La triple angoisse de l’électeur biarrot

Globalement décevantes, les réunions publiques des futurs candidats se contentent souvent de vagues promesses à propos des trottoirs délabrés ou des navettes. Alors que trois grandes questions se posent.

Les réunions publiques de précampagne électorale ont ceci en commun avec les réunions de famille qu’on y évite soigneusement les sujets qui fâchent et qu’on se contente le plus souvent de deviser sur l’accessoire. Bisque, Bisque, Basque ! s’efforce d’assister aux déclarations de candidature et aux premiers rassemblements de tous ceux qui visent la mairie en 2020. Tandis que Michel Veunac se réfugie dans son splendide isolement, candidat déclaré bien incapable de dire avec qui il va partir, que Guy Lafite frétille et que Didier Guillaume se souvient soudain que Biarritz est désirable, Maïder Arostéguy, Nathalie Motsch et Jacques-André Schneck (par ordre d’apparition sur la scène médiatique) en attendant Guillaume Barucq la semaine prochaine et sans doute bientôt Marine Batiste et François-Xavier Menou, s’efforcent de tenir un maximum de réunions publiques pour aller à la rencontre des Biarrots.

On commence souvent à s’intéresser à la vie publique lorsqu’on rencontre des difficultés. Il est donc normal que dans ces réunions publiques se trouve toujours un riverain pour déplorer l’état du trottoir devant sa porte ou un autre souhaitant que la navette passe devant chez lui et non dans la rue à côté. Et il est donc normal que le ou la candidate déclarée hoche gravement de la tête pour bien faire sentir combien la question le passionne et fasse une promesse qui ne vaudra au mieux qu’en cas de triomphe électoral.

Mais, même si ces réunions permettent d’avoir une meilleure idée du « style » de chacun, Bisque, Bisque, Basque ! éprouve globalement une assez grande déception, tant il a le sentiment que ce qui préoccupe véritablement tous les Biarrots suivant de près ou de loin la vie municipale, est délibérément occulté par les candidats. Voici donc les trois sujets que Bisque, Bisque, Basque ! souhaiterait voir évoqués lors des réunions publiques.

COMMENT RESTAURER LA CONFIANCE ?

Aurait-il quelque chose à craindre ? Ces jours derniers, Michel Veunac a pris langue avec les principaux candidats pour leur demander de mener une campagne électorale propre. Venant de sa part, il fallait oser ! Il faut dire qu’après le mandat calamiteux qu’il vient d’accomplir, Mimi-La-Malice a quelque raison de redouter l’ironie de ses rivaux électoraux. Quel changement en six ans à Biarritz ! On est passé d’un maire un peu fripon sur les bords, qui avait à l’évidence effectué le mandat de trop mais qui était respecté de la plupart des Biarrots, à un maire désastre absolu, incapable d’imposer son autorité et qui a transformé la Ville en vaude…ville permanent. Dossiers planqués, donnés à la dernière minute au conseil municipal, opérations qui ne semblent destinées qu’à favoriser des copains, adjoints qui démissionnent en série, opposition qui trahit et vient voler au secours de Veunac. Après un mandat aussi réussi, on comprend que Veunac souhaite en accomplir un second !

Bien évidemment, tous les futurs candidats promettent « de la transparence » et certains avancent même des idées originales : un « déontologue » pour Jacques-André Schneck, une commission qui aurait droit de veto sur les projets municipaux pour Nathalie Motsch, des représentants de l’opposition dans toutes les commissions importantes pour Maïder Arostéguy. Tout cela va dans le bon sens et Bisque, Bisque, Basque ! ne peut que s’en féliciter. Ce qui n’empêche pas le spectateur qui assiste aux réunions électorales de ressentir un certain malaise tant il a le sentiment que tout ce petit monde politique qui s’agite en période électorale reste dans l’entre-soi.

Les Biarrots ont besoin d’entendre dire de la bouche des candidats que le dernier mandat a été un désastre absolu, de se faire confirmer qu’en aucun cas une alliance avec Veunac au soir du premier tour n’est envisageable, de savoir qu’ils ne vivront plus jamais cela. Les errances d’un Brisson, les trahisons d’un Saint-Cricq, les flagorneries d’un Claverie leur ont fait totalement perdre confiance en leurs élus et ils ont besoin de rupture avec les pratiques anciennes. Quand Guillaume Barucq affirme qu’il « s’entend bien avec tout le monde », quand Nathalie Motsch évoque Didier Borotra avec des trémolos dans la voix ou quand Jacques-André Schneck, par élégance sans doute, ne parle quasiment pas du mandat Veunac lors de sa première réunion publique, l’électeur qui a pris la peine de se déplacer se demande si on n’est pas en train de lui préparer un nouvel emballage pour habiller des manières de fonctionner fort anciennes.

