Un monde avec des pommes rondes et des ballons ovales

Crise passagère ou durable pour le rugby à XV ? Edmond Lataillade, Jérôme Thion, Soso Puleoto, Richard Tardits, Robert Rabagny et Benoît Baratchart donnent leur avis mercredi prochain.

En 1974, un espèce d’allumé, agronome de profession, se présentait aux élections présidentielles en même temps que Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing, Mitterrand, ou Laguillier. René Dumont se distinguait des autres candidats car il était le seul à se présenter devant les Français en pull… et avec une pomme sur le pupitre.

Le rugby et la politique étaient déjà à cette époque là mes deux grandes passions. Tocard assumé, je remplaçais la qualité par la quantité, disputant parfois trois matches par semaine, le jeudi avec l’université de Paris 1, le dimanche avec le SCUF et parfois le samedi avec des copains en corpo. Une gloutonnerie rugbystique impossible de nos jours où le niveau physique est autrement intense.

Originaire d’un milieu paysan et ancré dans l’idée que la terre nourrirait toujours ses enfants, René Dumont m’avait sidéré en montrant la pomme posée sur le bureau et en annonçant qu’un jour on pourrait se retrouver sur une terre où ce fruit aurait disparu. Une idée qui me paraissait ahurissante ainsi qu’à nombre de Français puisque ce précurseur des écologistes n’avait totalisé qu’1,32 % de suffrages. Quarante ans plus tard la prédiction de René Dumont, décédé en 2001, apparaît terriblement d’actualité.

Et comme la vie est une vaste blague, quatre cents matches officiels plus tard, chiffre estimé des rencontres que j’ai dû disputer, puisque j’ai joué jusqu’à trente-neuf ans, me voilà maintenant presque au même âge que René Dumont en 1974.

Le rugby est toujours ma passion, mon emploi du temps actuel est toujours organisé en fonction des matches et, comble du ridicule, j’ai demandé à mon épouse si je pars le premier d’être enterré avec un ballon de rugby. J’espère de toutes mes forces me tromper sur « mon » sport, mais le rugby à XV avec ses contradictions, ses incapacités à se réformer, ses règles qui ne sont plus les mêmes suivant les niveaux… et la concurrence du VII, me semble en grand danger et susceptible de disparaître. C’est pour cette raison que j’ai écrit « Rugby en péril ». Et pour ma descendance, je ne peux que souhaiter un monde avec des pommes rondes et des ballons ovales.

Avec la gentillesse qui les caractérise, Edmond Lataillade, mais aussi Jérôme Thion, Soso Puleoto, Richard Tardits, Géronimo Rabagny et Benoît Baratchart ont accepté de participer à un débat, mercredi prochain à 18h30 au Txik Txak, à côté du Jai Alaï d’Aguilera pour savoir si la télé (« Les payeurs ont toujours raison » ) est dans son droit de dicter le calendrier aux clubs à la veille du derby Aviron-Biarritz que tout le monde aurait souhaité voir jouer un dimanche, et pour tenter de voir si le rugby à XV traverse une crise passagère ou durable.

L’entrée est bien évidemment gratuite et le monde du rugby attendu. La dédicace de « Rugby en péril », en vente sur place, sera possible après le débat. Avec un stylo rouge pour les Biarrots, bleu ciel pour les Bayonnais et de la couleur de votre choix pour tous les autres…

 

Un « touriste » a-t-il le droit à la parole?

Touriste et droit à la parole

Sous prétexte que l’on n’est pas né au Pays basque, il serait interdit de parler de l’endroit où on vit? Dangereuse dérive!

Jacky Laborde a l’habitude de solliciter les médias et c’est à son honneur. Après de nombreux échanges courtois avec Bisque, bisque Basque!, en particulier sur des containers remplis de déchets nucléaires largués dans le gouf de Capbreton, son sang d’ancien joueur du BO n’a fait qu’un tour à l’annonce de la sortie de « LA CON-FUSION » et d’un débat sur le rugby, organisé chez Jérôme Thion. Et, comme vous pourrez le constater dans son mail tout y passe. Depuis une réaction sur ce qu’il imagine du livre, qu’il n’a visiblement pas lu, jusqu’à un commentaire sur le « touriste » que je suis qui ne devrait pas s’intéresser à la vie locale… sauf quand on lui demande! Sans réaliser que c’est précisément ce sentiment que seuls les Français d’origine hexagonale ont le droit à la parole qui est en train de conduire notre pays aux violences que nous connaissons. Qu’on se rassure : je ne connais pas du tout Monsieur Laborde, mais je suis persuadé que c’est un mec bien avec qui je boirais volontiers un verre, pour le plaisir de l’entendre me parler du BO d’autrefois. Après notre échange de mails, l’auteur s’est excusé de m’avoir blessé et j’accepte bien volontiers ses excuses. Mais je ne résiste pas au plaisir de publier cet échange qui permettra peut-être à chacun de réfléchir sur « le droit à la parole » qu’il accorde aux autres.

 

Le mail de Jacky Laborde

Par respect pour tous les anciens qui « jouaient  » avec leurs erreurs manifestes et leurs brutalités insupportables mais avec toute leur âme pour une société  plus sociale!

Qui a protesté quand on a démoli les tribunes Henri Haget qui a fait pour le B.O.,…sur le terrain, mille fois plus que Blanco et Kampf réunis ? 

