La CGT fait son boulot… pas la presse !

Un pays de plus en plus paralysé… Pas mal pour un « petit syndicat en perdition », selon les médias.

Vous les pédants qui avez lu de la première à la dernière ligne, n’en doutons point, la loi El Khomri, vous avez entendu parler d’un amendement prévoyant la suspension de cette loi Travail, en cas d’inondations ou pendant la période de l’Euro ? On se demande donc bien pourquoi le gouvernement reproche à la CGT de faire des grèves pendant les intempéries ou les jeux du cirque footballistiques, alors que l’avenir de millions de salariés est en jeu.

Mais il est clair que dans la situation actuelle, les petits muscles du matamore Manuel Valls pèsent peu face aux gros bras de la CGT et que tous les moyens sont donc bons pour salir l’adversaire et tenter de rallier les indécis à la cause gouvernementale. Ainsi, notre très à droite Premier ministre vient d’inventer le concept de la grève qui ne doit pas déranger, en répétant sur tous les tons qu’on « prend en otages les Français ! ». Mais bien sûr que la CGT a raison d’insister, bien sûr qu’une grève doit emmerder le monde pour avoir une chance de réussir. Pour une fois qu’un syndicat fait son boulot et écoute les salariés, au lieu de passer en douce des accords avec le gouvernement, on ne va pas se plaindre, et les agitations sémaphoriques de toute l’équipe gouvernementale n’arrivent pas à cacher le fait que de plus en plus de monde se retrouve dans la rue (après la SNCF, la RATP, les éboueurs !) pour rejeter violemment un texte qui donne le sentiment de revenir au XIXe siècle.

C’est un membre du bureau politique national du PS qui parle, évoquant : « un gouvernement brutal, minoritaire et responsable des blocages », avant d’enfoncer le clou : « Ne croyez pas que cette loi a été « adoucie ». Ne croyez pas qu’ils l’ont amendée. Ils le disent, mais ils mentent, ce sont de grands, de gros menteurs » (http://www.filoche.net/) Et l’homme qui écrit cela sait de quoi il parle, puisque Gérard Filoche a été inspecteur du travail.

Les modérés diront que le gouvernement a été particulièrement maladroit, ceux qui ne croient plus beaucoup aux convictions socialistes penseront que Valls a voulu donner des gages au patronat, ce qui parait plausible quand on voit Pierre Gattaz, le patron des patrons, demeurer le dernier soutien inconditionnel du Premier ministre. Mais une chose est sûre, le gouvernement est responsable du désordre actuel, de l’image catastrophique de la France qu’il donne et n’a d’autre solution que de renoncer totalement à cette loi Travail qui scandalise tous les électeurs de gauche. Avec obligation de faire de la pédagogie pour que tout le monde comprenne où il veut aller, avant de se lancer dans un nouveau projet de cette envergure.

La faillite du quatrième pouvoir

Combattre une loi qui renvoie les salariés au XIXe siècle, c’est le rôle d’un syndicat.

Que Valls et la CGT s’accusent mutuellement d’avoir semé le désordre, c’est normal. Ce n’est pas la première fois qu’un bras de fer oppose en France un gouvernement autiste qui jure qu’il ne calera pas, à la rue qui gronde. Et, en général, à l’image du Contrat Première Embauche (CPE) voulu par Villepin, le gouvernement finit par estimer que « les conditions ne sont pas réunies » et enterre le projet comme en 2006. Mais, dix ans plus tard, un changement majeur s’est opéré qui semble avoir échappé à nombre d’observateurs. Avec le rachat des grands titres de la presse écrite ou audiovisuelle par des industriels comme Serge Dassault, Vincent Bolloré ou Pierre Bergé, le quatrième pouvoir est devenu quasiment inexistant. C’est pourtant le rôle de la presse d’expliquer, de nuancer, de pointer du doigt les contrevérités, qu’elles viennent d’un camp ou de l’autre, de contrebalancer en quelque sorte les trois pouvoirs que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Au lieu de cela, à quelques heureuses exceptions près comme Médiapart, L’Huma, Acrimed ou certains réseaux sociaux, une armée de porte-plumes, porte-micros ou porte-caméras, proférant des contre-vérités encore plus énormes que leurs egos, a bourré le mou des Français comme jamais, dans le seul souci de relayer la bonne parole patronale et de ne pas déplaire à la main industrielle qui les nourrit. Que n’a-t-on entendu sur la CGT ! Un syndicat en perdition qui n’a plus aucun crédit auprès des salariés. Demandez aux Parisiens qui souffrent tous les matins en espérant un train ce qu’ils pensent de l’absence de représentativité de la CGT ! Demandez-leur s’ils ont le sentiment d’un syndicat en déclin ! Et vous avez entendu la moindre autocritique d’un de ces donneurs de leçons, reconnaissant qu’il s’est peut-être fait intoxiquer par des patrons prenant leurs désirs pour des réalités ?

CGT 04

Le patron de a CGT, Philippe Martinez, est considéré comme le principal adversaire de Valls. Mais, curieusement, la presse ne lui donne pas la parole.

De la même façon, au début du conflit, la presse unanime a titré « Valls-Martinez : le duel », mais, comme c’est bizarre, seul Manuel Valls a pu vanter longuement les « bienfaits » de sa loi Travail. Et quand le leader de la CGT Philippe Martinez, agacé de ne pouvoir s’expliquer, distribue un communiqué sur ses positions, la presse, au lieu de se réjouir de cette information supplémentaire, la récuse, obligeant les ouvriers du Livre à un coup de semonce.

Présidentielles : le grand ménage commence

Si les industriels propriétaires de journaux expliquent en partie cette soudaine pusillanimité de la presse, la proximité de l’élection présidentielle y est aussi pour beaucoup. C’est maintenant que se distribuent les places qui « donnent de la visibilité » selon la formule de Laurent Fabius, quand il était aux Affaires étrangères. Et comme en 2001, en 2006, ou en 2011, il s’agit de promouvoir des hommes sûrs à la tête des services politiques ou des rédactions et de virer ceux qui déplaisent au pouvoir en place. Aucun doute n’est possible, l’information sera bien « verrouillée » en 2017, car, encore plus violemment qu’avant, le grand ménage a commencé. Aude Lancelin, la directrice adjointe du « Nouvel Observateur » faisait l’unanimité pour sa rigueur journalistique. Considérée par Niel, Pigasse et Bergé comme « trop à gauche », elle vient d’être virée pour des motifs fumeux, alors que la vraie raison est sa non-allégeance à Hollande. (https://www.mediapart.fr/journal/france/230516/purge-l-obs-reprise-en-main-marianne?onglet=full) Coup de balai aussi à « Marianne » où le fantasque directeur de la rédaction Joseph Macé-Scaron, plutôt imprévisible dans ses réactions politiques, rejoint un improbable « comité éditorial » et est remplacé par Renaud Dély qui n’a jamais fait de mal à une mouche socialiste…

Et ce n’est qu’un début !