La gravité de la situation à Biarritz aurait exigé un « mandat de salut public » où tous les opposants à Veunac se regroupent pour redonner à la Ville une gouvernance saine pendant six ans. Au lieu de cela, le bal des égos est en marche et chacun est convaincu de pouvoir sauver la patrie tout seul et use ses forces à combattre des adversaires aux idées souvent très proches, au lieu de combattre l’équipe en place. En mars prochain, les électeurs biarrots devraient avoir le choix entre une dizaine de listes. C’est la meilleure façon de faire réélire le maire sortant.

COMMENT RÉTABLIR LES FINANCES ?

Si je promets à mes enfants un scooter neuf au cas où je gagnerais le gros lot de la Loterie nationale, suis-je un bon père ou un enfumeur de première ? On sait tous ce qu’il advint de la piscine olympique annoncée par Veunac en 2014. Chaque candidat a un magnifique programme… de dépenses à proposer aux Biarrots : Ville écologique, Ville débarrassée de son viaduc à La Négresse, Ville où les jeunes pourraient enfin s’installer grâce aux logements sociaux… Les idées ne manquent pas et c’est logique en période électorale. Mais quand on évoque le financement de ces mesures, chaque candidat balaie le problème d’un large revers de la main : « Des ressources, on en trouvera ! » Est-ce si sûr ?

Petit rappel historique : Biarritz est une ville riche qui ne devrait avoir aucun souci d’argent. Entre ce que rapporte le tourisme, le casino et les droits de mutation liés aux transactions immobilières, le budget de la Ville devrait s’équilibrer sans problème. Malheureusement la folie des grandeurs de Didier Borotra et le gouffre financier représenté par La Cité de l’Océan, ont conduit la Ville à une situation très préoccupante, puisqu’elle était tout près en 2014 de la mise sous tutelle (Dans ce cas-là le préfet est seul habilité à autoriser les dépenses), lorsque Veunac et Lafite sont arrivés aux manettes. Situation d’autant plus grave que tous les fondamentaux de la Ville ont été négligés lors du dernier mandat de Borotra : voieries à l’abandon, taux de logements sociaux tellement bas que nous payons 600 000 euros d’amende à l’État chaque année, on en passe et des meilleures.

Si l’on en croit le discours officiel du sémillant « Lafaillite-Nous-Voilà ! », les finances municipales ont été rétablies de façon brillante par le pas qu’un peu énarque qui dirige en second la Ville. Et l’on pourrait imaginer qu’il dit vrai, puisque l’opposant historique Jean-Benoît Saint-Cricq, qui depuis juillet 2018 et le vote de L’Hôtel du Palais est en pamoison devant la majorité municipale après en avoir dit pis que pendre, ne cesse de souligner la rigueur budgétaire manifestée par l’équipe en place. Mais quelle blague !

De la même façon que le Français moyen possède un livret de Caisse d’Épargne pour les imprévus de l’existence, les Biarrots avaient un petit pécule pour se prémunir en cas de difficulté : la propriété de L’Hôtel du Palais. Un bien estimé autour de 200 millions d’euros et qui aurait facilement trouvé preneur. Au lieu de cela, les lambeaux de la majorité municipale, aidée de cinq opposants qui les ont rejoints, ont opté pour un bail emphytéotique de soixante-quinze ans qui fait perdre toute marge de manœuvre à la Ville et pour un emprunt assumé par la coquille vide qu’est la Socomix. Qui serait bien incapable de rembourser les traites si le prévisionnel établi par Hyatt s’avérait trop optimiste, ce que semble penser la spécialiste de l’économie des palaces Virginie Lannevère, ainsi que plusieurs anciens administrateurs comme Anne Pinatel ou François Amigorena.

C’est facile de présenter un budget en équilibre quand on planque la dette sous le tapis !

Les Biarrots ne sont pas des enfants à qui on ne doit rien dire pour ne pas les inquiéter. Les candidats en piste pour les prochaines municipales au lieu de s’étendre sur leurs projets, qu’ils auront un mal fou à financer, feraient mieux, comme le faisait Winston Churchill au sortir de la guerre, de promettre « du sang et des larmes », tant la situation financière de la Ville s’annonce délicate pour le mandat à venir avec une Cité de l’Océan bien loin d’être sauvée avec ses chiffres de fréquentation dérisoires. Mais comme le sujet n’est pas porteur électoralement, il est tellement plus facile de glisser, d’éluder et de faire croire qu’on se prépare à un mandat normal dans une ville normale.

COMMENT RAVIVER LES ALLIANCES ?

