Per il momento, va tutto bene

France Italie 02

Puisque les trois-quarts centre français jouent désormais comme des piliers, Slimani a décidé de jouer comme un trois-quarts, ramassant le ballon au sol, sur un superbe jeu au pied de Michalak, avant d’aller aplatir entre les poteaux.

La France a suffisamment gardé de souvenirs cuisants de ses matches d’ouverture de Coupe du monde, pour qu’on se réjouisse de sa victoire sans suspense contre l’Italie par 32 à 10. Et ce n’est pas l’Afrique du Sud, défaite contre toute attente 34 à 32 par le Japon, qui dira le contraire!

Grosse surprise, au moment des hymnes, dans un stade de Twickenham, totalement acquis à la cause française : contrairement à la tradition, les joueurs français ne s’alignent pas en fonction du numéro qu’ils portent dans le dos, mais trois-quarts et avants se mêlent joyeusement, Huget se retrouvant à donner l’accolade à Maestri. Est-ce pour affirmer une envie de rugby total à la néo-zélandaise? La suite se chargera de doucher nos illusions.

Dans ce match où le seul suspense a été provoqué par les deux pénalités de Michalak frappant le poteau, (9 à 3 seulement à la 34e minute, alors que les Français dominaient nettement), on a vu une équipe bien en place, avec un Ben Arous créant la surprise face à Castrogiovanni, un Picamoles, capable de fracasser n’importe qui, un Michalak plutôt dans un bon jour et une paire de centres décidée à découper tout ce qui passe à portée. Mais une fois de plus, la France a été incapable d’aller chercher le bonus offensif et a dû se contenter de deux essais, face à une bien faible équipe d’Italie, méconnaissable sans son leader Sergio Parisse.

Des gros qui se veulent gazelles

Et il est tout à fait révélateur que les deux essais inscrits aient été marqués par des piliers. Comme si les premières lignes, lassées de voir Saint-André sélectionner des déménageurs de pianos aux postes de centres, s’étaient soudain passé le mot pour marquer des essais de gazelle. Un grand merci donc, à Slimani et à Mas pour avoir mis un peu de couleur dans un match assez gris, où il était vraiment difficile d’imaginer que la future équipe championne du monde puisse être sur la pelouse.

La Coupe du monde étant une épreuve fort longue avec ses six semaines de joute et toutes les surprises qui peuvent en découler (… Ce n’est pas le malheureux Huget qui dira le contraire!), il va désormais falloir expédier les affaires courantes contre la Roumanie et le Canada, avant le match décisif du 11 octobre contre l’Irlande, qui ne s’est pas gênée pour étriller le Canada (50 à 7) et s’emparer du bonus offensif.

Et comment, face à la satisfaction un peu béate de Saint-André, ne pas penser à ce parachutiste italien, qui vient de sauter par mégarde de l’avion sans se rendre compte qu’il a oublié son parachute et qui, pour se rassurer, en voyant approcher le sol, répète sans arrêt « Per il momento, va tutto bene » (Pour le moment, tout va bien! »).

Le XV de France nous a tellement fait souffrir ces dernières années qu’il faut savoir se contenter des petits bonheurs qu’il nous offre… et regarder les Néo-zélandais pour voir du rugby complet.

Une vaillante PETITE équipe

Picamoles

Seul Louis Picamoles a réussi à franchir le rideau adverse…

Quand Philippe Saint-André, grand adepte du demain on rase gratis, voit, devant le micro de France 2  » de bonnes choses pour un match de reprise  » et estime avoir « une semaine pour faire un grand match au Stade de France « , Louis Picamoles, pour sa part, ne s’échappe pas et déplore d’avoir pris « trois essais de cadets ». Car il ne faut surtout pas s’arrêter au score, somme toute flatteur, de 19 à 14 pour l’Angleterre. Le XV de la Rose a infligé un camouflet suprême à une équipe qui s’imagine encore faire partie des grandes nations du rugby, alors qu’elle ne l’est plus, en ne daignant même pas tenter les pénalités sifflées en sa faveur par l’arbitre irlandais Lacey et ne s’est pas gêné pour marquer trois essais bien construits et pleins d’english flair, par les ailiers Watson et May, quand la France devait se contenter d’un ballon porté par Ouedraogo et l’ensemble du pack en terre adverse.

