Valls, Mélenchon, Bayrou, la farce tranquille

Campant sur leurs marécages, les vieux crocodiles de la politique n’ont visiblement rien compris au signal envoyé par les électeurs.

Par la bonne odeur des législatives alléchés, nos politiques se montrent prêts à tout et affichent pour la plupart un comportement… insigne. (Image Expertissim)

Montrez la porte à la vieille politique et elle reviendra par la fenêtre ! Voilà un ancien Premier ministre socialiste, qui paraissait incontournable il y a peu encore. À l’Assemblée nationale, il n’hésitait pas à qualifier son ministre des Finances Emmanuel Macron de « microbe » et à l’admonester en public. Candidat malheureux aux primaires de la gauche, Manuel Valls, s’est parjuré, appellant à voter Macron alors qu’il s’est engagé à soutenir le vainqueur de la primaire. Et le même, en ce début de semaine, toute honte bue – une investiture pour rester propre et continuer à exister ! – annonce l’effondrement du parti socialiste et son désir de se présenter aux législatives à Evry sous les couleurs d’En Marche.

Habileté suprême du « microbe », qui sait qu’en politique les retournements de situation sont monnaie courante, Macron refuse l’investiture à Valls mais ne lui oppose pas de candidat En Marche. Comme il le confie à un de ses conseillers dans le documentaire diffusé sur TF1, « Je ne fais pas d’offre de services, je cherche à déstabiliser l’adversaire ».

Mélenchon-Je-suis-Partout

Voilà un autre prétendant sérieux au bal des ego ! En 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été trop content de faire épauler sa petite boutique contestataire par le parti communiste. Mais décidément, les sondages qui le voyaient qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, lui sont montés à la tête. Non content de bouder au soir du premier tour, le donneur de leçons Mélenchon, alors que le parti communiste appelait immédiatement à voter Macron, a minaudé, tergiversé pour délivrer un message inaudible – « J’appelle à ne pas voter Marine Le Pen, mais je me refuse à donner des consignes de vote » – qui relève de la faute morale autant que politique, le Front national devant être combattu sans la moindre faiblesse.

La déception de l’échec à peine digérée, le vieux cheval de retour Mélenchon, décide de mépriser ses alliés d’hier et de présenter des candidats de la France Insoumise face aux candidats communistes, le plus sûr moyen de faire perdre les deux camps. Et comme si cela ne suffisait pas, il organise une opération parachutage sur la Canebière pour lui-même. Candidat de l’Essonne aux sénatoriales en 2004, candidat aux législatives dans le Pas-de-Calais en 2012, candidat aux Européennes pour le Sud-Ouest en 2009 et 2014, le roi de la chute libre Mélenchon boucle son tour de France en sautant sur Marseille où il avait réalisé au premier tour un score particulièrement intéressant. Une façon à l’ancienne de faire de la politique, une désinvolture vis-à-vis des électeurs et un mépris pour l’ancrage local qui vaudront, je l’espère, une solide déculottée à ce Mélenchon-Je-suis-partout, même si je continue à avoir de la sympathie pour ses idées.

Bayrou ivre de lui-même

Et comment ne pas placer d’office sur ce podium des ego bouffis et distendus, un François Bayrou, miraculeusement revenu dans le jeu, pour avoir annoncé un peu plus tôt que les autres son soutien à Emmanuel Macron ? Honni de la droite pour avoir appelé à voter Hollande en 2012, Bayrou est parfaitement conscient qu’il a peu de chances de devenir le Premier ministre d’Emmanuel Macron, car il nuirait au grand rassemblement voulu par le nouveau président. Mais en bon politicien roué, il n’oublie pas l’essentiel, l’argent qui va ruisseler sur les le partis avec ces législatives où chaque bulletin en faveur d’un candidat dûment étiqueté rapportera 40 centimes d’euro à sa formation politique. D’où ce combat sans merci mené par le grand argentier Emmanuel Macron pour que tous les candidats qu’il soutient soient encartés En Marche.

D’où les bouderies, qui n’ont vraiment rien d’idéologiques, d’un François Bayrou qui considère qu’on ne fait pas la part assez belle au MoDem, ce qui est pour le moins discutable à l’aune du poids politique du leader béarnais. D’où cet atermoiement, qui nous renvoie aux vieilles lunes politiques d’antan, dans la circonscription de Biarritz où un Vincent Bru, poulain de Bayrou, risque fort d’être préféré à un François Amigorena qui a pourtant le profil type d’un candidat d’En Marche. Et comment ne pas voir avec ces cent-cinquante investitures encore en attente pour le camp En Marche, alors que toutes devaient être connues hier, un retour à des pratiques que l’on espérait dévolues, à des ouvertures improbables et des combinaisons nauséabondes pour l’électeur ?

Petites manœuvres à l’ancienne

8 mai à Paris : une manifestation plus que discutable.

Que dire enfin de cette manifestation du 8 mai dans les rues de Paris contre la réforme du travail voulue par Emmanuel Macron ? Comment ne pas y voir les roueries de vieux généraux faisant défiler leurs troupes sur le Champ de Mars électoral, alors même que la passation de pouvoir n’a pas encore eu lieu et que le nom du futur Premier ministre fait encore l’objet de toutes les supputations ? À titre personnel, je m’opposerai probablement aux choix très libéraux de Macron, mais, de grâce, souhaitons le meilleur pour notre pays et laissons à l’homme le temps de s’installer et d’expliquer son projet avant de lui déclarer la guerre. Ces manœuvres d’appareil, avec probablement des militants sincères descendus dans la rue sans avoir conscience d’être des pions dans le jeu des législatives, sont détestables et contribuent encore un peu plus à décrédibiliser la politique.

Emmanuel Macron a ringardisé dans cette présidentielle les partis traditionnels, à droite comme à gauche. Les Français, souvent légitimistes quand ils viennent d’élire un président, prennent conscience que ces élections législatives sont capitales pour l’avenir de notre pays. Il ne serait guère surprenant que ces mêmes électeurs donnent une majorité à Emmanuel Macron pour lui permettre de gouverner sans cohabitation.

