Tu n’es pas le bienvenu, Manu !

Mardi, les élus enamourés accueilleront le Président de la République dans un Biarritz barricadé. Mais bien peu de Biarrots se réjouissent du futur G7.

Photomontage extrait du blog « Les moutons rebelles »

Vous êtes sûrs que notre pays a connu une révolution et que les privilèges ont été abolis ? Pour ma part, je ne vois pas de différence significative entre ces nobles qui saccageaient les récoltes des paysans en chassant à courre, il y a plus de deux siècles, et ce Président qui va obérer la future saison touristique en décrétant que le G7 se tiendra à Biarritz en plein mois d’août. Même morgue de caste, même mépris des populations qui travaillent, même volonté de faire continuellement la leçon aux plus pauvres et d’épargner systématiquement les plus riches.

Emmanuel, la courtoisie républicaine voudrait qu’on se réjouisse de ta venue, mais tu manques tellement de courtoisie à notre égard qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Lundi soir à la télé, tu nous as fait le grand numéro du bourgeois de Calais, ou plutôt du bourgeois du Touquet, en pleine repentance, mais qui peut te prendre au sérieux ? Pour justifier les cadeaux fiscaux destinés aux plus riches, suppression de l’ISF et Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), tu as donné plus de quatre milliards à ceux qui, t’ont fait roi et tu te retrouves maintenant fort démuni pour distribuer des miettes quand les gilets jaunes sont dans la rue. Mais comme tu adores faire la leçon aux Français, tu continues à défendre ta « théorie du ruissellement », voulant que l’argent versé aux riches finisse par profiter aux pauvres. Tu ne vois pas qu’avec le matraquage fiscal auquel tu te livres, tes petits ruisseaux font les grandes misères ?

Si encore, conscient d’être un privilégié depuis l’enfance, tu avais la dignité de la mettre un peu en veilleuse. Mais visiblement, tu n’as pas retenu les leçons du « Casse-toi, pauvre con ! » de Sarkozy, ou les « sans-dents » de Hollande et tu te permets, avec une belle inconscience de classe, un festival de petites phrases méprisantes. Les « illettrés », les « fainéants », les « cyniques » ou les « gaulois réfractaires », ceux qui ne veulent pas travailler « pour se payer un costard », par flemme de « traverser la rue », alors qu’on leur consacre « un pognon de dingue », apprécient beaucoup de ne pas savoir comment ils vont offrir des jouets à leurs enfants pour Noël tout en se faisant insulter par leur Président.

Brigitte et Emmanuel Macron vous le diront : Biarritz est une ville où on fait de belles rencontres (Photo Paris Match, août 2016)

Mardi prochain, tu vas parader dans un Biarritz barricadé et à ta dévotion, avec autour de toi des petits élus locaux qui vont te regarder comme si tu étais capable de les guérir des écrouelles mentales qui les frappent. Mais as-tu conscience que deux jours avant ta venue, les commerçants qui ont des commandes à honorer, les chefs d’entreprise qui ont besoin de circuler n’arrivent pas à avoir la moindre réponse de la mairie sur ce qu’ils pourront ou ne pourront pas faire ?

Et comme tu dois être en panne de phrases creuses, tu as même prévu un entretien en tête à tête avec Michel Veunac. En revanche, des questions aussi triviales que celles posées par des élus comme Guillaume Barucq sur le coût du G7 et le fait de savoir qui va payer l’addition de ce raout présidentiel, ou sur un dédommagement possible pour le manque à gagner que vont subir tous ceux qui vivent du tourisme, ou sur des aides pour la rénovation de L’Hôtel du Palais, ne t’intéressent visiblement pas. Le mépris de caste, encore et toujours !

Pour ma part, je ne m’abaisserai même pas à venir manifester pour ta venue. Pas envie de me prendre un coup de froid, un coup de chaud ou même un coup de sang avec des policiers aux abois et n’hésitant jamais à frapper les manants et les gueux qui osent dire qu’ils ne sont pas d’accord. Puisque tu aimes les beaux vêtements, je me contenterai donc de t’offrir le joli « costard » que tu es en train de lire et de me permettre ce conseil amical : en attendant une VIe République, plus que jamais nécessaire, traverse la rue et change de job, car, à l’évidence, tu n’es pas et tu ne seras jamais le président de tous les Français.