Les discutables « trouvailles » de Saint-André

Alors oui, le pack a plutôt bien joué, avec un Louis Picamoles et un Debaty, morts de faim, oui la charnière Parra-Trinh-Duc n’a pas mal fonctionné, mais où était le plan de jeu, l’idée directrice qui devait permettre de gagner ce crunch contre nos meilleurs ennemis? Lorsqu’il était joueur, Philippe Saint-André manifestait un opportunisme, une capacité à déceler un rebond imprévisible, qui lui ont valu un long séjour mérité en équipe de France. Mais il n’a toujours pas compris que ce qui valait pour le joueur n’est pas applicable pour l’entraîneur.

Comme un « accro » au jeu, persuadé qu’il va se refaire, Philippe Saint-André tente encore et encore des coups, à un mois de l’ouverture de la Coupe du Monde, qui ont pour seul résultat de faire douter les joueurs. Dumoulin, par sa capacité à faire jouer les autres comme Lamerat par son physique constituent incontestablement des options intéressantes pour le XV de France, mais fallait-il faire jouer ensemble une paire aussi inexpérimentée au lieu d’associer un novice à un centre expérimenté? La réponse a crevé l’écran et il y a probablement aujourd’hui deux joueurs qui ruminent leur peine, alors que l’entraîneur est le principal responsable de ce fiasco.

De la même façon, mettre Dulin à l’aile, poste qu’il n’avait plus occupé depuis les juniors, constituait une autre de ces « trouvailles » dont Saint-André a le secret. Sur son premier un contre un, Dulin s’est fait prendre comme un débutant par un cadrage-débordement d’école de Watson. Et l’on souhaite bon courage au « psy » qui va être chargé de redonner confiance à ce joueur pourtant si talentueux…

Comme la Roumanie ou l’Argentine…

Quatre ans que cela dure, que l’on a l’impression à chaque fois de voir un XV tricolore vaillant et courageux en diable, qui s’accroche, qui se bat, mais qui est incapable de prendre le jeu à son compte, de mettre l’équipe adverse à sa remorque. Une équipe qui semble ne pas savoir quoi faire sur le terrain, à part gratter des ballons et jouer dans un petit périmètre pour ne surtout pas gaspiller les munitions conquises. ça ne vous rappelle rien? C’est difficile à admettre pour les amoureux du rugby que nous sommes, mais la Roumanie dans les années soixante-dix, l’Argentine dans les années quatre-vingt-dix, l’Italie, depuis qu’elle fait partie des VI nations, ont joué ou  jouent ainsi, avec de temps en temps un exploit retentissant qui fait oublier aux supporters la disette endémique. Nous sommes devenus une vaillante petite nation du monde ovale qu’il est toujours plaisant de piler, eu égard à notre glorieux passé. Avez-vous vu une seule seconde de panique, hier soir, dans le regard des joueurs anglais? Ils ont tranquillement déroulé leurs gammes, en déplorant sans doute intérieurement la faiblesse du sparring-partner proposé.

J’espère vraiment me tromper, mais, entre le XV de France, l’Aviron et son recrutement de dernière minute, le BO avec ses douze blessés avant même que le championnat ne commence, on n’a sans doute pas fini de remâcher notre bile, cette année, et d’assister à de belles collections de défaites.

Et pour en revenir au XV de France, Mathieu Lartot, qui est toujours beaucoup plus à l’aise dans un rôle de représentant de commerce que dans celui de commentateur, a tenu à rappeler qu’il restait «  des places à vendre » pour la rencontre de samedi prochain au Stade de France.

Après le spectacle proposé, tu m’étonnes!