Une épastrouillante affluence

Plus de 80 personnes étaient présentes à la réunion publique de RamDam 64-40 où Virginie Lannevère et Jean-Pierre Laflaquière ont été chaleureusement applaudis.

Difficile, en dehors d’un exposé sur la reproduction des crabes verts les soirs de pleine lune au rocher de la vierge, de faire plus dissuasif qu’un débat sur les Sociétés d’économie mixte, les sociétés publiques locales et les délégations de service public ! Mais il faut croire que la démarche de RamDam 64-40 consistant à créer un lieu où les citoyens et les élus peuvent se parler sans animosité ni tabou intéresse, puisque 80 personnes étaient présentes, une veille de fête de la Musique et alors que se déroulait dans une salle voisine de la maison des associations de Biarritz un autre débat tout aussi intéressant animé par le comité anti G7. De quoi être totalement épastrouillés, comme le disaient les titis parisiens au XIXe siècle lorsqu’ils voulaient exprimer leur étonnement.

Il convient de préciser aussi que dans ce débat animé par le redoutable « inspecteur de la vie publique » Guy Aubertin, RamDam 64-40, recevait deux personnalités marquantes du monde politique local, Virginie Lannevère, conseillère municipale démissionnaire, administratrice de la SEM Cité de l’Océan puis de la Socomix, et Jean-Pierre Laflaquière, ancien préfet, adjoint au maire d’Anglet et membre du Conseil d’Agglomération du Pays Basque.

Lannevère : « Un risque invraisemblable »

Virginie Lannevère déteste les caméras et les projecteurs et n’aurait jamais imaginé sortir de l’anonymat. Spécialiste du risque financier pour les palaces, elle pensait mettre bénévolement ses compétences au service de la Ville, elle qui compte de nombreux conseils d’administration à son actif.

« Mon exposé sera bien sûr un peu à charge » annonce d’entrée Madame Lannevère qui rappelle que le rôle d’un administrateur est de travailler dans l’intérêt de l’entreprise. Quand le public et le privé se mélangent comme dans les sociétés d’économie mixte, tout devient beaucoup plus complexe car les administrateurs sont souvent aussi des élus qui votent ce qu’on leur demande de voter et arrivent au conseil d’administration sans même avoir ouvert les documents adressés.

C’est ce fonctionnement autocratique avec un maire seul décisionnaire et des élus au pas, qui a conduit Virginie Lannevère, en compagnie d’autres administrateurs comme François Amigorena ou Anne Pinatel, à exprimer publiquement son désaccord. Création de sous-commissions d’où étaient exclus ceux qui n’étaient pas d’accord avec Veunac et Lafite, rétention de l’information avec des dossiers qui arrivaient la veille pour que les administrateurs n’aient pas le temps de les étudier, menaces multiples, Virginie Lannevère raconte avec beaucoup de calme et d’émotion contenue son quotidien d’élue bénévole : « À un moment, je me suis retrouvée à plus consacrer de temps au Palais qu’à mon propre travail »

Sous les applaudissements nourris du public qui salue son courage, Virginie Lannevère, qui souhaite évidemment un avenir radieux pour le Palais, confie son pessimisme : « Les 64 millions empruntés représentent un risque invraisemblable et supposent une rentabilité jamais atteinte par les leaders du marché hôtelier. Les travaux de rénovation et d’investissement dépassent les capacités de la ville et donc, en cas de défaut, l’acteur privé minoritaire (Decaux) absorbera la SEM. »  Comme les élus l’ont dit à l’époque, on se retrouve en présence d’un hold-up organisé par Veunac et Lafite.

Laflaquière : « Peu de brebis galeuses »

Plus orthodoxe et consensuel, Jean-Pierre Laflaquière estime que « malgré quelques brebis galeuses, presque tous les élus effectuent leur mandat avec passion et intégrité », ce que RamDam 64-40 qui suit de près la vie publique locale lui accorde volontiers. Il concède que l’Agglo connaît quelques problèmes de croissance compte-tenu de sa taille, mais affirme que les 170 marchés publics passés en son nom (presque un tous les deux jours !) sont suivis avec beaucoup d’attention, la défense des intérêts des contribuables étant la priorité absolue.

Élu connu pour sa rigueur et son intégrité, Jean-Pierre Laflaquière maîtrise parfaitement son sujet et sait se montrer convaincant, même s’il se trouve un peu plus déstabilisé quand je l’interroge sur « les brebis galeuses » et lui demande pourquoi les élus d’Anglet ont fermé les yeux pendant plusieurs années sur le fait que le premier adjoint Jacques Veunac, ancien médecin de son état, ait bénéficié d’un logement de vacances du promoteur Alday, ce qui fait un peu désordre quand on s’occupe d’urbanisme. « Le problème a été réglé en interne » affirme l’élu. C’est exactement ce que déplore RamDam 64-40, cet entre-soi si prisé des politiques pour régler les affaires un peu troubles, ce qui n’ôte rien aux qualités de Jean-Pierre Laflaquière qui a eu le courage de venir s’expliquer face au public.

Les nombreux élus présents dans la salle se sont contentés de sourire en coin. Maïder Arosteguy, Guillaume Barucq, Nathalie Motsch, candidats potentiels ou déclarés pour 2020, mais aussi François Amigorena, Anne Pinatel, Richard Tardits, Édouard Chazouillères, Françoise Mimiague, Brigitte Pradier avaient fait le déplacement (Mes excuses si certains m’ont échappé).

Seul absent de marque, pour le plus grand regret de Virginie Lannevère, Guy Lafite qui avait annoncé un peu partout qu’il viendrait porter la contradiction à l’ancienne élue, mais qui a été visiblement retenu, comme pronostiqué, par une activité pottok.

Ce qui donne beaucoup de regret à RamDam de ne pas avoir finalement organisé cette conférence sur les crabes verts au lieu de parler de SEM, SPL ou DSP. Car il se serait certainement trouvé un scientifique dans la salle pour expliquer que les vieux crabes deviennent très peureux avec l’âge.

