Les matins chagrins de Séguin

Dans un livre touffu mais passionnant, Arnaud Teyssier dresse le portrait de l’homme qui a éclaboussé la droite de son talent.

Tous ceux qui s’intéressent à Philippe Séguin ont en tête cette image d’un enfant de six ans ployant sous les poids des médailles militaires de son père, tombé au champ d’honneur quatre ans plus tôt. Quand un jeune garçon n’a pas un père biologique ou de substitution pour le prendre par la main, fendre la foule devant lui et l’aider à entrer dans le monde des adultes, cet enfant, quelles que soient ses qualités, se cognera à vie à des conventions qui lui échappent, collectionnera les déconvenues et, étonné de se voir sans cesse devancé par un cortège de médiocres, se murera immanquablement dans une grande solitude. Quand son père est un lâche qui a fui ses responsabilités, l’enfant pourra à la rigueur s’en accommoder et, à force de résilience, s’inventer une vie où il deviendra le père vertueux qu’il n’a pas eu. Mais si par malchance suprême, le père est un authentique héros unanimement salué par tous, l’errance à vie provoquée par l’impossibilité d’égaler le modèle est garantie.

Normalien et énarque, Arnaud Teyssier a travaillé avec Philippe Séguin à l’Assemblée nationale. Mais ce n’est pas pour autant qu’il a rédigé avec ce « Philippe Séguin, le remords de la droite » une biographie autorisée, même s’il a eu accès aux archives familiales. Bluffé (qui ne le serait pas ?) devant l’intelligence, la capacité de travail et la hauteur de vue de celui qui était à l’évidence une grande pointure politique, l’auteur fouille aussi avec beaucoup de lucidité du côté de ses failles, de son perfectionnisme déconcertant souvent qualifié de mauvais caractère, ou de ses errances politiques et alliances improbables qui l’éloigneront petit à petit du pouvoir.

Ma première rencontre avec « l’ogre » Séguin date de 1986, alors que j’étais journaliste à L’Équipe. Ministre des Affaires sociales du gouvernement Chirac et maire d’Épinal (Un cumul de mandats tout à fait banal à l’époque), le fervent lecteur du quotidien sportif qu’il était, s’était étonné que le championnat du monde de pétanque organisé dans sa ville reste ignoré de la presse. La remarque était pertinente et il était logique de couvrir l’événement, mais le caractère de l’homme était déjà tellement établi que, de mots d’excuses en défections soudaines et inopinées des reporters attitrés, je m’étais retrouvé envoyé spécial d’office, sous prétexte que j’étais celui du journal qui aimait le plus la politique. Je me souviens d’échanges passionnants dans l’avion qui nous conduisit du Bourget à Épinal, d’anecdotes désopilantes sur ses débuts de reporter au Provençal et d’un dîner où je n’avais jamais vu quelqu’un capable d’engloutir de telles bouchées.  Disons-le tout net, Séguin a tout de suite compris qu’intellectuellement, face au jeune reporter que j’étais, il pouvait ne faire qu’une bouchée de moi, et il eut l’élégance de ne pas trop le montrer.

Lors de mon arrivée au Canard enchaîné en 1997, j’ai eu la surprise de voir à quel point il était apprécié d’une rédaction très majoritairement à gauche. Très en pointe pour sa ville d’Épinal, l’homme a aussi mené le combat contre le traité de Maastricht avec Charles Pasqua, mais surtout, il a été le seul avec Juppé à parier en 1995 sur Chirac quand tout le monde ne jurait que par Balladur et sa chaise à porteurs. La nomination de Juppé comme Premier ministre, la prise de conscience de la méfiance de Chirac à son égard, et l’acceptation d’une présidence de l’Assemblée nationale en guise de hochet de consolation, vont développer en lui un cruel sentiment de solitude. Dans « Le Point » du 3 février 1996, Catherine Pégard écrivait : « Les doutes et la violence mêlés de Philippe Séguin sont des territoires inconnus et incompréhensibles pour Jacques Chirac » Avant de rajouter, fine mouche : « En réalité, ce que Jacques Chirac redoute chez lui, c’est ce matériau politique de base dont il est lui-même singulièrement dépourvu et qu’on appelle les convictions » Car Séguin est un pur gaulliste qui crie au fou et à la trahison des institutions quand deux ans après son élection le Président de la République veut dissoudre l’Assemblée. Une fois de plus Séguin avait raison, mais, trop seul, trop brocardé par les petits marquis de la droite qui ne lui arrivaient pas à la cheville, il n’arrivera à se faire entendre.