En 1981, l’écart entre Mitterrand et Giscard était très faible, ce qui n’avait pas empêché les électeurs d’envoyer une « vague rose » à l’Assemblée. Une vague rose qui renouvelle le paysage politique, amène de bonnes surprises comme Joxe ou Badinter et quelques notables erreurs de casting comme Dumas ou Boucheron. S’il mène à bien son projet, Emmanuel Macron devra très vite composer, tout comme Mitterrand en son temps, avec l’ivresse de troupes venues de la vie civile, grisées par l’utilisation du gyrophare et de la sirène à deux temps. Le nouveau président annonce – et après les affaires Cahuzac et Fillon tout le monde ne peut que s’en réjouir ! – une loi de moralisation de la vie publique.

Ce sera le moment de vérifier si Emmanuel Macron est mû par une véritable volonté de refonte de notre politique ou s’il se contente d’un peu de « poudre de perlimpinpin », selon l’expression qu’il affectionne, pour retoucher superficiellement les pratiques d’une caste politique de moins en moins appréciée par les Français.

Et faire de l’ancien avec du neuf.

Les sondeurs, ces parasites de la République

Ils faussent régulièrement l’opinion et se trompent presque à chaque fois. À quand une interdiction des sondages lors des échéances électorales ?

Les rois de la courbe vendent du vent et le savent. Mais tant qu’ils trouveront des gogos pour acheter leurs sondages et des crédules pour les prendre au sérieux…

Ils ont annoncé Juppé pour la primaire de la droite, Valls pour celle de la gauche, et bien évidemment Hillary Clinton à la présidence des États-Unis, mais, toute honte bue, ils continuent à avoir leurs sièges réservés sur toutes les chaînes de télés où ils nous expliquent doctement l’évolution des tendances électorales, alors que près de 40% des Français avouent ne pas avoir encore pris leur décision.

Mais pour ces nouveaux docteurs Folamour de l’Audimat, pas le moindre doute, pas la plus petite remise en cause et des tripatouillages à faire hurler n’importe quel amoureux de la démocratie. Tous les Français vont aller aux urnes dans quelques jours avec l’idée très nette que les petits chevaux électoraux Le Pen et Macron sont les plus près du poteau final suivis de Fillon et Mélenchon, puis de Hamon, les « petits » candidats n’étant là que pour faire beau dans le paysage. Mais qu’en savent-ils, ces spécialistes qui ne voient jamais rien venir et qui poussent les Français à « voter utile » dès le premier tour, en agitant un classement totalement putatif, alors que personne n’a la moindre idée du résultat final ?

Si vous disposez de soixante minutes, ne ratez surtout pas le replay de l’excellent « Envoyé Spécial » d’Élise Lucet et vous allez mieux comprendre l’hypocrisie sans nom de tous ces jolis cœurs qui veillent jalousement sur le devenir de leur goûteux fromage en se parant des atours de la science.

 

La malice des sondés

Ah, il m’a bien fait rire, l’étudiant bordelais qui a parfaitement compris comment fonctionne l’attrape-gogo (minute 16’). Quentin, dix-neuf ans, se fait de l’argent de poche en répondant aux sondages en ligne sur Internet et touche pour cela environ un euro pour vingt minutes de travail (Ils sont princiers, ces sondeurs, même Macron n’a pas encore osé proposer ce salaire horaire!). Mais il a remarqué que le style étudiant célibataire et fauché n’était pas très prisé des producteurs de graphique. Alors, il s’est rajouté vingt ans d’âge, inventé une femme, deux enfants et des revenus annuels de quarante mille euros et se retrouve sollicité par les sondeurs, trois ou quatre fois par semaine.

La ruse ne date pas d’hier, puisque dans le club de rugby où je jouais l’un de nos coéquipiers occupait nos trajets en autocar avec des « enquêtes d’opinion » qu’il était censé faire au porte-à porte. Suivant les voyages, je me suis donc retrouvé ménagère de plus de cinquante ans anxieuse sur le choix de sa lessive ou mère de famille inquiète pour les dents de ses enfants. Nous avons tous ri de concert de la supposée « bêtise » des sondeurs qui faisaient confiance à de jeunes rugbymen chahuteurs comme nous. Sans comprendre que ces « marchands de vent », loin d’être bêtes, étaient parfaitement conscients de nos petits truandages mais bien obligés d’en passer par là pour vendre quelque chose à leurs commanditaires.

Écoutez bien Jean-Daniel Levy, le responsable du département politique d’Harris interactive (minute 19). Bien sûr qu’il ne va pas tordre le cou à la poule aux œufs d’or qui le fait vivre grassement, alors il louvoie, minimise, parle « d’une réponse sur six mille » biaisée, alors qu’il n’en sait strictement rien. Et l’on en arrive à ces redressements effectués par chaque sondeur. « Les instituts ne veulent pas donner les chiffres bruts (qui seraient pourtant plus près de la vérité !) car cela donnerait une mauvaise information ». Ben, voyons !

Sur quels critères sont faits les redressements ? Par qui ? Dans quelle intention ? Même le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, auteur d’une loi réglementant les sondages n’en sait rien et parle de « redressements au doigt mouillé ». Et l’on s’étonne ensuite de voir les sondeurs se planter avec cette constance qui force l’admiration…

Le narcissisme des élus

Pour LCI, ( et les autres!) pas de doute, Juppé va triompher aisément.

