Le Bo et l’Aviron, comme l’Europe

BO-Aviron bagarre

Au vu de l’entente cordiale qui règne entre les deux clubs, la fusion s’impose…

Ce qui est bien avec cette fusion sans cesse remise au goût du jour, c’est que, petit à petit, on apprend enfin ce qu’on voulait savoir. Les déficits que l’Aviron et le BO cachaient, il y a peu, comme une maladie honteuse, sont soudainement mis en avant, pour convaincre les réticents. Et dans Sud Ouest du 26 juin, Serge Blanco mange enfin le morceau : depuis 2011, l’Aviron a perdu 7,1 million d’euros et le BO 7,6 millions.

Ce qui est moins bien avec cette fusion, c’est que l’on continue à prendre le cochon de payant de spectateur pour un imbécile n’ayant aucun droit, et à lui affirmer que certaines postulats de départ ne méritent même pas d’être discutés. Ainsi, à en croire Blanco et Mérin, et au mépris de toutes les lois sur la génétique, il est évident que de l’union de deux éclopés va naître un super champion basque, apte à soulever le bouclier de Brennus…

… Mais ce coup-là, on nous l’a déjà fait en France! Nous sommes le 1er janvier 2002 et nous devons abandonner notre bon vieux franc au profit de l’euro. Les économies ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, les dispositifs fiscaux non plus, le mode de gouvernance de l’Europe un peu opaque pour le profane, mais, parole de politiques, l’euro va tout régler. On connait la suite, l’envolée des prix, l’Allemagne qui donne des leçons de morale à ses partenaires et les Grecs qui se retrouvent dans la situation de mendiants de l’union européenne, n’ayant plus aucune souveraineté sur leur propre pays.

Dans leur façon de vouloir fusionner à tout prix et on verra après pour régler les problèmes, Mérin et Blanco ressemblent beaucoup à ces politiques qui n’hésitent pas à traiter d’obscurantistes les eurosceptiques qui demandent des garanties. Une fusion entre l’Aviron et le BO, pourquoi pas, mais qui sera le président de cette nouvelle entité, où sera le siège social, où se joueront les matches? Au lieu d’imposer et de tenter de passer en force, il fallait expliquer et déminer. Après toutes ces maladresses sans commune mesure, la réaction des membres de l’omnisport du BO, refusant de signer un chèque en blanc, s’explique totalement.

Insupportables bricolages démocratiques

Mais Serge Blanco, décidément, tout comme Nicolas Sarkozy, ne respecte la démocratie que quand elle l’arrange. Après le vote surprise de l’omnisports contre la fusion, il a démissionné, ce qui était la moindre des choses. Mais – miracle ! – des « vices de forme » viennent d’être détectés, lors de ce scrutin et tout le monde devra repasser aux urnes, mardi. Quels vices de forme? Le futur ex-président se garde bien de dire quoi que ce soit sur le sujet, mais on est priés de le croire sur parole, lui qui, il y a peu, jurait qu’il n’y avait aucun projet de fusion en cours avec l’Aviron.

Là aussi, ça ne vous rappelle rien? Le 29 mai 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, un cataclysme secoue l’Europe : les Français, à 55% viennent de refuser le projet de constitution européenne. Ce qui ne gênera nullement Nicolas Sarkozy, en 2008. Au mépris du suffrage universel, il rebaptisera la constitution européenne Traité de Lisbonne et le fera approuver par les parlementaires, en se souciant comme d’une guigne de ce que pensent les Français. (Pour mémoire, selon un sondage IFOP-Le Figaro du 28 mai dernier, 62% des Français voteraient non à l’Europe, si un nouveau referendum était organisé). Et l’on vous épargnera les injures récurrentes des politiques à l’égard des Français, estimant que seuls des obscurantistes ou des rétrogrades peuvent être contre l’Europe et refusant de prendre en compte ceux qui veulent bien voter pour l’Europe… à condition qu’elle soit démocratique.

