Des vendanges sans Vino…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (5)

Petite soirée tranquille pour les Grenoblois qui ont laissé les Bayonnais vendanger toutes les occasions à leur portée.

 Salut Manzana,

Triste week-end, en vérité pour le rugby basque, même si vous avez fait mieux que nous en limitant la casse à Vannes et en ramenant un point de bonus. Tu es au courant, j’imagine, de la catastrophe que l’on a vécue à domicile, jeudi soir, face à Grenoble. Quand on est arrivé avec Pantxika en tribune Afflelou, rang F places 102 et 103, où nous retrouvons depuis des années de vieux amis abonnés, on a tout de suite compris en voyant les travées vides que la soirée allait être difficile. Et c’est là que le premier incident a éclaté avec mon épouse. On avait vaguement parlé de la grève du Vino griego souhaitée par l’association Les Gars de l’Aviron, mais sans arrêter de position.

Pour moi, une soirée à Jean-Dauger sans entonner notre hymne favori, c’est un peu comme si je ne buvais que de l’eau minérale Ogeu pendant les fêtes de Bayonne. Aussi, quand les premières notes ont retenti, je me suis levé comme d’habitude, tout en remarquant que nous n’étions guère nombreux à le faire. J’ai tendance à penser qu’il faut soutenir notre équipe quand elle est en difficulté, au lieu de lui rajouter une pression supplémentaire. Et soudain, alors que je chantais « Allez, Allez les Bleus et Blancs de l’Aviron Bayonnais… », Pantxika a dévalé les marches jusqu’à la main courante, a tourné le dos au terrain et m’a fusillé du regard. Tu sais que je n’ai pas peur de grand-chose et que, quand je jouais, j’avais plutôt la réputation de ne pas être avare en pêches, marrons, mornifles et autres caresses de rugbymen, mais, franchement, quand Pantxika fait son œil noir façon All Black, je ne connais personne qui puisse faire front.

Il faut croire que cette colère a aussi terrorisé les joueurs car dès le coup d’envoi, les locaux faisaient assaut d’amabilité pour laisser passer le petit lutin grenoblois Gervais Cordin qui s’empressait d’aplatir. Ajoutez à cela une transformation réussie et une pénalité et il y avait déjà 10 à 0, à la sixième minute, quand Pantxika et les autres grévistes du Vino griego, ont décidé de regagner leurs places en tribunes.

Mais décidément, c’était la soirée des vendanges pour les Bayonnais, au vu des occasions ratées à chaque fois que l’en-but était en vue.

Comme si la hotte n’était déjà pas suffisamment remplie, le demi de mêlée isérois Lilian Saseras trouvait le moyen d’aplatir à nouveau. 20 à 0 au bout de vingt minutes de jeu et un silence de mort sur le stade.

C’est le moment qu’a choisi Pantxika pour dégoupiller complètement. Furieuse, elle s’est levée en hurlant : « Ce n’est déjà pas très marrant de vivre avec un policier (Merci pour lui !), alors je ne suis pas là pour souffrir et me faire mal. Je me casse ! » Et avant que je n’aie pu esquisser le moindre geste, elle était partie. Sur le terrain, à voir les mines défaites des vendangeurs en bleu et blanc et la façon de mettre des coups de sécateur à côté des cibles, on sent qu’ils sont un certain nombre à avoir eux aussi envie d’être ailleurs.

Heureusement Van Lill réussit son quatrième essai de la saison avant que l’arbitre n’accorde un essai de pénalité aux Bayonnais, juste avant la mi-temps. 14 à 20, c’est déjà un peu plus présentable, ce qui n’empêche pas les supporters d’être désespérés par le spectacle offert.

Le coup de gueule de Berbizier dans les vestiaires a été si fort que les spectateurs de la tribune officielle ont cru un instant à une réplique du tremblement de terre au Mexique. À la reprise, les Bayonnais semblent enfin capables de jouer en équipe et de récolter. Tisseron traverse la moitié du terrain avant d’aplatir et donne enfin l’avantage à nos couleurs : 21 à 20 !