L’échec à la mairie de Paris sonnera le glas d’une carrière politique qui peut donner beaucoup de remords à la droite, tant le talent de l’homme est évident.

Lors de ses obsèques, le 13 janvier 2010, un de ses rares fidèles, Jean de Boishue, traduira à merveille la complexité de son mentor : « Pour nous qui formions son premier cercle, il était, au sens propre, un maître à penser. Mais aimer Séguin était toute une affaire. J’ai toujours pensé que Philippe détestait ceux qui l’aimaient, parce qu’il ne supportait pas qu’on lui dise en face ses quatre vérités. Il ne supportait pas non plus de se regarder dans un miroir. Par lâcheté masculine ? Un peu sans doute, mais surtout parce que mieux que n’importe qui, il savait, en réalité, combien les sautes de son caractère, son laisser-aller physique et sa passivité dans certaines circonstances privaient le France de sa stature d’homme d’État. Séguin, c’était une figure unique, un mélange de Jaurès et d’Oblomov, ce héros du roman de Goncharov frappé du mal de vivre »

Non, décidément non, on ne se remet pas d’un père absent pendant l’enfance.

« Philippe Séguin, le remords de la droite », Arnaud Teyssier, éditions Perrin, 412 pages, 24 €.

Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !

Fillon nous vole… la campagne

Mettez fin à ses souffrances, débranchez-le, qu’on puisse enfin parler programmes et combattre une droite digne de ce nom !

fillon-tartuffe-Obs

La Une très réussie de « L’Obs » du 9 février

La vraie Pénélope, celle qui, il y a quelques siècles, éprouvait un durable béguin pour Ulysse, prête à attendre une bonne vingtaine d’années qu’il termine ses péripéties méditerranéennes, était déjà une adepte du double emploi. Pour faire lanterner ses prétendants, elle défaisait la nuit la tapisserie qu’elle exécutait le jour, histoire qu’elle ne finisse jamais. Mais elle le faisait bénévolement. Notre modeste Pénélope Fillon à nous, même si son indécent mari nous fait lanterner à plaisir, se contente d’être une virtuose du double emploi, fictif de préférence. Assistante parlementaire de son mari en 2012 et 2013, mais aussi journaliste à La Revue des deux mondes, la discrète Pénélope – comme c’est ballot ! – n’a laissé aucun souvenir à personne dans son travail. Et alors qu’elle est officiellement assistante parlementaire dans la Sarthe, elle raconte à la BBC qu’elle vit à Paris et s’y ennuie beaucoup. Pas de badge, pas d’accréditation, pas de trace écrite de son travail et des salaires à faire rêver tous ceux qui s’échinent chaque jour devant leur machine-outil.

Mais dans les « bonnes familles », suivant l’expression favorite du sénateur Longuet, les enfants se doivent de faire encore mieux que les parents. Si Pénélope a réussi sans encombre le double emploi invisible, Marie, la fille aînée du couple a réussi le triplé, cumulant l’École de formation du Barreau et un stage rémunéré dans un cabinet d’avocats, tout en étant « assistante parlementaire » de son père à hauteur de 3800 euros bruts mensuels. « Impossible ! » affirment tous les anciens élèves de l’école et les avocats actuels qui se souviennent de leurs emplois du temps de dingue quand ils jonglaient entre études et stage. Mais chez les surdoués, que voulez-vous…

