La France des partis vermoulus

Le mensonge et le non-respect de la parole donnée deviennent la règle dans tous les partis. Triste spectacle !

Le Comité politique des Républicains, pour des questions de gros sous, a décidé lundi soir de ne pas débrancher le candidat Fillon, ce qui n’est guère à son honneur. Mais, avant de le laisser repartir en campagne, il serait peut-être sage de l’envoyer consulter un neurologue, car qui peut raisonnablement envisager d’élire à la tête de l’État un président qui oublie tout ? Le donneur de leçons de morale de la primaire de droite ne se souvenait plus que son épouse avait collaboré avec lui avant 1997. Il pensait ses enfants avocats, alors qu’ils n’étaient qu’étudiants, quand il les a rémunérés comme assistants parlementaires. Il a passé sous silence la légion d’honneur attribuée à Marc Ladreit de Lacharrière, l’employeur de Pénélope à La Revue des Deux mondes. Il a aussi évité de parler de son rôle de conseil auprès d’Axa et de sa société 2F conseil, où il monnaie son carnet d’adresses d’ancien Premier ministre. Annoncé un seul compte en banque alors qu’il en possède quinze. Et, comme c’est bête, « oublié » de déclarer à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) un prêt à taux zéro de 50 000 euros de son ami Marc Ladreit de Lacharrière ( Le Prix de la légion d’honneur ? ). Vous imaginez un peu le résultat pour la France si nous sommes en train d’élire un candidat en pleine confusion mentale ? Et comme l’homme n’en est plus à une guignolade près, François Fillon en meeting à Orléans a osé déclarer, défiant la Justice : « Je repense à cette réplique de Jeanne d’Arc face à ses juges : « Passez outre, je vous prie. » Aurait-il, à l’occasion de la journée de la femme, l’intention de faire enfin bûcher Pénélope ?

Sarkozy torpille l’hypothèse Juppé

Sarko enthousiaste à l’idée de laisser la place à Juppé.

Un pendant ce temps qui ne perd pas la tête, même s’il fait passer son intérêt personnel avant l’intérêt du pays, c’est bien Nicolas Sarkozy. Il faut dire qu’il a tout pour s’entendre avec son ancien « collaborateur » Fillon, car au vu des casseroles que les deux se trimballent, ils vont bientôt pouvoir fonder un orchestre philarmonique. La solution Juppé était une solution honorable pour tout le monde, avec une forte probabilité de victoire pour la droite, mais elle avait l’inconvénient d’écarter encore un peu plus des manettes du pouvoir celui qui revient par la fenêtre quand on le chasse par la porte. Alors notre Nicolas à talonnettes s’est démené pour imposer Baroin. Un homme qui, aux dires du maire de Bordeaux, « n’a pas d’idées et ne fait rien », ce qui semble bien vu. Et Juppé, lassé, de jeter fort dignement l’éponge, au vu des pièges que lui préparent ses « amis ». Si Marine Le Pen est élue, grâce à ces détestables jeux politiciens, nous n’oublierons pas la responsabilité prise par Les Républicains et par son ancien chef qui continue à être nuisible pour le pays, même en ayant quitté le pouvoir.

Des centristes achetés à bas prix

Pour Jean-Christophe Lagarde, la morale en politique, c’est bien… Mais il préfère avoir des députés que des dépités.

Quatre jours de vertu avant de revenir manger dans la main de François Fillon ! Début mars, Jean-Christophe Lagarde décide de quitter le bateau qui semble prêt à sombrer et « suspend » la participation de l’UDI à la campagne, parlant même de « défaite assurée ». Il faut croire que la présence de quelques cars de cathos intégristes, dimanche place du Trocadéro, ainsi que l’éventualité de perdre les quarante sièges de députés réservés à l’UDI, ont balayé tout état d’âme et toute considération morale. Le bureau exécutif du parti centriste a finalement validé l’accord conclu avec Les Républicains sur les investitures pour les élections législatives. Mais il attend encore des « initiatives » de François Fillon sur le « rassemblement de la droite et du centre » pour rallier (de nouveau) le candidat. Pure posture, car certains dans le parti s’impatientent déjà. « Attendre encore » pour le soutenir « n’apportera rien » aux centristes, estime ainsi, mercredi 8 mars, le patron des députés UDI, Philippe Vigier, mettant en garde certains de ses camarades sur le risque de « nouvelles tergiversations ». Allons, ce n’est pas parce qu’un candidat ment comme un arracheur de dents qu’on va s’abstenir de le soutenir, si à l’arrivée la soupe est bonne !

Peu reluisant spectacle à gauche

Le « gendre idéal » François de Rugy a menti devant tous les Français. Même pas honte !

Le spectacle n’est guère plus reluisant à gauche où les mensonges, les coups fourrés et le non-respect de la parole donnée deviennent la règle. Oubliez Cahuzac et prenez le premier communiant François de Rugy. Rêve de belle-mère, avec son côté bien propre sur lui et sa façon de vous regarder droit dans les yeux quand les caméras sont braquées sur lui, il s’engage à soutenir le vainqueur de la primaire de gauche, quel qu’il soit… avant d’annoncer le 22 février qu’il saute au cou d’Emmanuel Macron. Dans un pays où le mensonge n’est pas la règle absolue, pour un tel manquement public à sa parole, plus un électeur ne voterait pour lui. En France, on sourit de cette virevolte. Prenez un Bertrand Delanoë qui s’était comporté avec beaucoup de dignité depuis son départ volontaire de la mairie de Paris. Et que fait-il pour la première fois où il sort de son silence ? Il appelle à voter Macron qui a refusé de participer à la primaire de gauche ! Tout en clamant son « amitié » pour Benoît Hamon !

