Avis de tempête sur le Royal

royal-01Un site qui allie compétence et impertinence et offre des papiers bien écrits, c’est rare ! Ramuntxo Garbisu, directeur d’Eklektica, a accepté d’offrir aux lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! cet article concernant l’éviction de la directrice du cinéma Le Royal, Stéphanie Jaunay, alors qu’une manifestation citoyenne est prévue devant le cinéma, le 28 novembre à 11 heures.

( http://www.eklektika.fr/)

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La directrice du Cinéma Royal (salement) virée,

la ville de Biarritz placée devant ses responsabilités

Mise à pied depuis quelques jours, Stéphanie Jaunay sera fixée sur les raisons exactes qui motivent son éviction du cinéma qu’elle dirige depuis février dernier, ce lundi 28 novembre à 11h fournissant l’occasion aux spectateurs de la ville d’obtenir eux-aussi des explications sur cette décision. Depuis le 17 novembre dernier, elle a dû remettre ses clés, les codes de sécurité et la carte bleue du cinéma art et essai Le Royal de Biarritz, elle a vu son salaire immédiatement bloqué, son arrêt maladie lui permettant tout de même de savourer cette époque actuelle où, heureusement, on ne tond plus les scélérates : engagée comme directrice et programmatrice de l’unique cinéma de la ville depuis février 2016, le sort de Stéphanie Jaunay lui sera notifié ce lundi 28 novembre à 11h30 par l’association Version Originale, présidée par Corine Ospital, lors d’un entretien préalable pour licenciement immédiat.

Elle saura à ce moment-là plus précisément ce qui motive sa mise à pied extrêmement autoritaire « à titre conservatoire », alors que l’exploitation à trois écrans dont elle a la charge progresse normalement au niveau de l’an passé (environ 100.000 entrées), et que les comptes n’attirent l’attention que par le fait que l’association ne les a toujours pas certifiés pour l’année 2015. « Mon sort est jeté, mais je reste claire avec mes idées et mes convictions », confie-t-elle à Eklektika, une affirmation peu différente de l’hommage que lui rendit comme « grande professionnelle » le délégué général du Festival latino de Biarritz Marc Bonduel en septembre dernier, ou bien le cinéaste Benoit Jacquot, invité le 7 novembre dernier, qui la remercia publiquement pour l’opportunité de cette master class de cinéma lors de l’avant-première de son nouveau film « A jamais ».

C’est à cette date-là, dès le lendemain de la venue du réalisateur, que l’histoire s’accélère, par une réunion de travail se transformant en tribunal portant sur une séparation professionnelle à envisager, le grief portant sur une insatisfaction quant à sa programmation, et le procès d’une « rétention d’informations » visant à « fragiliser » le Cinéma avant la fin de cette année. « Mes mails professionnels ont été épluchés », l’idée étant d’y déceler des confidences d’en abattre les murs, et, faute d’y parvenir en produisant des petits mouvements de langue, tout de joie mauvaise, le programme de décembre a été effectué sans elle, sans que ses interlocuteurs habituels dans la distribution n’aient saisi les raisons de ce changement d’interlocuteur (« elle est en arrêt maladie pour 15 jours mais on lui transmet la demande, et elle va vous répondre rapidement », c’est vilain de mentir comme un fils d’évêque, même obligé).

La place que Stéphanie Jaunay a pris dans le paysage culturel de Biarritz, accompagnée de la satisfaction qu’elle a procurée hors des trois salles qu’elle dirige, ne devrait pas être clairement explicitée dans les griefs qui lui seront reprochés lundi prochain, la re-rédaction du projet culturel du Royal étant plus attendue, qui pourrait fournir le Cheval de Troie à présenter à ceux qui douteraient du bien-fondé de cette décision. Dans les faits, la reconduction l’an passé de la délégation de service public pour les six prochaines années ne justifie pas urgemment de le ré-écrire à nouveau, confie-t-elle, mais ce mode de gestion déléguée place désormais la ville de Biarritz devant ses responsabilités. Le 14 novembre, à l’occasion d’une réunion de travail quelques jours avant sa mise à pied, elle a personnellement informé le maire Michel Veunac des menaces qu’elle sentait sur elle, le premier élu de la ville lui confiant son sentiment personnel sans ombrages sur son professionnalisme.

Le Royal tangue salement

Une semaine plus tard, le 21 novembre, la présidente Corine Ospital (que la nature a malheureusement omis de pourvoir en délicatesse et souci d’humilité) a pris soin d’avertir le personnel abasourdi que ce même Michel Veunac entendait « conserver sa confiance » dans l’association, malgré ce contexte délétère. Le charme permanent de cette belle ville balnéaire, peuplée de surfeurs, tient tout entier dans ce paradoxe constant, qui n’apprécie rien de moins que l’idée que ce genre de péripéties ne fasse pas de vagues. L’attitude d’un Ponce Pilate est pourtant insuffisante, quand, dans les textes, cette gestion publique déléguée pointe « une part de risque transférée au délégataire, /…/, de sorte que toute perte potentielle supportée par le délégataire ne doit pas être purement nominale ou négligeable ». Michel Veunac ne peut donc pas se contenter d’arguer d’une simple problématique interne (en adoptant le visage inquiet d’un bon père de famille entendant du chahut dans la chambre d’à-côté).

Privé de sa directrice et programmatrice, le Royal tangue salement, et les spectateurs et citoyens de Biarritz s’en sont émus, qui ont déjà proposé de créer une pétition pour exiger des comptes à cette association fermée (composée uniquement de 15 personnes n’ayant pas la possibilité de prendre part aux décisions d’un conseil d’administration, aussi restreint que l’espoir de voir Donald Trump embrasser un migrant mexicain). Ce lundi 28 novembre à 11h, une manifestation citoyenne demandant des explications est prévue devant le Cinéma Le Royal : Stéphanie Jaunay s’y rendra une demie-heure plus tard, pour cet entretien préalable à licenciement (cette belle formule portant la poésie d’un coup de pied au derrière aussi inéluctable qu’une confrontation fatale avec un python dans une cabine téléphonique d’Indonésie). Face à elle, des sourcils froncés (évoquant immanquablement un débat sur les primaires de droite) ne lui feront pas perdre son sentiment qu’elle n’a « plus rien à perdre », l’avenir de ce cinéma la souciant plus que son seul sort.

Stéphanie Jaunay a tenté de joindre le maire pour lui exposer directement la toxicité de la situation, « j’attends encore, mais j’espère qu’il prendra la peine de me téléphoner ».

Ramuntxo Garbisu