Pauvre presse !

Ce gouvernement indigne…

French Prime Minister Manuel Valls speaks during the session of questions to the government at the National Assembly in Paris on February 17, 2015. AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Manuel Valls restera à jamais le Premier ministre prétendument à gauche qui a osé passer en force, par l’artifice du 49-3, une réforme scandaleuse du Code du Travail.

Il faut n’avoir jamais quitté le confort douillet des cabinets ministériels, n’avoir jamais subi les exactions d’un patron exploiteur, ne s’être jamais fait entuber sur ses heures supplémentaires, pour oser présenter une telle réforme du Code du travail et s’étonner que les Français ruent dans les brancards. Mais qu’attendre d’autre d’un gouvernement qui mène une politique ultra-droitière, comme l’ont déjà démontré les lois sécuritaires, prétendument dirigées contre les terroristes et qui n’ont servi jusqu’à maintenant qu’à boucler à leurs domiciles quelques paisibles militants anti COP 21 ?

Le député communiste André Chassaigne a parfaitement raison, lorsqu’il parle d’un « coup de force contre le monde du travail, qui signe une régression historique du droit du travail par la remise en cause de la protection des salariés. », avant de s’étonner : « Qui aurait pu imaginer qu’un gouvernement se réclamant de la gauche ose ainsi anéantir notre modèle social, fierté de notre pays ? »

Alors que la tentative d’une motion de censure de la gauche a échoué à deux voix près, André Chassaigne sera un des rares députés à voter sans états d’âme celle de la droite, même s’il n’entretient pas la moindre illusion : « Je sais très bien que ce texte est à l’opposé de ce que l’on porte. Mais je ne vote pas sur le texte, je vote à partir du seul outil dont je dispose. ». Ce gouvernement indigne et irrespectueux des valeurs de gauche mérite de tomber.

Quant aux députés socialistes frondeurs, après leur baroud d’honneur, ils vont sagement rentrer dans le rang, surtout depuis qu’on les a menacés de ne pas leur accorder l’investiture aux législatives de 2017. La politique est un monde féodal où les vassaux s’écrasent !

Une bataille de gagnée, une guerre de perdue…

Le gouvernement serait pourtant bien inspiré d’envoyer quelques personnes de confiance dans la rue pour écouter ce qui se dit et mesurer le fossé qui s’est creusé avec les électeurs : « Avec une gauche comme celle-là, on n’a même plus besoin de droite ». Plusieurs de mes amis qui votent à gauche depuis quarante ans, affirment même qu’en cas de deuxième tour Hollande, Marine Le Pen, à la prochaine présidentielle, ils n’iront pas voter.

Grâce à un artifice constitutionnel et un détournement de l’esprit de l’article 49.3, les Hollande, Valls, Macron et autres petits marquis poudrés qui veulent nous renvoyer au monde du travail du XIXe siècle, ont le sentiment d’avoir remporté la bataille. Élus à courte vue, ils ne voient pas qu’ils sont en train de perdre la guerre. Après avoir réussi à contourner le Parlement, ils vont devoir désormais se coltiner la rue, dès mardi et jeudi prochain, et il ne fait pas de doute que le printemps va être chaud.

Ce n’est plus la peine que François Hollande, après avoir trahi à ce point ses électeurs, entretienne la moindre illusion sur son avenir présidentiel en 2017. Qu’il fasse réviser son scooter et qu’il parte, avec ou sans Julie Gayet, loin, très loin, très très loin…

Hollande en pleine déchéance de rationalité…

Eemaniement-du-gouvernement

Je n’ai pas confiance en toi, et toi non plus, donc rien ne s’oppose à ce que nous continuions la comédie…

Remercions vivement François Hollande et Manuel Valls d’avoir douché l’enthousiasme des Français, au cas improbable où il existerait encore un ou deux de nos concitoyens s’imaginant qu’un remaniement ministériel puisse servir à améliorer l’équipe dirigeante du pays et à mieux gouverner la France. Voilà un homme, élu en 2012 sur sa bonhommie, sa capacité fort momentanée à l’amaigrissement et sa placidité, ce qui nous changeait agréablement du petit nerveux qui l’avait précédé, et qui -propos incroyable!- demandait à être jugé sur les résultats obtenus. Presque quatre ans plus tard,  l’ancien président du conseil général de Corrèze, qui avait annoncé qu’il allait créer 500.000 emplois avec la mesure phare de son quinquennat, le contrat génération, en a tout juste obtenu 40.000, selon le rapport de la Cour des Comptes. Quant à l’inversion de la courbe du chômage, toujours promise mais jamais réalisée, qui devait conditionner sa décision de se représenter en 2017, elle culmine sur les sommets malgré les deux milliards d’euros que Hollande s’apprête à injecter, au cas où un miracle de dernière minute se produirait.

Les Français ont compris depuis fort longtemps que le costume de président est beaucoup trop ample pour le fugueur en scooter et que n’est pas Mitterrand qui veut. Mais, se croyant toujours à la manœuvre rue de Solférino, Hollande clame son mépris de la France et bâtit un gouvernement « spécial présidentielles de 2017« , qui inévitablement va lui péter à la gueule. Revue de détail de toutes les absurdités et de toutes les déchéances de rationalité contenues dans cette nouvelle équipe ministérielle.

Elle a bon dos la parité!

C’est un homme qui écrit cela, mais je ne supporte plus cette prétendue parité en politique qui n’existe pas dans la réalité. « 19 hommes et 19 femmes, car le président tenait à la parité » ont ronronné en boucle les radios et les télés. Mais qui occupe les ministères régaliens de la Justice, de l’Intérieur et de l’Armée? Des hommes bien sûr!

Et qui se retrouve avec des secrétariats d’État aux titres aussi improbables que chargée de la Biodiversité (Barbara Pompili), chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion (Ségolène Neuville), chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie (Pascale Boistard) ou de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage  (Clotilde Valter)? Des femmes, bien sûr! Alors, qu’on arrête un peu avec la parité, tant que l’on n’aura pas, sans que cela ne suscite le moindre commentaire ni le moindre étonnement, des femmes aux plus hautes responsabilités de l’État et à la présidence de la République.

Des écolos lamentables… comme d’habitude!

