De candidate à maire, la virevolte de Maïder

En campagne, Arostéguy avait promis de « sanctuariser la zone verte littorale de la Milady ». Élue, elle a signé sans problème le permis de construire déposé par la Sagec.

Nul besoin de libations jusqu’au bout de la nuit, surtout en ces périodes de couvre-feu, pour que des commerçants vous avouent que « leur métier serait formidable s’il n’y avait les clients » ou que des élus reconnaissent que « s’asseoir régulièrement sur les promesses faites pendant la campagne électorale fait partie des fondamentaux du métier ».

Sauf information contraire, ils sont les premiers cocus de la mandature Arostéguy et la façon dont plusieurs riverains résidant entre la rue Cristobal et la rue de la Colline viennent d’être roulés dans la farine mérite d’être contée.

Il y a un siècle ou presque, à l’époque où Michel Veunac ne refusait jamais rien aux promoteurs, ces riverains qui jouissent d’un paysage et d’une tranquillité fort appréciables apprennent que la Sagec, s’apprête à construire une résidence et que le projet a été validé par la mairie. Immédiatement, ils unissent leurs forces pour déposer un recours et, comme la campagne électorale arrive, ils s’intéressent de très près aux propositions des candidats.

Sur l’avenir de la zone verte de la Milady, les tracts de campagne étaient on ne peut plus clairs.

Maïder Arostéguy se montre très claire. Elle a combattu en tant qu’opposante le projet « Océan Start » et, ainsi qu’elle l’annonce dans ses tracts de campagne, elle souhaite « sanctuariser cette zone verte littorale de la Milady ». L’ambiguïté vient sans doute de là. Les riverains étaient persuadés qu’ils faisaient partie de la « zone sanctuaire », tout comme l’emplacement où était prévu « Ocean Start« .

Maïder Arostéguy élue maire, les riverains restent donc confiants. Dans des échanges informels, leur voisine à écharpe tricolore rappelle qu’elle habite et aime ce quartier. En réponse en juillet à une pétition des riverains qui demandaient « le retrait pur et simple du projet » et suggéraient de « créer un écoquartier plutôt qu’un énième projet immobilier juteux dont le but n’est pas de loger des jeunes Basques en créant des logements sociaux, mais bien de vendre des appartements vue mer à plus de 10 000 euros le mètre carré », la nouvelle élue va même jusqu’à leur écrire, trois semaines après son avènement qu’elle n’accordera plus de permis de ce type. Ce qui tombe bien puisque la Sagec a déposé un permis modificatif qui doit être validé par la nouvelle équipe municipale.

Rassurés par leur échange avec le maire, mi-juillet, les riverains ont cru pouvoir dormir sur leurs deux oreilles.

La mécanique humaine ayant des limites, Maïder Arostéguy prend des vacances méritées pour une semaine autour du 15 août. Stupeur des pétitionnaires qui découvrent que la nouvelle adjointe à l’Urbanisme, Maud Cascino, a donné son accord pour le nouveau permis. Les riverains attendent avec impatience le retour de vacances de Maïder Arostéguy, car ce document doit être paraphé par la chef suprême. Et là, ils tombent de haut car Maïder Arostéguy leur annonce qu’elle « ne désavouera pas son adjointe ».

À chacun d’estimer si la nouvelle adjointe à l’Urbanisme a imposé sa volonté au maire ou si elle a servi d’alibi commode.

« Arostégaffe » ou remarquable stratégie d’enfumage dès le départ, chacun jugera à son idée tandis que les riverains ruminent désormais ce vieil adage : « Les promesses électorales n’engagent que les imbéciles qui y croient ».