En 2020, les maires français seront voués à la schizophrénie. Pour ses administrés, le maire est celui qui décide de tout localement, alors qu’il est surtout le porte-drapeau de sa Ville au sein d’une entité qui prend toutes les décisions importantes. Et quand l’entité est XXL, comme la Communauté d’Agglo du Pays Basques (CAPB) avec ses 158 communes, on comprend mieux la nécessité impérative d’avoir des rapports harmonieux avec ses collègues pour obtenir des arbitrages en faveur de sa Ville.

En apparence, en apparence seulement, le G7 est une grande réussite pour Michel Veunac. Si ce grand raout mondain et planétaire s’est déroulé sans trop de casse pour le Pays basque, malgré une indemnisation scandaleusement faible des commerçants, il n’en va pas de même pour notre Mimi-Imperator-que-le-monde-entier nous-envie.

D’abord les services élyséens, qui ont longtemps séjourné à Biarritz pour préparer l’événement, ont pu prendre la mesure du maire qui nous dirige. Et visiblement, si l’on se fie aux discours où Macron a soigneusement évité de prononcer le nom de Veunac et à cette investiture LaREM tant convoitée que le maire semble en peine d’obtenir, l’État n’a pas été franchement bluffé par notre porteur d’écharpe tricolore.

Mais il y a bien pire pour l’avenir immédiat de Biarritz. Officiellement vice-président de l’Agglo, Veunac n’a prévenu personne lorsque Macron lui a demandé d’avancer la date du G7 fin août, à cause des élections canadiennes. Tous ses collègues de l’Agglo ont été mis devant le fait accompli. Jean-René Etchegaray et Claude Olive, les maires de Bayonne et Anglet, qui sont les alliés naturels de Biarritz au sein de la CAPB face aux maires du Pays basque intérieur, ne décolèrent pas sur la façon de procéder de Veunac. Résultat : toute demande qui viendra de Biarritz, et en particulier si Veunac est réélu, sera examinée à la loupe et rejetée chaque fois que ce sera possible tant la rancune demeure tenace. On en a la preuve sur le dossier Aguilera et la procédure MECDU (Mise en Conformité des Document D’Urbanisme) en cours. Veunac a cru pouvoir faire accélérer les choses. Il devra patienter 18 à 21 mois et rien ne prouve que son projet ne sera pas encore retoqué.

Ce sujet de l’Agglo, de la pacification nécessaire des relations avec les autres maires, doit être évoqué par les candidats même s’il n’est pas très sexy et parfois difficilement compréhensible par les Biarrots, tant l’avenir de Biarritz est lié à un fonctionnement harmonieux au sein de la CAPB. Là aussi, le sujet passionnerait sans doute les auditeurs s’il était traité publiquement par les candidats au lieu d’être évoqué du bout des lèvres.

En fait, comme dans les réunions de famille, c’est parfois le premier pas qui coûte le plus. Soit on fait de la politique comme avant, le candidat et l’auditoire se contentant de banalités prudentes et on rentre le soir un peu frustré de ne s’être rien dit avant de se séparer. Soit on prend le risque de voir les assiettes voler, et on se dit ce qu’on a à se dire avec franchise pour pouvoir repartir sur des bases saines.

Allez, encore un effort, Messieurs et Mesdames les candidats !

 

Ce ticket Arostéguy-Brisson qui change la donne

Tandis que LaRem cherche à débrancher Veunac, estimant qu’il n’a plus de soutiens crédibles, Max Brisson prend tout le monde à contre-pied avec un ralliement probable à Maïder.

Cet homme aime être là où on ne l’attend pas. Quand il annonce qu’il ne peut assister au conseil municipal, bloqué qu’il est par la neige du côté d’Albi, il est probable que vous le retrouverez à Bayonne en train de préparer une élection départementale. Comme vous adorez les histoires d’arroseur-arrosé, et ratez rarement Les Feux de l’Amour, BBB va se faire un plaisir de vous raconter comment Michel Veunac et Max Brisson se sont livrés à un sacré marivaudage tout l’été, qui semble sur le point de se terminer avec l’arrivée surprise du sénateur dans la liste de Maïder Arostéguy et le cocufiage de Michel par Max, ce qui, avouons-le, ne nous fait pas une peine immense.

(https://jeanyvesviollier.com/2015/02/08/labsenteisme-de-brisson/)

Début 2019 : Max fait le tour de tous les candidats qui pensent déjà à l’élection municipale, en tenant à chaque fois le même discours, que ce soit devant Nathalie Motsch, Jacques-André Schneck ou Michel Veunac : « Je suis ta candidature avec beaucoup d’intérêt. Dès que ta liste décolle, je viens en renfort ». Courageux mais pas téméraire, notre sénateur !