Un jeudi en fanfare

La prochaine réunion publique de RamDam 64-40 promet : Virginie Lannevère a bien l’intention de dire tout ce qu’elle a sur le cœur. On va en apprendre des belles sur La Cité de l’Océan et L’Hôtel du Palais.

RamDam 64-40 ne se compose pas que de saltimbanques impertinents qui distribuent klaxons et harpes aux politiques nécessiteux. L’association compte aussi quelques géomètres rigoureux et passionnés de vie publique qui souhaitent évoquer avec vous les sujets que les élus préfèrent souvent garder pour eux.

Qui pouvait-on trouver de mieux, le 20 juin prochain, que Virginie Lannevère, ancienne conseillère municipale de Biarritz et ancienne administratrice des sociétés d’économie mixte, Cité de l’Océan et Hôtel du Palais pour nous expliquer le fonctionnement de ces entités souvent un peu mystérieuses pour le grand public ? Un débat qui devrait être passionnant puisque notre grand argentier Guy Lafite a d’ores et déjà annoncé qu’il viendrait lui apporter la contradiction. Les mauvaises langues de RamDam ont parié que « La Faillite nous voilà ! » va annoncer sous peu qu’il a pottok ou piscine et se désister. L’avenir le dira.

Jean-Pierre Laflaquière, membre de la CAPB, nous racontera de son côté la façon dont se passent les marchés publics et comment l’Agglo veille sur les intérêts des citoyens.

Enfin l’animateur du débat, Guy Aubertin, évoquera les SPL, les Sociétés Publiques Locales, avec des exemples concrets comme Fort Socoa ou les halles de Pau qui ont recruté, sans que François Bayrou ne le sache, Sophie Borotra.

Comme toujours, l’entrée sera libre et gratuite et la bonne humeur de rigueur. Et vous comprenez désormais pourquoi votre présence est absolument indispensable en cette veille de la fête de la Musique, où un peu de grosse caisse permettra de réveiller les consciences citoyennes.

 

Questions pour un fripon

Au niveau de l’ellipse, de la dissimulation et des demi-vérités, Veunac s’avère décidément un candidat imbattable. La preuve avec le dernier conseil municipal.

« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » affirmait la grand-mère de Martine Aubry. Ceux qui ont eu le courage d’assister jusqu’au bout au dernier conseil municipal, 3 h 46 tout de même, sont ressortis avec le sentiment de ne pas avoir été confrontés à un loup solitaire, mais à une meute innombrable, propre à donner des insomnies à n’importe quel berger pyrénéen. Avec un Veunac, visiblement gonflé à bloc par les résultats des européennes, rasé de près même s’il affirme ne pas penser tous les matins aux prochaines élections municipales et devenu un orfèvre dans l’art de promener son conseil municipal. Bisque, Bisque, Basque ! va donc s’efforcer de débusquer avec votre aide tous les loups probables dissimulés derrière les phrases onctueuses de Mimi-la-malice.

https://www.youtube.com/watch?v=40QjG-qWbgQ

On le sait, avant d’attaquer le gros morceau représenté par le dossier Aguilera, il est toujours nécessaire de chauffer la salle avec un intermède comique. Une fois de plus, c’est l’inénarrable Ghislaine Haye qui s’y est collée avec un vibrant hommage au disparu Coco Léglise, « homme discret et humaniste » et symbole « du militantisme et de l’engagement vrai » Ce petit couplet sur l’engagement vrai prononcé par la militante socialiste Haye, celle qui a refusé lors du vote de l’Hôtel du Palais de se conformer à la décision de refus prise par les militants de son parti et s’est empressée de cajoler le maire pour sauver ses émoluments d’adjointe, était un pur bonheur et laissait bien augurer de la suite.

Et effectivement, les Biarrots ne vont pas être déçus avec la prestation d’un Veunac très en forme et qui va promener son monde avec une maestria confondante. Avec, au final, la perspective pour les Biarrots d’être une fois de plus cocus.

Loup n° 1 : la fausse repentance

Le débat sur Aguilera s’engage à la 51e minute. Calme et posé, Veunac explique que le retard sur l’aménagement du plateau d’Aguilera, inscrit dans son programme électoral de 2014, est lié aux hésitations autour de la piscine. Il affirme que le projet global d’aménagement proposé par Jean-Baptiste Aldigé est « non recevable » car soumis à des « obstacles juridiques de toute nature » et qu’on se dirige donc en concertation avec le BO vers « un projet de coproduction ».

Le commentaire de BBB : Dès l’annonce du projet Aguilera, Nathalie Motsch avait souligné l’impossibilité juridique de le mener à bien, ce qui lui avait valu d’être insultée.  Mais Veunac n’a pas un mot d’excuse pour saluer la lucidité de son élue ou regretter ce qui s’est passé. Par ailleurs la piscine a bon dos pour excuser le retard. Un article très documenté de Sud Ouest à propos du réaménagement de Jean-Dauger intitulé « La refonte du stade pourrait aller vite » nous apprend que Jean-René Etchegaray a déposé un permis de construire dès le début de son mandat ce qui lui permet de lancer les travaux maintenant. Veunac, qui avait inscrit ce réaménagement d’Aguilera à son programme, a pour sa part lambiné et tergiversé comme à son habitude sans déposer le moindre permis.

Loup n° 2 : un projet global voulu par l’Agglo (55e minute)

Veunac explique ensuite qu’il va falloir passer par une procédure MECDU (Mise en compatibiliité des documents d’urbanisme) : « Nous sommes allés voir l’Agglo qui nous a conseillé de raisonner sur un aménagement global », c’est-à-dire de lancer une seule demande pour la partie logement et pour la réhabilitation de l’enceinte sportive.

