Un XV de France sur son 31

Michalak crée le décalage et met sur orbite la fusée Huget pour un essai splendide.

On ne va surtout pas bouder son plaisir! Avoir l’occasion de remporter le « crunch » et de renvoyer les Anglais dans leur vestiaire avec une défaite de cinq points (25-20), est un plaisir qui ne se refuse pas dans le monde du rugby. Mais ne nous enflammons pas. Si la France a été très présente dans l’affrontement, elle ne doit pas oublier qu’elle a encore encaissé deux essais de Cipriani et Joseph, en n’en marquant qu’un seul, splendide certes, par Huget. Un excellent match de préparation, donc, qui va redonner un peu de confiance aux Bleus, mais qui ne doit pas masquer les défauts actuels du jeu français..

Des Bleus qui ne sont plus désormais que 31, puisque cinq d’entre eux, comme le prévoient les règlements, vont retrouver leurs clubs et les « joies » d’un Top 14 privé de toutes tuniques internationales.

Si les évictions de Chiocci, Vahaamahina et Goujon devant ne sont guère discutables, Saint-André, une fois de plus, a laissé tout le monde perplexe en désignant ses recalés de l’arrière. Rémi Lamerat, victime d’une expérience surprenante l’associant à Alexandre Dumoulin, ne semble pas avoir plus démérité qu’un Gael Fickou, passé deux fois en revue en deux matches par l’attaque anglaise.

Fortes têtes et têtes qui ne dépassent pas

Mais c’est surtout le cas François Trinh-Duc qui laisse pantois. Visiblement, pour PSA et son staff, c’est Michalak, auteur d’un match remarquable samedi au Stade de France, qui va être le patron de l’attaque tricolore. Frédéric Michalak est un garçon délicieux et talentueux et l’on ne peut que se réjouir de cet inespéré retour en grâce, lui qui avait joué sa première Coupe du Monde… en 2003! Mais la marque de fabrique du joueur toulonnais est d’alterner avec une régularité de métronome les matches où il est génial et ceux où il passe complètement à travers. Presque jamais titulaire, l’an passé à Toulon, c’est donc lui qui se retrouve avec les clés du camion tricolore. Et quand on connait toutes les blessures physiques qu’il a endurées, il est bien difficile, même si on ne lui souhaite aucun mal, d’imaginer qu’il puisse traverser une compétition de sept semaines sans encombre.

Conserver dans l’effectif Rémi Talès a aussi une logique, puisque l’ouvreur castrais, jamais étincelant mais jamais complètement nul en équipe de France, possède un coup de pied particulièrement long qui soulage les joueurs en fin de match. Mais pourquoi diable se passer d’un François Trinh-Duc, dont les fulgurances peuvent faire beaucoup de bien à l’équipe d’outsiders mondiaux que nous sommes devenus? Contrairement à Talès, Trinh-Duc ne se fondra jamais totalement dans un groupe et n’appliquera jamais à la ligne les plans de jeu offensif de Lagisquet, ce qui lui vaut sans doute la joie de goûter prématurément aux charmes de Montpellier, le staff tricolore préférant visiblement les têtes qui ne dépassent pas aux fortes têtes.

En effet, alors que les demis de mêlée, protégés par leurs avants ne sont que rarement blessés, les demis d’ouverture deviennent dans le rugby moderne des cibles privilégiées des défenses adverses. Tillous-Borde avec Michalak, c’est logique. Rory Kockott avec Rémi Talès, tout autant. Mais quel rôle va jouer Morgan Parra désormais, même s’il avait fini la dernière Coupe du monde, avec des bonheurs discutables, sous le numéro 10?

Trois ouvreurs et deux demis de mêlée paraissaient relever du bon sens pour cette équipe de France. Deux ouvreurs pour trois demis de mêlée et nous voilà manifestement dans un « délit de sale gueule » contre François Trinh-Duc, un joueur avec qui PSA n’a jamais caché qu’il avait fort peu d’atomes crochus. Certes, il faut des besogneux dans les équipes. mais doit-on se priver du talent ?

Une défaite imParrable

France Afsud 02

Sale soirée pour Parra : il donne un essai à l’adversaire, rate une pénalité facile et se fait amocher.