Même schématisme primaire dans les discours tenus par Blanco et Mérin. À les en croire, tous les sceptiques sont pour la mort du rugby basque. On peut pourtant rêver de rugby de haut niveau au Pays basque, mais pas à n’importe quel prix et exiger, avant toute décision, des réponses claires aux questions qui se posent. Pour toutes ces raisons, cette fusion si elle doit se faire, ne peut être envisageable avant la saison 2016-2017.

En 1992, peu avant le vote du traité de Maastricht, l’inénarrable Bernard Kouchner, dans une de ses envolées dont il a le secret, affirmait à la télévision : « Avec Maastricht, on rira beaucoup plus! ». Si l’on en croit Blanco et Mérin : « Avec la fusion, ce sera la profusion!« . Les comiques sont de sortie.

Alors que les esprits s’échauffent et que la bagarre générale couve, tout le monde ferait bien de se remémorer la devise favorite de Mitterrand : « Il faut donner du temps au temps« .

Mérin et Blanco, seuls responsables du fiasco

Blanco mérin

Les deux petits cachottiers, Manu Mérin et Serge Blanco à Brindos. (Photo Sud Ouest)

La colère, avec la perte momentanée de contrôle qu’elle implique, peut être très révélatrice. Vexé de voir son projet de fusion mis en échec par l’association des amateurs de Biarritz Omnisports, Serge Blanco a annoncé qu’il démissionnait de la présidence du BO et s’est laissé aller à quelques propos particulièrement mal venus (Sud Ouest, 24 juin), reprochant  «  un orgueil mal placé de la part de gens qui n’ont jamais mis la main à la poche « . Si l’on suit le raisonnement du patron du BO, ceux qui n’ont pas d’argent n’auraient donc que le droit de fermer leur gueule et devraient s’interdire de veiller aux valeurs du rugby local. Détestable raisonnement qui est bien à l’image de la détestable façon dont a été conduite cette opération de fusion!

Des dégâts humains irréversibles

L’ancien meilleur arrière du monde n’aurait jamais dû oublier que le rugby est un sport collectif et que ses relances somptueuses qui enchantaient tous les passionnés de rugby, il les devait aux bons ballons procurés par ses avants. Cette fusion, négociée en secret par Blanco et Mérin, a hérissé tout le monde et ne pouvait que capoter. Coup de bluff ou décision durable, on voit mal comment Blanco pourrait demeurer à la tête du BO, au vu de la façon dont il a traité les joueurs et les salariés qu’il dirigeait. Tandis que dans les autres équipes de Pro D2, les joueurs réenfilent le short, tout heureux de se retrouver après quelques semaines de récupération, ce sont des joueurs épuisés  psychologiquement qui vont reprendre lundi, au terme de vacances pourries, le chemin d’Aguilera. Erik Lund, l’emblématique capitaine des rouges et blancs qui n’a rien d’une mauviette, s’est amèrement plaint dans la presse de n’être tenu au courant de rien. Et comment demander à des joueurs comme De Luca, Waenga, Ikapote Fono, Noirot ou Marienval de mouiller le maillot, alors qu’on leur avait fait savoir qu’on ne les conserverait pas en cas de fusion? Et même bonne ambiance assurée chez les salariés, entre ceux qui auraient été du voyage en cas de fusion et ceux dont le club était prêt à se séparer.

Mérin doit lui aussi démissionner

Seule consolation pour les inconditionnels du BO, les dégâts sont encore plus importants du côté de l’Aviron. Lorsque le projet de fusion a fuité, le BO ne pouvait plus envisager un retour possible dans l’élite, mais l’Aviron avait encore toutes ses chances de rester en Top 14. Les joueurs ne sont pas des robots décérébrés  et il est probable que l’incertitude provoquée par cette possible fusion a créé quelque perturbation dans le jeu bleu et blanc. Mais le plus incroyable est de constater que l’Aviron n’avait pas le moindre plan B, en cas d’échec de la fusion. Rokococo, Monribot, Bustos Moyano, Ugalde ou Iguiniz avaient donné leur accord pour participer à cette nouvelle entité basque, alors qu’ils auraient pu sans peine retrouver un club de l’élite. Alors que les transferts sont terminés, ils doivent vraiment avoir le sentiment d’être les dindons de la fusion, dans une équipe singulièrement dépourvue de premières lignes ou de demis de mêlée. Homme de bonne volonté mais d’une maladresse insigne, Manu Mérin doit tirer de lui-même les conclusions qui s’imposent de sa catastrophique présidence et démissionner. Par cette décision, il démontrera qu’il n’était pas dans une aventure personnelle et facilitera l’avenir de l’Aviron.

