faire piller sans vergogne par les grands clubs, va avoir du mal à exister sportivement la prochaine saison et à attirer des joueurs avec sa réputation (justifiée) de club totalement instable. Mais est-ce que pour autant un mariage précipité peut être la solution?

Quand deux titulaires du RSA se disent oui devant Monsieur le maire, aucun des témoins du mariage n’imagine que le couple va devenir millionnaire dans les mois à venir. C’est pourtant ce que Blanco et Mérin s’efforcent de nous faire gober.

Remarquable Etcheto!

Dans La Semaine du Pays Basque datée du 12 juin, l’élu bayonnais Henri Etcheto publie une  chronique remarquablement bien écrite, intitulée « La grande illusion« . Le chef de l’opposition bayonnaise a non seulement du style mais des idées claires et il compare ce projet de fusion, qui a tout pour lui de la fausse bonne idée, au faux trou que les défenses laissent pour piéger l’attaquant adverse qui va s’isoler et se faire découper par le deuxième rideau. Avant de conclure, au terme d’une démonstration édifiante : «  Les élus bayonnais ont le devoir de prendre position clairement sur ce sujet. Nous préférons, nous, que l’Aviron cultive le jardin de ses valeurs et de son identité bayonnaise plutôt que de s’éloigner de son assise populaire.« 

Pour ceux qui sont instinctivement hostiles à la fusion, mais parfois à court d’arguments, voilà un article à ne surtout pas rater.

I.- SOCIOLOGUE VEUNAC, AU RAPPORT !

Enquête Veunac 001On ne se méfie jamais assez des curieux congénitaux! Le 10 février, une semaine après la publication de l’article « Les discutables acrobaties de l’élu Michel Veunac« , où sont dévoilées une reconnaissance de dette signée à un fournisseur et la réalisation d’une étude sociologique pour le compte de la ville de Bayonne, le candidat à la mairie de Biarritz me croise, non loin de sa permanence de la rue du Helder. Comme un joueur de poker, titulaire d’une paire de deux, qui sait qu’il n’a d’autre choix que de bluffer jusqu’au bout pour espérer gagner, il me met au défi : « Vous devriez lire cette enquête, tout le monde a salué mon travail ». Pari relevé, après de longues semaines de rencontres, de discussions et de traque, « Bisque, bisque, basque! » a enfin pu mettre la main sur la bête. Récit d’une enquête de plus d’un mois qui amusera sans doute beaucoup tous les passionnés de vie publique.

 10 février 2014, rue du Helder à Biarritz : Michel Veunac est blême et tient à la main un dossier contenant des articles de « Bisque, bisque, basque » lorsqu’il me rencontre : « Je sais que vous roulez pour Max Brisson. J’ai des dossiers sur lui. Je vais vous les passer… On verra si vous les publiez! » Je m’efforce de lui démontrer que j’ai toute ma vie voté à gauche et que je me vois mal commencer un flirt avec l’UMP à soixante ans passés. Je lui répète ce que je dis à tout le monde, à savoir que je publierai tout élément prouvant un non-respect de la vie publique, quel que soit le candidat concerné. En définitive, je ne recevrai jamais rien.

 12 février 2014, bureau de Jean Grenet, Bayonne : J’ai remarqué que Michel Veunac a perdu sa délégation aux transports au profit de Jean Grenet et je me demande si la fameuse enquête confiée au sociologue biarrot ne relève pas d’un phénomène de compensation. Je pose la question au service communication de la ville. Alors qu’un train pour Paris m’attend et qu’une réponse téléphonique me conviendrait parfaitement, Jean Grenet insiste pour me rencontrer. « Mais qu’est-ce qu’il vous a fait ce pauvre Veunac? J’ai beaucoup d’estime pour lui, ce n’est pas un figurant ». Jean Grenet évacue d’un revers de main l’hypothèse d’une compensation quelconque. En perdant sa délégation, Michel Veunac n’a pas perdu d’argent. Si Jean Grenet a repris en main les transports, c’est uniquement parce qu’en tant que député, il était plus à même d’obtenir des subventions. Jean Grenet se veut élogieux sur le travail de son vice-président d’agglomération : « Non, je n’ai pas suivi moi-même l’enquête, mais il est venu m’en parler deux heures dans mon bureau et je l’ai trouvé très intéressant », avant de balayer d’un revers de main tout favoritisme : « Quand on lui a confié l’enquête, ça ne nous a même pas effleuré l’esprit qu’il puisse y avoir un conflit d’intérêt ».  Mais oui, mais oui… Un ange, aux ailes d’un blanc immaculé, passe…