Il est certain que Morgan Parra y regardera désormais à deux fois avant d’enfermer par mégarde un chat noir dans son sac de sport, comme il l’a fait samedi au moment de se présenter sur la pelouse du Stade de France, face à l’Afrique du Sud. Émoustillés par le miracle réalisé par les pousse-cailloux, quatre jours auparavant, sur ce même stade face à l’Ukraine, les amateurs de rugby veulent à leur tour croire au miracle possible et sont prêts à danser une samba brésilienne. Mais le demi de mêlée tricolore, à qui l’on pardonnera beaucoup compte-tenu de ses états de service tricolores, se charge dès la première minute de jeu de doucher l’enthousiasme ambiant en se faisant contrer dans ses 22 mètres et en faisant cadeau d’un essai au véloce Pietersen.

Poursuivi par la vindicte du chat noir, le buteur maison glisse ensuite au moment de transformer une pénalité immanquable, avant de tenter de se racheter, en mobilisant ses troupes et en payant de sa personne.

Et l’on assiste à ce spectacle surprenant de Chouly jouant à chat avec la défense springbok, avant d’adresser une passe aux moineaux, pendant que Morgan Parra, soixante-dix kilos tout mouillé, s’efforce de charger ballon sous le bras et de traverser le surpuissant pack adverse!. Résultat, pour le petit Fouroux messin qui s’est pris pour Papé, une belle entaille à la joue, une contusion sévère à un genou et un remplacement par Doussain à la 67e minute, qui profitera de la situation pour amener de la vitesse et de l’autorité à une équipe un peu malmenée.

L’Afrique du rude dans son registre habituel

L’Afrique du rude, pour sa part, se contente de jouer petit périmètre, en multipliant les percussions, tandis que les avants profitent de leurs bras herculéens à chaque occasion de placage pour faire une douce écharpe autour des cervicales des joueurs tricolores et balancer quelques poires dans les regroupements.

Le diaphane mister Barnes, intronisé arbitre de la rencontre, multiplie les indécisions et semble bien dépassé. Il aura à cinq reprises recours à l’arbitrage vidéo, avec son compère l’Écossais Iain Ramage, qui passe et repasse les actions avant de valider un essai français de Huget à la fin de la première mi-temps et d’invalider, fort complaisamment pour la France, deux essais boks qui auraient pu sérieusement alourdir l’addition. Le match, au final, va durer deux heures, ce qui est beaucoup trop pour un aussi médiocre brouet.

7 à 13 à la mi-temps, mais pas grand monde dans les tribunes pour parier une antilope sur une victoire française. Du courage, de l’abnégation, des fulgurances de Dulin ou de Fofana, mais, derrière ces fondamentaux, une absence totale de ligne directrice offensive. On a connu l’équipe de France de Villepreux et Maso, décidée à attaquer dès le couloir menant au stade, on n’a pas oublié le pack des monstres avec Cholley, Palmié et Imbernon, qui fracassaient tout sur leur passage, mais qui est capable de dire actuellement quel est le style de jeu de cette équipe, alors que n’importe quel joueur de première année pourra expliquer très facilement les caractéristiques de la Nouvelle-Zélande ou de l’Afrique du Sud?

Être brave et vaillant ne suffit pas

C’est avec soulagement que tout le monde se lève au coup de sifflet final (10-19), n’ayant plus qu’une envie : tirer le rideau et ne surtout pas écouter les explications du « brave » Philippe Saint-André, yeux bleus et mine de chien battu, trouvant, malgré les huit défaites de la saison, des raisons d’espérer, ou du « vaillant » Benjamin Kayser qui se figure que le XV de France, lors de cette tournée, était très proche des deux meilleures nations de la planète rugby.

Sans vouloir être cruel et rajouter au défaitisme ambiant, il y a peu d’enseignements à tirer de cette tournée d’automne. Les Blacks comme les Boks n’ont pas été accrochés par les Français, comme le staff tricolore se plait à le croire. Ils ont déroulé tranquillement leur jeu, sans trop se forcer, en pensant aux vacances prochaines, et en sachant parfaitement qu’il leur suffisait d’accélérer un minimum pour l’emporter, à l’image de ces France-Roumanie des années soixante où la France, même en ayant fait la fête, même sur une jambe, finissait presque toujours par faire la différence.

L’enthousiasme, l’ardeur au combat et le hourra-rugby ne suffisent plus désormais pour se maintenir au plus haut niveau et la question de la compétence du staff qui dirige cette équipe mérite d’être posée. Si la France continue à évoluer sans le moindre plan de jeu, c’est probablement une nouvelle désillusion qui nous attend lors du prochain Tournoi… Même si Parra chasse les chats noirs de son sac de sport!