La mairie : « On a fait en sorte de rendre ce projet plus vivable et acceptable »

(Entretien téléphonique réalisé le mardi 21 octobre avec un membre du cabinet)

Contrairement à la mandature précédente, et c’est une bonne nouvelle pour la démocratie, la mairie ne refuse pas le débat et répond avec précision aux questions :

« Il n’y a pas la moindre opacité dans ce dossier. On a agi au vu et au su de tout le monde. Nous avons eu une négociation serrée avec la Sagec et imposé 50% de logements sociaux, dont certains avec des baux réels et solidaires. Plusieurs riverains ne semblaient pas vouloir de ces logements sociaux » (Interrogés par Bisque, Bisque, Basque ! sur le sujet, les protestataires affirment que l’affirmation de la mairie est fausse et qu’ils ne se sont jamais opposés à la construction de logements sociaux) ;

La mairie ne voit vraiment pas où est le problème : « Nous avons aussi imposé une modification du permis de construire et une sortie vers le bas pour éviter les accidents. Maud Cascino, l’adjointe à l’Urbanisme est partie au feu sur ce dossier et a réussi à convaincre tout le monde en réduisant le nombre de logements prévus et en obtenant une sortie nord pour éviter les accidents. La ville de Biarritz a un besoin vital de logements sociaux. (Face à cette affirmation, les riverains font encore des bonds. Le nombre de logements a été réduit pour la simple raison que plusieurs acquéreurs fortunés ont acheté 2 appartements chacun pour les réunir en un seul. La sortie Nord (vers la station d’épuration) mentionnée par la mairie n’est qu’une recommandation afin d’améliorer la sécurité, pas une obligation. En plus, cette route serait alors située sur une zone EVP (Espace Vert Protégé).

Le cabinet poursuit sa démonstration : « Ce besoin de logements sociaux pèse plus lourd que quelques riverains mécontents. Par ailleurs, ce n’est pas à la mairie de dénoncer ce permis. Les riverains sont libres de faire des recours. Ce dossier à nos yeux est exemplaire. La mairie a fait en sorte de rendre le projet plus vivable et acceptable ».

Et renier ses promesses de campagne quand on est aux commandes relève sans doute du principe de réalité ?

Les appliqués, les fumistes et le gros lourd

Ce deuxième conseil municipal sur le budget a donné lieu à des échanges fructueux. Malgré certaines absences discutables et un Destizon décidé à faire son intéressant.

À l’aise et maîtrisant ses dossiers, Maïder Arostéguy a su créer une ambiance de dialogues et d’écoute réciproque.

Ôtez-moi d’un doute pour le cas où Alzheimer aurait fait une visite impromptue : la liste conduite au printemps par Nathalie Motsch s’appelait bien, avec une immodestie certaine, « Biarritz en a besoin » et non « Biarritz par-dessus la jambe » ? Hier soir, lors d’un conseil municipal de très belle tenue qui nous ferait presque oublier les errances et autres approximations de Mimi-la-Malice et ses troupes, il y avait de quoi avoir mal au ventre pour tous les gens de qualité qui étaient présents sur la liste de « Calamity Nathalie », en constatant que pour la deuxième fois consécutive leur championne avait donné son pouvoir à Sébastien Carrère et joué les filles de l’air. Comme aurait dit Chevènement, « Un élu, ça fait le job ou ça démissionne ».

Agacement similaire en ce qui concerne le Monsieur météo de TF1, Louis Bodin, absent pour la deuxième fois en deux conseils municipaux. Même si son cas est moins grave que celui de Nathalie Motsch, puisque simple godillot de la majorité, il est exaspérant de constater que les Biarrots crient au « parachuté » quand un ministre envisage d’être candidat dans une ville qu’il pratique depuis trente ans, mais sont en émoi comme des midinettes lors de leur premier bal en voyant le « grand nom parisien » qui va embellir l’affiche, alors que tout le monde sait qu’il sera trop pris par ses activités professionnelles pour consacrer du temps à Biarritz. Et quand je m’étonne sur Twitter de son absence, son beau-père Jean-Bernard Pinatel sort le fusil mitrailleur : « Il apporte son expérience et son conseil à l’adjoint à l’environnement. À l’heure du travail à distance, c’est tout à fait amusant de voir ce genre de réflexion ». Drapeau blanc, Jean-Bernard, mais que je sache le poste de conseiller municipal en télétravail n’a pas encore été prévu par la Constitution.  Et il n’est pas obligatoire d’occuper un mandat pour aider une ville.