Le commentaire de BBB : Tout cela semble parfaitement raisonnable. Sauf qu’il y a un léger problème. Selon plusieurs sources internes à l’Agglo, la ville de Biarritz n’aurait jamais fait la moindre demande en ce sens, les échanges ces derniers temps se limitant à de grosses engueulades entre Veunac et l’Agglo. Bisque, Bisque, Basque ! a donc contacté vendredi le service de presse de l’Agglo pour savoir à quelle date les représentants de la ville de Biarritz avaient rencontré les responsables de l’Agglo, et si des documents écrits avaient été rédigés. Pas de réponse pour le moment, mais il est évident que Michel Veunac se fera un plaisir de mettre tous les éléments prouvant ses dires à disposition de la presse.

Loup n° 3 : un prochain conseil bien hâtif (60e minute)

Avec son air de ne pas y toucher, Veunac annonce ensuite qu’un conseil municipal aura lieu le 3 juillet prochain : « Si les choses n’avancent pas trop mal, nous pourrons avoir des éléments sur la programmation et le financement possibles ».

Le commentaire de BBB : Pourquoi tant de hâte, alors que la procédure MECDU prend au minimum dix-huit mois ? Veunac a visiblement quelque chose à faire voter le 3 juillet prochain mais se garde bien d’expliquer à ses conseillers ce qu’il a en tête. Nous y reviendrons.

Loup n° 4 : la phrase de trop (105e minute)

Calme et posé, comme à son habitude, Édouard Chazouillères demande au maire de préciser le calendrier des travaux. Entre les dix-huit mois de la procédure MECDU puis le dépôt spécifique des permis de construire, il faut compter deux ans au minimum. Raisonnablement, on peut donc envisager les premiers coups de pioche fin 2020 voir mi 2021. Agacé, Veunac ne dément pas mais ajoute : « Tout ce qui pourra avancer avant cette date avancera ».

Le commentaire de BBB : Avec cet aveu, qui relève sans doute plus de la maladresse que d’une confidence délibérée, on arrive sans doute au cœur du dossier Aguilera. Lors de la conférence de presse de présentation de l’équipe, le président du BO Jean-Baptiste Aldigé s’est montré étonnamment calme, alors que le retard de deux ans sur le projet, implique que le famille Gave remette au pot trois millions d’euros, somme qui correspondra probablement au déficit du club pour les deux saisons à venir. Qu’est-ce qui se cache donc derrière ce « Tout ce qui pourra avancer » ? Les Biarrots aimeraient le savoir, un maire étant garant de la loi et ne pouvant autoriser des travaux sans permis de construire.

Loup n° 5 : Veunac s’abrite à nouveau derrière l’Agglo (107e minute)

Dans une intervention de très haute volée, Nathalie Motsch déplore qu’on ait « vendu du rêve aux Biarrots » et estime « qu’on ne décide pas à dix mois des élections municipales de ce que sera Aguilera » Il semble assez logique en effet que ce soit l’équipe élue pour six ans en 2020 qui prenne en charge ce dossier. Nathalie Motsch revient aussi sur la stratégie prévue et affirme qu’il est impossible de regrouper dans une seule procédure des modifications qui relèvent de l’intérêt général avec les logements sociaux et d’autres qui sont d’ordre commercial avec la création de boutiques dans l’enceinte sportive. Visiblement Veunac n’a cure de ces propos et réitère : « Moi les conseils que j’ai, ce sont ceux de l’Agglo. Ils ont mis trois semaines pour me répondre ».

Le commentaire de BBB : Avant le très précipité conseil municipal du 3 juillet, nous espérons pouvoir avoir les réponses. Veunac se conforme-t-il comme il le dit aux desiderata de l’Agglo ou cherche-t-il à faire, comme semble le penser Nathalie Motsch, un paquet-cadeau d’Aguilera, la construction de logements sociaux et l’aménagement de l’enceinte sportive devenant indissolublement liés.

Un nouveau bail emphytéotique le 3 juillet prochain ?

Motsch et Chazouillères se retrouvent dans la détestation des méthodes du duo Veunac et Lafite.

Comme les lecteurs pourront le constater, ce conseil municipal relevait donc plus d’un spectacle de prestidigitation que d’une assemblée de sages où l’on débat en toute transparence. Le courage des élus qui ont flairé le piège, en votant contre comme Hervé Boissier, en s’abstenant comme Maialen Etcheverry, ou en refusant de participer au vote comme Nathalie Motsch doit être salué. Trop de dissimulations cachent à l’évidence un plan d’ensemble, comme dans le cas de l’Hôtel du Palais, que l’on se refuse à dévoiler aux élus.

Bisque, Bisque, Basque ! va donc avancer quelques hypothèses, à charge pour le maire de rassurer les élus et les citoyens biarrots, si elles s’avèrent de pures élucubrations.

Quand Lafite parle, Françoise Mimiague est visiblement passionnée.

Veunac n’a pas dit pourquoi il convoquait à une date tout à fait inhabituelle les élus. On va le savoir sous peu, mais je verrais bien une extension du bail emphytéotique alloué au BO et comprenant toute la zone où des réaménagements sont prévus. Ainsi, les modifications prévues ne seraient plus du ressort de la Ville et tout pourrait aller beaucoup plus vite. Et s’il se trouve un opérateur – au hasard Pichet – qui accepte de faire les travaux sans que cela ne coûte un sou aux Biarrots, pourquoi se priver. Et si, au terme d’un appel d’offres en bonne et due forme, Pichet était retenu pour construire les logements sociaux d’Aguilera – le hasard fait si bien les choses parfois ! -, alors tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes et au final on se retrouverait tout près du projet initial voulu par la famille Gave. Comme l’a dit Jean-Baptiste Aldigé lors de sa conférence de presse « les travaux à Aguilera ont déjà commencé avec l’aménagement de Bender et du stade d’athlétisme »

Toutes ces hypothèses ne sont peut-être que pure construction d’esprit. On va pouvoir très vite vérifier dans les jours à venir si l’Agglo et Veunac marchent main dans la main et si les procédures publiques vont être respectées.