Emmanuelle Cosse, Barbara Pompili, Jean-Baptiste Placé : tous attendaient le grand jour où ils allaient enfin pouvoir bénéficier de la voiture de fonction et de la sirène à deux tons. Ah, ça, ils vont le payer cher leur moment de griserie, avec toutes les couleuvres que Valls va leur faire avaler! On a déjà vécu le film avec Cécile Duflot, plutôt mordante et sympathique à ses débuts et totalement dépassée, lorsqu’elle s’est retrouvée au cœur de l’appareil d’État. Hollande qui redoute de voir surgir une candidature Nicolas Hulot qui lui compliquerait sérieusement la réélection, pense avoir bien joué en s’assurant le soutien des Verts. Mais il devrait savoir que chez les écolos ou prétendus tels – car lequel d’entre eux se préoccupe encore d’écologie? – il y a autant de courants et de micro-partis que d’individus. Même manœuvre, en conviant à la table gouvernementale le vieux cheval de retour Jean-Michel Baylet et son lilliputien Parti radical de Gauche, dont les assemblées générales tiennent dans une cabine téléphonique. Encore une fois, on est dans un calcul à courte vue, où les intérêts de notre pays seront malmenés par les exigences de petits marquis qui ont démontré depuis fort longtemps leur inexistence politique.

Valls-Ayrault : bonjour l’ambiance!

Même perversité dans le traitement réservé à Jean-Marc Ayrault. Premier ministre appliqué et loyal, il a payé pour l’indécision chronique de son président et a été injustement écarté par le jeune arriviste Valls, qui était sous ses ordres et bien décidé à lui faire la peau. Et, comme toujours, Hollande avait flanché malgré les mises en garde de Valérie Trierweiler, qui lui avait dit : « Si tu files les clés à Valls, tôt ou tard il partira avec le camion« . Ce n’est que justice de voir Jean-Marc Ayrault, homme sincère et convaincu, revenir au gouvernement, à un moment où ses liens privilégiés avec Angela Merkel seront plus que précieux. Mais, vous tous qui subissez des injustices dans le cadre de votre travail, essayez d’imaginer ce qui se passerait si votre actuel patron se retrouvait sous vos ordres. Couinements, grincements de dents et cacophonies, sont à prévoir, mais Hollande n’en a cure : il veut être réélu en 2017 et le reste l’indiffère.

Un « traître » plus facile à surveiller

Valls peut se féliciter de la mollesse de Hollande. Mis en garde par ses amis, sur une trahison de plus en plus évidente de son Premier Sinistre,  comme Coluche qualifiait le chef du gouvernement, le capitaine de pédalo n’a pas osé trancher. Ou s’est dit que Valls serait plus facile à contrôler à Matignon qu’à l’extérieur du périmètre gouvernemental. Valls ne manque pas de culture politique et sait très bien que, si Hollande est réélu en 2017, il est fort probable que les Français choisiront un homme de droite en 2022. Ce qui ne satisferait guère ses rêves élyséens. En droitisant exagérément ses positions, ce qui ne lui est pas trop difficile, vous en conviendrez, Valls fait coup double. Il s’attire des sympathies chez les électeurs de droite qui pourraient s’avérer fort utiles si Juppé était élu en 2017 et tenait sa promesse de ne faire qu’un mandat, et coupe le président de son électorat naturel… Qu’il sera toujours temps de regagner, quand la présidentielle sera venue. On peut accuser Hollande d’être dépassé par sa fonction, mais tout le monde conviendra qu’il sait faire de la politique et qu’il se montre sans doute fort habile en faisant semblant de faire confiance au petit matamore catalan.

Voilà donc le gouvernement improbable que François Hollande est venu défendre devant les caméras de TF1 et FR2. Un gouvernement qui ne peut pas être efficace et fonctionner et qui n’est qu’une machine de guerre destinée à servir les intérêts personnels du futur candidat. Difficile d’afficher plus beau mépris de la France et des Français qu’avec cette nouvelle équipe, bancale et dénuée de toute homogénéité!

Une justice un pneu gonflée!

Goodyear 2Grande première sous la Ve République! Les salariés sont désormais priés de crever la gueule fermée et en silence, afin de ne pas froisser les délicates oreilles patronales, si l’on se fie au tribunal d’Amiens, qui vient de condamner huit ex-salariés de Goodyear à neuf mois de prison ferme pour avoir séquestré pendant trente heures, sans la moindre violence, le directeur des ressources humaines et le responsable de production de l’usine Amiens-nord. Pas de chemise arrachée comme à Air France, pas de coups portés, des plaintes déposées puis retirées dans un souci d’apaisement, mais un procureur qui refuse de prendre en compte la violence d’un patron-voyou envoyant au chômage, sans le moindre état d’âme, 1143 salariés.

goodyear cares

Des « séquestrés » qui semblent particulièrement malmenés, comme en témoignent les images de l’époque.

Décidément la gauche socialiste, quand elle se retrouve au pouvoir, ose ce que la droite la plus réactionnaire ne se permettrait même pas en rêve! Et qu’on ne vienne pas nous parler d’indépendance de la Justice! Depuis 1958, elle n’a jamais pris une décision sensible sans en référer à son ministère de tutelle, qu’il soit de droite ou de gauche. Ce verdict n’a donc pas été une surprise ni pour Hollande ni pour Valls. Ah, je l’imagine d’ici le petit matamore catalan, qui est tellement au goût du patronat, décider qu’il ne va plus se laisser emmerder par la CGT.  Pas de chance, ce jugement est tellement énorme, tellement scandaleux, qu’il pourrait bien se retourner contre ses instigateurs. Déjà l’édifice gouvernemental craquèle. Pascale Boistard, la secrétaire d’état aux Droits de la femme, a immédiatement réagi sur Twitter : «Au-delà des fonctions et responsabilités, devant une si lourde condamnation, je ne peux qu’exprimer mon émotion fraternelle», tandis que le député socialiste Yann Galut précise : «J’aimerais la même sévérité à l’égard des patrons voyous« .

Le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, a tout à fait raison de voir dans ce jugement une « déclaration de guerre » et « une décision scandaleuse et injuste« . Le leader communiste, Pierre Laurent, dénonce « une criminalisation scandaleuse de l’action syndicale »  et Jean-Luc Mélenchon, ironique, twitte un retentissant « Merci Taubira ».

Étonnez-vous après cela, si ça pète très fort un de ces jours!