Du temps dérobé à la démocratie

Et pendant ce temps, papa Fillon, propriétaire d’une modeste maison de 1107 mètres carrés avec dépendances qu’il nomme manoir ou château suivant l’interlocuteur, s’égosille, avec une obscénité dont il ne semble pas conscient, à dire que tout cela est « légal ». S’il n’est effectivement guère moral de salarier sa femme et ses enfants, la loi interdit absolument les emplois fictifs, ce qui ne devrait pas tarder à être démontré par la brigade financière et faire voler la prétendue légalité mise en avant par François-le-petit.

En attendant, il ne se passe pas un jour sans que nous n’ayons droit aux entrées par des portes dérobées de celui que Chirac appelait le « non-fiable » et Sarkozy « le fourbe », tandis que des manifestants à l’extérieur du meeting l’attendent aux cris de « Voleur ! » ; pas un jour sans qu’un curé un peu courageux ne se laisse aller à une lecture de la Bible bien sentie devant ce Tartuffe grandiose ; pas un jour sans que la ménagère ne soit interrogée sur la confiance qu’elle porte à Fillon.

Avec tout ce temps honteusement volé à la démocratie par une « vermine », selon les termes de Jean-Luc Mélenchon, nous devons nous contenter d’images expéditives des autres candidats et deviner par des lectures attentives ce qui est en train de se passer à quelques semaines de la présidentielle : l’assagissement de Hamon, l’absence de programme de Macron, la jubilation de Marine Le Pen.

Après ce qu’il a fait, après sa trahison de Père-la-Morale donneur de leçons, Fillon est le seul à croire, en ses chances d’être élu. Il envoie la droite dans le mur, ce qui m’indiffère et fait le jeu de Le Pen, ce qui me fait beaucoup moins rire. Tant que ce pitoyable candidat sera en lice, aucune victoire électorale ne pourra avoir la moindre noblesse. Alors qu’attend son parti pour mettre fin à ses souffrances et le débrancher ? Le pays a besoin d’un candidat qui puisse défendre les idées de son camp sans être lui-même un infâme profiteur.

Ce matin, et j’ai peine pour tous les militants sincères qui ne peuvent se résoudre à l’inéluctable, 22% de Français lui faisaient encore confiance. 22% de trop !

La douce revanche du « con de la famille »

DebréDécidément, les vilains petits canards noirs restent toujours les plus intéressants de la portée ! Imaginez un peu comme il a dû s’amuser dans son enfance, le petit Jean-Louis, en étant le fils du très rigolo Michel Debré, « inventeur » de notre constitution et Premier ministre du grand Charles. Doté de surcroît de trois frères, tous brillants dans leurs études, tandis que l’intéressé ratait superbement son baccalauréat. D’où ce surnom de « con de la famille », méchamment colporté par son faux jumeau Bernard, qui en matière de haine recuite et de courte vue peut se targuer d’être un spécialiste. Heureusement, par le biais d’une capacité en droit, suivie d’une licence, avant de louper Sciences-Po, le vilain petit canard Jean-Louis va décrocher un poste de juge d’instruction, tout en demeurant un conseiller technique officiel ou officieux de Jacques Chirac, à qui il voue amitié et admiration.

Député de l’Eure, puis médiocre ministre de l’Intérieur, responsable de l’expulsion des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, Jean-Louis Debré va se patiner avec le temps, devenant un honorable président de l’Assemblée nationale puis un excellent Président du Conseil constitutionnel en 2007, qui n’hésitera pas à retoquer les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.