Mais, avec des Veunac et Lafite qui depuis 2014 n’ont cessé de mentir, de ruser ou de louvoyer, comment ne pas avoir envie de crier au loup à chaque dossier qui se présente ?

Arosteguy-Chazouillères, un ticket intéressant

Au lendemain de ce conseil municipal, Maïder Arosteguy a annoncé qu’elle serait candidate pour 2020, ce qui ne constitue pas une véritable surprise. Ce qui est intéressant en revanche est de voir que tous les candidats opposés à Veunac, que ce soit Barucq, Motsch ou Maïder semblent décidés à faire de la morale publique leur cheval de bataille. Après les dernières années de Borotra et le calamiteux mandat du duo Veunac-Lafite, il était plus que temps ! Maïder Arosteguy a choisi le sympathique Thomas Habas comme directeur de campagne et s’est montrée très entourée lors de sa conférence de presse. On notait en particulier la présence de Philippe Domège, de Jean-Bernard Pinatel ou de son épouse Anne Laffolé-Pinatel. Mais c’est surtout Édouard Chazouillères qui aura marqué les esprits avec une intervention très musclée sur le respect : respect des institutions, respect des lois, respect des élus et de l’opposition. Nul doute qu’avec le dossier Aguilera, qui ne semble pas tout à fait dans les clous de l’orthodoxie, en matière de règles publiques, Édouard va avoir beaucoup à dire.

Chazouillères, belle gueule et ironie mordante

Courtois et pondéré, l’ancien adjoint au commerce manifeste beaucoup de talent pour les petites phrases et estime que « Veunac fait le mandat de trop ».

Le rendez-vous, pris au Royalty, tient un peu de retrouvailles entre adversaires de rugby qui partagent une bière après s’être sérieusement chamaillés pendant le match. En 2014, alors qu’il était le directeur de campagne de Michel Veunac, Édouard Chazouillères avait lancé, au détour d’une conversation « off » avec un journaliste, à propos de ceux qu’il pensait « monter une affaire » contre son candidat, « ils finiront, comme disait l’autre, sur un croc de boucher » en référence aux propos privés rapporté de Sarkozy à l’endroit des instigateurs de l’affaire Clearstream ». Déjà la dent dure ! Il reconnaît un propos malheureux, une envolée bravache, une imprudence, bref un écart de jeunesse. Depuis, alors que nous ne nous connaissions pas, nous nous sommes parlés… et appréciés, car Édouard Chazouillères est très politique et réfléchi.

Le jour de sa démission de son poste d’adjoint.

Visiblement l’ancien adjoint, malgré sa démission de son poste au commerce, a marqué les esprits, car les électeurs locaux demandent souvent de ses nouvelles ou s’interrogent sur ses intentions en 2020. « Je ne suis pas très surpris que les Biarrots se retrouvent dans mes préoccupations actuelles. Le rôle que je me suis fixé depuis ma démission et ce, jusqu’à la fin du mandat, est d’être, avec d’autres, dans une vigilance totale vis-à-vis des décisions mauvaises voire litigieuses du maire. 
Ceci dit, repérer, dénoncer et rattraper les bêtises de Veunac, cela devient un job à plein temps ! ». On l’a vu récemment avec son action pour obtenir l’annulation in extremis de la subvention de 100.000€ au festival brésilien de Vincent Cassel Onda Carioca.

La conversation roule sur la liste élaborée par le futur maire au soir du premier tour de 2014 et sur les nombreux talents qu’elle recelait, talents qui ont tous à un moment ou l’autre décidé de démissionner de leurs fonctions. « Le bon manager, c’est celui qui recrute des meilleurs que lui et qui n’en a pas peur ». Michel, pourquoi tu tousses ?

Depuis sa démission, Chazouillères affirme que ses rapports avec le maire confinent au « néant absolu » et ajoute « qu’ils étaient déjà proches de zéro avant sa démission ! » Curieusement, Michel Poueyts qui lui a succédé au commerce ne l’a jamais contacté sur le moindre dossier. Parce qu’il est omniscient ou parce qu’il ne fait rien ?

« Il faut établir des règles saines »

 Chazouillères ne veut pas épiloguer estimant que « comme c’est, hélas, souvent le cas chez les maires – Veunac fait le mandat de trop », ce qui est particulièrement cruel si l’on se souvient que Veunac en est à son premier mandat de maire. Quant aux rares élus qui suivent inconditionnellement le maire, ils ne trouvent pas plus grâce à ses yeux : « Tous les élus, non démissionnaires, issus de la majorité sont solidaires du maire et comptables de son bilan et par conséquent, étant donné la médiocrité de ce mandat, aucun élu sortant ne dispose, à mes yeux, de la légitimité pour prétendre à la fonction de Maire en 2020. »

On ne saurait être plus clair. Édouard Chazouillères veut se projeter au-delà de 2020 : « Je n’ai aucun regret sur ce qui s’est passé. Je vais travailler pour que le ou la future maire soit l’antithèse de ce qu’a été Veunac. Il faut que l’élection de 2020 permette de changer totalement le système. Changer le système pour remettre le citoyen au cœur de tout. »