Flanby le flambard

Le-stage est finiIl fait partie de ces enfants qui ont été trop adulés par leur mère et qui sont persuadés, même au milieu des pires épreuves, que leur bonne étoile veille toujours sur eux. Alors que les livres médiocres en sport et en politique sont la règle, « Le stage est fini », de l’éditorialiste du Monde Françoise Fressoz, nous offre un portrait fouillé de celui que personne n’aurait imaginé président de la République, il y a seulement cinq ans…

Flanby, Le Culbuto, la fraise des bois, Monsieur petites phrases, Pépère,  les surnoms qui jalonnent le parcours de François Hollande, qu’ils soient donnés par la presse ou par ses « amis » du parti socialiste, ne traduisent pas un enthousiasme immodéré pour la fermeté de ses convictions. Hubert Védrine, qui se contente désormais d’observer le match du bord de touche, le décrit ainsi : « Il a une énorme confiance en lui. C’est un joueur, un tacticien qui veut rester libre et ne pas se lier les mains. » . Son plus récent gadget gouvernemental, le si droitier Emmanuel Macron, dit de lui à peu près la même chose : « Il déteste se sentir enfermé dans un lieu, dans un système de pensée, dans un système tout court« . Mais c’est peut-être son ami, Pascal Lamy, qui se montre le plus cruel : « Il a deux cerveaux : l’un qui comprend tout, l’autre qui fait de la politique. »

Et c’est bien là le drame du « stagiaire » de l’Élysée, qui s’est imaginé qu’il allait pouvoir diriger le pays, comme il dirigeait la rue de Solférino, à coups de synthèses molles, de promesses évaporées et de dérobades multiples.

François Bayrou, avec qui Hollande a passé beaucoup de temps entre 2007 et 2010, car les deux n’étaient guère occupés, a tenté de pousser le nouveau président à se montrer audacieux, en lui expliquant que c’était moins lui qui avait gagné que Nicolas Sarkozy qui avait perdu. Pour marquer le quinquennat, il lui propose « un referendum imperdable » avec « baisse du nombre de parlementaires de 577 à 400, interdiction du cumul des mandats, soumission de leur indemnité à l’impôt »  et « introduction d’une dose de proportionnelle ».  François Hollande opine mollement, avant de bien enfouir le dossier au dessous de la pile et de ne rien faire, un art où il excelle. « Tu es mort » lui dira le Béarnais, les yeux dans les yeux, en décembre 2013, alors qu’il atteint des records d’impopularité.

Mais François Hollande reste persuadé que quelques tours de bonneteau politique peuvent totalement le remettre dans la course pour 2017, surtout si « son meilleur ennemi » Nicolas Sarkozy remporte les primaires à droite.

Après avoir géré les escapades en scooter et la crise Valérie Trierweiler qui lui avait dit «  Tu sais bien que si tu prends Valls, tu lui donnes la voiture et les clés. et il va se tirer avec« , Pépère, comme le surnomme Le Canard enchaîné, est convaincu que son stage est fini et qu’il incarne désormais la fonction présidentielle. Surtout depuis le massacre de Charlie hebdo qu’il a plutôt bien géré aux dires de tous. Persuadé que la courbe du chômage va s’inverser, il veut croire qu’il va réussir à aligner un deuxième quinquennat.

Le récent cafouillage gouvernemental autour de la taxe d’habitation des retraités semble pourtant démontrer qu’une belle bande de stagiaires nous dirige, que ce soit à l’Élysée, à Matignon ou à Bercy. Si seulement, un jour dans sa vie, Hollande avait travaillé dans une véritable entreprise au lieu de se contenter des douillets cabinets ministériels, il serait sans doute beaucoup moins confiant sur l’avenir des stagiaires qui nous gouvernent : en général, on les pressure, on les exploite, puis on les jette la conscience tranquille.

  « Le stage est fini», Françoise Fressoz, éditions Albin Michel – 272 pages, 18 €.

Air France : un gouvernement indigne

Air france 01Avec cet humour pince-sans-rire qui le rend unique dans le paysage politique français, Olivier Besancenot, après l’altercation opposant la semaine dernière des syndicalistes au DRH d’Air France Xavier Broseta et son adjoint, Pierre Plissonnier, obligés d’escalader des grilles torses nus, s’était contenté d’un tweet moqueur : « Sans-culotte : 1- Sans chemise : 0″ , tandis que l’hebdomadaire trotskyste « Lutte ouvrière » titrait : « Air France : la direction tombe le masque… et la chemise« .

C’était donner à l’affaire l’importance qu’il convenait, mais le chœur des vierges médiatiques et politiques, s’imaginant sans doute subir un jour pareil sort, de hurler au scandale et à la violence indignes. Sans avoir un seul mot pour les 1900 salariés d’Air France, menacés de chômage et qui, depuis des années, de gains de productivité en promesses non-tenues, subissent au travail des violences autrement plus intolérables qu’une chemise déchirée ou une cravate malmenée.

Air France 02

La violence n’est jamais une bonne solution et un DRH n’est pas voué à jouer les Chippendales. Mais, entre une chemise déchirée et des familles précipitées dans le chômage, où est la vraie violence?

Le retour de manivelle, pour autant que les réacteurs d’avions démarrent à la manivelle, ne s’est pas fait attendre : cinq des six présumés coupables, cueillis lundi matin à l’aube par la police devant leurs familles, pour être gardés à vue à grands renforts de sirènes hurlantes et de pneus crissants. Et qu’on ne vienne pas nous dire, dans cet État où plus personne ne prend ses responsabilités, que le parquet de Bobigny a envoyé la police sans en référer à Bernard Cazeneuve ou Manuel Valls. Est-ce que ces militants, ayant transformé leurs DRH en improbables Chippendale, ne se seraient pas présentés à une convocation? Bien sûr que si! Est-ce qu’ils font courir un quelconque danger à leurs concitoyens?  Pas le moindre! Mais c’est tellement bon de les humilier publiquement, ces trublions qui ont fait frissonner le pouvoir! Manuel Valls, « le garde-chiourme d’Air France », comme l’a qualifié Jean-Luc Mélenchon, n’a pas résisté au plaisir de faire le show et d’envoyer un signal fort à l’électorat de droite qu’il veut séduire, en vue des prochaines échéances électorales.

Air France LO

Si vous voulez de véritables informations sur les conflits sociaux, oubliez la presse traditionnelle et plongez-vous dans « L’Humanité » ou la presse d’extrême-gauche.

Bon réflexe, le député-maire Front de gauche de Tremblay, François Asensi, a immédiatement réclamé dans une lettre adressée au secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, la suspension du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) pour Air France (selon lui, d’un montant de 109 millions d’euros en deux ans) «tant que la direction n’aura pas annoncé une remise à plat du plan de licenciement imposé aux personnels». Mais il est bien seul à L’Assemblée à se manifester.