Une vraie réflexion s’impose

Alors que se dessine pour la saison prochaine, la perspective de deux derbies entre le BO et l’Aviron, les leçons doivent être tirées de cette nouvelle tentative ratée de fusion. Nombre d’acteurs des deux clubs, en particulier du côté des amateurs et des supporters, ont eu le sentiment d’un coup de force. Ils ont rué dans les brancards et ils ont bien fait. D’autres sont malheureux de voir le rugby basque disparaître de l’élite. Il est clair qu’une fusion, discutée en secret et voulue à marche forcée n’a aucune chance de réussir.  La seule solution désormais consiste à créer un « comité des sages », composé équitablement de Biarrots et de Bayonnais, d’amateurs et de professionnels et de réfléchir en toute transparence à un possible rapprochement entre les deux clubs pour la saison 2016-2017. Avec l’obligation de régler certains problèmes cruciaux comme le choix du stade, du siège social et du devenir des équipes de jeunes.

Å ce prix, et à ce prix seulement, un rapprochement est envisageable, alors que toutes les tentatives jusqu’à présent ne ressemblaient qu’à un jeu de dupes.

Mérin imite Blanco

Se disant « épuisé« , Manu Mérin, quelques heures après la publication de cet article, a annoncé qu’il allait démissionner dans « quelques semaines« . On ne voit guère ce qu’il pouvait faire d’autre. 

Une fusion, des fadaises…

Fusion fadaises 01

Imanol Harinordoquy se déclare pour la fusion : à condition de ne pas avoir le dessous avec les Bayonnais?

Nous savons désormais, grâce à Sud ouest du 11 juin, que le Pays basque compte au minimum 318 possesseurs de boule de cristal. Pour le compte du quotidien régional, l’IFOP a demandé leur avis sur la fusion à 505 personnes et 63% se sont déclarées favorables à l’idée. Quel sera le nom de la nouvelle entité? Où se dérouleront les matches? Combien de joueurs du cru bénéficieront d’un contrat professionnel? Personne n’en a la moindre idée pour l’instant et il faut être culotté comme un marchand de sondages, capable d’annoncer en 1995 un triomphe de Balladur face à Chirac,  pour conclure, avec un aussi faible échantillon, que la population locale est favorable à la fusion.

N’ayant toujours pas acheté de boule de cristal, Bisque bisque basque!, malgré sa passion du rugby, restera prudent sur le thème de la fusion, même si un certain nombre de mensonges, de cachotteries, et pour tout dire de feintes de cadets, à propos de cet éventuel rapprochement, lui ont profondément échauffé les crampons.

Revue de détail des fadaises relevées ici ou là depuis quelques semaines.

L’élite n’est pas la panacée

Tous ceux qui vivent grassement du rugby, d’Imanol Harinordoquy à Jean-Pierre Ellisalde, nous affirment comme une évidence que le Pays basque ne peut pas être absent de l’élite du rugby français, compte tenu du rapport très passionnel qu’entretient la région avec le ballon ovale. Autrement dit, pas touche à notre gagne-pain! Si un jour, un championnat des provinces devait être organisé, ce qui entre parenthèses simplifierait grandement les problèmes de calendrier du rugby français, avec des joueurs issus du cru, il n’y a aucun doute que nous applaudirions des deux mains une fusion entre l’Aviron et le BO et la constitution d’une entité basque. Si la fusion, ça doit être, momentanément réunis sous un maillot aux couleurs basques, trois Sud-Africains, cinq Néozélandais, deux Argentins, quatre Anglais, quelques joueurs exotiques et deux joueurs du cru, où est l’intérêt, alors que les clubs de Bayonne et de Biarritz sont manifestement dimensionnés pour la ProD2, et peuvent toujours rêver d’une performance sportive exceptionnelle qui ramènerait l’un ou l’autre dans l’élite.