Soudain passionné, l’ex-adjoint énumère tout ce qu’il faut changer : « Contrairement à ce qui se passe dans ce mandat, il faut établir des règles saines de respect de l’argent public, des lois, des citoyens, des élus et des salariés de la mairie » La démonstration se poursuit : « En France, le maire est le dernier élu à bénéficier encore de la confiance des citoyens. C’est extrêmement important qu’il participe, par son action, à préserver l’espoir que les citoyens croient encore en la politique et en leurs élus. Or on constate que très souvent le maire utilise les failles de la loi, des réglementations et des procédures, obligeant les services de la mairie à « tordre » ces règles, pour imposer ses vues politiques et ses choix personnels ». A la question « mais vous ne croyez pas que tous les maires font un peu cela ? », Chazouillères répond « si des maires le font c’est fort dommage ! Car je crois foncièrement qu’un élu, et qu’un maire en particulier, doit scrupuleusement garantir la bonne application des procédures et des lois ; sinon on accroît la crise du politique et les citoyens finiront par ne plus croire en personne. Regardez l’exemple de l’attribution de la subvention à Onda Carioca dans l’irrespect total des procédures pourtant imposées à l’ensemble des associations de la ville ; c’est l’iniquité totale, résultat les dirigeants d’association sont en colère et n’ont plus ni confiance ni respect pour la mairie. »

Clairement visés, les dossiers du Palais mais aussi d’Aguilera, « le plus gros échec de la mandature ! Cinq ans que ça devait avancer et ça n’a pas bougé d’un pouce ! ». L’embarras du maire face au projet porté par Jean-Baptiste Aldigé et le promoteur Pichet ne le surprend pas : « Quand un maire n’avance pas, qu’il ne fait pas émerger de projets, un investisseur, lui, avance avec son projet, projet qui est du coup subi et qui ne correspond pas tout à fait à ce que le maire aurait imaginé ». Sur la conduite de ce dossier, l’élu n’a pas le moindre doute : « La gestion du foncier public relève de la compétence de la Ville. Le projet doit être retravaillé avec le porteur de projet sous la direction de la Ville et en respectant les règles qui régissent la vie publique.» Voilà qui est clair.  

« Oui, je soutiendrai un ou une candidate »

 Avec des idées aussi précises, est-ce une future tête de liste pour 2020 qui parle ? Édouard Chazouillères réfute catégoriquement l’hypothèse, car «  mes priorités sont familiales et professionnelles ». Passionné de vie publique, Édouard Chazouillères ne s’imagine pourtant pas sans mandat : « Oui, je serai derrière un ou une candidate, je discute en ce moment avec les prétendants ». Une façon de faire monter les enchères ? L’hypothèse est balayée d’un revers de main et, sans complexe aucun, l’ancien adjoint détaille les qualités et défauts de chacune des supposées têtes de liste.

« Nathalie Motsch ? J’apprécie son esprit critique. Je lui reconnais un certain talent et le sens de la communication, quand elle n’en fait pas trop… Je goûte moins le rôle qu’elle tente de jouer depuis quelques temps de critiqueur en chef avec beaucoup d’effets de manches ; c’est un peu le nouveau Saint-Cricq…en jupon !» Bien évidemment, le Saint-Cricq évoqué est celui qui s’est opposé pendant quatorze ans aux maires de Biarritz et non celui qui vient piteusement de se rallier à Veunac.

Le défilé continue : « Guillaume Barucq ? J’aime sa fraîcheur, son côté rêveur, son écoute, sa simplicité. En politique, il en faut. Il faudra clarifier quelques points pour travailler ensemble. » Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes des Bisounours ? « J’aime le Guillaume habituellement anticonformiste. J’aime moins celui qui met un costume et une cravate pour accueillir Macron ! 

 Reste Maïder dont la rumeur le dit très proche : « Maïder Arosteguy ? J’apprécie sa personnalité, son relationnel, sa grande qualité d’écoute et notamment sa capacité à prendre l’avis des uns et des autres et d’entendre des positions parfois très opposées à la sienne avant de décider. Elle connaît par cœur Biarritz et pour les électeurs, s’appeler Barucq ou Arosteguy ça compte».

Édouard évoque aussi François Amigorena: « C’est un talent et nous avons eu  une certaine complicité depuis le début du mandat. Les Biarrots ne savent pas par exemple que nous sommes à l’origine tous les deux de la mise en ligne des conseils municipaux, en ayant, dans la lancée de la campagne, contacté un prestataire de service alors que Veunac y était dans un premier temps opposé, nous lançant un « Hors de question ! » et souhaitait que la décision (de ne pas diffuser les conseils) passe par le service communication ; avant de s’y résoudre sous notre insistance appuyée par d’autres collègues élus.». Les Biarrots, qui ont pu mesurer sur Internet l’étendue du désastre à chaque conseil, seront donc éternellement reconnaissants aux deux larrons d’avoir réussi à obtenir la publicité des débats.

Édouard Chazouillères poursuit une réflexion en solitaire avant de décider qui il va suivre.

En attendant 2026 et un duel qui pourrait, entre autres, opposer Édouard à François, est-ce qu’un front commun des opposants à Veunac et Lafite ne serait pas dans l’immédiat la solution pour ne pas subir le duo infernal six ans de plus ? Chazouillères lève les yeux au ciel, un peu résigné. Comme Bisque, Bisque, Basque !, il vient d’apprendre que Guillaume Barucq va annoncer sa candidature en juin et qu’il ira seul car il veut voir ce qu’il pèse politiquement.

« Pour avoir une chance de vaincre, il faudra s’allier au soir du premier tour mais il faudra travailler les choses en amont et surtout se respecter pendant la campagne. Chacun va vivre sa vie et présenter son projet, ce qui n’est pas inintéressant ».

 Édouard Chazouillères évoque les élections de Hollande ou de Macron et estime que les surprises sont nombreuses en politique. Pour lui, rien n’est encore joué pour 2020, le G7, suivant qu’il se déroule bien ou mal, pouvant considérablement changer la donne. Alors qu’il n’est plus membre d’aucun parti, l’ancien adjoint reste passionné par la chose publique : « Mon engagement politique, je le vois au niveau local et sur la durée. Je n’ai pas d’ambition particulière, je n’ai pas de plan de carrière – c’est ce que je combats en politique – mais si je peux être utile, je m’impliquerai. À quel poste, je n’en sais rien, mais ce que je veux éviter, c’est que les mauvais ne l’emportent ! »

Vaste programme, comme aurait dit De Gaulle !