 

 

37°2 le matin et 1650 € le soir

Oubliés, les prolos, les déclassés qui peuplaient les romans de Philippe Djian ! Maintenant, comme ses confrères, c’est vive l’écriture de classe… sociale.

Philippe Djian pose devant la plage du Miramar (Photo La Dépêche)

Non seulement Philippe Djian est un immense écrivain que Bisque, Bisque, Basque ! révère particulièrement, mais il a en plus le bon goût d’adorer Biarritz, où il s’est installé en famille. Et question virtuosité de l’écriture, Djian ne craint pas grand monde comme il l’a démontré dans Doggy Bag saison 1 à 6, publié chez Julliard entre 2005 et 2008, où l’auteur parodie les mécanismes des séries télé américaines.

Je partage sa conviction que l’écriture s’apprend et se travaille comme toute discipline, j’ai du respect pour l’écrivain et tout autant pour la libraire Le Festin Nu qui s’efforce de faire vivre la littérature. Alors comment expliquer le malaise ressenti à la lecture de l’article de Sud Ouest daté du 8 février ?

L’article de Sud Ouest du 8 février . Information ou publi-reportage?

Caroline Dupèbe, la libraire à l’initiative de cet atelier, vole au secours de son poulain. « Parce qu’il s’agit de littérature, il faudrait que les auteurs ne soient pas payés ? » Bisque, Bisque, Basque ! n’a jamais dit cela, mais s’étonne simplement du prix demandé aux participants : 1200 € pour vingt-quatre heures d’enseignement.

« Philippe Djian veut transmettre, il retravaille les textes, poursuit Caroline Duprène. C’est une vraie formation. Plusieurs participants ont été édités à la suite de ses cours. » Avant d’asséner l’argument massue : « Vous êtes le premier à vous étonner du prix. ça ne coûte pas plus cher qu’une formation professionnelle. Nous avons d’ailleurs énormément de demandes d’inscription ».

Des arguments qui semblent un peu fallacieux. Transmettre, c’est donner et non vendre. Quand d’anciens rugbymen internationaux viennent gratuitement s’occuper d’une école de rugby, ils transmettent effectivement leur passion à des plus jeunes. Comme tous ces bénévoles, animateurs d’associations, qui chaque jour éduquent, apprennent, expliquent à d’autres la cause qui les passionne.

Dans cette opération commerciale, Djian se contente de vendre son renom et son savoir, ce qui est parfaitement respectable… à condition de le dire. De la même façon, évoquer le coût des formations professionnelles peut prêter à sourire. Les formations professionnelles sont financées dans presque tous les cas par l’entreprise qui emploie le salarié ou par Pôle-emploi pour aider un chômeur à s’en sortir. La comparaison semble donc non-fondée.

Certes Philippe Djian n’est pas Neymar ou Sarkozy. En ces temps de Macronie décomplexée, où les plus puissants ne cachent plus leur voracité, ce très grand auteur reste beaucoup moins cher qu’un footballeur en goguette du Paris-Saint-Germain, qu’un ex-président de la république devenu conférencier ou même qu’une Camille Laurens qui, sous la flamboyante bannière de Gallimard, n’hésite pas à demander 1500 euros les vingt-quatre heures de cours.

http://www.ateliersdelanrf.fr/camille-laurens/

Mais face à ce nouveau business littéraire (Si Djian réunit 11 participants, il touchera 1650 euros par séance de trois heures), je ressens comme les journalistes de France-Culture, un peu de gêne aux entournures du stylo. Pour avoir été le petit fils d’un métayer et rêvé de journalisme, sans même oser le dire à mon entourage familial, je sais ce qu’on peut ressentir en voyant passer des trains réservés aux privilégiés et inaccessibles aux autres. Il me semble que Djian et Le Festin Nu auraient pu avoir un geste, faire payer les plus riches, ce qui est normal, mais laisser aussi une petite place à l’adresse d’un ou deux démunis au stylo prometteur.

https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-culturelle-dantoine-guillot/honteux-ateliers-decriture

Philippe Djian s’est toujours vanté de se tenir loin du « système », affichant son mépris pour l’académie ou les prix. Ancien docker ou péagiste d’autoroute, ses premiers romans mettaient en lumière des prolos, des déclassés tandis que le principal souci du romancier restait la classe de son écriture. Même si je continuerai à acheter ses romans, quelle déception de voir un immense écrivain passer d’une écriture classe à une écriture de classe !