A vouloir foutre la M. on recueille la tempête et on vise l’exclusion, sinon l’ostracisme du « naïf de service »…

Halte à cette pseudo-animation! Vous ne savez pas de quoi vous parlez, chez les autres…! SVP!

Occupez-vous des 5600 PV – sautés sans poursuite par Borotra et le silence face aux 123 000 conteneurs de déchets nucléaires immergés par mes anglais dans la suite du Gouf de Capbreton  face à la Côte Basque! C’est mieux pour le touriste que vous êtes!

Jacky LABORDE, ingénieur-conseil-honoraire, ex-équipier premier-amateur et totalement bénévole du B.O.  Ex équipier premier-amateur-total du BO ( deux fois champion de France de rugby « aérien » et amateur total!) frère de Guy LABORDE, ex-joueur et dirigeant- entraineur équipe première de l’Aviron Bayonnais et champion de France lui aussi!)

La réponse de Bisque, bisque, basque!

Monsieur Laborde,

Alors que nous avions eu, jusqu’à maintenant, des échanges d’une totale courtoisie, je vous avoue que je suis plutôt dérouté par votre dernier mail et les contradictions qu’il recèle.

Mon métier de journaliste consiste à raconter des histoires vraies et si possible de manière plaisante. Vous faites visiblement partie de ces gens qui n’ont pas lu « La Con-fusion, Aviron-BO histoire d’une fusion ratée« , mais qui, grâce à leurs superpouvoirs et à leur omniscience, savent à l’avance ce qu’il y a dedans, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très scientifique comme démarche pour un ingénieur-conseil.

Sans nous prononcer véritablement sur le fond, à savoir si le BO et l’Aviron doivent ou non fusionner, nous avons pris le parti avec Dominique Mutio et Aïtana Design de rire des péripéties qui ont agité pendant deux mois le charmant pays où nous vivons. Les rugbymen sont en général des personnages truculents et qui ont de l’humour. Lors du débat de mercredi, Jérôme Thion l’a encore démontré. Ne me dites pas que vous êtes l’exception qui confirme la règle!

Car viennent ensuite dans votre mail les mots qui fâchent.

Je vous remercie vivement de vous préoccuper de mon activité journalistique et de décider, comme si vous étiez mon rédacteur en chef, des sujets que je dois traiter, à savoir les procès-verbaux de Borotra et les déchets du gouf. Pas de chance pour vous, « Y’a que moi dans mon parti« , je fais ce que je veux et à partir du moment où ce que j’offre aux lecteurs est gratuit, vous n’avez d’autre choix que de vous en contenter… ou de lire autre chose! Travaillant pour Bisque, bisque, Basque! à mes moments perdus, je n’ai ni le temps, ni les moyens, ni les connaissances scientifiques pour me lancer dans des investigations de plusieurs mois.

Et l’on en arrive à la contradiction suprême de votre mail : vous me reprochez, de façon fort blessante, d’être un « touriste« , c’est à dire quelqu’un qui doit regarder le paysage basque en silence. Dans le même temps, vous me demandez d’enquêter sur les sujets qui vous tiennent à cœur. Où est la cohérence dans tout cela?

Je n’insisterai pas sur cette curieuse conception de la démocratie qui voudrait que seuls les « natifs de » soient autorisés à parler de leur région tandis qu’un « étranger » comme moi, qui ne réside que depuis douze ans au Pays basque, n’aurait aucun droit. Notre pays est trop meurtri en ce moment pour que vous ne sachiez pas où peut nous conduire ce genre de dérive.

Alors, comme définitivement, je souscris au parti d’en rire, je vous rappellerai cette phrase d’Antoine Blondin, répondant à une lectrice qui s’étonnait qu’il ait écrit un article sur Le Moulin Rouge : « Madame, est-ce qu’il est obligatoire d’avoir des plumes dans le cul pour écrire sur ce sujet? »

Bien amicalement.

Jean-Yves Viollier

Branle-bas de débat chez Jérôme Thion

Aff-rencontre-Confusion-(2) (1)Que l’on regrette cette fusion ratée ou que l’on soit soulagé de l’échec, c’est le moment ou jamais de venir au soutien du porteur de ballon et de jouer groupé, mercredi 16 décembre, de 18h à 19h30 aux restaurant Les Coulisses, situé juste à côté de la Gare du Midi à Biarritz. Gentleman, sur les stades comme dans la vie, Jérôme Thion a la gentillesse d’accueillir tous ceux qui le souhaitent, du moment qu’ils sont membres du Parti d’en rire, le seul parti qui ne connaît jamais d’échec électoral. Et comme l’a dit avec beaucoup d’humour Christophe Berliocchi, dans son blog Côte basque people, les tampons seront peut-être rudes pendant le débat que j’animerai, mais les seuls coups échangés auront lieu au comptoir à la fin du match.

Amis bayonnais, vous qui avez eu la surprise de voir des maillots rouges et blancs manifester à vos côtés quand vous vous opposiez à la fusion, voilà un nouveau défi de taille à relever : êtes-vous capables de vous aventurer jusqu’au centre de Biarritz pour venir parler de ce rugby que nous aimons tous, que le maillot soit rouge et blanc ou ciel et blanc? Vous serez accueillis avec tout le respect que nous portons à votre club, et même si on évoquera une fusion à la con, les effusions seront sincères.

« Peut-on rire de tout et même du rugby?« , débat organisé par les éditions Atlantica au restaurant Les Coulisses, mercredi 16 décembre de 18h à 19h30. Entrée libre.