On ne réveille pas une opposition qui dort

Fidèle à son habitude, l’opposition s’est montrée particulièrement prudente dans l’affaire Sophie Borotra. Surtout pas de vagues, ce qui s’impose pour la Cité de l’océan.

S’opposer, ou ne pas insulter l’avenir et finir sur les genoux de Veunac ?

Heureusement que Michel Veunac compte quelques sympathiques trublions dans sa propre majorité, car sans eux son actuel mandat finirait par ressembler à un séjour en camp de vacances. En dehors de Jean-Benoît Saint-Cricq, qui à chaque conseil se montre mordant et incisif, c’est peu dire qu’entre les absences réitérées des uns, la détestation visible du job d’opposant des autres et le souci de tous de ne pas insulter l’avenir, l’opposition biarrote n’a guère brillé de mille feux depuis 2014.

Max Brisson s’indigne de cette affirmation : « C’est vrai que nous avons flotté au début, mais lors de l’élection des délégués à l’EPCI nous avons su nous rassembler pour présenter la candidature commune de Jean-Benoît ». Le fait ne souffre d’aucune discussion, surtout face au pitoyable spectacle offert par la majorité. Mais, pour l’observateur passionné de la vie politique locale, le malaise persiste sur le fonctionnement de l’opposition. Entre les alliances de circonstance au moment des départementales et des régionales, les déclarations de Michel Veunac affirmant qu’il veut se débarrasser de certains indésirables de sa majorité et ouvrir sur sa droite en 2020, on a vraiment l’impression d’être dans ce détestable entre-soi que la population reproche aux politiques. Surtout s’attaquer à mots couverts et à fleurets mouchetés, fermer les yeux sur certaines petites dérives qui pourraient aussi survenir dans son propre camp le jour où l’on redeviendra la majorité et se garder de toute parole qui pourrait compromettre son plan de carrière politique et revenir en boomerang en 2020. L’affaire Sophie Borotra en est un saisissant exemple.

Un très grand sentiment de solitude

Pendant deux mois, après la lecture de l’article de Sud Ouest du 7 février 2015, j’ai attendu. Quelques échanges téléphoniques passés les jours suivant m’avaient permis d’en savoir un peu plus et de vérifier que le quotidien régional disait vrai. Chaque matin j’ai espéré, espéré, en me disant : « Mais il y en a bien un qui va se réveiller et faire le job! » Peine perdue. C’est le 7 avril 2015 exactement, quand j’en ai eu marre de jouer à sœur Anne qui ne voit rien venir que je me suis décidé à contacter Maître Malherbe et à rédiger une plainte destinée au procureur. Ce n’est pas une décision simple à prendre. Je suis retraité désormais avec des moyens limités et je n’ai plus la machine de guerre du Canard enchaîné derrière moi. Et face à une ville comme Biarritz, je deviens un lanceur d’alerte qui risque d’y laisser des plumes financières, comme le prouve la demande de dommages et intérêts de Didier Borotra, formulée à mon encontre et heureusement rejetée par le tribunal. Même pas peur, même pas mal! Ton opération intimidation est ratée, Didier.

Après le dépôt de plainte, de nombreux mois se sont écoulés. J’ai pensé un moment que le procureur allait classer sans suite. Dans une petite ville comme Biarritz, il est difficile de ne pas se rencontrer et j’ai croisé à de nombreuses reprises des élus, en particulier de l’opposition. Je leur ai raconté ma démarche. Ils ont hoché la tête silencieusement et ne m’ont pas offert le moindre soutien. Ou m’ont dit, comme Richard Tardits, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, « Mais c’est de l’histoire ancienne ! » Qu’on m’explique à quoi sert une opposition qui ne s’oppose pas et qui ne s’estime pas gardienne des deniers publics ?

Une Justice et un avocat qui ont du cran

En octobre, divine surprise, avec la convocation devant le tribunal de Didier et Sophie Borotra ainsi que de Madame Pautrizel. La Justice a fait son travail. Maître Malherbe me conseille de me porter partie civile, ce que je ne souhaite pas car j’estime que je vais au-delà de mon rôle de journaliste. Chevaleresque, il me propose même de défendre gratuitement le parti l’association ou l’élu qui reprendra le flambeau et se portera partie civile à ma place. Je le remercie chaleureusement, persuadé qu’avec mes amitiés politiques et un dossier aussi édifiant que celui-ci, je vais trouver sans peine un preux chevalier, défenseur des contribuables lésés. Un mois de démarches usantes où tout le monde me promène à qui mieux mieux avant d’esquiver. Cette fois je rédige une lettre destinée à tous les élus de l’opposition où je leur demande de prendre mon relais.

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Pas un mot, pas un coup de téléphone, pas un mail, comme si cette demande provenait d’un empêcheur de pantoufler en rond. Max Brisson nuance : « C’est faux ! Nous nous sommes réunis pour convenir de la conduite à tenir après votre lettre et Jean-Benoît Saint-Cricq a été chargé de poser une question en notre nom à tous ».

« L’un de vous aurait peut-être pu m’écrire ou me téléphoner pour m’informer ? » Silence.