Enfin des places gratuites pour les Biarrots !

Sur le parking de la Côte basque, trois places sont réservées aux « Acteurs économique » (Sic !) Comme si les Biarrots n’en étaient pas eux aussi.

Tous les dictionnaires consultés sont unanimes : un acteur économique est quelqu’un qui participe financièrement à la vie d’un pays, d’une ville ou d’une entreprise. Vous n’en aviez sans doute pas conscience, mais, si vous achetez chaque jour votre baguette de pain ou votre journal à Biarritz, vous êtes donc un acteur économique de cette ville. Une ville où la question du stationnement a l’art de susciter des crises d’urticaire chez les Biarrots depuis un peu plus d’un an et l’arrivée de Streeteo.

Tandis que l’adjoint aux Finances, surnommé « La Faillite nous voilà ! », se frotte les mains publiquement en conseil municipal et est bien le seul à se féliciter – « L’argent rentre ! » -, les commerçants constatent avec effarement que les clients boudent de plus en plus le centre-ville pour aller déjeuner par exemple à la Chambre d’Amour d’Anglet, bondée pendant les vacances de février, tandis que les rues de notre ville offraient des places en veux-tu en voilà.

« La Faillite nous voilà! » a le sourire : les commerces meurent mais l’argent rentre grâce à Streeteo.

La mairie aurait-elle été soudain prise de remords ? Depuis un peu plus d’un mois, fleurit à nouveau sur le parking de la Côte des Basques une étrange inscription que le sagace photographe Daniel Velez avait déjà remarquée l’an passé, à la fin de la saison estivale : « ACTEURS ECONOMIQUE ».

Les mauvais citoyens qui la ramènent toujours vont se gausser de la faute d’orthographe commise par la mairie, alors qu’un minimum de réflexion leur aurait permis de réaliser le souci de l’argent public manifesté par ceux qui nous dirigent. S’il manque un S à « ECONOMIQUE », c’est uniquement parce que le préposé de service n’avait plus de peinture et que dans sa grande sagesse « La Faillite nous voilà ! » a refusé l’achat d’un nouveau pot après les 75 millions d’euros, et plus si affinités, engloutis dans la rénovation de l’Hôtel du Palais.

Les râleurs noteront aussi que des barrières ont été érigées sur ces trois places réservées sur le parking de la Côte des Basques, pour qu’elles ne soient pas occupées par n’importe quel acheteur exhibant sa baguette du matin et s’affirmant acteur économique.

Bisque, Bisque, Basque ! invite donc tous les Biarrots à écrire à la mairie pour revendiquer l’usage de ces places. Connaissant la promptitude avec laquelle Veunac répond à toutes les demandes de ses concitoyens, et le refus de tout passe-droit manifesté par la majorité en place, nul doute si votre demande est rejetée que vous saurez sous peu qui sont les bénéficiaires de ces places ultra-privilégiées.

Les élucubrations de Delalonde

Dans la Semaine du Pays basque du 17 mai, le propriétaire du château Boulard explique que la villa Sion lui revient de droit. Bisque, Bisque, Basque ! se fait un plaisir de lui répondre.

Quand on n’a pas de terrain, il suffit d’avoir des amis. C’est sans doute ce que s’est dit l’acquéreur du château Boulard.

Documents à l’appui, le grand ami du maire Pierre Delalonde qui, malgré ses promesses s’est bien gardé de répondre à Bisque, Bisque, Basque ! quand ce blog a évoqué les curieuses conditions de vente de la villa Sion, demande une tribune libre à La Semaine du Pays basque (17/5) pour donner son point de vue. Et là il évoque sans rire « l’ensemble architectural » construit en 1881, la villa et le parc cédés à la Ville pour un euro, avant de sortir l’arme suprême : ce grand philanthrope trouverait normal qu’on lui revende à ce prix-là, car il souhaite « présenter ce patrimoine biarrot à l’occasion du G7 ». Ému par tant de générosité mal comprise, Bisque, Bisque, Basque ! s’est donc fendu d’un courrier de soutien inconditionnel à l’homme d’affaires publié dans le numéro de La Semaine du 24 mai. Vous le trouverez ci-dessous.  

Les charmes de l’ancien Régime

Pierre Delalonde est totalement convaincant : la Ville doit s’empresser de donner au propriétaire du château Boulard la villa Sion et le parc pour un euro, afin qu’il puisse présenter cette merveille architecturale aux invités du G7.

Chaque vendredi matin, et c’est une raison pour laquelle je l’achète, La Semaine me fait penser à cette vieille publicité pour un grand magasin parisien : « On trouve tout à La Samaritaine ». Merci donc à Pierre Delalonde, ou plutôt à son porte-plume Alan Abeberry, pour les horizons insoupçonnés qu’ils m’ont ouverts grâce à leur tribune libre « Histoire de château » où ils s’expliquent sur le château Boulard, leur appartenant, et sur la villa Sion appartenant à la mairie.

Grâce à eux, en effet, ma vie va changer du tout au tout : je vis dans une ancienne maison basque, en compagnie de quatre autres copropriétaires. Mais je possède tous les documents prouvant qu’au moment de la construction du bâtiment, en 1929, un seul propriétaire occupait l’ensemble. Un tour au cadastre m’a aussi appris que cette maison à cette époque était cernée par 8 hectares de terres agricoles.

Suivant le raisonnement du « spécialiste de l’immobilier » Pierre Delalonde, je vais donc demander l’expulsion immédiate des quatre autres copropriétaires et aux services de la Ville de raser les maisons environnantes qui me gâchent le paysage.

Michel Veunac cherche à vendre la villa Sion 980 000 fois le prix que propose Pierre Delalonde : 1 euro.

