La France d’en haut et la France d’en bas

France du haut 01

Pendant que les footballeurs tricolores enthousiasment tout le monde…

Pierre Camou est un malin. Il sait que la situation financière de la fédération qu’il dirige s’annonce difficile dans les années à venir avec le projet de grand stade de rugby. En maintenant à la tête de l’équipe de France le trio Saint-Andésastre, Brut de Brut et Lagisquellemisère, le madré président est parfaitement conscient que ce ne sont pas les primes de match, accordées aux joueurs en cas de victoire, qui vont grever le budget de la fédération. Et comme la devise de la maison semble être  » On ne change surtout pas une équipe qui perd avec une telle constance « , on peut d’ores et déjà prendre le pari que les amoureux de l’ovale tricolore n’ont pas fini d’être malheureux pendant la prochaine Coupe du monde.

France d'en bas 03

… Nos rugbymen désespèrent même les plus mordus.

Mais que pouvait-on attendre au juste d’un staff qui se rengorgeait, la semaine dernière, de n’avoir pris « que » six points face à l’Australie, tout en en marquant zéro? Le Coq se contente de peu désormais, et la nouvelle fessée subie samedi, 39 à 13 et cinq essais à un, nous ramène à notre vrai niveau, si proche du zéro.

Heureusement, et même si Hugo Bonneval, genou en vrac, va en prendre pour six mois de pénitence, cette tournée nous aura amené quelques fort belles révélations. Non, je ne parle pas des joueurs, humiliés à trois reprises et visiblement perdus comme jamais sur le terrain, mais du bateleur en chef Éric Bayle, et de son incroyable capacité à nous faire prendre des ballons crevés pour des lanternes..

Coup d’envoi :  » Et c’est parti pour le match de la rébellion ! « 

Mi-temps (20-6 pour l’Australie) :  » Donnez-nous quelques signes d’espérance ! « 

66e minute (34-13 pour l’Australie) :  » Il faudrait bloquer le compteur à ce score ! « 

Mais quelle ambition, et quelle capacité à réduire la voilure en cas de gros temps! Voilà qui devrait lui permettre, au vu de sa verve, de succéder sous peu à Pierre Bellemare dans les émissions de télé-achat…

 Plus sérieusement, depuis 2011 Philippe Saint-André n’a rien montré, hésite, tâtonne tout en pleurnichant sur son infortune. Il n’a toujours pas trouvé son axe 2-8-9-10, à un an de la Coupe du monde. Guirado, Kaiser ou Swarzewski? Chouly ou Picamoles? Parra Doussain ou Machenaud? Et pour le poste de meneur de jeu Talès, Michalak, ou Trinh-Duc? Quelques chiffres donnent l’ampleur du désastre : au bout de trente minutes de jeu, les Wallabies avaient réalisé 39 courses balle en main et les Français deux ! Ces mêmes Bleus qui  » réussiront  » sur ce match 35 plaquages manqués, un chiffre qui vous condamne à la deuxième division internationale. Mais c’est un tel bonheur que de regarder cette équipe, joueuse, imprévisible  et déclinant son rugby à merveille, que ce serait vraiment dommage de ne pas garder Saint-André jusqu’au bout de son contrat!

Je ne suis vraiment pas un inconditionnel du foot et, en gros, je ne m’y intéresse que tous les quatre ans. Mais quel contraste entre l’inventivité et la joie de vivre des Tricolores en villégiature au Brésil, qui ont fait sauter la banque contre la Suisse (5-2) et le triste brouet offert par le XV bleu en Australie. Oui, l’équipe entraînée par Didier Deschamps va sans doute tôt ou tard payer son manque de métier, mais on vibre en les regardant s’amuser sur le terrain! Et l’on salive d’avance de plaisir, en se disant que cette très jeune équipe actuelle va s’aguerrir en Coupe du monde dans la perspective du championnat d’Europe 2016, qui se jouera… en France. Le Bayonnais Didier Deschamps, qui en connait aussi un rayon en matière de rugby, s’est sans doute souvenu, en laissant Nasri à la maison et en n’insistant pas pour que Ribery soit de l’aventure, des propos de Lucien Mias à Amédée Domenech :  » Tu es le meilleur de nous tous. Mais sans toi, nous sommes tous meilleurs. Aussi, tu ne joueras pas. « 

Quel contraste entre ce onze frais, sympathique et joyeux et ce quinze aux semelles de plomb qui vient de nous faire maugréer pendant trois semaines en Australie! Honoré de Balzac – un visionnaire qui avait compris ce qui attendait le XV de France en intitulant son roman  » Les illusions perdues « – avait opposé « la France d’en bas et la France d’en haut. » Rien n’est pire pour un amoureux du rugby, qui a emmagasiné des rêves de gloire pendant des décennies avec une équipe de France redoutée sur tous les terrains, que de découvrir qu’il fait désormais partie, contrairement aux fanatiques de football, de la France d’en bas, … celle qui n’y croit plus et désespère de tout !

XV de France : arrêtez le massacre !

PSA droopy

Droopy Saint-André a encore une fois une bonne excuse à faire valoir : « On avait décidé de monter plus vite pour ne pas subir les Australiens et leur jeu de mouvement ». Un pari vraiment réussi !