Jean Grenet tient enfin à ce qu’on ne fasse pas l’amalgame entre Biarritz et Bayonne. Il sort des timbres de son bureau et me les montre : « Vous voyez, quand j’ai du courrier personnel, je le poste à mes frais… Je ne sais pas ce qui se passe à Biarritz, mais pour ma part, je préfère être trop carré ».  Cette fois, c’est l’ange gardien de Didier Borotra qui s’étrangle…

Quand je lui demande à avoir accès à l’enquête, Jean Grenet exige un courrier officiel (qui part l’après-midi même) et me la promet sous peu. En fait, je ne serai recontacté que le 28 février par un salarié de la mairie qui s’enquiert de mon adresse, pourtant écrite noir sur blanc dans le mail envoyé! Heureusement entre temps, j’ai pu me procurer le chef d’œuvre.

 13 février 2014, entretien téléphonique avec Roxane Scavo, sociologue ayant participé à l’enquête.

Mes recherches et quelques confidences me montrent qu’un cabinet bordelais, Peris, chargé du terrain, s’est allié à Michel Veunac pour l’étude sur les rassemblements festifs à Bayonne. Pierre Coupiat, le patron du cabinet Peris, étant injoignable, j’appelle Roxane Scavo qui a participé à ce travail. Elle raconte : « Je venais de finir mon master à l’Université de Bordeaux en juin 2010, et j’étais donc sociologue au moment de l’enquête. Les deux cabinets Peris et Michel Veunac consultant ont répondu en commun à l’appel d’offres. Nous avons effectué une enquête de terrain de six mois » Roxane Scavo confirme que son cabinet s’occupait du terrain tandis que « Michel Veunac s’occupait de centraliser, des relations avec les élus et du rendu officiel » Reste la délicate question des émoluments : « Le cabinet Peris a touché 15 000 euros pour ce travail ».  Je lui détaille la rémunération de Michel Veunac consultant, 21 000€ pour l’enquête et 20 000€ pour la mise en place des mesures à prendre.  Énorme silence : « On a été payés pour notre travail »

 21 et 28 février 2014, entretiens téléphoniques avec Colette Capdevielle, députée socialiste et conseillère municipale à Bayonne

Colette Capdevielle n’y va pas par quatre chemins :  » Des études comme celles-là, les tiroirs en sont pleins et personne ne les lit ». La députée socialiste trouve tout à fait logique que j’enquête sur le sujet et se montre particulièrement sévère à l’égard de Michel Veunac (lire la partie III de cette enquête).

 21 février 2014, un bébé bien pâlichon

Enquête Veunac 003

Comme on dit au Petit-Bayonne, un bon coup de blanc, ça n’a jamais fait de mal à personne… Et puis ça fait toujours une page de plus au rapport.

La loi est claire :  un journaliste n’a pas à révéler ses sources. Disons qu’un commando de copains, membres du 1er RPIMA de Bayonne m’a filé un coup de main pour me procurer cette enquête, que l’on suppose en or massif, vu le prix qu’elle a coûtée à la collectivité bayonnaise.

Déception, le contenu est sans doute mirifique comme me l’affirmera Michel Veunac, mais l’habit n’est guère reluisant. L’ensemble fait 106 pages, dans un très gros caractère, sans doute parce que les élus sont vieux et ont du mal à lire, et la photo de couverture montre les quais de la Nive à Bayonne totalement déserts et en plein jour, ce qui est un choix surprenant quand on évoque les rassemblements festifs nocturnes.