Heureusement que le Front de gauche, le parti communiste, quelques écolos regroupés autour de Cécile Duflot et l’extrême-gauche sont intervenus pour dénoncer la forfaiture de ce « prétendu gouvernement de gauche » qui « traite des militants comme des criminels« , selon les mots de Pierre Laurent, car le silence de la gauche traditionnelle a été absolu… et désolant.

Pas de doute, cette gauche gouvernementale indigne, dans l’affaire Air France comme dans bien d’autres,  vole vraiment très très bas!

DRH : une profession haïssable

«  Désormais, les patrons annoncent les bénéfices et nous… les plans sociaux » me confiait récemment un DRH (Directeur des Ressources Humaines et non Directeur des Roueries Humaines!), connu il y a trente ans, à l’occasion d’un congrès de jeunes DRH. Ah, ils en avaient des illusions à l’époque, nos sémillants diplômés. Ils allaient remettre l’humain au centre de l’entreprise. Ils seraient des médiateurs qui protégeraient les salariés contre la gloutonnerie de certains patrons. Ils ont juste oublié un petit détail, nos charmants fils de famille, persuadés d’être capables de faire de l’humanitaire dans les entreprises. Malgré leur titre ronflant, ils sont des salariés et ne peuvent mordre la main qui les nourrit. Et c’est ainsi qu’ils sont devenus les exécuteurs des basses besognes patronales.

Ma propre expérience à L’Équipe,  de 1977 à 1996, illustre à merveille cette évolution. Lors de mon engagement, un vieux reporter proche de la retraite gérait les notes de frais des journalistes et supervisait le service du personnel. Ayant lui-même bourlingué pendant trente ans, il savait détecter comme personne le reporter qui avait tendance à « gonfler » ses frais et défendre financièrement celui qui avait connu un réel impondérable. Et puis, peu après la mort de Jacques Goddet, on nous a expliqué qu’une rédaction était une entreprise comme les autres et qu’il nous fallait un directeur des ressources humaines. Mauvaise pioche, l’un des premiers recrutés au poste était un ivrogne invétéré qui s’endormait sur son bureau pendant les réunions avec le personnel. Viré! Son successeur, nettement plus jeune et sympathique, s’était beaucoup mieux intégré à la rédaction. Allant même jusqu’à parier avec l’ensemble des journalistes présents sur les grandes compétitions comme la Coupe du monde de football et à gagner le concours de pronostics et l’équivalent des 300 euros de cagnotte. Avant de susciter les doutes de l’organisateur du concours, qui avait gardé des photocopies de tous les bulletins, ce que le DRH ignorait, puisque les vrais bulletins étaient enfermés dans un coffre. La vidéosurveillance, nouvellement installée dans tout l’immeuble, fit sa première victime en la personne du DRH. Il était revenu en douce, la veille du dépouillement pour ouvrir le coffre et modifier son bulletin. Et encore un de viré! Décidément, cette profession peut vraiment se permettre de donner des leçons de vertu aux autres salariés!

Iznogoud et le pigeon

On ne vous empêche pas » Tu es une communiste qui s’ignore  » aimait répéter Charb au nouvel amour de sa vie, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Jeannette Bougrab. Semaine de tous les paradoxes, en vérité, que celle où des copains sont assassinés, où des talents s’affirment, où des médiocrités se confirment. Semaine où l’on a ri aux larmes plus souvent qu’à son tour et où l’on s’est senti fier comme jamais d’être Français.
J’imagine le grand rire de Cabu, « Arrête tes conneries!« , alors que je lui raconte que des gens ont passé la nuit dans leur voiture pour être les premiers à acheter Charlie hebdo. Ah ça, ils ont vraiment joué gagnant, les illuminés qui ont sorti la sulfateuse, rue Nicolas Appert, et assassiné des gamins attardés qui faisaient des traits d’encre sur du papier. Propulser les ventes d’un hebdomadaire, devenu confidentiel, de 25.000 exemplaires à cinq millions en une semaine, voilà une opération de propagande réussie. Et, plus fort encore, réconcilier les Français avec leur police, voilà bien un fantasme que Bernard Cazeneuve n’aurait jamais imaginé…
… Étrange ambiance que celle de Paris actuellement : les magasins et les restaurants sont quasiment déserts, les regards sont attentifs dans le métro à la recherche d’un sac abandonné dissimulant un engin de mort, et, en même temps, chacun prête beaucoup plus d’attention à l’autre, s’efforce de sourire, tient à montrer par son attitude que tout le monde doit trouver sa place dans notre beau pays, du moment qu’il accepte de se fondre dans le creuset républicain qui nous définit.
Étonnante semaine, où les soutiens ne sont pas toujours où on les attend, et où les raccourcis criminels (« L’arabe, voilà l’ennemi!« ) viennent parfois d’amis, qui vous poignardent sans même en avoir conscience.
Manuel Valls n’a guère été épargné jusqu’à maintenant dans ce blog, mais, tout comme Villepin à l’ONU, je lui saurai gré à vie du discours qu’il a tenu mardi à l’Assemblée et qui a fait se lever tous les parlementaires présents, à l’exception de Marion Maréchal :
 » La France c’est l’esprit des lumières. La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs.  »
Si par hasard, vous avez raté ce discours, prenez quarante-cinq minutes pour l’écouter, tout y est :
http://www.gouvernement.fr/hommage-aux-victimes-des-attentats-discours-de-manuel-valls-version-augmentee

Un devoir d’impertinence

… Bien sûr, parmi ces 4.975.000 nouveaux lecteurs qui se sont rués dans les points de vente, tous ne vont pas adorer l’esprit de provocation systématique des rescapés de Charlie, mais tous, par ce geste citoyen, ont voulu réaffirmer à quel point l’impertinence était une valeur salutaire de la République. Présence réclamée des Femen, la prochaine fois que les cloches de Notre-Dame feront retentir le glas en hommage aux dessinateurs tués, cercueils crayonnés par les amis dessinateurs et cette réflexion de Christophe Alévêque, aux obsèques de Tignous :  » Aujourd’hui, nous avons un genou à terre, mais l’essentiel c’est de ne pas avoir les deux. On ne sait jamais, on pourrait se mettre à prier!« . Un propos d’athée, qui n’est pas destiné à choquer, mais uniquement à évacuer sa peine par le rire.
Le très catholique propriétaire de La Semaine du Pays basque, Hubert de Caslou, ne dit pas autre chose, dans son éditorial intitulé « Notre liberté assassinée« , quand il raconte comment, homme de foi, il vit douloureusement « les atteintes exagérées et répétées à ce que l’homme qui croit possède de plus intime« , tout en n’ayant pas une seconde d’hésitation pour qualifier « d’insoutenable » cette atteinte pour tous ceux  » qui considèrent la liberté de la presse comme un absolu« . Et comme le rire est la politesse du désespoir, lorsqu’on rapporte à Hubert de Caslou que j’ai beaucoup apprécié son éditorial, il réplique, flegmatique : « Alors, je dois me gauchiser!« .