Dans le dernier supplément magazine de Midi Olympique, Bernard Laporte avait cet aveu surprenant. Très souvent, quand son cher Rugby Club Toulonnais joue, il délaisse la tribune de presse où il a l’habitude de s’installer pour aller suivre le match… à la télévision, dans le bus du club. Il communique par textos avec Pierre Mignoni et Jacques Delmas, car il a l’impression de mieux capter le déroulement de la partie. Si un technicien hors pair comme notre Bernie-le-dingue, bénéficiant de surcroît d’une place privilégiée, avoue qu’il a parfois du mal à suivre les matches de Top 14 dans les tribunes, vous imaginez ce qu’il en est pour le spectateur modeste et mal placé! Le rugby est devenu un sport formaté pour la télévision où les franchissements de la ligne d’avantage sont devenus presque aussi rares que la sincérité dans le discours politique, et où les horaires sont édictés par Canal +, avec, comme seule préoccupation l’Audimat et non ce cochon de spectateur payant, qui ne sert qu’à faire de belles images. Et ce n’est pas un hasard, si avec beaucoup de mes copains anciens joueurs, nous allons souvent le dimanche voir des matches de fédérale où les rebondissements sont beaucoup plus nombreux.

Silence, on ment!

Fusion fadaises 02

Un projet qui fait fi de ses supporters, ne peut être un bon projet…

Ce mépris des spectateurs qui font les grands clubs, on le retrouve dans l’attitude de Serge Blanco et Manu Mérin qui ont juré qu’il n’y avait pas de projet de fusion… avant de se contredire lamentablement. Même désinvolture avec les salariés des deux clubs et les joueurs sous contrat, qui passent « d’excellentes vacances », comme le souligne Erik Lund, en se demandant ce qui les attend à la reprise.

Si le déficit du BO n’était « que » de 1,4 million d’euros, comme annoncé dans la presse, pour la saison 2014, tout irait bien. Mais ce chiffre biarrot, qui a été jeté en pâture à l’opinion publique, oublie les arriérés de salaires et l’argent dû à l’URSSAF. Et le déficit serait beaucoup plus vertigineux que cela, au point que le BO pourrait fort bien se retrouver en fédérale, sur sanction financière. Il faut dire aussi que, côté biarrot, on est habitués à promener tout le monde. Souvenez-vous, il y a un an, des déclarations tonitruantes à propos de l’arrivée de l’entraîneur Eddie O’Sullivan et du retour pronostiqué dans l’élite du BO. Résultat, un an plus tard, il est manifeste que le « grand » entraîneur a pâti de sa méconnaissance de la ProD2 française et que plus personne ne parle désormais de lui. Souvenez-vous aussi des magnifiques mouvements de menton de Michel Veunac annonçant que la subvention exceptionnelle de 400 000 euros, allouée au BO, était assortie de la promesse d’un droit de regard de la Ville sur les comptes. On connait la suite.

Parce que Manu Mérin, avec son malhabile projet de fusion, a plombé la fin de saison de son club, parce qu’on ne peut se satisfaire de la perpétuelle fuite en avant de Serge Blanco, il semble évident qu’une fusion ne peut se réaliser qu’avec la démission immédiate de ces deux présidents qui promènent tout le monde et la mise en place d’un « comité des sages », composé à égalité de Biarrots et de Bayonnais, qui  réfléchiraient calmement à une éventuelle fusion, qui ne pourrait de toute manière intervenir dans le meilleur des cas qu’à l’entame de la saison 2016-2017.

Où est l’intérêt de l’Aviron?

S’il est un seul élément significatif à retenir dans le sondage IFOP-Sud Ouest sur la fusion, c’est qu’elle n’est pas voulue de la même façon par les Biarrots et les Bayonnais, avec 71 % des fans du BO favorables à un rapprochement, contre seulement 59% d’inconditionnels de l’Aviron. Car tout le monde perçoit bien que l’ancienne miss France en rouge et blanc a multiplié les chèques en bois ces derniers temps et semble prête à épouser le premier venu pour se sauver. Sauf que l’époux en bleu et blanc est dans une situation un peu plus confortable et ferait bien de tourner ses regards vers un club, comme La Rochelle, très comparable à l’Aviron, en termes de budget et de passion.