Mars-2019 : Quand il voit les soutiens s’agréger autour de Maïder, Max comprend qu’il n’est pas le bienvenu dans cette liste, même si la conseillère départementale parle toujours de « son binôme adoré ».

Juin 2019 : Les listes se multiplient avec Barucq, Motsch, Schneck. Conforté par un bon sondage, Veunac semble difficile à battre. Max laisse croire au maire de Biarritz qu’il est prêt à partir avec lui et à faire cause commune avec les Saint-Cricq, Pouyau ou Frédéric Domège.

Septembre 2019 : Contre toute attente, le G7 se passe très bien et Veunac est persuadé qu’il va obtenir sans difficulté l’investiture LaRem. Brisson est aux cent coups, car Veunac ne le prend plus au téléphone depuis juillet. Pour tenter de se rassurer, Max annonce partout que Veunac a décidé de ne pas se représenter. Quelques Biarrots vont le croire.

Début octobre 2019 : Michel Veunac annonce qu’il est candidat aux municipales de 2020, mais personne n’est dupe. Le maire sortant essaie désespérément de faire monter les enchères avec LaRem, mais Macron freine des quatre fers. Le long séjour de sa garde élyséenne à Biarritz pour préparer le G7 lui a permis de comprendre qu’il se passait parfois des choses curieuses dans cette ville. Ce n’est pas par hasard si Macron s’est gardé de citer Veunac dans tous ses discours pendant le G7. Veunac a beau essayer de mettre dans son jeu Jean-Baptiste Lemoyne en lui faisant miroiter qu’il lui laissera la place très vite, LaRem reste sceptique.

Mi-octobre 2019 : Max, qui n’oublie jamais Biarritz même quand il est au Sénat, n’est pas sans constater que Maïder fait une très bonne campagne. Son côté sympa et proche des gens plaît et ses réunions de café font toujours le plein. Claude Olive de son côté, en tant que président départemental des Républicains, se rend compte que dans une élection à dix ou onze listes (On ne sait plus, il en pousse une nouvelle tous les jours !), le maire sortant a toutes les chances de gagner. Dès le retour de Max du Japon, où il a milité pour un « tourisme sportif » au Pays basque, Claude Olive réunit Christian Jacob, Max et Maïder dans son bureau et incite Max et Maïder à travailler électoralement ensemble, ce qui avait donné d’excellents résultats aux élections départementales puisque les deux avaient été élus.

Une martingale qui pourrait être gagnante

Tout n’est pas encore joué puisque Max et Maïder ont déjeuné ensemble le jeudi 31 octobre et que des « ajustements » sont probablement encore à trouver. On connaît les défauts de Max Brisson, ce penchant frénétique pour toute élection qui passe, cette façon d’avoir toujours trente-six fers au feu. On connaît aussi ses qualités, dont le fait d’être un bon sénateur, cultivé, bosseur et compétent. On connaît les qualités de Maïder qui passe bien auprès des Biarrots et leur donne le sentiment de les comprendre et le reproche majeur qui lui est fait : être un peu inexpérimentée pour le poste. Avec Max, ce grief ne tient plus.

Il semble acté que Maïder serait tête de liste et que Max ne revendiquerait qu’un poste de « simple » conseiller municipal assorti d’un poste de conseiller communautaire, histoire de pouvoir postuler à la présidence de l’Agglo (La règle des deux mandats, l’obligerait alors à renoncer à son poste au conseil départemental). Politiquement, ce choix semble judicieux car il devient très « lisible » pour tous ceux qui suivent de loin la politique. Ce sera un duel LaRemLes Républicains et sans doute une très mauvaise nouvelle pour les autres listes à qui il faudra sacrément de talent pour exister face aux deux poids lourds. L’arrivée de Max est aussi contrariante pour quelques très proches de Maïder qui prônaient un résolu « Tout sauf Max ! ». Mais la politique est une école de pragmatisme et ce ticket que personne n’avait envisagé est sans doute capable de mettre fin aux ambitions de Veunac de faire un deuxième mandat. Comme me l’écrit, un peu désabusé, un proche de Maïder qui n’est pas un grand fan du sénateur : « Il est libre, Max ! »

Veunac en plein doute

Le roi est nu et il n’a plus qu’une écharpe tricolore sérieusement mitée en guise de cache-sexe. Michel Veunac est un trop fin politicien pour ne pas avoir compris que sa stratégie d’annonce électorale a fait long feu. Il pensait s’en tirer en confiant à un cercle restreint de journalistes amis qu’il allait briguer un deuxième mandat, mais tout le monde a vu qu’il était bien incapable d’annoncer le moindre soutien, en dehors des habituels courtisans pour qui il est impensable de ne pas bénéficier d’une nouvelle prébende électorale lors des six prochaines années. Alors, comme il l’avait fait lors des périodes difficiles, Mimi-La-Malice bougonne et annonce un peu partout que finalement il ne va pas se représenter. C’est évidemment une façon de tester son entourage et de voir ceux qui ne se récrient pas assez fort en estimant qu’il est absolument irremplaçable pour Biarritz. Mais Michel Veunac a bien conscience que le nom de Jean-Baptiste Lemoyne qui était pour lui une sorte de Graal électoral ne produit pas l’effet escompté. Même s’il est le compagnon de la sénatrice Frédérique Espagnac et possède depuis peu un logement à Biarritz, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe reste un total inconnu et aux yeux des Biarrots un parachuté absolu.