L’infâme joue des coudes

Pétillon Sarko

Dessin de Pétillon, publié dans « Le Canard enchaîné » du 14 janvier

Pour les rires salvateurs qu’il nous a procurés, on ne remerciera donc jamais assez cet as de la patrouille de France, déguisé en pigeon des villes, qui a su déjouer, dimanche, la vigilance de tous les tireurs d’élite postés sur les toits et a réussi, alors qu’un million cinq cents mille personnes battaient le pavé parisien, à dégazer pile sur le costume du Président de la République! Pauvre François Hollande qui, quand il ne prend pas la flotte lors de ses sorties, se prend la fiente… Une façon d’être ramené à sa condition humaine qui ne l’empêchera pas de grimper dans les sondages de popularité, car, costume maculé ou non, il a plutôt montré pour une fois qu’il y avait un pilote dans l’avion.
Et puis il y a le meilleur client des dessinateurs passés et à venir, celui qui ne nous déçoit jamais et qui est décidément à la politique ce que De Funès était à la grimace. Dimanche, les manifestants parisiens sont graves et dignes. Relégué au troisième rang, Nicolas Sarkozy, flanqué de Carla Bruni, s’agace d’être invisible. Alors, l’infâme vizir qui voudrait redevenir calife profite d’un îlot directionnel qui coupe en deux le cortège pour griller la politesse au garde du corps de Benjamin Netanyahu et se retrouver sur la photo. Jusqu’à ce que les chefs d’État, conscients du manège de l’indésirable, décident de se tenir par les coudes et l’expulsent de fait.
http://www.ozap.com/actu/nicolas-sarkozy-joue-des-coudes-pour-apparaitre-sur-la-photo-paris-match-modifie-son-article/461096
Plus fort encore, alors que le très prudent « Paris Match » s’amuse de la manœuvre, l’ex-président de la république, pauvre petit jouet des événements, affirme au mépris de tout bon sens qu’il a été « propulsé par la cohue« . Pas trop le genre des chefs d’état, isolés par un impressionnant cordon de sécurité, de jouer des coudes, mais question culot l’homme a déjà fait ses preuves. Et c’est pour cet infâme que vous envisagez de voter en 2017 ?
Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, je sais que les femmes sont belles là où vous êtes, mais arrêtez de vous fendre la pêche et de saloper les nuages blancs avec vos gribouillis, en attendant que mille crayons impertinents se lèvent pour défendre notre démocratie! Patience, la relève arrive…

Vos gueules, les politiques!

Charlie Muttio 2

Ah ça, où qu’ils soient, ils ont bien dû se fendre la gueule, les Charb, Honoré, Wolinski, Cabu, Tignous, et s’en donner à crayon joie, en entendant les cloches de Notre-Dame sonner le glas, en voyant des milliers de Français entonner la Marseillaise, ou en apprenant que Schwarzenneger vient de s’abonner à Charlie hebdo, et recommande à ses amis d’en faire autant.

En revanche, les feutres ont sans doute grincé sur le papier lorsqu’ils ont découvert à quelle vitesse la récupération a succédé à l’émotion. D’un côté, une France bouleversante de spontanéité, qui se rassemble digne, émue et fraternelle avec des « Je suis Charlie » sur le cœur, de l’autre l’habituelle cohorte des politiciens récupérateurs, uniquement préoccupés par leurs petits fonds de commerce et par leurs prochaines échéances électorales.

Ni dieux, ni maîtres à penser

Prenez l’agité à talonnettes. Vous savez, celui qui nous avait annoncé en 2012 qu’il renonçait à la vie politique après sa défaite face à Hollande. Celui-là même qui n’a pas hésité au moment de l’élection présidentielle à faire appel au très droitier Patrick Buisson et à brandir les épouvantails communautaristes pour tenter d’être élu. À la place de Nicolas Sarkozy, on aurait rasé les murs, on aurait fait silence. Au lieu de cela, déclaration martiale, mouvements de mentons et habituels tressaillements d’épaules devant les caméras. Pour ne rien dire, comme d’habitude.

 Prenez le petit Catalan, celui qui passe les plats à Matignon. La mine grave et gourmande à la fois, à l’idée de ces trois jours de fusillade qui vont être très bons pour sa cote de popularité, Manuel Valls nous invite à descendre dans la rue, en hommage aux victimes. Comme si nous ne sommes pas capables d’avoir l’idée tous seuls et devons attendre les directives de nos dirigeants politiques pour savoir ce que nous avons à faire!

Prenez la pleureuse professionnelle, celle qui geint qu’on ne l’a pas invitée à la grande manifestation républicaine de dimanche. Comme s’il fallait désormais attendre la réception d’un carton d’invitation pour descendre exprimer dans la rue son chagrin et son indignation! Si Marine Le Pen ne se sent pas gênée aux entournures de sa conscience, qu’elle vienne, comme tous les militants du Front national qui le souhaitent, mais discrètement, anonymement, et non en porte-parole d’un parti qui thésaurise sur la haine et la différence avec l’autre.

Ne pas tisonner, ne pas transiger

Charlie hebdo avait décidé de faire chaque semaine la guerre aux cons. Il faut croire que les Français ne se sentaient guère concernés puisqu’ils n’étaient que 25 000 à le lire, et qu’il aura fallu la mort de la moitié de la rédaction pour que le lectorat se réveille. Pour en avoir souvent discuté avec eux, Charb, Cabu, Wolinski, n’avaient strictement rien contre les croyants, de quelques bords qu’ils soient, du moment qu’ils respectaient la laïcité, ce ciment de notre république. C’est à dire le droit absolu à la liberté de penser et de croire, mais sans emmerder les autres avec ses convictions.

Dignes héritiers de Coluche, ils se moquaient seulement, avec ces armes dérisoires que sont un crayon et une feuille de papier, des donneurs de leçons, des hypocrites, des semeurs de haine, qu’ils soient religieux ou politiques.

Rendre hommage demain, à ces merveilleux gamins attardés, mais aussi aux policiers qui sont morts pour défendre les libertés, aux employés ou aux otages qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, c’est marcher loin des banderoles et des petites chapelles qui vont inévitablement proliférer sur le pavé parisien, les UMP avec les UMP,  les PS avec les PS, et, comme par hasard, tout le monde prêt à s’écharper pour être au premier rang face aux caméras.