Les 28 premières pages ne sont que des extraits de livres de sociologues ou de journalistes traitant de la question. Certes, il faut recopier sans se tromper, mais ça ne semble pas une tâche insurmontable. Chaque titre de chapitre, histoire de donner un peu d’épaisseur à l’enquête, est perdu dans une page de blanc et suivi d’une page intitulée « L’essentiel » où, pour les élus à qui la lecture donnerait mal de tête, on fait la crème de la crème des citations des pages suivantes. Les pages 26 à 48, intitulées « L’observation participante » sont visiblement le résultat du travail d’observation du cabinet Peris, ce que Michel Veunac confirmera.

Arrive alors le grand moment, les six propositions, d’une page chacune environ, qui vont changer le destin de Bayonne. Fédérer les cafetiers, multiplier la présence des policiers municipaux, parler aux parents ou créer un local de dégrisement. Et le lecteur, écartelé entre fou-rire et indignation, de se demander s’il faut vraiment être sociologue pour aller chercher tout cela et de s’interroger sur le quotient intellectuel des élus du conseil municipal de Bayonne qui ont dû faire appel à des spécialistes pour préconiser des mesures que n’importe quel assemblée d’hommes de bon sens aurait trouvé toute seule.

Enquête Veunac 004

Pour les élus qui n’ont pas le courage de tout lire, « L’Essentiel », c’est la crème de la crème des citations qui occupent les pages suivantes… Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour gagner 36 000€ les 106 pages!

À partir de la page 59, ce rapport à 36 000€ TTC, ne contient plus que des annexes : la liste des personnes interrogées et le verbatim, et même pour les 25 dernières pages un discours prononcé par le patron de Peris, en 2009 à l’occasion du printemps de Bourges (Bourges et Bayonne commencent par la même lettre, est-ce suffisant?) et un autre, non daté, prononcé par Roxane Scavo sur « Les jeunes et l’expérience de l’alcoolisation« .

Détail qui tue, d’un chapitre à l’autre de cette « oeuvre », la typographie et l’interlignage des textes ne sont pas les mêmes, comme si l’assembleur s’était contenté de « coller » des morceaux de provenance diverses, sans même prendre la peine de les homogénéiser… mais, c’est bien connu, pour 36 000€ ( 56 000€ avec le « suivi ») de nos jours, tu n’as plus rien!

 7 mars 2014 : bureau de Michel Veunac à l’agglomération.

Le ton n’est plus à l’algarade. Michel Veunac me reçoit courtoisement, accompagné de Pierre Coupiat, le patron de Peris. il souhaite s’expliquer, ce qui est parfaitement légitime, et me convaincre de la qualité de son travail.  L’entretien dure une heure trente et va constituer la deuxième partie de cette enquête. Et il ne fait nul doute que le Biarrot comme  le Bayonnais moyen seront ravis de savoir comment leurs impôts sont utilisés. Les électeurs ont tellement mauvais esprit!

A suivre : II.- Michel Veunac : « Un souvenir formidable »

https://jeanyvesviollier.com/2014/03/08/ii-veunac-un-souvenir-formidable/

III.- CAPDEVIELLE :  » CE GENRE DE TRAVAIL N’EST PLUS POSSIBLE « 

capdevielleDéputée socialiste de la 5e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, et membre du conseil municipal de la ville de Bayonne, Colette Capdevielle a du tempérament et ne pratique pas la langue de bois. Classée par le site http://www.nosdeputes.fr parmi les parlementaires les plus assidues, elle compte à son actif 243 interventions dans l’hémicycle. Sévère sur l’étude rédigée par Michel Veunac, mais aussi sur le manque de vigilance manifesté par l’opposition municipale dont elle fait partie, elle me donne sans détour son avis, le 21 février :

« Cette histoire est assez incroyable… Des études comme celles-là, les tiroirs en sont plein et personne ne les lit… Au conseil municipal, à l’époque, on était très préoccupés par les fêtes de Bayonne et je pense qu’on n’a pas réagi… Ce qu’a fait Michel Veunac, c’est comme si, en tant qu’avocate, j’avais fait une consultation juridique pour la mairie de Biarritz. On travaille beaucoup sur ce sujet actuellement à l’Assemblée nationale, car on est à la lisière du conflit d’intérêt… Il faut arrêter ce genre de pratique ».