Mimi-La-Malice avait aussi prévu de proposer à Guy Lafite un poste complètement indigne de ses compétences, genre onzième ou treizième de liste, pour que « La Faillite-nous-voilà » renonce de lui-même. Veunac aurait alors joué la proximité dans ses futurs meetings électoraux en disant que son mandat a été raté à cause de l’énarque qu’il avait nommé à ses côtés mais qu’entre 2020 et 2026 on allait voir ce qu’on allait voir. On ne sait jamais, mais avec quelques mémés amoureuses du beau Michel, sur un malentendu ça pouvait marcher.

Et si Lafite y allait avec Didier Guillaume ?

Même Veunac semble aujourd’hui avoir du mal à croire en cette stratégie et, les jours où il est de mauvaise humeur, il bougonne qu’il ne va pas se représenter et « laisser la place à Lafite qui va sans doute se faire un plaisir de rappeler Didier Guillaume ».

Info ? Intox ? Bien malin, celui qui peut dire si le ticket Brisson-Arostéguy affrontera Veunac-Lemoyne ou Lafite-Guillaume. Mais il est sûr que certains prétendants prennent leurs dispositions en conséquence.

François-Xavier Menou porte-parole de la liste « Changer d’ère » se veut positif : « On continuera quoiqu’il arrive. On est conforté dans notre position. On ne veut pas rentrer dans ce marigot-là ». Et quand on évoque les hypothèses électorales possibles, le suppléant de Vincent Bru se montre catégorique : « On ne s’alliera jamais à Maïder Arostéguy ou à Michel Veunac » Un nom n’a pas été évoqué par le sémillant quadragénaire, mais ça doit être un oubli.

Richard Tardits, pour sa part, se déclare « remonté comme en 14 » et annonce qu’il se lance dans la joute électorale. Enfin, l’opposant à la très sinusoïdale trajectoire, Jean-Benoît Saint-Cricq, qui voit tous ses rêves s’effondrer si Veunac ne repart pas, affirme lui aussi qu’il va monter une liste si Lafite est candidat. Au vu du mandat improbable qu’il vient de faire, il serait vraiment surprenant que les Biarrots s’enflamment pour lui !

L’âge du capitaine toujours en débat

Ce prof de français, retrouvé avec plaisir dans la cour de récréation de son lycée, m’avait marqué par sa réflexion, alors que je m’étonnais du tintamarre fait par les élèves : « Ce sont les élèves de sixième qui font le plus de bruit, car ce sont eux qui ont le plus besoin de faire savoir qu’ils existent ! » Frank Charriaut, le directeur de campagne de Marine Batiste, a un avis sur tout et c’est même à cela qu’on le reconnaît. S’il rencontre un des pilotes de la patrouille de France, il va sans nul doute lui expliquer les bases de la voltige aérienne. Dans le même registre, l’architecte d’Ocean-Start est nul, et je suis « nase » quand je décris les difficultés qu’éprouve Michel Veunac à descendre de sa voiture. Je vais donc expliquer ma position à ce nouveau donneur de leçons.

Je souhaite une excellente santé à Michel Veunac et j’espère qu’il pourra profiter longuement de ses petits-enfants. Mais poser la question de la capacité physique d’un dirigeant à exercer son mandat relève de la démocratie la plus élémentaire et non de l’intrusion. Le spectacle qu’offre Michel Veunac aux Biarrots – je pense par exemple au jour de l’inauguration de la place Saint-Charles où Guy Lafite a dû l’aider – interroge. Face à une fonction exigeante comme celle de maire de Biarritz, Michel Veunac qui aura 80 ans en 2026 sera-t-il capable de tenir? Le doute est permis.

Et si Frank Charriaut avait lu quelques journaux au lieu de se contenter des œuvres complètes de The Blond Biarrote, il saurait que le débat sur l’âge du capitaine a été récurrent dans la démocratie française. La question s’est posée au moment de la réélection de de Gaulle, comme pour celle de Jacques Chirac. C’est même pour cette raison qu’en 2002, le président de la République de l’époque a ramené le mandat présidentiel à cinq ans. Une idée que notre Monsieur-Je-Sais-Tout a sans doute jugé « nase ».