Guéant et Ferrand, les magiciens de la République

Mais comment Macron peut-il se passer de tels talents ? Le premier aurait été parfait à l’Économie et le second à la Création de richesses.

Alors que notre nouveau Robin des Bois, l’homme qui prend aux pauvres pour donner aux riches, rame consciencieusement à la télévision pour expliquer son abjecte réforme du travail et sa toute aussi discutable révision de l’impôt sur la fortune, le grand public reste totalement perplexe. Pourquoi diable Emmanuel Macron se contente-t-il du bien fade Bruno Le Maire aux Finances quand il a sous la main un homme admirable comme Claude Guéant qui serait prêt à faire don de sa personne une nouvelle fois à la France pour expliquer à ses concitoyens comment faire de véritables économies ?

Avec Guéant, plus de nouveaux pauvres, de travailleurs précaires ou d’assistés sociaux… Bombance pour tout le monde ! Et qu’importe si les médias de notre pays, toujours prêts à ironiser,  et en particulier Fabrice Arfi de Médiapart qui a sorti l’affaire, se moquent d’un homme qui n’a tiré que 800 euros d’argent liquide entre le printemps 2003 et la fin de l’année 2012. Quand on est capable de ne dépenser que 6 euros par mois, on se doit de communiquer au plus vite sa recette à tous les gaspilleurs de France et de Navarre qui se plaignent de ne pas y arriver avec cent fois plus.

Celui qui n’est pas capable de payer les 720 000 euros de son appartement en liquide n’est qu’un fainéant pour Guéant.

Les juges sont décidément bien cruels en effectuant une saisie des biens immobiliers de cet homme et en le mettant en examen. Comme si un ancien ministre de l’Intérieur et ancien secrétaire général de l’Élysée pouvait se croire au dessus des lois ! Ils s’étonnent, ces benêts, de voir que Claude Guéant a pu s’offrir à cette époque un appartement dans les beaux quartiers de Paris d’une valeur de 720 000 euros en le payant totalement en liquide. Mais tous les « fainéants », toujours « prêts à foutre le bordel », chers à Macron, sont-ils capables comme le faisait ce pauvre homme une fois sa longue journée de travail terminée, d’aller faire à pied le tour du quartier pour ramasser toutes les petites pièces perdues par des distraits pour pouvoir enfin s’offrir un chez soi ? Et est-ce sa faute si son copain Kadhafi, lorsqu’il venait en France, l’aidait dans sa quête aux piécettes ?

Quant aux policiers, ces jaloux, ces rancuniers qui se vengent de leur ancien patron, ils ont franchi les limites les plus absolues de la mauvaise foi en s’étonnant qu’un homme qui ne dépense que six euros par mois puisse louer à la BNP un coffre plus grand que lui et le fasse trôner dans son bureau. La réponse, qui montre le sens de l’État de Guéant et qui devrait clouer le bec à tous les suspicieux est admirable. Cette forteresse servait à entreposer et garder les discours de Nicolas Sarkozy. Certes, ces discours circulaient par mail, étaient rendus publics par les médias et conservés en copie par tout le personnel de l’Élysée. Mais sait-on jamais… On accuse injustement ce pauvre Guéant de nous raconter des histoires à dormir debout, alors qu’à l’évidence il était uniquement préoccupé par l’Histoire.

Ferrand lave plus blanc que blanc

Le salut de l’artiste Richard Ferrand. Il ne fout pas le bordel, il enrichit juste les siens.