 Henri Etcheto : « Je n’y ai vu aucune malice »

 Chef de file des socialistes bayonnais, désireux de succéder à Jean Grenet, Henri Etcheto n’est visiblement pas très désireux de me parler. Comme tout bon candidat aux municipales, il est surtout préoccupé de ratisser large et de ne faire de peine à personne, à quelques jours du premier tour. Finalement, il consentira à une courte déclaration le 28 février : « Les incivilités au petit-Bayonne étaient réelles. Jean Grenet a peut-être des défauts, mais ce n’est pas son genre. Je n’y ai vu aucune malice quand on a appris que l’étude avait été confiée au cabinet Michel Veunac consultant… Dans le rendu du travail, les choses ont été faites normalement »… Et quand on lui demande s’il ne trouve pas le prix payé par cette étude démesuré, il élude : « Je ne saurais vous dire… »  Et semble assez gêné quand je lui fais remarquer que sa position est fort éloignée de celle de sa colistière.

Colette Capdevielle :  » Désormais, on épluche tout »

Colette Capdevielle est décidément une femme consciencieuse. Elle me rappelle une semaine plus tard, après avoir relu le rapport de Michel Veunac : « Votre enquête se justifie parfaitement, mais, en 2010, personne ne prêtait attention à ce genre de conflit d’intérêt. À l’époque, les collectivités locales avaient de l’argent et il n’y avait aucune vigilance. On se disait, au moins on fait travailler des gens. Si j’ai voté pour cette enquête en 2010, c’est que j’avais un regard de 2010… Aujourd’hui, en 2014, on épluche tout, même ce qui est en dehors des appels d’offres. Je me souviens que quand j’ai reçu le rapport, ce que préconisait Michel Veunac m’avait fait sourire. Quand on relit cette enquête en 2014, il est évident qu’on n’avait pas besoin d’un sociologue pour faire l’analyse de la situation et trouver des solutions par nous-mêmes… Aujourd’hui, ce genre de travail  n’est plus possible, je plaide d’ailleurs en tant que députée pour que tous les élus fassent une déclaration de patrimoine afin de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’enrichissement illicite ».

 Difficile d’imaginer plus belle oraison funèbre à propos de l’enquête sur « Les rassemblements festifs nocturnes de jeunes dans le petit Bayonne »!

A suivre : IV.- Des arguments peu probants

https://jeanyvesviollier.com/2014/03/08/iv-des-arguments-peu-probants/

IV.- DES ARGUMENTS PEU PROBANTS

mairie Biarritz

Même repeinte en grise, elle va en faire rêver des prétendants, cette mairie de Biarritz, jusqu’au 30 mars!

Plus de deux mois se sont écoulés depuis le jour où m’est parvenue dans ma boîte à lettres une reconnaissance de dette signée Michel Veunac. Ce jour-là, je n’imaginais pas que ce courrier allait me conduire à Bayonne, à la poursuite d’une improbable enquête « souciologique ». Grosse envie, au moment de mettre le point final à ce travail bénévole, mené par passion du journalisme, d’écrire à nouveau sur le rugby, la littérature ou le plaisir de vivre à Biarritz, plutôt que de continuer la chasse aux faisans.

Quelques remarques s’imposent cependant pour ceux qui ont eu la patience de me lire jusqu’au bout.

Un travail réel, mais un partage inéquitable

Si le rapport de Xavière Tiberi, qui avait tellement fait parler en son temps, relève du certificat d’études, nul doute que « Les rassemblements festifs du Petit-Bayonne » est du niveau baccalauréat. Michel Veunac a eu l’habileté de s’adjoindre les talents de sociologues réputés qui ont fait un vrai travail de terrain et il a lui-même mis un peu à la main à la pâte en conduisant des entretiens. Ce qui laisse perplexe, c’est le partage financier final. Comme le dit Roxane Scavo, « On a été payé pour ce qu’on a fait« . Est-ce à dire que ce n’est pas le cas pour tout le monde?

