Pourquoi je suis candidat aux législatives

Sylviane Alaux et Maïder Arostéguy ont du souci à se faire. Je vais les défier le 11 juin prochain dans la VIe circonscription.

Avec, en tête de ce blog, un bandeau intitulé «  Dans mon parti, y a qu’moi et c’est déjà l’merdier », je pensais être totalement à l’abri de ce genre de mésaventure. Mais il faut croire que le métier de député est tellement difficile et mal payé qu’il suscite peu de vocations. Trois partis, et non des moindres, m’ont rendu visite ces dernières semaines pour me convaincre de devenir un futur parlementaire.

Jean Lassalle a été le premier à toquer à ma porte. Venu à pied de son village de Lourdios-Ichère qui n’est qu’à 137 kilomètres de Biarritz, il m’a proposé l’investiture pour être député de son mouvement « Résistons ! » Fervent lecteur du blog, il trouve que j’ai des aptitudes. Malheureusement, quand il m’a demandé d’entonner avec lui un chant béarnais, il a soudain été beaucoup moins convaincu.

Ensuite, ce sont des émissaires de Macron qui sont arrivés avec une liste de tous les randonneurs licenciés du département des Pyrénées-Atlantiques. Ils connaissent tellement peu de monde en dehors du XVIe arrondissement de Paris qu’ils ont estimé que les adeptes du godillot montant comme moi ne pouvaient qu’adhérer à « En marche »  et les représenter. Mais ils ont fui en courant en apprenant que je ne payais même pas l’ISF.

J’aurais adoré être démarché par Mathieu Accoh, charmant professeur de philosophie croisé quelques fois à Biarritz, car « La France insoumise » de Mélenchon, ça me parle et me plaît, mais je n’ai rien vu venir. Alors, en désespoir de cause, je me suis rallié à « Debout la France », parce que ça sonne viril et fait très lever des couleurs pour l’ancien militariste convaincu que je suis. Comme Dupont-Aignan n’avait pas de candidat prévu dans la VIe circonscription des Pyrénées-Atlantiques, le marché a été vite conclu.

Des aptitudes évidentes

Bien sûr, je n’ai pas parlé de cette investiture à mes amis, car je sais que certains vont être déçus. Mais ils vont vite revenir à moi quand je serai élu, car je me prépare très méthodiquement, comme un futur député de haut niveau. Et plus les jours passent, plus je constate que j’ai des atouts à faire valoir pour défendre tous ces électeurs qui ne vont pas manquer de voter pour moi.

– Ma carrière politique est toute jeune, mais s’il est nécessaire pour réussir de changer de casaque aussi souvent que Maïder Arostéguy ou d’être aussi transparent à l’Assemblée nationale que Sylviane Alaux, je suis prêt.

– Pénélope Fillon n’aide son mari que depuis vingt ans. Pour ma part, ça fait trente ans que mon épouse répond au téléphone quand je ne suis pas là et récupère le courrier dans la boîte à lettres. Sans le savoir, elle exerce donc un emploi d’assistante parlementaire à plein temps et comme elle a plus d’ancienneté dans le métier que Pénélope, je lui donnerai l’intégralité de l’enveloppe prévue pour rémunérer mes collaborateurs.

– Mes deux enfants ne sont plus ni collégien, ni lycéen, ils ont même eu le bon goût de décrocher des diplômes et je ne vais donc avoir aucune difficulté à les refiler à un collègue démuni qui les paiera à hauteur de leur mérite, c’est-à-dire beaucoup.

– Un ami, membre du lobby de l’espadrille de Mauléon, m’a déjà donné un tee-shirt à l’effigie de Che Guevara. C’est peu, mais c’est un début. Si vous voulez que je porte beau, n’hésitez donc surtout pas à m’offrir deux costumes à 13 000 €, mais, s’il vous plaît, pas chez Arnys, car ça fait trop catholique réactionnaire.

– Bien évidemment, juste avant mon élection du 11 juin prochain, je vais ouvrir un cabinet de conseil pour faire fructifier l’immense carnet d’adresses que j’ai pu bâtir grâce à Bisque, Bisque, Basque !  Avec un manque d’imagination confondant, certains se contentent pour 50 000  € de vous mettre en relation avec Poutine, tandis que moi je peux pour la moitié vous présenter l’irremplaçable Géronimo, qui vous assurera le succès dans toutes vos entreprises.

– Enfin, je viens de faire un tour dans ma cuisine où je n’ai recensé que trois casseroles, ce qui est un bon début, car je ne cesse de recevoir des promesses de dons depuis que ma candidature commence à être prise très au sérieux dans les milieux politiques. Détail qui ne trompe pas et qui me comble de plaisir, Didier Borotra et Michel Veunac m’ont déjà promis de faire campagne pour moi, tandis que Paul Bismuth hésite encore.