Face à cet amateurisme désarmant, le législateur pourrait très bien rédiger une loi interdisant les sondages en période électorale. Sauf que, parmi les politiques, ces grands nombrilistes qui faute de glace se mirent dans les sondages, on ne trouverait peut-être pas une majorité d’élus décidés à faire de la peine à leurs amis sondeurs. On pensait par exemple Nicolas Sarkozy heureux de vivre et sûr de lui avec ses talonnettes de sept centimètres qui lui permettaient d’arriver à l’épaule de Carla. Dans l’excellente émission d’Élise Lucet, on apprend que trois cent trente-trois sondages ont été commandés par l’Élysée entre 2007 et 2009. Aux frais des contribuables, bien entendu. Mais vous conviendrez avec moi que dépenser 4186 € pour savoir si sa liaison avec Carla Bruni altère l’image de marque du chef d’État Nicolas 1er, était indispensable.

Si la gauche semble, sous Hollande, beaucoup moins gourmande de sondages, le vaniteux petit Catalan qui a donné sa parole de soutenir le vainqueur de la primaire de gauche avant d’aller faire des mamours à Macron, est visiblement un grand Narcisse qui ne s’ignore pas. Tout y passe en matière de sondages, sa coupe de cheveux, son air colérique, ou son apparence. Là aussi, aux frais des contribuables. Valls aurait mieux fait pour ses costumes de demander à l’ami de Fillon, ça nous aurait coûté beaucoup moins cher.

La paresse des journalistes

Pour remporter la primaire de la gauche, Le Figaro voit Montebourg.

Reste un aspect qu’Élise Lucet – allez savoir pourquoi ! – a passé sous silence. Si les sondages prolifèrent, c’est bien qu’il y a des imbéciles pour les acheter et d’autres pour les utiliser et donc les crédibiliser. Et il n’aurait pas été inutile de souligner la paresse des journalistes – presse écrite ou télévision, même combat ! – qui préfèrent visiblement torcher un article ou monter un débat d’une heure avec les derniers chiffres fournis par les adeptes du doigt mouillé plutôt que de plonger dans les programmes et de poser les questions qui fâchent, ce qui est leur rôle.

Bien sûr, il y a des exceptions notables et des journalistes obligés de se prêter à cet exercice journalistique à la demande de leur patron, mais les Français seraient tout aussi bien informés si l’on chassait les sondeurs des écrans et les remplaçait par Élisabeth Tessier ou autres manieurs de boules de cristal.

En fait, l’histoire des sondeurs, c’est un peu l’histoire de Mazarine, la fille autrefois cachée de François Mitterrand : il y a une élite qui sait mais qui, pour mille raisons diverses d’intérêt personnel ne dit rien et des gogos qui ne savent pas et prennent les chiffres fournis pour science triomphante, se perdant ainsi dans des conjonctures électorales absurdes.

Je vais voter Mélenchon au premier tour, mais j’en ai marre d’entendre autour de moi des citoyens avertis et réfléchis dire : « Hamon me plaît beaucoup mais j’ai peur de perdre ma voix en votant pour lui ». SI Hamon vous paraît l’homme de la situation, votez pour lui !

Oui, les sondeurs sont les parasites de la République et font main basse par leurs affabulations sur la plus élémentaire démocratie. Alors, en attendant que quelqu’un donne à ces petits marquis poudrés le grand coup de pied aux fesses qu’ils méritent et les chasse de la vie politique, faites-leur un grand bras d’honneur et votez sans calcul pour le candidat qui vous plaît réellement au premier tour. Et il sera toujours temps au second tour d’éliminer Marine avec le moins pire qui restera en lice.

Valls presque aussi indigne que la droite

L’ancien Premier ministre trahit et, en plus, cherche à nous faire croire qu’il est « responsable ».

Malgré ses postures vertueuses, l’ancien Premier ministre vient de montrer sa vraie nature, celle d’un arriviste méprisable.

Au mépris de la morale la plus élémentaire, la droite a décidé de la jouer comme Michel Blanc dans Les Bronzés, en se disant que sur un malentendu, et tant pis pour les principes, le mis en examen pour escroquerie aggravée Fillon peut se retrouver président de la République. Et maintenant c’est Manuel Valls qui apporte sa solide contribution à la pire élection présidentielle de toute l’histoire de la Ve République en reniant sa parole.

Valls a signé une charte s’engageant à soutenir le vainqueur de la primaire de gauche, les quatre millions de téléspectateurs qui ont assisté au débat face à Benoît Hamon l’ont entendu affirmer qu’il serait évidemment loyal et se conformerait au verdict des urnes. Mais nous vivons décidément une époque sans foi ni loi. Aucune illusion à avoir : la plupart des politiques, il y a vingt ans, étaient tout aussi menteurs que les tristes sires qui font aujourd’hui la une de l’actualité. Mais à la différence de la génération actuelle, ils évitaient de se contredire en public, ce qui ne semble plus gêner la classe politique en course pour cette élection. Fillon persiste après avoir annoncé qu’il se retirerait en cas de mise en examen et Valls appelle à voter Macron. Comme l’affirme Arnaud Montebourg « Chacun sait désormais ce que vaut un engagement signé sur l’honneur d’un homme comme Manuel Valls : rien. »

La dictature des sondages

Mais cette pathétique turlupinade de Valls ne mériterait pas trois lignes si, pour se justifier, il n’ancrait dans l’opinion publique deux idées fausses. Il faut « barrer la route à Marine Le Pen » et « voter utile » dès le premier tour en mettant un bulletin Macron. Dans un autre registre, Jean-Luc Mélenchon, se montre tout aussi obsédé que Valls par les sondages, puisqu’il tente de galvaniser ses troupes en affirmant qu’il doit dépasser Fillon cette semaine « et qu’on s’attaquera après au suivant ».