C’est désormais une affaire entendue puisque les radios et les télés nous l’ont répété sur tous les tons : L’ancien directeur des Mutuelles de Bretagne et éphémère ministre de Macron n’a strictement rien fait de mal et il a été totalement blanchi par la Justice. Comme dirait Coluche, Ferrand a utilisé la « lessive qui lave plus blanc que blanc » et « Circulez, y’a rien à voir ! »

Cette fois encore, on ne comprend pas bien comment Emmanuel Macron peut laisser un tel talent en jachère et ne pas en faire d’urgence son ministre à la Création de richesses. Car comme magicien, il est presque aussi fort que Claude Guéant.

Il y a dix ans, Richard Ferrand a quitté femmes et enfants, ce qui arrive à des gens très bien, pour tomber amoureux d’une jeune avocate sans le sou, Sandrine Doucen. Comme le montrent les documents publiés par Le Canard enchaîné, le citoyen Ferrand Richard signe un compromis de vente pour des locaux situés en plein cœur de Brest avec une clause suspensive de rétractation si Les Mutuelles de Bretagne ne sont pas intéressées par ces bureaux. Puis il cède le bien à sa compagne qui n’a toujours pas investi un centime dans l’affaire. Enfin le très respectable directeur des Mutuelles de Bretagne Richard Ferrand visite les locaux qui lui paraissent parfaitement adaptés et décide – hasard absolu !- de louer ce bien détenu par Madame Doucen Sandrine. Qui va ainsi, en dix ans, se constituer un capital de 600 000 euros sans bourse délier.

La Justice n’a rien trouvé à redire à cette opération, ce qui peut prêter à sourire. Richard Ferrand aurait pu être poursuivi pour prise illégale d’intérêt, mais, c’est ballot, les faits sont prescrits depuis 2015 et le procureur, dans sa grande mansuétude, a estimé que « les investigations menées n’ont pas mis au jour d’éléments de dissimulation avérée » ce qui aurait permis de lever le délai de prescription. Quelle malchance !

Voilà l’homme qui se proclame plus blanc que blanc. On notera au passage que cette juteuse opération immobilière a été faite avec de l’argent de mutualistes, vous savez ces salariés et retraités à la peine qui hésitent à se faire faire des lunettes ou des appareils dentaires tellement ils sont mal remboursés.

À la place de Richard Ferrand, après une telle affaire qui, même si elle a été jugée légale est incontestablement totalement immorale, on raserait les murs et on se retirerait de la politique, mais il est manifeste que les Présidents passent et que nos magiciens de la vie publique se surpassent…

Comment se nomme déjà le farceur qui, pendant les élections présidentielles, nous a fait croire à une imminente moralisation de la vie publique ?

 

Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !

Tous à vos casseroles !

Malgré sa mise en examen et ses mensonges à répétition, il continue ! Fillon doit donc être accueilli comme il convient, vendredi à Biarritz.

Le talent de François Fillon doit être salué comme il se doit.

Fillon fait de nous la risée de l’Europe, mais persiste et signe, alors que l’enquête concernant les emplois de son épouse et de ses enfants vient d’être élargie à des faits de « faux et usage de faux » et « d’escroquerie aggravée ». Notre pays est actuellement classé en vingt-troisième position au niveau de la corruption, derrière l’Estonie ou l’Uruguay et juste devant le Qatar (www.transparency.org). Rien d’étonnant donc à ce que nos confrères européens ne comprennent pas comment ce « Donal Trump à la Française », peut continuer à viser la présidence de la République ; « un candidat disqualifié pour la présidentielle » selon Le Soir, qui « imite le populiste Berlusconi » pour Blitz, tandis que le quotidien libanais L’Orient Le Jour parle d’un « mépris des règles les plus élémentaires de la vie démocratique. ».