Définitivement guéri de la vie politique, (« La politique n’est pas le royaume des amitiés sincères et durables. La lutte pour le pouvoir et les ambitions les rendent précaires, voire inexistantes »), Jean-Louis Debré réussit avec « Ce que je ne pouvais pas dire » un livre drôle et efficace de la première à la dernière page.  Et comme le vilain petit canard noir est loin d’être maladroit avec un stylo et voue une passion sans limite à la littérature (Pour l’avoir croisé un nombre incalculable de fois dans la Librairie Delamain qui fait face au Conseil constitutionnel, je peux témoigner de sa boulimie de papier imprimé !), l’ouvrage va faire passer un très bon moment à tous les passionnés de vie publique.

Car si le Conseil constitutionnel est une institution sérieuse qui a de plus en plus de travail, on y trouve parfois des rivalités de cour d’école, en particulier entre les deux anciens présidents de la République Valéry Giscard d’Estaing et Chirac. Si pour le premier le compteur est resté bloqué en 1981, malgré de loin en loin de brillantes fulgurances, le deuxième est resté, avant que la maladie ne l’oblige à démissionner, l’élève brillant mais chahuteur qui a le don de faire rire toute la classe, profs compris. Profitant d’un habituel retard de VGE, Chirac va ainsi s’installer dans le fauteuil du monarque déchu et faire pouffer l’assistance en lançant « Je sens l’intelligence qui remonte ». Et quand les deux ennemis sont présents, chacun prend d’ailleurs un malin plaisir à ne pas écouter l’autre et à perturber son intervention en chiffonnant des papiers ou en se faisant servir le thé. Lorsque Giscard publiera, en 2009, le très mièvre « La princesse et le président », où il laisse entendre un lien intime avec la princesse Diana, Jean-Louis Debré qui connaît par cœur son Chirac, lui fera jurer de ne pas intervenir publiquement. Et celui qui était surnommé par le personnel féminin du RPR, « Monsieur douze minutes, douche comprise », de lancer à son voisin, à voix faussement basse, du ton de l’homme à femmes qui se moque de son voisin puceau : « Tu crois vraiment qu’il se l’est faite ? », ce qui tétanisera VGE dans son intervention.

Jospin encensé, Dati vilipendée

Debré Chirac

Douze ans d’écart entre Jean-Louis Debré et Chirac, mais une amitié totale et absolue. Et quelques virées en commun dans les bistrots proches du Conseil constitutionnel ou à Saint-Germain, qui ont eu le don de mettre Bernadette en fureur.

Heureusement, « Ce que je ne pouvais pas dire », ne se limite pas à ce registre et on y trouve aussi des portraits très subtils des figures majeures de la vie politique actuelle. Sarkozy, pour qui le monde se limite aux vassaux qui le servent et aux ennemis qu’il veut « écrabouiller », mais aussi Juppé, qui « ne croit qu’en lui et cela se voit. Il extériorise peu de chaleur humaine, malgré une sensibilité réelle. Timide, il n’arrive pas à exprimer ces sentiments. Ce handicap crée avec les autres une distance qu’il ne parvient pas à combler. » ou Hollande, si chaleureux, si courtois… et si incapable de décider !

Debré est d’ailleurs le premier à se moquer de lui-même. À l’occasion d’un Salon du Livre à Dijon, où il dédicace un de ces romans policiers qu’il adore écrire, Debré est accosté par un vieux monsieur qui le félicite… pour son action de député. Jean-Louis lui explique qu’il a quitté l’Assemblée nationale en 2007. Désarroi du vieux monsieur : « Et à part, écrire des livres, qu’est-ce que vous faites ?». « Je suis président du Conseil constitutionnel » L’homme repart très déçu, n’ayant visiblement aucune idée de l’importance du poste.

Et c’est dans l’analyse même du fonctionnement du Conseil constitutionnel, que ce soit au moment des lois en faveur du mariage pour tous ou pendant l’examen des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, que Jean-Louis Debré, défenseur féroce de notre actuelle Constitution imaginée par son père, se montre le plus intéressant, privilégiant manifestement la valeur humaine des gens qu’il croise à leur étiquette politique. Ainsi, il ne cache pas ses sympathies pour Christine Taubira ou Henri Emmanuelli et se montre fort élogieux sur le sens de l’État et la capacité de travail de l’austère qui se marre rarement Lionel Jospin. En revanche, il ne rate guère Rachida Dati et ses caprices de star, Jean-François Copé à l’arrivisme forcené, ou le diaphane président du Sénat, Jean-Pierre Bel, prédécesseur de Gérard Larcher.

