La démonstration par Mexandeau

Papi Louis, 86 ans, n’a plus de mandat public depuis 15 ans, mais se roule par terre quand on lui demande de payer son billet de train.

Louis Mexandeau, à gauche pour être élu et tout pour ma gueule quand le mandat est fini.

Très oubliable ministre de François Mitterrand, Louis Mexandeau, passé des PTT aux anciens combattants pendant les deux septennats de Tonton, s’est distingué par une aussi totale absence d’idées qu’une très haute idée de ses bien modestes fonctions, ce qui généralement va de pair. Inamovible député de la deuxième circonscription du Calvados, de 1973 à 2002, il s’est efforcé d’arroser avec constance Caen et sa région et de se remettre ensuite de ses efforts en accomplissant des siestes répétées au Palais-Bourbon.

En 2002, Louis Mexandeau, 71 ans seulement, aurait bien poursuivi sa carrière parlementaire, mais les électeurs normands ont eu la bonne idée de lui offrir une veste en guise de cadeau d’adieu et de le remplacer par l’UDF Rodolphe Thomas.

Pourtant, comme bien d’autres hommes politiques sombrés dans l’oubli, Papi Mexandeau se considère toujours comme un « élu » et réclame des avantages qui n’ont plus lieu d’être, comme en témoigne sa récente algarade avec un contrôleur dans le train Paris-Caen.

Louis Mexandeau avait été prévenu à plusieurs reprises que le privilège, digne de l’Ancien Régime, permettant aux élus de voyager gratuitement, avait été aboli par le président de l’Assemblée nationale François de Rugy, mais ce n’est tout de même pas de sa faute si le pauvre homme est dur de la feuille et si le prix moyen du billet, entre 30 et 40 euros, s’avère quasiment inaccessible pour sa modeste pension de retraité.

Alors quand un manant en uniforme a osé, la semaine dernière, lui demander son billet et lui infliger une amende de cinquante euros pour défaut de présentation, Papi a vu rouge, comme au bon vieux temps de l’union de la gauche. Pas gêné d’évoquer une gratuité qu’il considère visiblement comme un dû, Louis Mexandeau n’a pas hésité à sortir de l’oubli médiatique pour se fendre d’une diatribe comminatoire auprès des médias (« France Info » et « Le Point ») :  » Si j’ai le temps, j’écrirai à Guillaume Pepy (le président de la SNCF), je lui dirai qu’il ne faut pas pousser. Je lui parlerai de la façon dont on traite les élus. » 

On admirera le propos, car à 86 ans, entre ses mots fléchés et ses feuilletons préférés à la télé, il n’est pas sûr que Louis Mexandeau « aura le temps » d’écrire un mot. En revanche, alors qu’il est retiré de la vie publique depuis quinze ans, il se considère toujours comme un « élu », et, à une époque où on n’hésite pas à retirer 5 euros aux APL des étudiants démunis, trouve normal d’avoir en permanence un carrosse disponible et gratuit. Et une chaise à porteurs quand il descend du train ?

Ces anciens élus à la cupidité sans limite

Giscard avair profité du « choc pétrolier » pour demander aux Français de se serrer la ceinture. Mais l’injonction ne valait pas pour lui.

Il n’est pas le seul d’ailleurs, puisque Valéry Giscard d’Estaing, trente-six ans après avoir quitté la Présidence de la République considère comme un minimum syndical à peine acceptable de n’avoir « que » quatorze personnes à son service, tous ces policiers, majordomes, secrétaires, chauffeurs et autres officiers de sécurité étant bien évidemment payés par nos impôts, soit 2,5 millions d’euros par an.

Arnaud Montebourg avait surpris son monde, il y a quelques mois, en évoquant Lucius Quinctius Cincinnatus (520-430 avant JC), un grand oublié de nos manuels scolaires. Une délégation de patriciens romains vient chercher ce modeste propriétaire terrien pour qu’il devienne consul et dirige Rome menacé par les barbares. Cincinnatus remet de l’ordre, rétablit la paix et, refusant tous les honneurs et postes mirifiques qu’on lui propose, retourne à sa charrue pour cultiver sa terre, avec le sentiment du devoir accompli.

Allez savoir pourquoi, mais ce Cincinnatus constitue un exemple que nos actuels élus n’aiment pas trop citer. En Allemagne, dans les Pays scandinaves, l’ancien ministre, lorsqu’il a fini son mandat, redevient un citoyen tout à fait ordinaire. En France, il suffit de se rappeler les cris d’orfraie poussés par certains députés au moment des bien timides lois sur la moralisation de la vie publique, ces affirmations toute honte bue sur l’impossibilité pour un député de présenter des notes de frais, pour comprendre que nos suffrages ont bien souvent servi à constituer une caste qui se croit au-dessus des lois et réclame tous les privilèges.

La moralisation de la vie publique ? Elle ne sera effective que le jour où les citoyens décideront enfin de s’emparer de cette question et de ne laisser aucun répit à tous ces élus qui insultent la République avec leur cupidité sans limite.