L’immoralité de l’un n’excuse pas l’immoralité de l’autre

Oh, on les entend d’ici, ce dernier carré d’autistes fillonistes qui continue à crier au complot et à l’assassinat politique et s’agite actuellement autour des enfants de Bruno Le Roux, comme si l’immoralité d’une affaire (promptement réglée avec la démission du ministre de l’Intérieur !) pouvait excuser l’immoralité bien plus monstrueuse de l’autre. Une affaire Fillon qui ne cesse de s’amplifier d’ailleurs avec des cadeaux d’amis pas du tout désintéressés, des relevés d’horaires de travail de Pénélope qui semblent apocryphes aux policiers, des interventions auprès de riches hommes d’affaires pour vendre son carnet d’adresses d’ancien Premier ministre. Avec, pour le Père-la-morale des primaires, un seul mot d’ordre évident « Par ici la monnaie ! »

Il faudra que des élus tout à fait respectables comme Claude Olive, Max Brisson, ou Maïder Arostéguy, qui annoncent qu’ils seront présents vendredi, halle d’Iraty, pour venir soutenir leur champion, nous expliquent pourquoi ils font passer la logique de parti avant le respect élémentaire de la morale publique et ne prennent pas leurs distances, comme l’a fait Bruno Le Maire, avec des faits qui ne relèvent pas de la droite ou de la gauche mais de l’immoralité démocratique et de l’esprit de lucre.

Si vous avez la curiosité de regarder l’agenda de campagne de François Fillon, vous constaterez d’ailleurs que le rusé Sarthois, qui s’est bien gardé de bouger une oreille lundi soir sur TF1 par peur d’une balle perdue, prévoit assez peu de meetings en province, par crainte des manifestants en colère et des images télé qui s’ensuivraient.

(https://www.fillon2017.fr/agenda/)

En 2012, Sarkozy avait fini réfugié dans un café.

Fort de ses petites habitudes à l’Hôtel du Palais (Merci, Borotra !) et de son enracinement familial à Ascain, Fillon est persuadé qu’il va faire un déplacement sans risque à Biarritz. En 2012, les Bayonnais ont su accueillir comme il convenait Nicolas Sarkozy. Il est plus que temps pour les Biarrots de montrer qu’en matière de contestation, ils ont autant d’aptitudes que leurs voisins et amis. Alors pour rendre un hommage sympathique au talent exceptionnel de ce grand orfèvre de l’utilisation des deniers publics, un concert de casseroles en l’honneur de ce mélomane averti s’impose. Tous à Iraty, vendredi à 18 h !

La France des partis vermoulus

Le mensonge et le non-respect de la parole donnée deviennent la règle dans tous les partis. Triste spectacle !

Le Comité politique des Républicains, pour des questions de gros sous, a décidé lundi soir de ne pas débrancher le candidat Fillon, ce qui n’est guère à son honneur. Mais, avant de le laisser repartir en campagne, il serait peut-être sage de l’envoyer consulter un neurologue, car qui peut raisonnablement envisager d’élire à la tête de l’État un président qui oublie tout ? Le donneur de leçons de morale de la primaire de droite ne se souvenait plus que son épouse avait collaboré avec lui avant 1997. Il pensait ses enfants avocats, alors qu’ils n’étaient qu’étudiants, quand il les a rémunérés comme assistants parlementaires. Il a passé sous silence la légion d’honneur attribuée à Marc Ladreit de Lacharrière, l’employeur de Pénélope à La Revue des Deux mondes. Il a aussi évité de parler de son rôle de conseil auprès d’Axa et de sa société 2F conseil, où il monnaie son carnet d’adresses d’ancien Premier ministre. Annoncé un seul compte en banque alors qu’il en possède quinze. Et, comme c’est bête, « oublié » de déclarer à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) un prêt à taux zéro de 50 000 euros de son ami Marc Ladreit de Lacharrière ( Le Prix de la légion d’honneur ? ). Vous imaginez un peu le résultat pour la France si nous sommes en train d’élire un candidat en pleine confusion mentale ? Et comme l’homme n’en est plus à une guignolade près, François Fillon en meeting à Orléans a osé déclarer, défiant la Justice : « Je repense à cette réplique de Jeanne d’Arc face à ses juges : « Passez outre, je vous prie. » Aurait-il, à l’occasion de la journée de la femme, l’intention de faire enfin bûcher Pénélope ?

Sarkozy torpille l’hypothèse Juppé

Sarko enthousiaste à l’idée de laisser la place à Juppé.