Et surtout, il pousse un coup de gueule majeur contre des lois de plus en plus mal ficelées et truffées d’amendement qui les rendent inapplicables, avant de se souvenir, fort à propos de ce qu’écrivait, il y a près de deux siècles, Jules Michelet : « La politique est l’art d’obtenir de l’argent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres ». Maxime toujours d’actualité pour les présidentielles de 2017.

« Tout ce que je ne pouvais pas dire » n’a donc rien d’un livre complaisant ou nostalgique. C’est plutôt l’ouvrage d’un homme qui pose sa cravate avec soulagement avant de décider de se confier à ses amis.  Et nous vérifions avec plaisir qu’un homme qui déteste aussi viscéralement Nicolas Sarkozy ne saurait être tout à fait mauvais.

« Ce que je ne pouvais pas dire« , Jean-Louis Debré, éditions Robert Laffont, 360 pages, 21 €.

Le Bo et l’Aviron, comme l’Europe

BO-Aviron bagarre

Au vu de l’entente cordiale qui règne entre les deux clubs, la fusion s’impose…

Ce qui est bien avec cette fusion sans cesse remise au goût du jour, c’est que, petit à petit, on apprend enfin ce qu’on voulait savoir. Les déficits que l’Aviron et le BO cachaient, il y a peu, comme une maladie honteuse, sont soudainement mis en avant, pour convaincre les réticents. Et dans Sud Ouest du 26 juin, Serge Blanco mange enfin le morceau : depuis 2011, l’Aviron a perdu 7,1 million d’euros et le BO 7,6 millions.

Ce qui est moins bien avec cette fusion, c’est que l’on continue à prendre le cochon de payant de spectateur pour un imbécile n’ayant aucun droit, et à lui affirmer que certaines postulats de départ ne méritent même pas d’être discutés. Ainsi, à en croire Blanco et Mérin, et au mépris de toutes les lois sur la génétique, il est évident que de l’union de deux éclopés va naître un super champion basque, apte à soulever le bouclier de Brennus…

… Mais ce coup-là, on nous l’a déjà fait en France! Nous sommes le 1er janvier 2002 et nous devons abandonner notre bon vieux franc au profit de l’euro. Les économies ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, les dispositifs fiscaux non plus, le mode de gouvernance de l’Europe un peu opaque pour le profane, mais, parole de politiques, l’euro va tout régler. On connait la suite, l’envolée des prix, l’Allemagne qui donne des leçons de morale à ses partenaires et les Grecs qui se retrouvent dans la situation de mendiants de l’union européenne, n’ayant plus aucune souveraineté sur leur propre pays.

Dans leur façon de vouloir fusionner à tout prix et on verra après pour régler les problèmes, Mérin et Blanco ressemblent beaucoup à ces politiques qui n’hésitent pas à traiter d’obscurantistes les eurosceptiques qui demandent des garanties. Une fusion entre l’Aviron et le BO, pourquoi pas, mais qui sera le président de cette nouvelle entité, où sera le siège social, où se joueront les matches? Au lieu d’imposer et de tenter de passer en force, il fallait expliquer et déminer. Après toutes ces maladresses sans commune mesure, la réaction des membres de l’omnisport du BO, refusant de signer un chèque en blanc, s’explique totalement.