Chazouillères explique au lieu de pérorer

Édouard Chazouillères s’est montré plutôt pédagogue et intéressant, mais visiblement certains préfèrent lire le journal.

Mais revenons plutôt aux bons élèves de cette rentrée au lieu de nous intéresser aux fumistes. Tous ceux qui passent actuellement leurs après-midis à la plage confirmeront sans doute une rumeur venue du personnel de la mairie : ce ne sont pas les coups de soleil qui gênent beaucoup Maïder Arostéguy et sa majorité. De mémoire de fonctionnaire territorial, il y a longtemps que l’on n’avait vu une équipe se mettre au travail avec une telle ardeur et impliquer autant les services qui sont globalement ravis de ce bol d’air frais. Bisque, Bisque, Basque ! se gardera bien de toute conclusion anticipée, les bonnes résolutions de la rentrée s’étiolant parfois au cours d’un mandat, mais il est évident que pour rectifier en trois semaines, compte-tenu du Covid, les orientations budgétaires il a fallu que les élus et les services se mobilisent sacrément.

Au lieu des péroraisons autosatisfaites de Guy Lafite et des sentences aussi creuses que définitives de Michel Veunac, nous avons eu droit de la part du maire, d’Adrien Boudousse son premier adjoint, et surtout du « ministre des Finances » Édouard Chazouillères à des explications limpides sur le budget avec des chiffres projetés permettant à chacun de suivre précisément les points évoqués. De la pédagogie à la place de l’enfumage permanent, on va finir par croire que le Dieu de la démocratie et du respect de la vie publique est enfin venu faire un tour à Biarritz !

Et même sentiment de clarté et de connaissance des dossiers lorsque les adjoints, que ce soit Michel Laborde, Richard Tardits, Maud Cascino, Anne Pinatel ou Nicolas Martinez ont pris la parole. Ce conseil dure 3 h 21, mais il mérite vraiment d’être écouté de bout en bout et de sacrifier une séance de bronzette, tant les échanges sont passionnants. Vous y apprendrez entre autres comment le Covid a coûté 4 millions d’euros à la Ville, pourquoi il y a cette année 20% de véhicules automobiles en plus et aurez la confirmation que la danse et le rugby touchent tous les deux annuellement plus d’un million d’euros par an d’argent public.

https://www.youtube.com/watch?v=NN3ZC0Y6WZs

Une opposition constructive et intéressante

D’autant que l’opposition a su se montrer à la hauteur et profiter de la volonté de dialogue, très perceptible lors de ce conseil, pour poser beaucoup de questions intelligentes. Les sept opposants présents ont pris la parole à un moment ou l’autre de la soirée, démontrant souvent une autre vision de l’avenir de la ville mais faisant toujours preuve d’une courtoisie républicaine de bon aloi dans leurs interrogations.

Jean-Baptiste Dussaussois Larralde a fait remarquer que « 92 000 euros seulement pour l’amélioration des eaux de baignade » c’était fort peu, Lysiann Brao s’est interrogée sur les modalités d’attribution de la prime post-Covid, Corine Martineau a défendu une association comme « Équilibre », Brice Morin évoqué son poste de salarié de l’Atabal pour ne pas voter certaines délibérations susceptibles d’entraîner un conflit d’intérêts et Sébastien Carrère demandé des précisions sur le mode de calcul des droits de mutation. À chaque fois, les réponses de la majorité ont été précises et détaillées.

