Le rescapé de la menthe à l’eau

Un imprévu peut être l’occasion d’un reportage en première ligne à l’hôpital de Bayonne et d’une bien belle leçon d’humanité.

Le pépin de santé, c’est comme l’amour ou la religion, c’est intime et ça ne se raconte pas. Mais puisqu’un Assez Vilain Canardeur, surnommé AVC, a tenté de m’éteindre la lumière, autant profiter de ce reportage en première ligne pour rendre hommage aux héros et héroïnes du quotidien croisés à l’hôpital de Bayonne.

Pendant seize ans, au Canard enchaîné, mon métier a consisté à débusquer les trains qui n’arrivent pas à l’heure. Cette fois, après être devenu quelques jours spectateur de mon existence plutôt qu’acteur, j’ai pu voir en action un train qui marche. Et qui marche bien. Organisation au millimètre aux urgences comme en neurologie, informations précises données au patient et à ses proches, vraie volonté de dialogue, empathie et humanité absolue du personnel soignant. Et on dira après que notre service public ne fonctionne pas !

En immersion au cœur du réacteur

Ayant déjà eu l’occasion de faire un « reportage » du même acabit, il y a une trentaine d’années, à l’hôpital Saint-Louis à Paris, je mesure la chance que j’ai eu d’atterrir à l’hôpital de Bayonne. À Paris, j’avais été traité comme un bout de viande à l’étal d’un boucher, avec un médecin-chef qui passait dans votre chambre avec sa cour d’internes pour disserter de votre cas sans même vous saluer ou vous adresser la parole. À l’hôpital Saint-Léon de Bayonne, alors que mon cas nécessitait jour et nuit des contrôles toutes les deux heures, j’ai croisé un personnel assumant une charge de travail écrasante, mais toujours plein d’empathie et capable, même à minuit, d’avoir le mot pour rire, la blague qui donne envie de répliquer et par là même de vivre.

Mélange d’ancien et de moderne, l’hôpital Saint-Léon de Bayonne est très fonctionnel.

Des humains après avoir connu des robots en blouse blanche, voilà qui change tout et qui nécessite d’exprimer son immense gratitude ! Le reporter qui sommeillait bien malgré moi au fond du lit a guetté pendant une semaine le mouvement d’humeur de l’infirmière ou le geste d’agacement de l’interne qui allaient nuancer mon propos. J’ai cherché, cherché… et pas trouvé ! Vite, Madame la ministre de la Santé, envoyez-moi tout ce personnel médical parisien et désabusé en stage à l’hôpital de Bayonne pour qu’il retrouve les fondamentaux de son métier !

Désormais installé au centre de rééducation Les Embruns de Bidart, où là aussi je croise un personnel médical d’une rare écoute, je fais totalement mienne à propos de ma santé la devise de Churchill « Never explain, never complain ! » (Ne jamais expliquer, ne jamais se plaindre !). Mais je suis totalement conscient de la chance que j’ai de vivre dans cette région où le rire est la meilleure des réponses à tous les problèmes qui se posent. Merci à tous ceux qui m’ont adressé des messages pétillants comme l’existence, à l’image de cet ami-pêcheur : « ça t’apprendra à boire de la menthe à l’eau ! Si tu avais consommé du vin rouge comme tout le monde… » Allez, on trinque ?

Un blog au ralenti

Si je ne rêve que d’écrits encore plus incisifs et mordants que jamais, je dois faire face, dans ma chambre actuelle, à quelques contraintes techniques comme un Internet à pédales modèle fin du XXe siècle. Télécharger Sud Ouest le matin demande plus de trente minutes et l’opération n’est pas toujours couronnée de succès. Heureusement, les brèves escapades me sont autorisées et j’en profiterai pour publier quelques papiers dont vous vous moquerez éperdument mais qui sont indispensables à ma rééducation. Avant de recommencer à m’intéresser sous peu à ces si admirables hommes politiques qui nous entourent…