Il est évident que je combattrai toujours Marine Le Pen, mais qui nous permet d’affirmer que la candidate du Front national est actuellement au coude à coude avec Macron, et nettement devant Fillon, Mélenchon et Benoît Hamon ? Les sondeurs, qui se plantent sur toutes les élections majeures comme en témoigne l’avènement de Donald Trump, sont à peu près aussi fiables que les aruspices, ces devins étrusques qui prédisaient l’avenir en contemplant les entrailles d’une bête sacrifiée pour l’occasion. Mais, mine de rien, ils façonnent l’opinion publique et, avec la complicité des journalistes qui trouvent nettement plus facile de commenter le dernier sondage plutôt que de parler des programmes des candidats, ils faussent totalement l’élection. Désolé, Messieurs les sondeurs, je ne vois aucun inconvénient à ce que vous continuiez à vous intéresser à l’achat de voitures par la ménagère de moins de cinquante ans ou de couches culottes par les pères de moins de trente ans, mais vos prédictions de charlatans qui expliquent à posteriori qu’ils avaient raison devraient être strictement interdites à l’occasion des élections car elles faussent le jeu démocratique.

Laisser parler ses convictions au premier tour

Et l’on en arrive à cette notion de « vote utile » qui me hérisse totalement. En fonction de sondages qui sont totalement faux et qui relèvent beaucoup plus du doigt mouillé que de la science, en fonction des inclinations des médias qui se sont pâmés tour à tour pour Balladur, Bayrou ou Macron, il faudrait donc voter tactique au lieu d’exprimer ses convictions. Si le législateur a prévu des élections à deux tours, il y a une raison. Au premier tour on choisit, et au deuxième on élimine, si le candidat de son cœur n’est pas présent. Et c’est très bien ainsi. Pour justifier son attitude scélérate, Valls essaie de nous faire croire qu’il faut s’opposer à Marine Le Pen dès le premier tour en choisissant Macron. Affirmation qui n’a d’autre but que d’éclaircir l’horizon politique de l’ex-maire d’Evry, même si, pour le moment, Macron fait mine de dédaigner cet apport un peu trop connoté. Le premier tour d’une élection est l’occasion unique de faire une radioscopie du peuple français, de voir qui aspire à l’extrême gauche, ou au Front national, qui est libéral ou anti-libéral. Il sera bien temps de penser à voter tactique ensuite.

Entre les primaires où les bobos friqués décident de qui se présentera au suffrage universel, les turpitudes de candidats qui élèvent le mensonge au rang de religion, les chaînes télé qui sans vergogne n’invitent que les grands candidats et la dictature des sondages qui conditionnent l’opinion des Français, cette élection est décidément très pénible.

Vite une sixième République avec la fin de cette monarchie présidentielle, un mandat unique de sept ans pour le chef de l’État et des candidats qui devraient obtenir les signatures des Français et non de grands électeurs, afin de revivifier notre démocratie à bout de souffle !

Aussi gauches que primaires

primaire-de-gauche

Même Thomas Pesquet dans sa station spatiale paraît moins coupé de la réalité que les sept prétendants au trône de gauche qui nous ont offert un long voyage au bout de l’ennui.

Parler en quatre-vingt-dix secondes maximum de la lutte contre le terrorisme ou de son programme économique est à peu près aussi simple que vider l’océan à la petite cuillère. Mais, pour ceux qui auront survécu à l’interminable échange de banalités qu’a été ce premier débat de la primaire de gauche clôturé à plus de 23h30, démonstration a été faite que ces primaires, non contentes d’être une offense à la démocratie – les bobos friqués et disponibles établissant le casting des candidats qui seront soumis ensuite au suffrage universel -, relèvent aussi de l’ineptie politique pure et simple, chacun étant obligé comme dans un concours de miss de se montrer le plus primaire et le plus démagogue pour avoir une chance de l’emporter.

Si Spock avait bossé un jour dans sa vie…

Prenez par exemple le délicieux Benoît Hamon, qui visiblement plait beaucoup aux sondeurs, sans doute à cause de ses yeux bleus et de ses oreilles pointues qui évoquent le personnage de Spock dans Star Trek. Il propose un revenu universel d’existence, ce qui peut être une bonne idée. En décembre, il parlait de 800 euros par mois, avant de revoir sa copie autour de 700. Coût de l’opération entre 300 et 400 milliards d’euros par an. Et le candidat, bravache, d’annoncer « Ce projet se réalisera en plusieurs étapes ». Tandis que les réseaux sociaux se pâment (Hamon l’emporte très nettement sur Twitter, sans doute pour avoir engagé le plus grand nombre de petites mains), le candidat est bien incapable d’expliquer comment il financera son projet. Et si le gentil Benoît avait un seul jour de son existence travaillé ailleurs qu’au parti socialiste ou dans le confort douillet des ministères, il saurait que le vrai problème est le faible niveau du salaire minimum, tellement voisin de ce qu’on peut toucher par l’assistanat qu’il dissuade d’aller travailler. Dans les zones rurales où il faut faire des kilomètres pour rejoindre son employeur et dépenser des fortunes pour faire garder ses enfants, on économise parfois de l’argent à rester chez soi. Mais quel est le socialiste qui a compris depuis Mitterrand que la première urgence, c’est de relever le salaire minimum à un niveau décent ?

Le ringard Montebourg veut faire marcher au pas la jeunesse

Mon intention n’est pas de m’en prendre spécialement à Benoît Hamon. Tous les candidats, hier soir, ont donné le sentiment d’être des beaux parleurs n’ayant pas la moindre idée concrète à proposer pour redresser la France dès 2017. Un peu comme des sinistrés qui regarderaient brûler leur maison tout en évoquant calmement avec les pompiers la prochaine Ferrari qu’ils vont s’offrir. Entre Jean-Luc Bennahmias qui ne se souvient pas des mesures qu’il a inscrites dans son propre programme, François de Rugy de l’école Jean-Marc Ayrault, capable d’endormir n’importe qui dans les cinq minutes, ou Vincent Peillon, aussi lisse que son brushing, le téléspectateur sincèrement à gauche a l’impression de vivre un cauchemar.

Alors pour se donner l’air présidentiable, on enfile un costume bleu, on réajuste la cravate et on ressort des vieilles idées planquées dans l’armoire derrière la naphtaline. Le fringant Montebourg, qui a connu l’armée dans un bureau de pistonnés caserne Mortier, veut « rétablir le service militaire ». Il a donc oublié que l’armée a été pour notre génération l’école de la bêtise galonnée du sergent Kronembourg, de la fainéantise absolue, de l’alcoolisme élevé au rang de divinité. C’est ça la gauche moderne ?