 

 

Déclaration de candidature pour Les Nuls

Vous pensez à la mairie de Biarritz tous les matins en vous rasant ou en vous épilant ? Bisque, Bisque, Basque ! va vous aider à vous déclarer.

Il est évident qu’avec sept candidats officiellement déclarés (Arosteguy, Barucq, Batiste, Menou, Motsch, Schneck, Veunac) et trois autres listes probables (une abertzale, une de gauche, une de Rassemblement National) le choix électoral est un peu restreint à Biarritz. Vous avez encore largement l’espace politique pour vous présenter. Le souci récurrent que vous rencontrez chaque matin dans votre salle de bains, quand vous vous contemplez dans la glace et vous imaginez revêtu de l’écharpe tricolore, est de savoir comment vous déclarer candidat et que dire face à ces fouineurs de journalistes. Par ailleurs votre cercle de réflexion autour de vous est tellement étroit que vous n’êtes même pas assez nombreux pour faire une belote. Ce n’est pas grave pour se lancer, il suffit d’un peu de culot et Bisque, Bisque, Basque ! va se faire un plaisir de vous donner quelques tuyaux.

Étape 1 : BILINGUISME DE RIGUEUR

Trouver un nom ronflant pour désigner sa liste est indispensable. Bien entendu, le nom de Biarritz doit figurer dans l’intitulé. « On t’aime ! », « Notre Biarritz », « Nouvelle vague », « Changer d’ère » et même « Le corbillard à Mimi » sont déjà pris. Voilà qui vous apprendra à lambiner ! Pensez ensuite à traduire le fruit de vos cogitations en basque… Comment cela, vous ne parlez pas basque ? Même si vos finances électorales sont à plat, votre premier souci doit être de recruter un traducteur basque. Imaginez un peu la honte si, lors de vos meetings dans une salle évidemment surpeuplée, un de vos interlocuteurs vous pose une question en basque et que vous êtes incapable de répondre.

Étape 2 : UN LIEU QUI VOUS SYMBOLISE

Là aussi, vous êtes très en retard et vos rivaux vous ont déjà piqué plein de lieux emblématiques de Biarritz comme Le Royalty, Le Maïtena café ou, pour la liste Menou-Nalpas Le café de la baleine, sans doute pour bien montrer leur distance avec Max Brisson. C’est le moment de prouver votre folle créativité et votre différence par rapport à vos rivaux. Organisez une chasse aux bigorneaux un soir de pleine lune au rocher de la Vierge ou un pique-nique dans les jardins de la villa Sion et profitez-en pour vous déclarer. Tout le monde sera agréablement surpris et ne doutera plus de votre biarrotitude.

Étape 3 : DES SOUTIENS « À VENIR » ET « TRÈS IMPORTANTS »

Vous n’avez que deux personnes autour de vous le jour de votre déclaration de candidature ? Ce n’est absolument pas grave. Bombardez l’un des deux, directeur de campagne et l’autre président de votre comité de soutien, et expliquez aux journalistes présents que vous êtes en train de constituer un large rassemblement de jeunes actifs qui n’ont pas pu être présents car « retenus par leurs obligations professionnelles ».  Vous vous demandez bien comment vous allez réussir à trouver trente-cinq noms sur votre liste ? Annoncez avec sérieux que des « soutiens de renom vont bientôt vous rejoindre, mais que le moment de se déclarer n’est pas encore venu pour eux ». Vous trouverez peut-être un ou deux cornichons prêts à distribuer des tracts dans les boîtes à lettres pour votre compte.

Étape 4 : LE PROGRAMME ? QUAND J’AURAI LE TEMPS !

Ces emmerdeurs de journalistes vont vous demander quel est votre programme, question qui vous pose un sacré problème car votre seule ambition consiste à être élu. Détail encore plus fâcheux, les deux personnes qui vous accompagnent dans votre aventure électorale ne sont absolument pas d’accord avec vous lorsqu’il vous arrive, par hasard, d’avoir une idée. Ayez de l’aplomb et prenez l’air grave : « Il est beaucoup trop tôt pour dévoiler notre programme sur lequel nous travaillons d’arrache-pied ». C’est le moment d’afficher un sourire complice avec les représentants de la presse : « Et puis, on se méfie beaucoup de nos concurrents et on n’a pas envie de se faire piquer nos idées ». Dernier détail indispensable : n’oubliez pas de préciser que votre programme sera vert du sol au plafond. C’est la couleur très tendance cette année.

Étape 5 : L’INVESTITURE ? VRAIMENT PAS INDISPENSABLE !