Mais il est dit que notre équipe nous fera mourir de peur, avec son incapacité à tuer le match. Les vendanges continuent, de passes en avant à dégagements ratés et ballons tombés, et le suspense est tel que les services de sécurité dénombreront à la fin du match trois crises cardiaques et la naissance de deux prématurés. Ce n’est pourtant pas faute au public, décidément pas rancunier, d’avoir poussé avec son équipe.

Pendant ce temps, les Grenoblois, tranquilles dans leurs chaises longues, laissent passer l’orage avant que David Mélé n’enquille les deux pénalités de la gagne à la 66e et 74e. Sacrée piquette pour nos couleurs. Et des semaines pas très joyeuses en perspective.

Avec un déplacement difficile à Aurillac, le 6 octobre, il y a peu de chances que la sérénité revienne. Et ensuite, le 14 octobre, le match de l’année contre vous les Biarrots. Comme toi, Manzana, j’en ai vécu un certain nombre de derbys, mais celui-là, va être le match de la mort. Si Bayonne perd encore à domicile, j’en connais qui peuvent préparer leurs valises.

Quant à moi, ce que je vais te raconter ne va pas te convaincre des « joies » du mariage. Inquiet de ne pas voir Pantxika revenir, je ne me suis pas attardé à la buvette avec les copains. En arrivant au parking où était stationné notre véhicule, une sacrée surprise m’attendait. Plus de voiture ! Heureusement que je ne suis pas allé me plaindre au commissariat pour vol et que je me suis souvenu que Pantxika avait un double des clés. Et devine qui est rentré à pied jusqu’à sa maison d’Ustaritz ? Et crois-moi, j’avais pas très envie d’entonner le Vino griego !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

C’était Willie Du Plaisir

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (3)

Salut Manzana,

Ils me font marrer à la télé à parler en boucle des ouragans Irma et José. Celui qui n’a pas entendu Pantxika, mon épouse, chanter le Vino griego ne peut avoir une idée de ce qu’est une tornade de force 5 ! Et en plus elle n’était pas très satisfaite d’elle, estimant « manquer d’entraînement », et m’a glissé à l’oreille, alors que nos chers Bleus et Blancs rentraient sur le terrain de Jean-Dauger pour affronter Dax qu’elle allait devoir répéter à la maison. Mais c’est qu’elle va nous tuer nos petits derniers ! Quant à moi, je suis prêt à écrire à Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur et me porter volontaire pour n’importe quelle mission plutôt que de devoir endurer cela.

En fait, on fait les malins maintenant que notre cher Aviron l’a aisément emporté sur Dax (51 à 15), mais on n’était pas très rassurés en arrivant à Jean-Dauger. Je suppose que tu as lu comme moi, dans le Sud Ouest du 8 septembre, l’interview de Berbizier, toujours gai comme un croque-mort, intitulé : « La fin des illusions ». C’était prévisible, mais on sent qu’il y a comme de la friture sur la ligne avec Vincent Etcheto. Et notre Berbize démarre comme au temps de sa folle jeunesse quand on évoque son adjoint « Tout le monde a des responsabilités, staff et joueurs. Il faut bien les déterminer à condition qu’on voie tous la même chose. » Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j’imagine qu’il a dû y avoir cette semaine entre les deux un débat technique de la plus haute importance, Berbizier préconisant de poursuivre pour les joueurs le régime carottes râpées, eau minérale Ogeu et footing à trois heures du matin et Etcheto militant pour un dégagement Irouleguy, ventrèche, gâteau basque d’une nuit entière pour que l’équipe se retrouve.

Quant au soufflon passé à Bustos-Moyano pour ses chaussettes en flanelle face aux poteaux à Colomiers, il a été efficace puisqu’au bout d’un quart d’heure de jeu, l’arrière argentin avait déjà enquillé trois pénalités entre les perches. 9 à 0 et la tribune Afflelou qui soupire d’aise.

Et c’est alors que la cabane a failli tomber sur le pottok !

Bureitakiyaca, l’ailier fidjien de Dax délivre un petit coup de pied par-dessus Bustos Moyano. et percute sans ballon notre danseur de tango favori. Ce dernier a beau assurer à l’arbitre qu’il n’a pas touché son adversaire qui est tombé en marchant sur son lacet, c’est carton jaune pour le capitaine de l’Aviron, obligé d’aller lire les « Prolégomènes à la maîtrise de soi » sur le banc de touche.