Et comme Bisque, Bisque, Basque ! déteste tirer sur les ambulances, personne ne s’appesantira sur les propos de la candide Sylvia Pinel déclarant « L’entreprise, ce n’est pas la guerre ». Si seulement, cocotte, tu avais fait autre chose dans ta vie qu’intégrer dès ton plus jeune âge le Parti Radical de Gauche pour sauter sur les genoux cagneux de Jean-Michel Baylet, tu saurais que bien souvent l’entreprise c’est Beyrouth Bagdad et Mossoul réunis. Comme le prouvent le nombre sans cesse croissant de suicides sur le lieu de travail.

Valls candidat ne connaît pas… Valls Premier ministre

Reste enfin le propos le plus stupéfiant entendu pendant cette trop longue soirée, un propos que les commentateurs ne semblent pas avoir relevé. Tandis que Manuel Valls, que tous ses petits camarades se sont bien gardés de malmener frontalement, est interrogé sur la Loi Travail, il balaie le sujet d’un revers de main : « Un vieux débat qui ne m’intéresse pas ! ». Vingt-huit millions de salariés qui sont aussi des électeurs sont concernés, ils ont le sentiment que la gauche les a trahis et veut les obliger à dire « Merci mon bon maître » à ceux qui daigneront les employer, mais le schizophrène candidat Valls Manuel ne veut pas savoir ce qu’a fait le Premier ministre Manuel Valls.

C’est désolant pour tous les militants socialistes sincères, désolant pour tous les élus qui font consciencieusement leur boulot, mais, face à ce spectacle d’une gauche exsangue et totalement vermoulue dans ses propositions, face à ces apparatchik-candidats qui ne savent rien de la vraie vie, on se dit, quel que soit le chagrin qu’on éprouve, qu’à un moment il faut se rendre à la raison, savoir refermer le couvercle du cercueil socialiste et aller chercher les valeurs de gauche du côté de Jean-Luc Mélenchon. De profundis !

Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

La route à venir ne va pas être simple pour Manuel Valls. Au concours du parti le plus bête du monde, le PS semble décidé à faire aussi bien que la droite.

Même si elles m’ont valu quelques profondes satisfactions, comme ce coup de pied aux fesses infligé au petit Nicolas, les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, continuent à susciter en moi un profond malaise. Pour les médias comme pour les politiques, une somme de quatre euros, si l’on vote aux deux tours, est totalement négligeable et ne mérite pas la moindre réflexion. Nous connaissons pourtant tous autour de nous des gens pour qui une telle somme est vitale.

GRATUITÉ INDISPENSABLE

Est-il logique, est-il démocratique que des bobos friqués et politisés puissent ainsi déterminer à l’avance le casting d’une élection au suffrage universel tandis que les prolos impécunieux devront se contenter du choix effectué par des gens à des années-lumière de leurs préoccupations ? De Gaulle disait « La seule Cour suprême, c’est le peuple ». À l’évidence, l’esprit de la Ve République est trahi avec l’organisation de primaires payantes. Quand on sait que l’État français a versé plus de 63 millions d’euros de financement public aux partis politiques en 2015, il est navrant de constater que le parti socialiste, décidément doté du même autisme que la droite, n’a pas le réflexe élémentaire d’une primaire gratuite, permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter, sans exclusion par l’argent. Quitte à installer dans un coin des salles de vote, une tirelire où chacun pourrait donner librement pour aider aux frais d’organisation du scrutin.

LE FN N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Marine Le Pen reste persuadée qu’elle va caracoler en tête.

Pour presque tous les confrères, la messe est dite et la désignation de François Fillon ruine les espoirs de Marine Le Pen. Circulez, y’a plus rien à voir ! C’est sans doute aller un peu vite en besogne. François Fillon a totalisé sur son nom presque trois millions de suffrages, ce qui est une belle performance. Mais pour se qualifier au premier tour de la présidentielle, il faut généralement dix millions de votes en sa faveur et vingt pour devenir Président de la République. D’après les sondeurs, 400 000 sympathisants du Front national seraient venus voter à la primaire de la droite. Les autres sympathisants, pendant ce temps, ruminent en silence leur haine du système et fourbissent le bulletin fatal qu’ils déposeront dans l’urne le jour de la présidentielle. Marine n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’AGONIE DE HOLLANDE

Les adversaires de Manuel Valls, qu’ils soient de droite ou de gauche, soulignent à l’envi que le Premier ministre lui a planté un poignard dans le dos avec son interview au Journal du Dimanche. Même si je ne suis pas du tout favorable à Manuel Valls, appréciant peu sa perpétuelle danse du ventre devant le patronat et sa Loi travail, rien ne me semble plus faux. Hollande a lamentablement raté son quinquennat et il ne le doit qu’à lui, son Premier ministre ayant plutôt limité les dégâts. Refusant de s’inscrire à l’Association au Droit de Mourir dans la Dignité, Hollande était le seul à ne pas avoir conscience d’être en phase terminale. Ségolène et ses enfants ont tenté de lui dire, Valls, plus pragmatiquement l’a débranché et il a bien fait. La politique n’est pas une activité pour les poètes, et Hollande, lors de ses prochaines escapades en scooter, pourra toujours se dire qu’il a renoncé de lui-même, tandis que Sarkozy s’est fait virer. C’est tout ce que les livres d’histoire, avec le mariage pour tous, retiendront de son peu brillant passage.

VALLS L’ÉQUILIBRISTE

Les chances de la gauche de remporter la présidentielle de 2017 sont infimes. Manuel Valls sait parfaitement qu’une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple et qu’il conserve une minuscule fenêtre de tir. En attendant, il va devoir se livrer à un sacré numéro d’équilibrisme. Libéral et à droite presque toute quand il gouvernait, il va se souvenir qu’il est à gauche dans les jours qui viennent pour tenter d’asphyxier Montebourg, avant de draguer les centristes s’il réussit à sortir vainqueur de la primaire. De la haute voltige, certes, mais aussi quelque part le lot quotidien d’un politique. Et Valls dans l’exercice n’est pas le moins doué de tous.