La démonstration est limpide : en 1881, la villa Sion qui faisait face au Château Boulard servait de salle d’étude et de gymnase aux enfants des propriétaires. En 1975, la société « Château d’Arcadie » a cédé pour un franc symbolique la villa Sion et le parc à la Ville, avant de vendre en 2015 le château Boulard au sémillant Delalonde. Avec tellement peu de terrain autour que les services de sécurité ont retoqué le projet du promoteur d’accueillir du public en son château.

Il faut donc redonner à cet ensemble sa splendeur architecturale passée en rendant à Delalonde ce qui appartient à la Ville.

Des esprits chagrins, lors d’un mémorable conseil municipal, s’étaient plaints de la mise à prix très faible de la villa Sion à 980 000 euros. Les faits démontrent que le maire, Michel Veunac, défend ses administrés, puisqu’il a osé proposer la villa Sion et le parc pour 980 000 fois le prix estimé par le défenseur du patrimoine Delalonde qui se dit prêt à racheter le tout pour un euro. Étonnez-vous après que l’affaire ait capoté ! Et encore ce grand timide de Delalonde n’a pas osé demander pour l’instant la destruction aux explosifs des cinq où six maisons bâties à l’emplacement de l’ancienne cour du château.

L’argument avancé tient la route et va faire taire les plus sceptiques : la société du promoteur « désire présenter ce patrimoine biarrot à l’occasion du G7 ».  Et le garder ensuite !

Nous invitons donc tous les Biarrots nostalgiques de l’Ancien Régime et fort désireux de faire plaisir au « monarque Macron » et à ses pairs de se plonger dans leur grimoire et d’exiger de la Ville que leur bien soit remis en l’état tel qu’en 1881…

… Après tout, pourquoi Delalonde serait-il le seul à faire des efforts en acceptant la lourde charge de gérer le jardin public et la villa Sion tout en déboursant un euro ?

Lire aussi :

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https://jeanyvesviollier.com/2018/10/03/retour-sur-un-sympathique-arrangement-entre-amis/

https://jeanyvesviollier.com/2019/04/16/veunac-ne-fait-meme-plus-semblant/

Chez les Borotra, on se fait des chèques mais on ne se parle pas

Le système de défense de Didier Borotra pour justifier l’engagement de sa fille à la Cité de l’Océan a paru bien fragile devant la Cour d’appel de Pau.

À la sortie de l’audience, Didier Borotra discute avec quelques soutiens.

Comment reconnait-on quelqu’un qui sort du tribunal, lorsqu’on déambule dans les rues commerçantes de Pau ? À ses oreilles qui traînent par terre de fatigue après quatre heures d’audience ! Entre l’intention et l’action, on le sait, il y a parfois comme un léger décalage. Le maniement du micro, contrairement à la publicité des débats, n’est visiblement pas inscrit au programme des facultés de droit, ce qui est bien dommage.

Si la présidente de la chambre d’appel de Pau, Anne Dufau, captant les signaux de désespoir des nombreux journalistes et membres de l’association RamDam 64-40 venus à l’audience, a fait de louables efforts pour que l’assistance puisse suivre les débats, il n’en a pas été de même de ses collègues masculins, l’avocat général Dominique Boiron ou les avocats de la défense Daniel Lalanne, Jean-Baptiste Bordas ou Alain Astabie, qui, sans doute victimes de quelques poussées de testostérone, se sont sentis obligés de déambuler de long en large devant leurs micros ne permettant de comprendre ce qu’ils disaient que par éclipses. Heureusement, l’histoire racontée à la barre par Didier Borotra, sa fille Sophie et l’ex-directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel est tellement croquignolette que les journalistes ont pu reconstituer toutes les « perles » qui ont jalonné l’audience.

On prend les mêmes et on recommence

Parfois, entre le procès en correctionnelle et celui en appel, les versions évoluent. Parfois les prévenus décident de s’accrocher à leur version, ce qui a été le cas, hier à Pau. D’où un grand sentiment de redite pour ceux qui avaient assisté en janvier 2017 au procès correctionnel à Bayonne où les trois prévenus avaient été relaxés de prise illégale d’intérêt et complicité de prise illégale d’intérêt, avant que le procureur ne fasse appel de la décision.

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/01/les-borotra-ces-grands-pudiques/

Seule différence notable, Didier Borotra a paru beaucoup moins flambant qu’il y a deux ans, même si avec ses longs monologues il a souvent agacé les magistrats, tandis que Sophie Borotra et Françoise Pautrizel se sont montrées plus combattives qu’en 2017. Il faut dire que la tâche était rude pour les prévenus : expliquer comment Sophie Borotra, quelques jours après avoir créé son auto-entreprise, a pu signer en septembre 2013 un contrat avec la directrice de la Cité de l’océan, Françoise Pautrizel, sans que son père qui était maire de la Ville et président de la Société d’économie mixte ne soit informé par l’une ou l’autre.

« Guerre civile » à Biarritz

L’argument avancé par Didier Borotra qui aurait découvert « incidemment » en décembre 2013 que sa fille travaillait depuis deux mois à La Cité de l’Océan va faire sourire plus d’un Biarrot. Selon les dires de l’ex-maire « la tension était telle entre ses trois adjoints tous candidats à la mairie » qu’il était pris jour et nuit par « le climat de guerre civile » qui régnait à Biarritz. Les Biarrots ne se souviennent pas avoir vu des chars ou des hommes en armes sillonner les rues de la Ville, mais si notre ex-bon maire le dit…

Et s’il a laissé le contrat de sa fille courir après l’avoir découvert tardivement, c’est uniquement pour ne pas ajouter du trouble au trouble. Une version qui ne convainc nullement l’avocat général Boiron qui demande pourquoi le contrat de Sophie Borotra a alors été renouvelé en mars 2014, passant de 11 000 euros à 24 000 euros, trois semaines avant le retrait définitif de la vie publique du maire.

Grand moment de solitude pour Didier Borotra. Et grands moments de solitude ensuite pour Sophie Borotra et Françoise Pautrizel, la première expliquant que son immense carrière professionnelle justifiait tout à fait ce poste tandis que la seconde, de lin blanc vêtu, affirmait ne pas avoir vu le problème en engageant la fille du maire.