Insupportables bricolages démocratiques

Mais Serge Blanco, décidément, tout comme Nicolas Sarkozy, ne respecte la démocratie que quand elle l’arrange. Après le vote surprise de l’omnisports contre la fusion, il a démissionné, ce qui était la moindre des choses. Mais – miracle ! – des « vices de forme » viennent d’être détectés, lors de ce scrutin et tout le monde devra repasser aux urnes, mardi. Quels vices de forme? Le futur ex-président se garde bien de dire quoi que ce soit sur le sujet, mais on est priés de le croire sur parole, lui qui, il y a peu, jurait qu’il n’y avait aucun projet de fusion en cours avec l’Aviron.

Là aussi, ça ne vous rappelle rien? Le 29 mai 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, un cataclysme secoue l’Europe : les Français, à 55% viennent de refuser le projet de constitution européenne. Ce qui ne gênera nullement Nicolas Sarkozy, en 2008. Au mépris du suffrage universel, il rebaptisera la constitution européenne Traité de Lisbonne et le fera approuver par les parlementaires, en se souciant comme d’une guigne de ce que pensent les Français. (Pour mémoire, selon un sondage IFOP-Le Figaro du 28 mai dernier, 62% des Français voteraient non à l’Europe, si un nouveau referendum était organisé). Et l’on vous épargnera les injures récurrentes des politiques à l’égard des Français, estimant que seuls des obscurantistes ou des rétrogrades peuvent être contre l’Europe et refusant de prendre en compte ceux qui veulent bien voter pour l’Europe… à condition qu’elle soit démocratique.

Même schématisme primaire dans les discours tenus par Blanco et Mérin. À les en croire, tous les sceptiques sont pour la mort du rugby basque. On peut pourtant rêver de rugby de haut niveau au Pays basque, mais pas à n’importe quel prix et exiger, avant toute décision, des réponses claires aux questions qui se posent. Pour toutes ces raisons, cette fusion si elle doit se faire, ne peut être envisageable avant la saison 2016-2017.

En 1992, peu avant le vote du traité de Maastricht, l’inénarrable Bernard Kouchner, dans une de ses envolées dont il a le secret, affirmait à la télévision : « Avec Maastricht, on rira beaucoup plus! ». Si l’on en croit Blanco et Mérin : « Avec la fusion, ce sera la profusion!« . Les comiques sont de sortie.

Alors que les esprits s’échauffent et que la bagarre générale couve, tout le monde ferait bien de se remémorer la devise favorite de Mitterrand : « Il faut donner du temps au temps« .

Les rois de la phrase qui tue

Les flingueursOn a l’habitude de dire d’eux qu’ils tueraient leur mère pour un bon mot… Normal, car, dans ce métier, votre destin peut basculer sur une seule phrase et faire de vous aussi bien un  président de la République qu’un recalé de l’Histoire. Le livre de Patrice Duhamel et Jacques Santamaria,  » Les flingueurs « , nous prouve que ce n’est pas la peine d’envisager de se lancer en politique, si l’on s’avère incapable de distiller des vacheries.

Les sommets de l’invective politique datent de la IIIe République, avec le champion toutes catégories Georges Clémenceau. Le Lyonnais Édouard Herriot, qui s’accommodait de tous les changements, se verra ainsi affublé par le Père-la-Victoire du surnom de  » Discrédit lyonnais « . Le général Boulanger?  » Il mourut comme il avait vécu : en sous-lieutenant « .  Enfin, quand il ne trouvait plus d’adversaire à la mesure de son éloquence, Clémenceau savait aussi se moquer de lui-même :  » Pour mes obsèques, je veux le strict nécessaire, c’est-à-dire moi « .

Autre sniper de premier ordre, ce qui n’est pas très étonnant pour un militaire de carrière, le général de Gaulle. Coup de téléphone du général au ministre de l’Intérieur, Roger Frey, en pleine guerre d’Algérie, après l’arrestation du général Jouhaud :  » Alors, Frey, il vous a fallu un an pour arrêter un chef de l’OAS ? Et, pour comble, vous m’arrêtez le plus con et le plus difficile à fusiller ! « . Au moment de la présidentielle de 1965, évoquant le centriste Jean Lecanuet, :  » C’est l’enfant de chœur qui a bu le vin des burettes et qui s’en est enivré « . Et quand il se retrouvait avec des intimes, le grand Charles se confiait :  » La pire calamité après un général bête, c’est un général intelligent ! « .

Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu es

Son meilleur adversaire, lors des présidentielles, François Mitterrand, n’était pas non plus démuni d’esprit de répartie. Martine Aubry ?  » Trop méchante pour réussir. un jour, elle se noiera dans son fiel « . Jacques Chirac ?  » Quand Chirac vient me voir à l’Élysée, il monte avec ses idées et redescend avec les miennes. » Et puis, cette magnifique fulgurance sur DSK :  » Un jouisseur sans destin « .

Si Valéry Giscard d’Estaing s’est montré hermétique à l’humour, ne réussissant à faire rire qu’à ses dépens (« Aucun roi de France n’aurait été réélu au bout de sept ans » osera-t-il en 1981), son meilleur ennemi, Jacques Chirac a, lui, manifesté des dispositions certaines. Retrouvez à l’INA cette séquence de 1976, où Giscard pérore sur le pont du porte-avions Clémenceau. Chirac, alors Premier ministre, est tellement énervé par ce qu’il entend, qu’il prend des jumelles pour se donner une contenance devant les caméras… et les utilise à l’envers!

Autre séquence culte, dont les diplomates se régalent encore. Chirac a toujours été un peu sourd et a tendance à parler fort. Lors d’une dure séance de négociations européennes, où Margaret Thatcher s’est montrée intraitable, comme à son habitude, il lance, discrètement croit-il,  » Qu’est-ce qu’elle veut de plus, la ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? « . C’est le même, au plus fort de sa détestation du  » traître  » Sarkozy, qui s’exclamera :  » Sarkozy, il faut lui marcher dessus pour deux raisons. D’une part, il ne comprend que cela, et en plus, il paraît que ça porte bonheur! ».

Nicolas Sarkozy, plus colérique que satirique, ne s’est guère illustré dans l’exercice de la phrase qui tue, même si on lui doit un assez visionnaire : « Prenez un sucre, mettez-le dans un verre d’eau, vous aurez Hollande! ».  Son successeur, qui était connu pour ses petites phrases quand il était le patron du PS, semble lui aussi faire profil bas.  Heureusement, le personnel politique, qui concourt chaque année pour le prix annuel de l’humour politique, s’est surpassé en 2014. Jean-Luc Romero, à propos du mariage pour tous :  » Un gay qui vote pour la droite, c’est comme une dinde qui vote pour Noël « .  Pas mal, non plus, cette monumentale vacherie d’Arnaud Montebourg :  » Un retour de Nicolas Sarkozy ? Peut-être, mais menotté ! « .  D’autres en revanche font rire bien involontairement. La gaffeuse Nadine Morano explique les chiffres en hausse de la délinquance : « On a une recrudescence de violence, par exemple le vol des portables à l’arraché. ça n’existait pas avant que les portables existent !  »  C’est cela, Nadine!

Vous l’avez compris, un bon politique doit être un vrai tonton flingueur, ce que Clémenceau résumait à sa façon : «  Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait! ».

Regrettons seulement que les deux auteurs des  » Flingueurs «  l’aient joué un peu fainéant, avec la solution de facilité d’un abécédaire qui entraîne d’inévitables redites, alors que nous aurions volontiers accepté un livre plus construit.

  « Les flingueurs, anthologie des cruautés politiques », Patrice Duhamel et Jacques Santamaria, éditions Plon, – 286 pages, 19,90 €.

Prendre des Vinci pour des lanternes

Lanterne Vinci

Ce n’est plus de l’amour, c’est de la rage! Vinci annonce qu’il renonce à son activité parking. L’évêque affirme qu’il ne souhaite pas vendre son terrain à la ville. Mais notre Didier, plus amoureux passionné que jamais, veut à tout prix faire voter ses conseillers pour mettre deux jolis parkings de plus dans la corbeille de mariée du bétonneur adoré.