Et une preuve de plus de la stupidité incommensurable des primaires, qu’elles soient de droite et de gauche !

Le mensonge élevé au rang d’œuvre d’art 

Et, que dire pour l’image de notre pays, de la candidate Marine Le Pen refusant de se rendre aux convocations du Parlement européen ou de l’opération de ratissage tous azimuts d’Emmanuel Macron passant des coups de téléphone à Nathalie Kosciusko-Morizet ou à Christian Estrosi pour les inciter à se ranger aux côtés de Gérard Collomb. ou François Bayrou. Mais quelle tambouille ! Le tout sous les yeux atterrés de tous les autres nations européennes qui constatent que le pays des droits de l’homme est devenu celui du mensonge élevé au rang d’œuvre d’art et des attaques en règle contre la Justice et la Presse, ces deux piliers de la démocratie.

« Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? », fanfaronnait il y a quelques semaines un des candidats. Quel est le Français qui n’imagine pas actuellement le général de Gaulle en train de se retourner dans sa tombe avec une élection d’une telle médiocrité?

 

Un vilain petit Qatar déchaîné

Le vilain petit Qatar

C’est «  une presqu’île si petite qu’une pointe de crayon posée sur une carte suffit à la masquer.«  Avec 150 000 habitants, le Qatar, qui était il y a moins d’un siècle un repaire de pêcheur de perles, aurait dû rester un émirat discret. Mais le gaz est passé par là et ce territoire grand comme la Corse est désormais en mesure, avec ses milliards de dollars, de racheter le PSG, de financer des plans de sauvetage pour les banlieues ou d’entrer au capital de nos entreprises avec la bénédiction de la classe politique.

Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget dans «  Le vilain petit Qatar, cet ami qui nous veut du mal «  ont le mérite d’éclairer d’un jour singulier cet émirat mal connu et de faire la chasse aux idées reçues. Lessiveuse à argent sale, cet État qui s’est montré très actif à l’occasion du printemps arabe n’est pas un adepte d’un Islam tolérant. Le Qatar fascine pourtant la classe politique française, de gauche comme de droite. C’est le député UDI de Seine Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde, qui affirme péremptoire «  Critiquer le Qatar, c’est faire du racisme anti-musulman « . C’est Dominique de Villepin qui reçoit les dirigeants qataris à tout propos lorsqu’il occupe Matignon avant de devenir, après 2007, conseiller du roi en matière de «  restructuration constitutionnelle « .  Un conseiller particulièrement efficace puisque «  la Constitution du Qatar, pays sans droit, attend toujours d’être totalement appliquée. La faute à un trop long temps de réflexion pris par Dominique ? «   C’est enfin Nicolas Sarkozy, qui hurle au téléphone, après cette nomination de Dominique de Villepin «  Pourquoi vous financez mes ennemis ? « , obligeant le cheik Hamad bin Khalifa Al-Thani à venir faire un voyage en catastrophe à Paris.

A gauche, même fascination pour cet état si riche! Le Qatar est classé au 138e rang des démocraties, juste derrière la Biélorussie, mais sur le site du ministère des Affaires étrangères, dirigé par Laurent Fabius, on trouve cette mention élogieuse «  Ce pays fait désormais prévaloir la liberté d’expression, d’association et de culte « .  Qu’en pense le poète Mohamed Al-Ajani condamné à quinze ans de prison pour avoir brocardé l’émir ?

Quand en 2006, le Qatar commence à lorgner sur le PSG, Bertrand Delanoë s’interroge à voix haute sur la provenance de ces «  fonds exotiques « , avant de devenir tout miel en 2009 : «  Le Qatar a réussi le pari de la modernité sans sacrifier ses riches traditions issues d’une longue histoire « .  Avec l’aide de Nicolas Sarkozy, organisant une réunion dans son bureau de l’Élysée avec le président de l’UEFA Michel Platini, le Qatar va même se voir attribuer l’organisation de la Coupe du monde de football 2022. Et le fils de notre plus célèbre footballeur trouver un travail de conseiller juridique auprès des Qataris !

Il n’y a aucune tradition de football au Qatar, il fait 50° l’été et le record pour un match de championnat est de 7236 spectateurs, mais il faut croire que les dirigeants ont su trouver les arguments sonnants et trébuchants pour convaincre la FIFA. Et qu’importe la santé des joueurs qui auront sans doute du mal à s’accoutumer à une telle fournaise. En toute simplicité le Qatar propose de bâtir des stades fermés … et climatisés et de bouleverser le calendrier des grandes nations du football pour que la compétition se déroule en hiver quand il fait (un peu) plus frais.

Pour les deux auteurs, pas le moindre doute, le Qatar, par le biais du football, s’achète actuellement une visibilité dans les grandes démocraties occidentales pour mieux pouvoir ensuite soutenir les Islamistes radicaux de ces pays. On n’en finira donc jamais avec les guerres de religion !

« Le vilain petit Qatar », Nicolas Beau, Jacques-Marie Bourget, éditions Fayard- 300 pages,

19 euros.