Le Landais est fourbe, tu le sais comme moi. Non content d’inscrire trois points sur la pénalité qui s’ensuit, les Dacquois profitent lâchement de l’absence de notre arrière pour marquer un essai par le même Bureitakiyaca, qui nous a bien cassé les burettes celui-là, et mener 10 à 9.

En tant qu’ancien talonneur j’ai plus de goût pour les combats de devant que pour les entrechats des danseuses de l’arrière, mais l’honnêteté m’oblige à reconnaître que c’est l’ouvreur Du Plessis qui a sauvé la boutique bayonnaise. Permettant à son équipe de respirer avec ses longs coups de pied ( La NASA ferait bien de se méfier, il va finir par décaniller un de ses satellites), Willie va ajuster un drop plein d’intelligence pour permettre à l’Aviron de reprendre l’avantage au score avant d’alterner le jeu à merveille, même si Dax dans un ultime sursaut réussira à marquer un deuxième essai par Chiappesoni à la 25e minute. Ensuite, ce sera du rugby comme je l’aime avec plus qu’une seule équipe sur le terrain, la nôtre, qui va infliger cinq essais aux croqueurs de maïs, dont l’ultime à la 80e minute par Oulai, un beau bébé sénégalais qui a l’habitude de tout renverser sur son passage.

Victoire avec le bonus offensif donc et acclamations de la foule quand le speaker de Jean-Dauger a annoncé la victoire de Soyaux-Angoulême face au BO. Franchement, se faire battre par des cagouillards, vous n’avez pas de quoi être fiers les Biarrots pour une équipe qui affirme viser le top 14. Et si tu as regardé le classement, l’ami Manzana, qui est devant vous désormais ? Oh, je sens que je t’agace !

À Bayonne, tout le monde était tellement heureux de cette belle victoire qu’on s’est éternisés à la buvette où Laporte en a pris pour son grade. Je ne sais pas si tu as lu l’enquête d’ Antton Rouget de Mediapart, mais question pognon et affairisme, notre nouveau président pourrait presque donner des leçons à Fillon. Ce rugby-là me désespère.

(https://www.mediapart.fr/journal/france/070917/les-dossiers-noirs-de-l-argentier-du-rugby-et-de-bernard-laporte)

Heureusement, il y a toujours Pantxika pour me ramener au vrai rugby. Vers 2 heures du matin, elle me dit soudain : « Tu ne crois pas que deux ou trois jours de coupure en fin de semaine nous feraient du bien ? Si on allait en Bretagne ? Maman pourrait garder les enfants ! » Un peu surpris, je lui rappelle qu’elle m’a toujours dit que le Nord de la Loire n’existait même pas pour elle. Avant de me souvenir que notre cher Aviron s’en va jouer à Vannes, jeudi soir.

C’est promis, je te raconterai. Et il va falloir qu’ils soufflent sérieusement dans le biniou, les Bretons, pour arriver à se faire entendre quand Pantxika chantera notre hymne !

 

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Manzana et Patxaran sans le GIGN

page 45 Opération jambonReprenant la grande tradition des étapes pyrénéennes, Manzana et Patxaran n’hésitent pas à dévaler à vélo le col d’Ispéguy, à la poursuite de l’infâme Gaiztoa et de l’escroc à la petite semaine Hubert Vindemess. Mais contrairement aux coureurs du Tour de France, ils n’auront pas besoin au cours de cette « Opération jambon » du secours du GIGN et vont très bien se débrouiller seuls. Il est vrai aussi, que lorsqu’on compte au nombre de ses amis Géronimo, Pottoka et l’ancien rugbyman Soso Puleoto, on n’a vraiment pas grand-chose à craindre !

Et dès samedi prochain, les deux policiers entament leur tournée basque et se feront un plaisir de vous offrir un dessin personnalisé et une dédicace de ce tome 3 de leurs aventures.

 

Les prochaines signatures :Scan amis Patxaran

 Samedi 28 mai, librairie Darrigade à Biarritz de 10h30 à 12h30

 Samedi 4 juin, centre Leclerc Anglet de 14h à 17 h.

 Samedi 11 juin, librairie Louis XIV à Saint-Jean-de-luz de 11h à 13h

 Dimanche 12 juin, maison de la presse à Ascain, de 10h à 12 h.