Le vieux grognard David Roumieu qui vient de signer, la mort dans l’âme, pour le Stade Rochelais, l’a bien compris (Sud ouest, 6 juin) : « Le Stade Rochelais est un club familial, comme l’Aviron Bayonnais, qui m’a toujours plu (…) Je suis heureux d’intégrer ce club sain. (…) Si l’Aviron m’avait dit, deux jours après la relégation quel était le projet en ProD2, je serais resté. » Et le magnifique guerrier ne cache pas qu’il est agacé par « cette situation frustrante et difficile à vivre » pour ses copains de l’Aviron.

Le BO a perdu 40% de son public, lorsqu’il a quitté l’élite. En comparaison, lorsque le Stade Rochelais a connu la même mésaventure, il n’a vu son affluence baisser  que de 10%. Sans jouer les voyants, il est probable que l’Aviron sera plus près de La Rochelle que du BO, en matière d’affluence.

On voit donc mal quel est l’intérêt pour ces deux clubs, à l’histoire si prestigieuse, de se précipiter dans les bras l’un de l’autre, toutes affaires cessantes. Oui le BO risque de devoir se reconstruire en fédérale, le temps de retrouver rigueur financière et sportive. mais cette mésaventure est déjà arrivée au grand Béziers ou à Montauban, qui sont redevenus, après cette pénitence, des clubs solides. Oui l’Aviron, qui vient de se faire piller sans vergogne par les grands clubs, va avoir du mal à exister sportivement la prochaine saison et à attirer des joueurs avec sa réputation (justifiée) de club totalement instable. Mais est-ce que pour autant un mariage précipité peut être la solution?

Quand deux titulaires du RSA se disent oui devant Monsieur le maire, aucun des témoins du mariage n’imagine que le couple va devenir millionnaire dans les mois à venir. C’est pourtant ce que Blanco et Mérin s’efforcent de nous faire gober.

Remarquable Etcheto!

Dans La Semaine du Pays Basque datée du 12 juin, l’élu bayonnais Henri Etcheto publie une  chronique remarquablement bien écrite, intitulée « La grande illusion« . Le chef de l’opposition bayonnaise a non seulement du style mais des idées claires et il compare ce projet de fusion, qui a tout pour lui de la fausse bonne idée, au faux trou que les défenses laissent pour piéger l’attaquant adverse qui va s’isoler et se faire découper par le deuxième rideau. Avant de conclure, au terme d’une démonstration édifiante : «  Les élus bayonnais ont le devoir de prendre position clairement sur ce sujet. Nous préférons, nous, que l’Aviron cultive le jardin de ses valeurs et de son identité bayonnaise plutôt que de s’éloigner de son assise populaire.« 

Pour ceux qui sont instinctivement hostiles à la fusion, mais parfois à court d’arguments, voilà un article à ne surtout pas rater.

Les coupables ne sont pas sur le terrain

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Face à La Rochelle, l’Aviron a livré un match plein et entier, l’emportant sur le score sans appel de 45 à 10.

Décidément, on pleure beaucoup, en ce moment à Bayonne. Entre les larmes de Manu Mérin, il y a quelques jours, décidant de mettre fin à la fusion envisagée avec le BO, et celles des joueurs de l’Aviron aujourd’hui, victorieux mais découvrant à l’ultime minute que leur club est relégué en pro D2, on  n’arrête plus de sortir les mouchoirs. Et nous ne sommes pas prêts d’oublier les sanglots familiaux du magnifique guerrier David Roumieu avec ses enfants, ou la peine de Scott Spedding et Marvin O’Connor, qui rêvaient d’un tout autre départ.

Tous les joueurs de l’Aviron, peuvent pourtant circuler la tête haute dans Bayonne, car ils n’ont vraiment rien à se reprocher cette saison. Et si on n’avait pas tout fait pour leur compliquer l’existence sportive, il est probable que leur club n’en serait pas là.