LA PRIMAIRE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Pour Gérrard Filoche, l’essentiel, c’est de doubler les salairres. et de laisser l’orthographe à ceux que ça intéresse… (Photo François Amigorena)

Si la primaire de la droite a permis aux Français de découvrir ce qui se cache derrière le vocable creux du libéralisme – haine du salarié, mépris des plus faibles, volonté d’éradiquer le syndicalisme -, nul ne peut contester que l’événement a été de fort belle tenue avec un ancien président de la République et deux anciens Premiers ministres à l’affiche. Malheureusement la politique est ainsi faite que la tentation du quart d’heure de gloire télévisuelle existe. Ce n’est pas faire injure aux candidats de la primaire de gauche d’affirmer qu’ils sont plus là pour faire prospérer leur fonds de commerce et négocier au plus offrant les quelques voix obtenues au premier tour plutôt que véritablement viser l’élection présidentielle. Entre l’inexistante Marie-Noëlle Lienemann, la girouette Montebourg, Vincent Peillon en faux-nez de Martine Aubry, ou le brave inspecteur du travail Gérard Filoche, les débats pourraient vite devenir ridicules et la primaire une magnifique machine à perdre. J’en suis personnellement très chagriné, mais la gauche a une chance et une seule de l’emporter et elle se nomme Manuel Valls.

LE VRAI FILLON

La modeste masure du pauvre hère Fillon, présentée dans Paris Match.

La capacité d’oubli de nos médias n’a d’égale que celle de nos concitoyens. Pendant les primaires de droite, on s’est gargarisé sur Mister Nobody revenu de nulle part, sur l’homme simple qui plaît aux Français, le Sarthois placide capable d’essuyer les tempêtes. Au lieu de taper comme un sourd sur cette icône en carton-pâte qu’un souffle devrait balayer, autiste, la gauche s’apprête pendant deux mois à ferrailler entre elle en négligeant un homme dont le programme devrait épouvanter n’importe quel citoyen ayant deux sous de bon sens. François Fillon, c’est d’abord, selon les dires du personnel de Matignon, rapportés par « Le Canard enchaîné » de l’époque, « le pire jouisseur de la Ve République ». L’homme qui prône les économies indispensables mais qui n’hésitait pas à prendre un avion ministériel plutôt qu’une voiture pour les 250 kilomètres à parcourir entre Matignon et son château de Solesmes et ne se souciait que de son confort personnel. Le même Premier ministre qui, en 2011, au mépris de la politique étrangère de la France, acceptait une invitation de Moubarak à passer les fêtes de fin d’année en Égypte. Et à détourner sournoisement l’attention sur Michèle Alliot-Marie et ses vacances tunisiennes, pour qu’on l’oublie.

QUI EST LE PLUS PRIMAIRE ?

La différence de style est frappante. Hollande a mis dix minutes à défendre son bilan, avant d’annoncer qu’il ne se représentait pas. Valls quarante secondes à annoncer sa candidature avant de commencer à fustiger ses futurs adversaires. En 1980, nous étions nombreux à ne guère entretenir d’illusions sur François Mitterrand. Mais notre détestation de Valéry Giscard d’Estaing était telle, que nous avons voté sans trop de difficultés pour François les dents longues, avant de découvrir quelqu’un qui a su incarner la fonction présidentielle. Éternel capitaine de pédalo corrézien, Hollande ne s’est pas hissé à la hauteur du poste qu’il occupait, ce qui l’a définitivement séparé de ses électeurs. Je ne rêve vraiment pas de Valls à chaque heure du jour et de la nuit, mais sa fougue, sa combativité alliée à son sens de l’État, font de lui la seule chance de la gauche et un possible et présentable Président de la République.

À condition d’arrêter un peu avec ces primaires qui faussent complètement le jeu politique, Valls devant lutter pendant deux mois contre son propre camp pendant que Macron, avant de faire pschitt, va pouvoir parader et débiter des inepties au kilomètre sans la moindre contrainte puisqu’il s’est affranchi de ce tour préliminaire !

Oui, sans aucun doute, « Valls, c’est du brutal » comme diraient les tontons flingueurs. Et quand on voit la furia avec laquelle le petit taureau catalan peut asséner ses arguments, on se dit que le fils de notaire Sarthois, grand spécialiste du coup en douce, mais pas trop courageux dans le face à face, pourrait sérieusement se faire malmener dans un débat à deux. Et après, qui sait ?

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité… (2/3)

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Quoi que fasse Hollande, ça finit toujours par lui tomber dessus…

Au temps où François Hollande régnait en maître rue de Solférino et où ses amis socialistes rivalisaient de surnoms aimables à son égard, « La fraise des bois », « Le culbuto », « Monsieur petites blagues », il ne serait venu à personne l’idée de contester au Premier secrétaire du parti socialiste un réel talent dans ses relations avec les journalistes, et pas uniquement avec Valérie Trierweiler.

Il faut croire que l’atmosphère de L’Élysée est devenue bien mortifère pour que, dans ce domaine comme dans tous les autres, notre bon François cumule les déconvenues. Arrêtons-nous tout d’abord sur ces soixante-et-un rendez-vous accordés à Fabrice Lhomme et Gérard Davet, comme si le fait était exceptionnel. De tous temps les journalistes ont assidûment fréquenté l’Élysée. La seule différence avec le précédent quinquennat, c’est que sous Sarkozy, Patrick Buisson et consorts avaient bureaux et ronds de serviette à l’Élysée et que François Hollande a eu le bon goût d’épargner les deniers de l’État en allant dîner chez ses interlocuteurs.

Le syndrome Nafissatou Diallo ?