Max Brisson affirme que l’opposition va suivre le dossier. « Si la famille Borotra est condamnée, nous demanderons le remboursement des sommes perçues ». Sachant que le jugement sera rendu le 28 mars et qu’il ne fait guère de doute que Didier Borotra fera appel s’il est condamné, comme il l’a fait pour l’affaire des PV, voilà qui nous reporte sans doute à 2019. Et à ce moment-là, on nous expliquera qu’on ne peut pas agir à cause de la proximité des élections municipales, car ce serait pris pour une manœuvre politique ?

Le Mémorex est un très bon médicament pour stimuler la mémoire. Je ne saurais trop conseiller aux Biarrots une cure suivie jusqu’en 2020, date des prochaines élections municipales, pour qu’ils n’oublient pas l’attitude de leurs élus qui quelques semaines avant la date fatidique ne manqueront pas de soudain s’intéresser à eux et de leur distribuer des tracts leur promettant monts et merveilles.

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Anticor ou Anti-courage fuyons ?

Je n’avais pas le moindre doute, l’association « Anticor », contre la corruption et pour l’éthique en politique, allait se ranger à mes côtés dans ce dossier. Mi-octobre, je contacte le siège national qui me demande de me tourner vers le référent régional, Monsieur Alain Lacassagne. Je lui envoie un mail détaillé et il me répond qu’il est actuellement débordé, ce que je comprends très bien. Ne voyant rien venir dans les deux mois suivants, je découvre que mon interlocuteur qui est si fier dans les dîners en ville de son appartenance à Anticor, est architecte, résident bayonnais, centriste impliqué en politique et… travaille avec la ville de Biarritz sur l’aménagement de logements sociaux.

Furieux de son silence et ayant l’impression de m’être bien fait promener, je me tourne à nouveau vers le siège de l’association, demandant à avoir un nouvel interlocuteur. « Monsieur Lacassagne est quelqu’un de très bien, qui sait faire la part des choses entre son métier et son appartenance à notre association ». C’est évident ! Et quand je demande si l’association est prête à se porter partie civile dans l’affaire Sophie-Didier Borotra : « Oh, ça ne se fait pas comme ça ! Notre conseil d’administration se réunit tous les trois mois et décide à ce moment-là ».  « Donc, vous vous réunirez en mars 2017 pour un procès qui va avoir lieu le 31 janvier 2017 ? » « Absolument ! ». Voilà de l’efficacité citoyenne !

 Lire à ce sujet, le témoignage d’Agnès Gouinguenet :

https://blogs.mediapart.fr/agnes-gouinguenet/blog/120416/pourquoi-jai-demissionne-danticor

Didier Borotra, l’abonné du tribunal

Salarier son conjoint ou ses enfants est très tendance. Ce n’est ni François Fillon ni Didier Borotra qui diront le contraire.

Compte tenu de son calendrier judiciaire, il est sûr que le retraité Didier Borotra doit avoir du mal à terminer ses grilles de mots fléchés actuellement. Condamné par la cour d’appel de Pau, mercredi 25 janvier, à 30 000 euros d’amende dans l’affaire des procès-verbaux annulés, l’ancien maire de Biarritz va rendre visite, mardi prochain 31 janvier à 13h45, au tribunal correctionnel de Bayonne, en compagnie de sa fille Sophie et de l’ancienne directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel. Motifs retenus : complicité de prise illégale d’intérêts, prise illégale d’intérêts et recel de prise illégale d’intérêts, Sophie Borotra, fille de, ayant touché 35 000 euros pour une mission de conseils et de recherche d’économies de la Cité de l’Océan, alors que son père était président de la société d’économie mixte qui chapeautait l’établissement. Il est vrai qu’il est très tendance actuellement de salarier ses enfants et que ce n’est pas François Fillon qui dira le contraire.

L’auteur de ce blog étant le contribuable biarrot qui a porté plainte et provoqué cette affaire, Bisque, Bisque, Basque ! s’est efforcé de rester très elliptique pour que la Justice puisse faire son travail en toute sérénité et décider de la légalité ou de l’illégalité de cette mission confiée à la fille du maire. Maître Jean-Paul Malherbe me représentera et demandera un euro symbolique, tandis que Didier Borotra sera défendu par maître Daniel Lalanne, un avocat bordelais qui affirmait en 2007 que défilent dans son cabinet les BQD de la région, les « Bourgeois Qui Déconnent » (http://www.hugo-blog.com/?p=341). On lui laissera la responsabilité de ces propos.

Dès que le jugement sera rendu, Bisque, Bisque, Basque ! se fera en revanche un plaisir de vous raconter toutes les coulisses de cette affaire. Le trouillard qui a tout lâché à Sud Ouest, la panique de la garde rapprochée de Veunac ou l’indolence d’une opposition peu pressée de s’exposer.

La presse locale a très bien fait son travail dans cette affaire et, si vous voulez en savoir plus, il suffit de la consulter (voir documents joints). Si vous êtes un contribuable biarrot agacé par la décontraction de nos élus avec l’argent public, soyez présents mardi à cette audience. Ce sera l’occasion de montrer à ceux qui nous dirigent que nous restons des citoyens vigilants.

 Tribunal correctionnel de Bayonne, avenue de la Légion tchèque, mardi 31 janvier à 13h45.

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Article dans La Semaine du Pays basque du 27/1

Sous la plume de Goizeder Taberna, l’article (payant) de Mediabask consacré au procès.

L’article de Sud Ouest, du 7/2/2015, signé Muriel Bonneville.