Bien entendu vous travaillez à « un large rassemblement » de Biarrots de tous âges et de « toutes catégories sociales confondues ». Comme vous êtes modeste, vous ne voulez pas vous hasarder à un pronostic ni à un pronostoc, mais vous êtes vous-même surpris « par l’enthousiasme que suscite votre candidature » et vous vous félicitez d’avoir « cédé à la pression affectueuse de vos amis » qui n’imaginaient personne d’autre que vous comme futur maire. Dans votre liste, il y a des personnes de droite, du centre et de gauche et aucun pugilat grave ne s’est produit. Quant à l’investiture d’un parti, LaREM de préférence, vous n’en faites pas une obsession mais l’accepterez si on vous l’offre. Macron a besoin de vous et non l’inverse, « mais, Messieurs les journalistes, ne le répétez pas car vous mettez ma modestie à mal« .

 Étape 6 : ATTENDRE PATIEMMENT QUE CA MORDE

Vous voilà fin prêt à être candidat. Vous voyez que ce n’était pas aussi difficile que vous l’imaginiez ! Reste maintenant un vrai travail de fond à accomplir. Aller cajoler les gros contribuables de la Ville et, moyennant promesses (qui n’engagent que les imbéciles qui y croient !), caresses, génuflexions, tentez de les convaincre de financer votre campagne, car, bien entendu, vous n’avez pas un fifrelin. Quant à votre directeur de campagne, il doit être omniscient, et suffisamment suffisant pour être capable de dire aux architectes ou aux journalistes qu’ils sont « nases » et avoir réponse à tout en tous domaines. Idéalement il doit aussi être capable de créer trois ou quatre faux profils sur les réseaux sociaux afin d’entretenir en permanence des polémiques dans les camps adverses, tandis que vous passerez pour un être pacifique qui défend ses idées et refuse les vaines controverses.

Et maintenant que tout est en place, il ne vous reste plus, comme le pêcheur au bord de l’eau, qu’à attendre patiemment la touche.

Étape 7 : VENDRE SA BOUTIQUE ÉPHÉMÈRE AU PLUS OFFRANT

Encore quelques candidatures comme la vôtre et il n’y aura bientôt plus assez de citoyens disponibles pour figurer sur les listes, sachant qu’il faut comme disait Didier Borotra, trouver « trente-cinq couillons prêts à vous suivre ».  Si vous réussissez l’exploit de déposer en préfecture une liste complète et que vous obtenez un score honorable au soir du premier tour, votre fortune est faite. Les deux premiers vont se battre et tout vous promettre pour que vous vous ralliez à eux. Mais, même si vous n’avez personne autour de vous, vous pouvez continuer à jouer au poker-menteur au moins jusqu’à la fin de l’année, saison idéale pour revendre la boutique éphémère que vous avez créée. Il est de l’intérêt de tous les candidats sérieux de voir disparaître ces petites listes parasites qui n’ont pas de sens et qui faussent la compétition électorale.

Donc, si vous vous y êtes bien pris et avez bluffé tout le monde, alors que vous savez très bien que vous n’avez strictement personne autour de vous, les propositions ne vont pas tarder à arriver. Une place dans les cinq premiers d’une liste électorale « crédible » et c’est la garantie de vous retrouver élu au soir du deuxième avec à la clé, si vous avez bien négocié et misé sur le bon cheval électoral, un poste d’adjoint qui vous permettra de toucher dans les 1100 euros mensuels. Ce qui était votre but depuis le départ.

Quand on vous disait, que la politique pour Les Nuls, il n’y a rien de plus facile !

 

La Ville plutôt que vos nombrils

Gros malaise face à la multiplication de candidatures qui semblent relever de l’aventure personnelle et de la volonté de monter une petite boutique électorale à vendre au plus offrant.

(Toute ressemblance avec des nombrils connus dans la Ville serait pure coïncidence)

Si vous êtes un citoyen ou une citoyenne en manque de câlins ces derniers temps à Biarritz, Bisque, Bisque, Basque ! a un truc infaillible pour vous. Descendez dans le centre-ville avec un panneau accroché autour du cou : « Prêt à être sur une liste. Place indifférente ». Vous n’allez pas patienter une minute avant que quelqu’un ne vienne vous cajoler, vous encenser et vous affirmer que vous êtes exactement la personne qu’il recherche. Vous êtes stupide, raciste ou homophobe, ce n’est pas grave, il faut de tout pour faire un monde et c’est tellement dur de trouver trente-cinq personnes pour faire une liste. En effet, pas une semaine ne se passe sans qu’un nouveau candidat ne se déclare. Avec à chaque fois le même discours : « Il est trop tôt pour vous en parler, mais vous allez être surpris par mes soutiens » (Celle-là, elle n’est pas neuve !) avant de conclure : « Avec mon équipe, nous travaillons d’arrache-pied à un programme qui va émerveiller les Biarrots ».