Mais, à la lecture de « Un président ne devrait pas dire ça », on reste confondu devant la collection de vacheries inconscientes adressées aussi bien aux magistrats qu’aux footballeurs par celui qui se qualifie lui-même de « spectre de l’Élysée », alors qu’il devrait être le rassembleur de tous les Français. Et l’on a un petit sourire de pitié en écoutant ses laborieuses explications sur les « sans dent » ou ses rodomontades sur son « courage ». C’est même à se demander si l’agréable François Hollande – frappé par le même syndrome destructeur que DSK avec Nafissatou Diallo ? – n’a pas laissé parler son inconscient en provoquant une crise pour éviter d’avoir à se représenter.

Car soyons clair, lorsqu’un président de la République s’invite à la table d’un journaliste qui sait qu’il va bénéficier d’une façon ou d’une autre des confidences qui vont lui être faites, l’homme d’état est tout à fait en mesure de poser ses conditions et de déterminer si l’entretien est « on » ou « off ».

Les rétropédalages forcenés de son dernier carré de fidèles, de Frédérique Espagnac à Jean-Marie Le Guen, affirmant que le président n’était pas au courant de la sortie du livre, montrent bien un président qui ne maîtrise absolument plus sa communication. Pas plus que son quinquennat d’ailleurs ! Comme l’affirme le député PS de Seine-Maritime Guillaume Bachelay : « On est plus dans le dépôt de bilan que dans le bilan ».

On nous serine sur tous les toits que Hollande est plus déterminé que jamais et qu’il va se déclarer en décembre pour la prochaine élection présidentielle. S’il avait un tout petit peu de dignité, au vu de son calamiteux quinquennat, au vu de ses ratages dans presque tous les domaines et en particulier dans l’inversion de la courbe du chômage, le « capitaine de pédalo » qui n’est jamais descendu de son frêle esquif pour prendre la barre du paquebot France déclarerait dès maintenant qu’il renonce à un nouveau mandat, au lieu de se complaire dans ces petits jeux politiques qui désespèrent les Français.

Aventure personnelle ou avenir de la gauche ?

Rêvant d’avoir, face à lui, un Nicolas Sarkozy qu’il est persuadé pouvoir écrabouiller à nouveau, François Hollande ne réalise pas qu’il est hors réalité, même si on peut comprendre l’envie d’en découdre du bon bougre Hollande, qui s’est retrouvé dans un costume beaucoup trop grand pour lui, face à une authentique canaille comme Sarkozy, qui a méprisé les lois de la République, aussi bien en 2007 qu’en 2012, en faisant financer sa campagne par de l’argent libyen ou en trichant sur ses comptes de campagne par l’intermédiaire de Bygmalion.

Mais, quand on est obsédé par l’Histoire, tout comme l’était François Mitterrand, on doit sentir quand elle vous donne rendez-vous. Il n’est pas digne de la fonction présidentielle de se laisser aller à des petites phrases, pas plus qu’il n’est envisageable d’aller montrer ses muscles dans une primaire quand on est un président sortant.

En cédant sa place dès maintenant et en renonçant à se présenter à la présidentielle, François Hollande prouvera que son avenir lui importe moins que l’avenir de la gauche. S’il persiste, il démontrera que seul compte son destin personnel et que la gauche pour lui n’est qu’un colifichet qu’on sort pour les grandes occasions.

Souhaitant vivement la victoire finale d’un candidat de la gauche de la gauche, je ne suis pas fan de Manuel Valls, de sa façon de cajoler les patrons, de ses postures et de cette abomination nommé Loi travail. Mais le Premier ministre a tenu bon dans la tempête et s’est montré d’une loyauté sans faille au président. C’est à Manuel Valls d’aller en découdre face aux autres candidats de la primaire de gauche et, qui sait, de renverser la table électorale face à une droite qui ne rêve que de libéralisme sauvage et d’assassinat des droits des travailleurs…

Allez, François, pour une fois montre-toi à la hauteur et arrête tes manœuvres à deux balles !

 

Demain

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/

Une VIe République s’impose

Le passage en force d’une loi sur le Travail, qui va bouleverser la vie de millions de Français, par le subterfuge de l’article 49.3, montre à quel point nos institutions sont à bout de souffle…

L’historique victoire de la France contre l’Allemagne, lors de l’Euro de foot, ne doit surtout pas faire oublier la forfaiture historique d’un gouvernement de gauche osant faire passer par le biais de l’article 49.3 une loi scélérate qui concerne des millions de travailleurs. Si l’avant-dernière victoire de la France contre l’Allemagne remontait à la Coupe du Monde 1958 avec un 6 à 3 inoubliable et quatre buts de Just Fontaine, c’est aussi en 1958 qu’un certain Michel Debré rédigeait, à la demande du général de Gaulle, notre constitution actuelle, qui plus que jamais apparaît vieillotte et dépassée, après avoir montré bien des qualités à ses débuts.

Michel Debré, tout comme le général de Gaulle, voulaient mettre fin au « régime des partis », à ces alliances mouvantes et improbables vécues sous la IVe République où le pays était devenu ingouvernable. En permettant au gouvernement d’engager sa responsabilité face à un texte de loi, grâce à l’article 49.3, les Guy Mollet, Edgar Faure et autres grands spécialistes de l’opposition à géométrie variable se retrouvaient obligés d’agir à visage découvert, ce qui freinait considérablement leur ardeur. Cette bonne idée a été totalement dévoyée avec le temps et Michel Debré, en voyant l’usage ahurissant fait par le gouvernement Valls de l’article 49.3 doit être en vrille dans sa tombe. Oui, plus que jamais, au vu des « tricheries » permanentes que se permettent les politiques, une VIe République s’impose.