Manque de moyens, manque de banc, depuis dix ans l’Aviron joue chaque saison « Peur sur le stade« , avant de se sauver à l’ultime journée. Pourtant, cette année, une vague d’optimisme soufflait sur Jean Dauger. Dans les moments difficiles, les joueurs semblaient moins paniquer et capables de redresser la situation, même si les effectifs limités n’avaient rien à voir avec ceux des grosses écuries. Le verdict des connaisseurs était unanime : « Cette année, le club ne descendra pas ».

Mais c’est l’histoire de l’élève appliqué qui voit soudain ses notes partir en vrille l’année du divorce de ses parents. Est-ce vraiment l’élève qui est responsable? Que n’a-t-on écrit en ce début du mois de mai, alors qu’il y avait fusion sous roche! Les joueurs ne doivent pas s’intéresser à l’extra-sportif, ils doivent se concentrer sur les matches, ne pas tendre l’oreille aux rumeurs… Dieu merci, le rugby est joué par des hommes et non par des robots. Des hommes qui ont les forces et les faiblesses des humains, même si leur musculature est hors norme!

La responsabilité du président

Bayonne relégué 02

Tout a été fait cette saison pour comlpliquer la vie des joueurs…

La grande mode maintenant est que les joueurs soient mariés, car ils sortent moins et font moins la fête. Et alors qu’une fusion est dans l’air, on voudrait que ces pères de famille ne se posent pas de question sur leurs futurs contrats, sur l’école où vont aller leurs enfants, sur un éventuel déménagement? On ne m’ôtera pas de l’idée que sans l’ambiance pesante qui a régné autour du club en mai, l’Aviron avait tout à fait les moyens d’accrocher le point de bonus défensif à Montpellier ou à Bordeaux-Bègles. Ce petit point qui lui permettrait aujourd’hui de demeurer en top 14, à la place de Brive qui a bénéficié d’un non match absolu du Stade Français, visiblement décidé à se ménager pour son match de barrage contre le Racing-Métro (27-0)

Difficile de douter de la sincérité de Serge Blanco lorsqu’il évoque son désir d’un club basque dans l’élite, difficile de le suivre lorsqu’il s’imagine que les déficits réunis de l’Aviron et du BO peuvent se transformer en une entité flamboyante. Mais on serait à la place du président Manu Mérin, compte tenu du manque de transparence qu’il a manifesté dans son projet de fusion, compte tenu de ses démentis et maladresses multiples qui ont à l’évidence eu un impact sur la performance des joueurs, on se sentirait vraiment très mal. De même que tous ceux qui ont tisonné sur les braises au nom d’une ambition toute personnelle.

Car les coupables ne sont pas toujours sur le terrain.

C’est vraiment la con…fusion!

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Gérottoka ou Pottonimo, le nom de la future mascotte?

En définitive, c’est toujours la même histoire. Un jour, un homme se retrouve élu, nommé président d’entreprise ou dirigeant de club, et il se gonfle tellement de son importance, il devient si vite convaincu de sa supériorité sur tous ses semblables, qu’il se persuade qu’il doit agir en secret au lieu d’exposer ses difficultés à ceux qui l’ont fait roi.

C’est l’histoire de Max Brisson qui se retrouve par le jeu des alliances politiques en train de dealer avec Michel Veunac tout en faisant croire qu’il reste opposant, une posture qui ne trompe personne. C’est l’histoire de Manu Mérin et Serge Blanco qui se sont retrouvés « par hasard » à Paris avec Serge Kampf et qui ont démenti véhémentement tout projet de fusion entre leurs clubs, avant de confirmer piteusement.