Des affirmations qui ne résistent pas toujours très bien aux investigations menées par la Police judiciaire en novembre et décembre 2015 qui a pu établir que le compte de Sophie Borotra était alimenté de « manière non négligeable » par ses parents au titre de la « solidarité familiale » comme l’a déclaré Didier Borotra aux policiers puisque leur fille récemment revenue d’Amérique du Sud se trouvait sans emploi. Miracle, au moment où elle démarre son activité à la Cité de l’Océan et alors qu’elle n’a officiellement pas informé sa famille de son activité, les parents, avec cet instinct infaillible dès lors qu’il s’agit de leur progéniture, réduisent considérablement la voilure financière pour que leur fille, désormais accablée par un terrible labeur dont on n’a retrouvé nulle trace écrite conserve sensiblement les mêmes revenus. Tout ceci n’est-il pas admirable ?

Sophie la grande muette

Sophie Borotra avec son conseil, maître Jean-Baptiste Bordas.

C’est le moment que choisit fort subtilement la deuxième conseillère Viviane Peyrot pour interroger Sophie Borotra sur ses relations avec ses parents. Un ange passe, car Sophie Borotra voit bien le piège qui lui est tendu : « On ne se voit pas tous les jours, on ne se téléphone pas. Mon père est un bon communicant ici mais pas forcément avec ses proches… Je ne lui ai pas dit d’ailleurs il y a un an que j’avais trouvé un poste à Pau » Autrement dit, si Didier Borotra et Sophie se sont chaleureusement embrassés au bar du Palais et ont mangé ensemble avant l’audience (juste à mes côtés pour leur plus grand plaisir !) c’est uniquement pour amuser la galerie. La réalité c’est que papa fait des chèques à sa fille mais ne parle jamais de rien avec elle et qu’il ne lit pas non plus les journaux puisqu’il ignorait que son grand copain François Bayrou avait nommé sa fille directrice des halles de Pau. On est prié de le croire.

« Des trucs qu’on fait en deux heures de temps »

Il a tout d’un gros chat paisible et endormi, alors qu’il surveille sa proie sous sa paupière mi-close. S’il n’impressionne pas par son physique, l’avocat-général Dominique Boiron doit compter quelques concours d’éloquence à son actif, car il possède à l’évidence l’arme fatale des prétoires, le mot qui tue. Au point que les trois avocats de la défense après son intervention, pédaleront comme des coureurs du Tour de France pour tenter d’estomper son intervention et déploreront unanimement « la férocité » du réquisitoire.

D’entrée l’avocat général note « qu’il se passe de drôles de choses sur la Côte basque et qu’un certain nombre d’élus locaux se croient tout permis » estimant que c’est « se moquer du monde » quand on est sénateur et qu’on fait la loi de ne pas savoir qu’une convention avec une personne doit être soumise à l’autorisation du conseil d’administration. Dominique Boiron évoque ensuite le rapport de la Chambre régionale des Comptes et les anomalies constatées à propos de la Cité de l’Océan puis s’étonne que « le tribunal de Bayonne ait avalé la couleuvre » en relaxant les prévenus. Pour lui, « personne n’a été impressionné par la compétence de Madame Borotra. Madame Pautrizel qui cherchait à faire des économies est tombé par hasard sur Madame Borotra, alors qu’il existe 210 cabinets de conseil et gestion à Biarritz » L’avocat général note aussi que le contrat en lui-même ne contient pas la moindre contrainte imposée. Quant à la réalité du travail effectué « des économies sur le téléphone et l’assurance », il se déchaîne : « Des trucs qu’on fait en deux heures dans un bureau deviennent l’essentiel de la mission de Madame Borotra ! » estimant même qu’on est « dans la logique du site les furets.com qui consiste à gagner quelques euros. »

Fort logiquement, tandis que les avocats de la défense s’efforcent de démontrer que le jugement de relaxe à Bayonne était parfaitement équitable, l’avocat général réclame 12 mois de prison avec sursis et 35 000 euros d’amende pour Didier Borotra, avec interdiction des droits civiques pendant cinq ans, 4 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour Sophie Borotra et Françoise Pautrizel.

La décision sera connue le 29 août prochain.

Deux grands absents à ce procès

Depuis 2015 Didier Borotra et Guy Lafite ne s’aiment plus et ils ont quelques raisons pour cela. C’est en effet notre grand argentier en pull cachemire qui aurait paniqué et informé Sud Ouest que derrière l’agence AGC se cachait Sophie Borotra. Le procès-verbal d’audition de Madame Pautrizel est très éloquent. Si elle affirme ne pas avoir informé Didier Borotra du recrutement de sa fille, elle est très claire, en ce qui concerne le nouveau maire annonçant avoir prévenu Michel Veunac, devenu président de la SEM Cité de l’Océan, de la situation dès son élection.

Dans ces conditions, puisque le contrat a continué pendant presque un an, alors que tout prouve que Michel Veunac et Guy Lafite étaient parfaitement informés, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas été inculpés de complicité de prise illégale d’intérêt.

Et si les deux compères ne savaient pas que Sophie Borotra travaillait pour la Cité de l’Océan, comme ils l’ont dit à l’époque dans Sud Ouest, ces deux élus soucieux des deniers publics auraient dû se porter partie civile pour réclamer au nom de la Ville le remboursement des deniers indûment perçus.

Mais « Mimi-La-Malice » et « La Faillite-nous-voilà !»  sont tellement occupés à cajoler Macron qu’ils n’ont plus le temps de rien… Et puis, avec 35 000 euros, on fait quoi de nos jours ?

Sur le sujet, lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/02/contrat-de-sophie-borotra-veunac-savait/

https://jeanyvesviollier.com/2018/12/09/didier-borotra-lhomme-a-qui-on-cachait-tout/