D’habitude, c’est la majorité qui veut augmenter les impôts quand l’opposition se récrie. Le plus surprenant de tous les opposants est donc Guillaume Barucq qui se retrouve à prôner une fiscalité beaucoup plus dure pour les résidents secondaires, ce qui est plutôt inhabituel, même si idéologiquement parlant le docteur à catogan est cohérent avec ses annonces de campagne.

Un vote qui marquera une première lézarde dans l’opposition puisque le « centriste-équilibriste » Barucq votera contre, tout comme Brice Morin et Lysiann Brao, tandis que Corine Martineau et Jean-Baptiste Dussaussois Larralde se rangeront aux côtés de la majorité. Le signe avant-coureur d’un éclatement idéologique de ce groupe d’opposition ?

Un comique malgré lui

« Survivor », l’élu qui ne doit sa place qu’à deux défections, s’est montré insupportable toute la soirée.

On le sait dans tout rassemblement, il y a toujours un gros lourd qui en fait des tonnes et ne comprend rien à l’ambiance générale. À sa place, compte tenu du cinglant échec électoral subi, on raserait les murs, puisque cet élu ne doit son fauteuil d’opposant qu’aux défections successives de Jean-Benoît Saint-Cricq et Jocelyne Castaignède, mais Patrick Destizon n’est pas du genre à se contenter de s’empiffrer gratuitement des petits fours offerts par la Socomix où Maïder Arostéguy lui a laissé un strapontin par charité. Décidé à jouer l’intellectuel de service et à peu près aussi convaincant dans ce rôle que Gérard Larcher briguant un poste de danseur étoile pour les ballets Malandain, l’inénarrable Patriiiiick se lance dans une interminable apologie de la mandature précédente qui ne convainc que lui. Et comme la lumière braquée sur lui s’est éteinte beaucoup trop vite à son goût, il remet le couvert en fin de conseil avec une tirade sur le recrutement d’un cabinet qui va coûter « annuellement 250 000 euros par an ». Notre économiste oublie juste de préciser combien l’absence de cabinet et des compétences qui y sont rattachées a coûté à la Ville lors de la dernière mandature avec les bourdes en série qui auront caractérisé la mandature Veunac, malgré la présence de l’immense adjoint aux travaux qu’il était. Avant que Maïder Arostéguy ne sorte ses griffes pour la seule fois de la soirée en évoquant le recrutement lors du mandat précédent d’Olivier Lépine, « conseiller spécial de Michel Veunac » payé par les contribuables biarrots. Petit élève fessé en public, Patrick Destizon boudera sur sa chaise et arrêtera immédiatement ses attaques.

Et, un peu comme un ivrogne repenti qui garde dans son salon une photo de lui allongé dans le caniveau datant de ses bitures passées, on se dit que finalement c’est peut-être une grande chance pour la vie politique d’avoir au sein du conseil municipal un personnage comme Patrick Destizon : il incarne l’arrivisme, la duplicité et tout ce qu’on déteste dans la politique et rend sympathique ce grand bol d’air frais qui nous arrive avec tous ces nouveaux visages de la majorité et de l’opposition.

Un accord Arostéguy-Etchegaray à propos de Motsch ?

L’information n’est pas encore officielle, mais elle fait déjà beaucoup parler au sein de l’Agglo Pays basque où Biarritz avait perdu une grande part de son crédit grâce à son éblouissant ex-maire. Solidarité UDI oblige, Jean-René Etchegaray souhaiterait garder Nathalie Motsch à la tête de l’AUDAP (Agence d’Urbanisme Atlantique-Pyrénées) où aux dires de tous, elle a effectué un très bon boulot. Il a donc approché par téléphone Maïder Arostéguy pour savoir si cette nomination poserait problème. Apparemment, Maïder Arostéguy aurait fait preuve de sens politique en acceptant le deal. Un deal qui n’interdirait pas à Nathalie Motsch d’honorer de sa présence, au moins une fois avant 2026, le conseil municipal où elle a été élue.