Et il n’y a guère besoin d’être un assidu des pages jaunes de Midi Olympique pour comprendre ce qui se passe actuellement entre l’Aviron et le BO. Comme le raconte le rugbynistère.fr (http://www.lerugbynistere.fr/news/top-14-pro-d2-l-ancien-president-bayonne-philippe-neys-devoile-dessous-fusion-annoncee-1305151216.php), les deux clubs sont financièrement aux abois: « Ce qui pousserait tout ce beau monde à agir, ce sont bien des comptes dans le rouge et la perspective d’une sanction de la part la DNACG. Afflelou parti, et avec lui sa lettre de garantie qui lui permettait d’échapper à d’éventuelles sanctions, Bayonne serre les fesses. Selon l’ancien Président de l’Aviron Philippe Neys, Manuel Mérin se serait donc tourné vers le mécène de Biarritz Serge Kampf après avoir tout fait pour « sauver sa tête à la présidence » en rachetant les actions d’Alain Afflelou et de Philippe Ruggieri, ancien président du directoire de l’Aviron Bayonnais. Sauf que le mécène ne semble plus décidé à éponger les dettes de son club, plus mal embarqué que son voisin. « Je pense que c’est encore plus grave pour le BO car l’avenir était plus près de la Fédérale que de la Pro D2. » Quand on sait que l’Aviron présente « un déficit de 2,2 millions d’euros au terme de la saison 2013-2014 », on comprend que les deux clubs souhaitent unir leur force après avoir repoussé la fusion pendant des années.« 

Le non respect des joueurs

Dans un rugby qui  nécessite des investissements de plus en plus importants, il n’est pas surprenant, pour des « petites » villes comme Bayonne ou Biarritz, de se retrouver en déficit ou d’envisager de se rapprocher. En revanche, ce qui est imbécile, c’est de ne rien dire, de manœuvrer en douce, en pensant que les salariés et joueurs du club, comme les cocus de la chanson, seront les derniers à comprendre. Visiblement, Blanco et Mérin étaient persuadés que leur petit complot n’allait pas être éventé avant le dernier match de l’Aviron face à la Rochelle. Résultat, les joueurs bayonnais partent pour un match décisif face à l’Union Bègles-Bordeaux dans les pires conditions possibles et ceux du BO ont bien raison de faire grève en refusant de se soumettre à des tests physiques de fin de saison, au vu du peu de considération que leur manifeste leur employeur. Et comme c’est bizarre, Serge Blanco, fidèle à une tactique qu’il avait déjà utilisée l’an passé au moment de la mise en cause de Géronimo, est aux abonnés absents et ne répond plus aux appels téléphoniques.

Le mépris des spectateurs

Les supporters, eux aussi, ont toutes les raisons d’être mécontents. On se souvient de leur existence, lorsqu’il faut soutenir leurs couleurs, mais on ne daigne pas leur donner les informations essentielles sur leur club favori. À combien s’élève le déficit actuel des deux clubs? Y a-t-il des arriérés d’URSSAF impayés? Le BO court-il un vrai risque de se retrouver en fédérale après une sanction financière? On voit clairement que pour  Blanco et Mérin, la rétention d’information est une façon d’asseoir leur autorité. Il semble pourtant évident que les supporters préfèreraient dans leur majorité que les deux clubs restent des entités séparées, quitte à s’affronter dans le cadre d’un derby de Pro D2. La connaissance de la situation financière réelle des deux clubs aiderait chacun à se faire son opinion sur une éventuelle fusion. Cette transparence a un nom : cela s’appelle la démocratie, mais c’est visiblement le cadet des soucis des deux présidents actuellement.

L’intérêt des clubs ou l’intérêt des présidents?

Et comme en politique, on est bien obligé de se poser la question de savoir à qui profite la manœuvre actuelle? Même s’il dément encore, avec à peu près autant de conviction qu’il niait un rapprochement possible avec l’Aviron, il est évident que Serge Blanco rêve de la présidence de la FFR. Alors que l’aura de son principal rival, Bernard Laporte, ne cesse de croître, Serge Blanco doit faire des cauchemars en se demandant comment il peut être élu, si son club de cœur est relégué en fédérale. Manu Mérin, de son côté, a démontré son envie de demeurer président, en rachetant les actions d’Alain Afflelou et en trouvant 21 actionnaires représentant 1,7 million d’euros pour garder la majorité. Il a réussi ainsi à sauver, au moins provisoirement, son poste. mais est-ce qu’un tel « émiettage » financier sert véritablement le club? On peut en douter. Ces deux ambitions humaines sont parfaitement respectables, mais méritent-elles d’entraîner les deux clubs dans une fusion que peu de gens souhaitent?

Croire qu’un déficit rajouté à un autre déficit peuvent faire la richesse, c’est de l’optimisme indéfectible ou de la con…fusion mentale?