Encore un grand numéro de Borotrapèze volant, lundi 30 septembre à la mairie! Le Monsieur Loyal de service, l’homme qui repeint sa mairie en gris quand les adjoints ont le dos tourné,  ne cache plus sa passion frénétique pour son bétonneur adoré et tient à déclarer sa flamme avant sa prochaine et attendue sortie de scène. Pour cette exceptionnelle soirée offerte par le cirque municipal, notre Didier adoré avait sorti le tapis rouge, et la police qui va avec, pour accueillir les nombreux citoyens désireux d’assister à ce nouveau tour de passe-passe. Et les spectateurs,  pas déçus, pourront dire un jour à leurs enfants : « J’y étais! ». Des applaudissements nourris pour le magicien Saint-Cricq, qui a sorti des frelons de son haut de forme, et pour le charmeur de serpents Guy Lafite (plutôt habitué à avaler des couleuvres!) qui ont mis en rogne l’amoureux déçu, maire tonitruant, menaçant de faire intervenir la police contre les spectateurs.

Car Didier avait préparé un numéro exceptionnel et a été fort marri des réactions plutôt mitigées de la salle. Il nous avait déjà fait le coup de « Je sors de terre une magnifique Cité de l’Océan sans débourser un fifrelin. Vos enfants paieront! » et il pensait subjuguer les foules avec ce nouveau numéro intitulé « Mon petit Vinci que j’adore« , inspiré de la chanson « Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous »...

… Mais il y a toujours des rabat-joies pour contrarier cet amour si pur, si noble, si désintéressé que porte le sémillant septuagénaire à son bétonneur favori. Sur son trapèze, il avait prévu une contre-volée piquée avec changement de mains et pensait gagner tout le monde à sa cause… mais, dans sa hâte à faire voter le projet, il a juste oublié un petit détail de rien du tout. Monseigneur Aillez-voir-ailleurs, l’ensoutané hostile au mariage pour tous, a rappelé que le terrain, que Borotra veut offrir à la voracité du bétonneur, appartient à l’évêché.

Et le pieux Jean-Benoît Saint-Cricq de ne pas résister au plaisir d’enfoncer le clou en lisant la lettre envoyée par l’évêque : « En l’état, un tel contrat, s’il était signé, serait entaché d’une irrégularité pouvant aboutir à sa nullité, pour porter sur un bien dont ne dispose pas la Ville. » Et, comble, le communiste Bernard Itthurbide, avec son habituel mauvais esprit de lanceur de couteaux anticapitaliste, de frapper au cœur de la cible en rappelant que « quand un client paie 100 € à Vinci, 25 € reviennent aux actionnaires. »!

Une soirée décidément pleine de surprise, puisque c’est le clown blanc, le pâle, le timide, le falot Guy Lafite, l’homme qui s’excuse de demander pardon et essuie vos chaussures avec son cachemire, qui porte l’estocade fatale à notre septuagénaire amoureux en refusant de voter le projet : «  Nous sommes déjà assez dépendants de Vinci et il ne semble pas souhaitable d’aggraver cette dépendance. Vinci n’est pas une banque et ne peut donc nous offrir de bonnes conditions de financement. On va emprunter in fine trop, trop court et trop cher.« 

Et nos chers futurs candidats qui tous rêvent de devenir calife à la place du calife dès 2014? Tous les adjoints, à savoir Max Brisson, Michel Veunac et Michel Poueyts se sont montrés très préoccupés pendant tout le débat par les lacets de leurs chaussures… avant de voter le projet comme un seul homme, ce qu’a fait aussi Peio Claverie, que l’on a connu plus mordant en d’autres temps. Ce qui n’augure de rien de bon pour l’avenir de Biarritz, car comme disait le très rustique Chirac :  » Les couilles, ça pousse rarement avec l’âge ! «