Rendre hommage à ceux qui viennent de tomber, c’est être très responsable dans ses propos, éviter les amalgames qui blessent, ne pas attiser les haines entre les communautés, alors que toutes sont composées d’une majorité de gens bien et de quelques fanatiques qui veulent nous obliger à choisir notre camp.

Ne pas tisonner, certes, mais ne pas transiger sur la République, sur la laïcité, sur la liberté d’expression. Ne pas tomber dans le prêt-à-penser qu’on veut nous imposer et rester des hommes libres. Notre pays doit pouvoir continuer à débattre de tout, à rire de tout, à s’écharper joyeusement dans le respect de l’autre. Demain, pendant que des hommes politiques vont faire une courte apparition à la manifestation, descendant de leurs voitures blindées pour être pris en charge par leurs gardes du corps, d’autres, plus anonymes mais beaucoup plus courageux, vont défiler, écrire ou dessiner, malgré la peur, malgré les risques d’attentats,  pour que ces morts ne soient pas inutiles.

Nous sommes tous Charlie!

 

Dominique Mutio, l’auteur du dessin de tête de page, est un enfant d’Arcangues, installé depuis de longues années en région parisienne. Vous pouvez retrouver sa production sur sa page facebook (https://www.facebook.com/pages/Mutio-Dessinateur/213141072184753) ainsi que sur les sites http://www.iconovox.com et http://www.urtikan.net

Valls, Balkany, Veunac… Tous des farceurs!

Patrimoine 02Au hasard, prenez le petit Catalan qui dirige le gouvernement. Lorsqu’il a publié son patrimoine, en 2012, comme la loi l’y oblige, c’est tout juste si l’on n’a pas sorti les mouchoirs en se disant que sa fortune était décidément aussi étriquée que ses costumes. Un appartement de 88 m2  à Evry, et un autre de 44 m2 à Paris dans le XIe arrondissement, que Manuel Valls affirme occuper avec son épouse, la violoniste Anne Gravoin, 240 € d’assurance-vie et 1500 € sur ses comptes courants, soit un patrimoine total qui ne dépasse pas les 287 650 €.

Sauf que le Premier ministre de la France nous a fait un joli coup de violon, (http://www.observatoiredessubventions.com/2014/le-patrimoine-cache-de-manuel-valls/), comme le souligne l’observatoire des subventions. En toute simplicité, notre donneur de leçons gouvernementales a juste oublié de déclarer une Société civile appelée Homère (ça ne s’invente pas !), d’une valeur de 2 millions d’euros, abritant un appartement de 11 pièces avec 4 chambres, 5 salles d’eau, 7 pièces de séjour, 5 cuisines et 2 terrasses… Rien que ça ! L’astuce, car un Premier ministre ne saurait piétiner la Loi, c’est que Manuel Valls n’est actionnaire de cet appartement de 250 m2 qu’à hauteur de 1% de cette SCI, tandis que son épouse détient les 99% restants. Et que les deux conjoints ont opté pour la séparation de biens. D’un point de vue strictement légal, sa déclaration de patrimoine est donc parfaitement honnête, mais ces petites acrobaties fiscales et autres arrangements dont les politiques raffolent, sont-ils acceptables de la part d’un homme qui a l’ambition d’être un jour candidat à la présidentielle et qui n’ose pas dire, sous prétexte qu’il est censé incarner la gauche, qu’il est très confortablement logé ?

Balkany dépense plus en domestiques qu’il ne gagne!

Autre style, mais même volonté d’enfumer les électeurs chez le tristement célèbre couple Balkany à Levalllois. Savez-vous comment la brigade financière a pris la décision d’enquêter surPatrimoine 03 les rentrées d’argent du couple ? En constatant que Patrick et Isabelle Balkany déclaraient 143 000 € par an de revenus, mais dépensaient pour leurs frais de personnel… 195 733 € par an! Monsieur et Madame aiment péter dans la soie. Le couple possède trois luxueuses propriétés à Giverny, à Marrakech et à Saint-Martin, toutes planquées derrière des sociétés-écran, pour ne pas payer l’impôt sur la fortune. (Pour plus de détails, lire http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/10/22/ce-que-leurs-comptes-racontent-du-couple-balkany_4510488_4355770.html)

Passons brièvement sur le cas du rapporteur UMP de la commission des Finances de l’Assemblée, Gilles Carrez, auteur d’une loi sur l’immobilier, et qui s’appliquait une décote de 30% sur un bien qu’il détenait en SCI, afin de ne pas payer l’impôt sur la fortune. Pour sa défense, le député a soutenu qu’il « ignorait ce point de la loi fiscale ». Voilà une défense crédible!

Gémir sur son sort, habitude française

Et finissons-en avec le maire de Biarritz, qui, à son modeste, très modeste niveau, finasse comme les grands sur la question de ses revenus. Michel Veunac, comme Manuel Valls, a failli nous faire pleurer, lors de sa dernière conférence de presse, sur son triste sort financier, lui à qui il ne reste que «  2200 € nets, après les prélèvements à la source « . Quel farceur!

Bisque, bisque, Basque! va donc se faire un plaisir d’expliquer aux électeurs la curieuse façon de calculer de notre maire préféré et les trois approximations contenues dans cette courte affirmation.

Le prélèvement à la source, déploré par Michel Veunac, est beaucoup plus avantageux pour les hommes politiques que l’ imposition classique d’un salarié, car plus indolore. Si vous faites deux boulots à mi-temps, vous déclarez l’ensemble au fisc et êtes imposé sur le total. Les élus locaux ne sont que partiellement imposés, à l’aide d’une franchise de 650 € mensuels non imposables, avec ensuite application d’un barème équivalent au barème progressif de l’impôt sur le revenu mais sans tenir compte des autres revenus. (http://www.contribuables.org/2013/12/les-hommes-politiques-taxes-or-not-taxes/). Au final, un sacré privilège et une sacrée économie. Et une belle incitation au cumul des mandats!

Les impôts déduits du salaire : quand vous confiez votre salaire annuel à un ami, vous l’évoquez le plus souvent en net, parfois en brut, mais jamais en déduisant les impôts que vous payez dessus. C’est ce que fait Michel Veunac pour qu’on le plaigne. Un peu grosse, la ficelle ? C’est douloureux, mais c’est toujours très bon signe de payer beaucoup d’impôts! L’élu a d’ailleurs le choix entre une imposition classique ou une imposition à la source. Devinez pourquoi, les politiques choisissent toujours le prélèvement à la source.