Éric Bayle peut se montrer très pince sans rire. Peu avant le début de la retransmission qui opposait l’Australie à la France à Brisbane, il n’a pas manqué de préciser que, pour une fois, la France détenait un avantage incontestable puisqu’elle avait bénéficié de deux semaines pour préparer ce match, tandis que les Australiens bataillaient encore en championnat la semaine précédente…

La monumentale rouste qui s’ensuivit, 61 à 10, sept essais construits pour les Wallabies contre deux essais casquette pour les Bleus, avec des joueurs, comme souvent sous l’ère Saint-André, qui ne donnaient pas l’impression de savoir ce qu’ils faisaient sur le terrain, démontre qu’Éric Bayle a de l’humour. Mais il est bien le seul, dans la France du rugby, a avoir envie de sourire.

Le plus surprenant quand on parcourt la presse, c’est l’espèce de fatalisme avec lequel les journalistes spécialisés en rugby semblent accepter cette défaite. Alexandre Bardot, dans L’Équipe espère un sursaut, Olivier François, dans Aujourd’hui croit au coup de chance sur un des tests et seul Arnaud David dans Sud Ouest émet quelques réserves sur  le potentiel de ce XV de France, à un an de la Coupe du monde.

Quand on se souvient comment ces mêmes journalistes éreintaient le trio Lièvremont, Ntamack, Retière, qui a conduit le XV de France en finale de la Coupe du monde 2011, il y a vraiment de quoi être surpris par la mansuétude dont bénéficie le trio Saint-André, Lagisquet, Bru. En 2007, Marc Lièvremont et ses acolytes voulaient rendre l’initiative du jeu aux joueurs, ne pas les enfermer dans un schéma trop contraignant, ce qui était louable, même si le formatage subi dans les clubs ne prédisposait pas les joueurs à ce type de prise d’initiatives. Mais au moins, sur le terrain, le téléspectateur comprenait le plan de jeu, les intentions, même si elles n’étaient pas toujours abouties.

Si quelqu’un est capable de dire ce qu’a Saint-André en tête, qu’il lève la main. PSA, depuis 2011, tente inlassablement des coups avec des compositions d’équipe « étranges » et se plante presque à chaque fois. Cet hiver, nous avons reculé en mêlée face aux Écossais, nous nous sommes faits chambrer par les Irlandais… et rien ne change!

Fofana comme Fickou sont loin d’être nuls lorsqu’ils défendent sous les couleurs de leurs clubs. Alors pourquoi ont ils joué les portes de saloon, hier, laissant les Australiens franchir la ligne d’avantage à chaque fois qu’ils en manifestaient le désir? Parce que le staff impose à l’équipe une défense en pointe qu’aucun joueur ne pratique en club. Pourquoi toutes les mêlées du monde se sont adaptées aux nouvelles règles sauf la première ligne française, pénalisée sans arrêt? Parce qu’on ne laisse pas les gens du bâtiment que sont Mas, Guirado et Domingo décider de leur stratégie d’entrée en mêlée. On est loin, très loin de « l’intelligence situationnelle »  que préconisait Pierre Villepreux!

Pierre Camou est le patron de la maison rugby et, avec son comité directeur, il se doit de prendre des décisions, comme tout manager qui voit son entreprise aller dans le mur. Les talents individuels de Saint-André, de Lagisquet et de Bru ne sont pas en cause, mais le trio ne fonctionne pas et les joueurs n’adhèrent pas au projet de jeu de leurs entraîneurs. Alors, perdu pour perdu, si le XV tricolore, comme c’est probable, rentre à la maison avec trois fessées, il faut tout chambouler et nommer un entraîneur capable de monter une opération commando à quelques encablures de l’épreuve majeure du rugby mondial. On se souvient comment un certain demi de mêlée, initialement pas sélectionné, avait pris les clés du camion France, et de quelle manière, lors des Coupes du monde 1995 et 1999. À Montpellier, ses résultats plaident toujours pour lui. Alors, pourquoi attendre et se complaire dans la morosité ?

Depuis que la télé diffuse des matches, je crois n’avoir jamais loupé un match de l’équipe de France. Je me souviens même avoir réussi à convaincre un chirurgien de différer une opération, prévue un samedi matin, pour ne pas louper un match du Tournoi. Avant le grand chelem de 1968, les résultats n’étaient pas toujours brillants, mais jamais je n’ai eu le sentiment de voir une équipe aussi paumée sur le terrain qu’aujourd’hui. Au point que je me suis promis de ne pas ouvrir la télé, samedi prochain, pour ne pas avoir à souffrir davantage. Ce que mon vieux pilier droit du SCUF, Philippe Busso, avec qui nous avons l’habitude d’échanger des SMS pendant les rencontres, résumait en écrivant : « J’ai mal pour eux ! « .

Le public australien ne s’est, lui, pas trompé sur la valeur de cette équipe de France. 33718 spectateurs seulement avaient acheté un billet pour Brisbane, plus mauvais score jamais enregistré à l’occasion d’un match international de l’Australie. Alors qu’on arrête le massacre, qu’on déclare forfait pour les deux prochains matches, qu’on organise en urgence deux matches amicaux contre le Luxembourg et la Suisse, histoire d’avoir une petite chance de gagner et surtout qu’on vire le staff…

Oui, je sais, j’exagère et, si ça va bien, comme les ivrognes, qui jurent, un lendemain de cuite, qu’on ne les reverra plus jamais dans un bistrot, je vais être planté devant ma télé samedi. Avec un ballon ovale, au rebond imprévisible, sait-on jamais ?