Un mandat présidentiel unique de 7 ans

Jacques Chirac reste le président de la République le plus aimé des Français, mais il a joué un sacré tour de cochon à la démocratie, en 2002, en transformant le septennat en quinquennat. Ce n’est pas par souci de moderniser les institutions qu’il a imposé le quinquennat comme nouvelle norme présidentielle, mais à cause de son âge (70 ans en 2002) qui risquait de faire tiquer les Français, au cas où ils en prendraient pour sept ans, que « le roi fainéant », comme le surnommait Sarkozy-la-classe, s’est décidé à agir. Résultat, qui s’est vérifié en 2007 et 2012, au bout de dix-huit mois, avec ce format court, le président n’a plus la possibilité de réformer le pays et ne s’intéresse plus qu’aux sondages de popularité dans l’optique de sa future réélection. En 2012, le diagnostic de François Hollande, lors de sa campagne présidentielle, parlait à tous les Français : baisse de la dette et moralisation de la vie publique en luttant contre le cumul des mandats. Résultat : Hollande, pour tenter d’être élu, dépense à tout va, et obère l’avenir du vainqueur de la présidentielle de 2017, tandis que les élus, locaux comme nationaux, thésaurisent à un moment où le pays tire la langue comme jamais. Voilà l’explication de l’actuel succès dans les sondages de Juppé, même s’il manifeste des signes d’essoufflement ces derniers temps. Les Français savent parfaitement qu’on ne peut pas vivre à crédit éternellement et planquer les dettes sous le tapis. Avec Juppé-droit-dans-ses-bottes, qui aura presque 72 ans au moment de l’élection, ils sont persuadés qu’ils auront un président qui aura le cran de réformer le pays et qui ne sera pas obnubilé par sa réélection.

En créant un mandat unique de sept ans, le vainqueur de l’élection présidentielle retrouve le temps de faire évoluer considérablement le pays et peut travailler sereinement jusqu’au bout puisqu’il sait qu’il n’aura pas à affronter à nouveau le suffrage universel.

Des indemnités en corrélation avec le monde du travail

Dans l’esprit du législateur de 1958, le citoyen qui brigue un mandat doit toucher une modeste indemnité destinée à couvrir les frais inhérents à sa fonction. Mais, de discrètes augmentations en coups de pouce indiciaires pas discrets du tout, on en arrive pour le moindre élu local à des « indemnités » qui ressemblent plutôt à des salaires de cadres très supérieurs. Entre sa ville, sa communauté d’agglomération, le conseil départemental ou régional, le maire qui n’arrive pas à atteindre le « plafond » légal de 8 000 euros, quasiment pas imposés, mérite presque d’être traité de débile profond. D’où ses réflexions haïssables que les politiques, dans leur corporatisme aveugle, ne perçoivent même plus comme telles : « Tu comprends, j’ai absolument besoin de cette indemnité pour vivre ». La politique n’est plus affaire de conviction mais de plan de carrière et c’est choquant.

Il est clair que si l’on calait les indemnités d’un maire d’une ville moyenne comme Biarritz au niveau du SMIC, avec des adjoints à cinq cents euros, l’enthousiasme serait sans doute moins grand. Ceux qui se présenteraient le feraient par conviction et non par opportunisme, ce qui apporterait un vent de fraîcheur, et ils ne passeraient pas leur temps à réfléchir au coup suivant au lieu de se consacrer au mandat pour lequel ils ont été élus. Quand on sait que le salaire médian en France tourne autour de 1500 euros, un plafond de 3 000 euros pour les cumulards de la politique modifierait sans doute beaucoup la donne et calmerait les appétits d’une partie de ces 360 000 élus français qui trouvent la soupe particulièrement goûteuse. La limitation à deux mandats, un national et un local deviendrait une règle absolue, comme l’avait promis un certain François Hollande avant d’être réélu. Au lieu de cela on se retrouve avec un ministre de la Défense qui est aussi président de la Région Bretagne. Qui peut sérieusement croire que Jean-Yves Le Drian soit en mesure d’exercer correctement ces deux fonctions ?

Des frais de mandat soumis à contrôle

Avec 5177 euros net d’indemnité par mois, le salaire d’un député n’a rien d’extravagant, même à l’aune du salaire minimal en France et ne mériterait qu’un léger coup de rabot en cas de passage à la VIe République. En revanche, il est invraisemblable que les « frais de mandat » d’un montant mensuel de 5771 euros mensuels ne soient quasiment soumis à aucun contrôle. On a vu ainsi un député manger uniquement dans le restaurant que venait de monter sa fille, établissement qui se situait à… six cents kilomètres du Palais-Bourbon. Ce système profite donc aux élus qui trichent et ne travaillent pas, tandis que le député consciencieux, qui a des frais réels liés à son activité, va toujours endurer des sourires entendus sur ses substantielles indemnités de frais. Quand un Didier Borotra, à son modeste niveau de maire, se permet de dépenser, sans le moindre justificatif, 200 000 euros chaque année à l’Hôtel du Palais, et subit en retour une simple remontrance de quelques lignes de la chambre régionales des comptes, il est normal que le citoyen ordinaire s’indigne. Quand il confie à sa fille une étude sur les économies à faire à la Cité de l’Océan, payée 48 000 euros et que la Justice ne trouve rien à y redire, il y a vraiment de quoi s’étrangler.

Les politiques font toujours mine de s’étonner de leur impopularité absolue auprès de leurs concitoyens. Tout comme Valls qui veut croire que les manifestations contre la loi Travail ne sont que des réactions épidermiques qui vont très vite se dissiper. Ils n’ont absolument pas conscience du côté obscène de leur comportement, quand ils se crispent sur leurs avantages indus, tout en défendant, sans la moindre crise de conscience, des réformes du travail qui vont encore plus fragiliser les moins bien lotis, précariser ceux qui se croyaient à l’abri, et renvoyer le monde du travail, le vrai, pas celui qui a le cul collé aux fauteuils empire des cabinets ministériels, à la merci totale d’un patronat qui, en France, a rarement brillé par son intégrité et son intelligence.

Oui, avec une gauche comme celle-là au pouvoir, il n’y a plus besoin de droite…