Immigration, notre richesse, notre avenir…

Merci France 5!

Immigration

Christian, chef d’entreprise d’origine camerounaise, Mohamed médecin marocain exerçant en France ou Julia, vendeuse polonaise, mariée à un Français, voilà aussi la réalité de l’immigration. (Photo France 5)

La presse française se contredit souvent d’une page à l’autre mais n’en a nullement conscience. Ainsi, nombre de plumitifs, lorsqu’ils évoquent la crise économique, déplorent la fuite à l’étranger des jeunes cerveaux français et le coût que cela représente pour notre pays. Mais deux pages plus loin, les Zemmour et consorts, plumes acérées et idées toutes faites, lorsqu’ils traitent de l’arrivée sur notre sol de jeunes cerveaux étrangers (c’est cela l’immigration et pas seulement des sans-papiers qui s’entassent à Sangatte en attendant de rallier l’Angleterre!) continuent à nous jouer le grand air du coût insupportable pour la France. Faudrait savoir!

On ne remerciera donc jamais assez France 5 et les réalisateurs Martine Delumeau et Michel Welterlin pour le magnifique travail pédagogique qu’ils ont accompli avec leur documentaire « Le véritable coût de l’immigration« , diffusé mardi 13 octobre, et que vous pouvez voir en replay, pendant quelques jours.

http://www.france5.fr/emission/le-veritable-cout-de-limmigration

Alors  que presque personne ne prend la peine de démonter les contre-vérités rancies du Front national sur l’immigration, les chiffres réels sont bien loin des clichés répétés à satiété. Non, la France n’accueille pas toute la misère du monde, comme le prouvent actuellement les réfugiés de guerre syriens, qui ne manifestent guère d’enthousiasme pour rejoindre l’hexagone!

Un pays pas très généreux

Avec 200 000 immigrés légaux enregistrés chaque année, nous sommes en septième position mondiale, loin derrière les États-Unis, l’Allemagne, la Russie ou l’Arabie Saoudite. Comme de nombreux Français s’expatrient de leur côté, le solde migratoire est quasiment nul. Et surtout, contrairement à tous les poncifs répétés à l’envi, les immigrés rapportent beaucoup plus à l’État qu’ils ne coûtent.

Comme le dit le démographe François Heran « Quelle que soit notre nationalité, nous coûtons à un État, quand nous sommes enfants et quand nous arrivons en fin de vie, et nous rapportons quand nous travaillons« .

Une immigration qui rapporte

Trente pour cent des immigrés, nouvellement installés en France, ne sollicitent pas la moindre aide. Quant aux autres, pour la plupart de jeunes adultes, même s’ils ont besoin, comme les jeunes Français, d’un coup de pouce pour démarrer leur existence professionnelle, la dépense qu’ils occasionnent à l’État est infime par rapport à ce que rapportera, en impôts directs et indirects, leur travail.

Quant aux deux postes de dépense les plus importants dans la protection sociale, l’assurance maladie et la retraite, il est clair que les immigrés coûtent beaucoup moins à l’État qu’ils ne rapportent et que la sécurité sociale n’aurait aucun problème de déficit si elle n’avait à gérer que les Français issus de l’immigration, généralement assez jeunes et peu malades.

La France reste un pays qui fait rêver beaucoup de jeunes étudiants et l’on pourrait penser que, dans ce domaine au moins, notre pays est obligé de casser sa tirelire. Rien de plus faux! Si l’accueil des étudiants représente une dépense de 3 milliards d’euros en frais de scolarité, cette population dépense chaque année, en logement, nourriture et autres frais 4,6 milliards de francs par an. On l’ignore, mais un étudiant étranger ne pourra venir en France s’il n’a pas 7300 euros sur son compte personnel.

Et les économistes français sont à peu près tous d’accord pour estimer que les ménages immigrés rapportent annuellement à l’État 18,5 milliards de taxes. Pourquoi ce chiffre n’est-il pas plus mis en avant face à la propagande mensongère du Front national?

Un tiers de futurs entrepreneurs

Bien sûr, il y a de nombreuses formes d’immigration, entre le surdiplômé étranger venu tenter sa chance en France et le sans ressources qui va se précipiter sur les boulots pénibles et dégueulasses que notre pays lui réserve. Dans la logique des années soixante, où les constructeurs automobiles recrutaient massivement, 90% des autoroutes et 50% des logements résultent, aujourd’hui encore, du travail des immigrés.

Mais il y a aussi nombre de patrons en puissance chez ces candidats à la nationalité française. Parce qu’il est parfois plus simple de monter un commerce ou de créer une entreprise que de s’y retrouver dans les règles régissant les salariés, presque un tiers des nouveaux arrivants va oser prendre la direction d’une affaire. 25 000 nouvelles entreprises, soit 7% du total ont été créées, l’an passé, par des immigrés.

Reste enfin l’hypocrisie qui entoure ces nouveaux arrivants, que l’on est bien contents de trouver tout en ne leur accordant pas les mêmes droits qu’aux autres. Entre 2008 et 2013, le personnel étranger à l’hôpital a crû de 43%. Dans cette espèce de délocalisation à l’envers, on fait des économies en payant moins des médecins sous prétexte qu’ils sont d’origine étrangère.

Malheureusement, il n’y a là rien de nouveau sous le soleil hexagonal. Lors des deux guerres mondiales qui ont assombri le XXe siècle, des bataillons de tirailleurs sénégalais ou algériens ou de goumiers marocains ont systématiquement été envoyés en première ligne pour les sales besognes. Mais, la guerre finie, l’État qui ne faisait en principe aucune différence entre ses troupes au moment de se faire tuer, n’a eu aucun état d’âme à verser à ses soldats africains ou nord-africains, Français de droit à l’époque, des pensions militaires qui équivalaient au dixième de ce que touchaient les soldats « hexagonaux », sous prétexte que la vie était moins chère dans leur région. Et l’on vous épargnera le discours de ces patrons pour qui la main d’œuvre étrangère doit être une « variable d’ajustement » à adapter en fonction de la productivité souhaitée. On recrute quand on a besoin et on vire quand ça arrange. Voilà ce que le patronat et des racistes qui se cachent de moins en moins essaient de nous faire gober au lieu de souligner l’extraordinaire chance que peut représenter pour notre pays la confrontation de cultures et d’horizons différents. Voilà ce que les Républicains, les vrais et non les pitoyables ersatz de l’ex-UMP, doivent opposer à tous ceux qui sont convaincus que l’avenir de notre pays passe par un repli communautariste.

Comme nombre de petits provinciaux, totalement déboussolés à leur arrivée dans la capitale, Ahmed, Algérien devenu Français et livreur  chez Darty de son état, racontait, lors d’un café partagé, à quel point il avait trouvé la vie difficile à Paris. Avant de confier combien il aime désormais ce pays, et d’avoir cette tendre réflexion qui résume tout : « L’homme est bien obligé de suivre la bouchée de pain là où elle se trouve ».