Et comme j’ai toujours été très sport, c’est promis, si je ne suis pas député, je ne serai pas dépité.

… Et, avant de maugréer,  je regarderai toujours la date d’un article publié par un de ces journalistes toujours prêts à raconter n’importe quoi.

Lassalle fait bien le métier

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Pour danser au salon de l’Agriculture, Jean Lassalle a judicieusement choisi l’allée qui séparait le Pays basque du Béarn.

Non les politiques ne sont pas tous à fourrer dans le même sac et il en est pour qui je garderai toujours une tendresse particulière. Salon de l’Agriculture, mardi  25 février : les petits Parisiens en vacances se pressent en compagnie de leurs grands-parents, qui se souviennent subitement avoir eu un aïeul paysan, les merveilles du terroir cohabitent avec les produits les plus industriels, et des rames entières de citadins pâlichons déferlent, comme chaque année Porte de Versailles, pour rendre hommage à l’agriculture française.

Dans le bâtiment 7, consacré aux régions de France, c’est à l’oreille que l’on identifie les Basques, seuls à chanter dès 11 heures du matin.  Dans le carré Aquitaine, on croise quelques politiques bien sages, reconnaissables aux nuées de caméras qui les poursuivent, comme le très discret ministre de l’Écologie Philippe Martin,  et puis un grand échalas dissipé et rigolard, qui n’hésite pas à se lancer dans un rock frénétique avec une exposante d’un stand de salaisons, sous les vivats de la foule.

Comme nombre de politiques, Jean Lassalle est un cabotin de première, mais son originalité, sa faconde et surtout cette proximité rigolarde et sincère avec ceux qui l’ont élu font toute la différence.

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Les Basques sont très faciles à retrouver au Salon de l’Agriculture : ce sont les seuls qui chantent à 11 heures du matin !

À la fin de la danse, le grand escogriffe béarnais a l’œil qui pétille mais il n’oublie pas d’embrasser sa partenaire, d’aller saluer les musiciens, glissant même son numéro de téléphone portable à l’un d’eux, qui souhaite lui exposer un problème. Car Jean Lassalle n’est pas seulement l’homme des coups d’éclat, capable de chanter le Si canti  en plein hémicycle, de mettre sa vie en péril en 2006 en perdant 21 kilos au moment de sa grève de la faim ou de traverser la France à pied, en 2013, pour aller à la rencontre des Français. L’élu des Pyrénées Atlantiques se sent investi d’une mission qu’il place au dessus de tout, avant sa famille, avant sa santé. François Bayrou a de la chance de compter sur un ami comme celui-là !

Une anecdote très personnelle me revient en mémoire.

En 2006, après son jeûne forcé, je reçois un nombre incalculable de lettres, au Canard enchaîné, de citoyens qui se lancent à leur tour dans une grève de la faim protestataire. Certaines sont légitimes… d’autres beaucoup moins. À Albertville, en particulier, une sexagénaire qui s’insurge contre le classement en ZAC d’un terrain mitoyen de sa maison, semble en grand péril moral et physique.

Ne me sentant plus capable d’aider ces citoyens en difficulté, je décide d’appeler l’assistant parlementaire de Jean Lassalle, pour savoir si le député est lui aussi confronté à un nombre important de grévistes de la faim.

Deux heures plus tard, une grosse voix pyrénéenne, reconnaissable entre toutes, me rappelle.

 Ah, Le Canard,  ça me fait plaisir de vous parler.

Je lui raconte brièvement les cas les plus complexes, et en particulier celui de la sexagénaire savoyarde…

Mais c’est sérieux une grève de la faim! Il ne faut pas plaisanter avec ça. On peut en garder des séquelles irréversibles. Vous avez l’adresse de cette femme? je vais aller la voir samedi.

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La chanson à la mode, cette année : auprès de ma vache, qu’il fait bon dormir…

Je doute une seconde de ce que j’ai entendu. Quitter Paris pour regagner sa circonscription de la vallée d’Aspe, en passant par Albertville, représente un détour de plus de 700 kilomètres.

Le lundi matin à la première heure, je téléphone à cette lectrice. Jean Lassalle est bien venu la voir, le samedi, et lui a donné les conseils dont elle avait besoin pour poursuivre son combat contre la mairie d’Albertville. Et au passage, il l’a convaincu d’arrêter son autodestructrice grève de la faim.

Quand je vous disais que cet homme n’est pas d’un métal ordinaire…