Les multiples indemnités : fort habilement, Michel Veunac n’évoque que son indemnité de maire mais il passe sous silence ce qu’il touche à l’Agglomération et au Conseil régional. Quand on mesure les difficultés subies par nombre de salariés qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts en travaillant à plein temps, un peu de décence serait bienvenue.

Mais, c’est une habitude bien française chez nos politiques que de se plaindre et de vouloir faire croire qu’ils sont les plus maltraités de la terre, alors qu’ils bénéficient d’avantages absolument anormaux et ne sont imposés, grosso modo, que sur la moitié de ce qu’ils gagnent. Si pour Michel Veunac, le métier de maire est si difficile et si peu rentable, la solution est simple. À 68 ans, il n’y a rien de scandaleux à faire valoir ses droits à la retraite, à décider de se reposer et à laisser la place à quelqu’un qui saura quoi faire du pouvoir et aura une réelle vision de l’avenir de Biarritz…

… Mais ça, c’est une autre histoire!

Médias de Panurge contre grévistes

Grèves SNCF 03Quel est l’intérêt d’avoir autant de chaînes de télévision et de stations de radio à sa disposition, si c’est pour entendre le même discours unique, constitué de contre-vérités, de clichés et de poncifs inlassablement répétés ? À quelques heureuses exceptions près comme L’Humanité, Libération… ou même lefigaro.fr, qui a publié un papier très objectif sur les salaires à la SNCF, les médias de Panurge nous ont offert, cette semaine, avec le mouvement des syndicalistes du rail, un vrai festival. Petit catalogue des absurdités complaisamment véhiculées par TF1, BFM-TV, RMC et autres désinvoltes de l’information…

«   Les nantis de la SNCF  « . Pendant plus de vingt ans, j’ai pris le train entre Versailles et Paris, soit 90 minutes de trajet quotidien. Comme tout le monde, quand je me suis retrouvé en carafe, j’ai râlé, n’appréciant pas les journées de travail à rallonge. Mais est-ce de l’information que de se contenter d’aller planter sa caméra au pied des trains et de laisser les usagers se défouler, au lieu de chercher à comprendre ? Oui, dans notre beau pays, la grève est encore un droit et les salariés de la SNCF ont bien raison de se rebeller quand on s’apprête à leur faire un mauvais sort. Quant aux réflexions des usagers sur  »  les nantis de la SNCF  « , qui feraient mieux de s’abstenir compte-tenu de leurs avantages, elles sont insupportables. Un conducteur de train premier échelon (sacrée responsabilité, tout de même!) gagne 2409 euros brut par mois, soit moins que le salaire moyen national qui est aujourd’hui de 2449 euros. (source  : le figaro.fr)

«   Les bacheliers pris en otages  « . Il n’y a que deux hypothèses possibles : en inscrivant la réforme ferroviaire au Parlement, le mardi 17 juin deuxième jour du baccalauréat, soit le gouvernement ne s’est pas rendu compte de ce qu’il faisait –  et dans ce cas, il démontre une fois de plus son incompétence !   -,  soit il a voulu jouer au plus malin avec les syndicalistes, pensant qu’ils caleraient sur l’obstacle, ce qui est tout de suite beaucoup plus crédible. Ajouter la peur d’arriver en retard au stress de l’épreuve, n’est pas drôle pour les bacheliers, mais pourquoi diable les grévistes de la SNCF seraient-ils les seuls responsables de ce blocage, les seuls à être fustigés? Le calendrier parlementaire pouvait fort bien être réaménagé, ce qui aurait évité ce stress sur le baccalauréat. Mais « Flamby » Hollande a voulu montrer ses muscles et, une fois de plus, il s’est raté.

«   La CGT est débordée par sa base  « .  Le rôle d’une base, c’est de faire savoir à sa propre hiérarchie syndicale qu’elle n’est pas contente. Et le rôle d’une hiérarchie syndicale, c’est… d’écouter sa base. En 1968, il est évident que les syndicats et Pompidou souhaitaient remettre la France au travail. La détermination de la population a fait que  »  la parenthèse enchantée   » a duré un mois, avant les accords de Grenelle. Cette année, la CGT et le gouvernement ont sans doute été proches d’un accord, avant que la CGT et Sud-Rail ne prennent conscience de la profonde colère des cheminots. C’est à l’honneur de ces syndicats d’avoir su respecter leur base. Et bravo à ce gouvernement de gauche, décidément totalement coupé des réalités, bravo aux Hollande, Valls et Cuvillier, qui ont cru intelligent de durcir le ton de parler de « conservatisme  » et de nécessité de savoir arrêter une grève ! Au lieu de dire que les négociations allaient dans le bon sens, façon habile de constater qu’un accord n’a pas encore été trouvé, leurs maladresses verbales ont remis les hésitants dans la rue.

«   La CFDT, syndicat responsable  « .  Quel est le rôle d’un syndicat ? Caresser le gouvernement dans le sens du poil, sous prétexte qu’il est de gauche ? Ou défendre ses salariés? Mon père a, dans les années soixante-dix, été un militant national de la CFDT. Il ferait trois tours sur lui-même s’il constatait la flagornerie et l’absence de sens critique de l’actuelle direction. Un salarié qui se syndique aujourd’hui à la CFDT, c’est un peu comme si un ouvrier spécialisé décidait d’adhérer au MEDEF!

«   Les politiques unanimes pour saluer cette réforme  « . Mais quelle contrevérité ! Si l’UMP n’a pas raté cette nouvelle occasion de fustiger le manque de fermeté du gouvernement face aux grévistes, quelques courageux ont fait entendre leurs voix. Le remarquable député communiste André Chassaigne n’a jamais caché son soutien aux grévistes, son attachement au service public. Apprécié de ses collègues, il s’est efforcé de faire passer des amendements donnant des garanties aux salariés de la SNCF. Son travail de parlementaire mérite d’être salué. Même chose pour la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac, ex porte-parole de François Hollande, qui n’a pas hésité à afficher son soutien aux grévistes et à défiler avec eux dans la rue à Hendaye, en compagnie de la députée socialiste Sylviane Alaux…

… Mais ce genre d’information ne retient guère l’attention des médias qui préfèrent nettement raconter l’histoire qui les arrange, plutôt que des histoires vraies. Pour démoraliser les grévistes, on nous affirme désormais que le conflit est en voie de règlement. Souhaitons-le, en espérant que les salariés de cette belle entreprise vont désormais être un peu plus respectés. De toutes façons, comme le dit avec humour Karim, salarié gréviste (  Libération, 18/6 )  :  »  24% des Français pour notre lutte, c’est toujours plus que la cote de popularité de François Hollande  « .