Une stratégie de communication discutable

Les temps changent. Des nouveaux médias comme les blogs, peu coûteux à faire, permettent à des journalistes de ne pas avoir le moindre lien économique avec les décideurs et d’examiner objectivement les faits. En insultant la profession, en refusant dans un premier temps de répondre aux questions de mes confrères, en multipliant les propos méprisants, l’élu Veunac s’est tiré une balle dans le pied. À un moment de l’entretien, j’ai évoqué avec lui ces journalistes qui étaient invités par la ville de Biarritz à séjourner gratuitement à l’Hôtel du Palais et Michel Veunac a eu cette réaction amusante : « Ce n’est pas moi, c’est Didier Borotra ». Il est clair qu’on mord rarement la main qui vous nourrit et que quelques grandes plumes de la presse ne se sont pas montrées très corrosives avec la gouvernance Borotra. Il est à l’honneur de la jeune génération de journalistes de terrain d’avoir repris les éléments d’enquête  de ce blog et d’avoir publié.

Le rôle véritable d’un élu

Comme Colette Capdevielle, Michel Veunac aurait pu dire que ce travail relevait de pratiques d’une autre époque, et qu’il s’engageait en tant que futur maire de Biarritz, à veiller à une gestion rigoureuse des deniers publics et, en tant qu’élu de l’Agglomération, à ne plus renouveler ce discutable mélange des genres. Michel Veunac peut répéter sur tous les tons que ce qu’il a fait n’est «  pas illégal », un élu, jusqu’à preuve du contraire reste chargé de défendre les intérêts de sa ville et n’a pas à accepter de devenir l’employé d’un élu concurrent. Un élu est aussi choisi parmi ses pairs pour ses compétences et ne devrait pas toucher une rémunération supplémentaire pour quelque chose qui relève de son domaine. Si l’agglomération a un problème d’ordre public avec sa jeunesse, on voit mal pourquoi les lumières du sociologue Michel Veunac, même si ses attributions sont autres, ne seraient pas partagées avec ses collègues et pourquoi il devrait toucher quelque chose en plus de son indemnité d’élu. J’imagine mal un médecin addictologue, refuser de donner à ses pairs son point de vue sur l’alcoolisme des jeunes, sous prétexte qu’il est chargé de l’environnement au sein de l’Agglomération.

Refuser qu’on juge son travail, c’est nier la démocratie

L’argument le plus surprenant de Michel Veunac consiste à nier à Colette Capdevielle le droit de juger de la qualité de son travail de sociologue. L’élue du conseil municipal de Bayonne était destinataire de ce travail et a donc tout à fait le droit d’estimer cette enquête bâclée et inutile. Mais surtout cette sidérante réflexion pose un vrai problème de fonctionnement démocratique. Ainsi donc, si l’on en croit Michel Veunac, le patient qui se retrouve infirme après une opération n’aurait pas le droit de juger son chirurgien puisqu’il n’a pas fait d’études médicales? Les supporters de Michel Veunac ne seraient pas aptes à juger de mon travail de journaliste puisqu’ils n’ont pas fréquenté d’école de journalisme? Et bien évidemment, les citoyens ne pourraient décider de la qualité du travail d’un élu… puisqu’ils ne sont pas élus eux-mêmes!

Quant on est à ce point coupé de sa base, quand on a à ce point perdu le sens des réalités et le respect de l’argent gagné, je crois qu’il est plus que temps de mettre fin à sa longue carrière politique, ce qui, à 68 ans, parait raisonnable.

En attendant les résultats des élections, le 23 au soir, une décision s’impose : Ouvrir grand ma fenêtre, respirer un bon bol d’air frais et rêver du jour où les citoyens se réconcilieront avec la politique.