Tête de liste, sinon rien !

Et bien évidemment, avec un manque de modestie un peu sidérant quand on connaît la complexité actuelle d’un poste de maire, tous les candidats et candidates qui pensent à la mairie de Biarritz tous les matins en se rasant ne peuvent imaginer un autre poste que celui de tête de liste. Ils sont déjà six à s’être déclarés, autant à être presque déclarés en guettant la fenêtre de tir idéale, et presque autant à se demander comment ils pourraient faire partie du futur casting, en occupant évidemment un poste… de tête de liste. Comme le disait Didier Borotra, « la politique, c’est simple. Il faut trouver trente couillons prêts à vous suivre et après vous faites à peu près ce que vous voulez ».  

Ce bal des ego est insupportable pour le citoyen lambda. Tous les futurs candidats, que ce soient ceux qui se sont déjà déclarés ou ceux qui trépignent d’en être, estiment qu’un deuxième mandat de Veunac serait catastrophique. Mais, il n’y en a pas un pour se montrer capable de fédérer, pas un pour accepter de se joindre à l’autre en reculant dans la hiérarchie de la liste, pas un pour sacrifier son ego et envisager une sorte de liste de salut public qui, au prix d’une concession individuelle et d’un peu d’humilité, regrouperait les talents et tenterait de sortir la Ville de son marasme actuel. Au lieu de cela, on va droit vers des aventures personnelles qui finiront piteusement en ralliements contraints et forcés au soir du premier tour. Ce que Biarritz a déjà vécu en 2014. Une mécanique bien connue des politologues qui s’appelle la machine à perdre.

Malaise sur le fond

Alors oui, des dents vont grincer à la lecture de cet article, mais je ressens un énorme malaise face à la mascarade électorale qui semble se dessiner. Pour moi, un bon candidat, c’est un candidat qui se retrouve éligible presque par hasard. Des mois, voire des années avant l’échéance électorale, il porte un projet, rameute les citoyens, se bat pour ses idées et fédère, avant de prendre conscience que personne ne saura mieux défendre ses idées que lui-même, ce qui le décide à être candidat.

Mon sentiment est que tous les candidats actuels s’y prennent à l’envers. On monte un petit groupe, on compose avec les sensibilités de chacun et ensuite, après avoir annoncé triomphalement sa candidature, on élabore à la hâte un programme pour avoir l’air crédible. Une sorte de Meccano improbable où pour contenter tout le monde on s’efforce de faire rentrer des pièces carrées dans des trous ronds. La plus sûre façon de se planter si on veut vraiment gouverner une Ville en harmonie avec les citoyens au lieu de se contenter de la satisfaction de porter l’écharpe tricolore.

Malaise sur la forme

Sur la façon de se déclarer soudain candidat, je suis tout aussi heurté. Dans ce blog, j’ai répété pendant sept ans que, mon père et mon grand-père ayant été maire, j’arrêtais là la malédiction familiale et que je ne serais jamais autre chose qu’un commentateur de la vie publique. S’il me venait soudain à l’idée de succomber à la mode du moment et de monter une liste, je crois que certains fidèles de ce blog se manifesteraient. Ils auraient totalement raison.

La candidature de Marine Batiste, alias The Blond Biarrote, annoncée samedi dernier, n’est pas plus ridicule que d’autres, car il est nécessaire que la vie publique se renouvelle. Mais elle ne l’est pas moins quand on affirme sur tous les tons qu’il faut empêcher Veunac d’être réélu et qu’on sait parfaitement qu’on affaiblit le camp des opposants. Au point que Sud Ouest, à l’heure où cet article est publié, n’a consacré à cette candidature que quelques lignes dans Le Piéton.

Avec seulement trois ans de présence à Biarritz, le bon sens politique aurait été de faire ses classes en défendant ses idées au sein d’une liste proche de ses convictions. Et de ne pas duper ses lecteurs avec un blog à la ligne éditoriale fluctuante qui n’était qu’une sorte de cheval de Troie journalistique pour mieux lancer sa candidature.

Futurs candidats, si vous voulez battre Veunac ou son clone Lafite, ce qui pour nombre de Biarrots constitue la priorité des priorités au vu du mandat désastreux qu’ils viennent d’accomplir, tous autant que vous êtes, arrêtez de jouer perso et unissez-vous. Et cessez une bonne fois pour toutes de vous contempler le nombril tous les matins dans la glace. Même si les électeurs biarrots ont bien compris qu’il n’y a que des surdoués qui se présentent pour conquérir leur ville.