Un pendant ce temps qui ne perd pas la tête, même s’il fait passer son intérêt personnel avant l’intérêt du pays, c’est bien Nicolas Sarkozy. Il faut dire qu’il a tout pour s’entendre avec son ancien « collaborateur » Fillon, car au vu des casseroles que les deux se trimballent, ils vont bientôt pouvoir fonder un orchestre philarmonique. La solution Juppé était une solution honorable pour tout le monde, avec une forte probabilité de victoire pour la droite, mais elle avait l’inconvénient d’écarter encore un peu plus des manettes du pouvoir celui qui revient par la fenêtre quand on le chasse par la porte. Alors notre Nicolas à talonnettes s’est démené pour imposer Baroin. Un homme qui, aux dires du maire de Bordeaux, « n’a pas d’idées et ne fait rien », ce qui semble bien vu. Et Juppé, lassé, de jeter fort dignement l’éponge, au vu des pièges que lui préparent ses « amis ». Si Marine Le Pen est élue, grâce à ces détestables jeux politiciens, nous n’oublierons pas la responsabilité prise par Les Républicains et par son ancien chef qui continue à être nuisible pour le pays, même en ayant quitté le pouvoir.

Des centristes achetés à bas prix

Pour Jean-Christophe Lagarde, la morale en politique, c’est bien… Mais il préfère avoir des députés que des dépités.

Quatre jours de vertu avant de revenir manger dans la main de François Fillon ! Début mars, Jean-Christophe Lagarde décide de quitter le bateau qui semble prêt à sombrer et « suspend » la participation de l’UDI à la campagne, parlant même de « défaite assurée ». Il faut croire que la présence de quelques cars de cathos intégristes, dimanche place du Trocadéro, ainsi que l’éventualité de perdre les quarante sièges de députés réservés à l’UDI, ont balayé tout état d’âme et toute considération morale. Le bureau exécutif du parti centriste a finalement validé l’accord conclu avec Les Républicains sur les investitures pour les élections législatives. Mais il attend encore des « initiatives » de François Fillon sur le « rassemblement de la droite et du centre » pour rallier (de nouveau) le candidat. Pure posture, car certains dans le parti s’impatientent déjà. « Attendre encore » pour le soutenir « n’apportera rien » aux centristes, estime ainsi, mercredi 8 mars, le patron des députés UDI, Philippe Vigier, mettant en garde certains de ses camarades sur le risque de « nouvelles tergiversations ». Allons, ce n’est pas parce qu’un candidat ment comme un arracheur de dents qu’on va s’abstenir de le soutenir, si à l’arrivée la soupe est bonne !

Peu reluisant spectacle à gauche

Le « gendre idéal » François de Rugy a menti devant tous les Français. Même pas honte !

Le spectacle n’est guère plus reluisant à gauche où les mensonges, les coups fourrés et le non-respect de la parole donnée deviennent la règle. Oubliez Cahuzac et prenez le premier communiant François de Rugy. Rêve de belle-mère, avec son côté bien propre sur lui et sa façon de vous regarder droit dans les yeux quand les caméras sont braquées sur lui, il s’engage à soutenir le vainqueur de la primaire de gauche, quel qu’il soit… avant d’annoncer le 22 février qu’il saute au cou d’Emmanuel Macron. Dans un pays où le mensonge n’est pas la règle absolue, pour un tel manquement public à sa parole, plus un électeur ne voterait pour lui. En France, on sourit de cette virevolte. Prenez un Bertrand Delanoë qui s’était comporté avec beaucoup de dignité depuis son départ volontaire de la mairie de Paris. Et que fait-il pour la première fois où il sort de son silence ? Il appelle à voter Macron qui a refusé de participer à la primaire de gauche ! Tout en clamant son « amitié » pour Benoît Hamon !

Et une preuve de plus de la stupidité incommensurable des primaires, qu’elles soient de droite et de gauche !

Le mensonge élevé au rang d’œuvre d’art 

Et, que dire pour l’image de notre pays, de la candidate Marine Le Pen refusant de se rendre aux convocations du Parlement européen ou de l’opération de ratissage tous azimuts d’Emmanuel Macron passant des coups de téléphone à Nathalie Kosciusko-Morizet ou à Christian Estrosi pour les inciter à se ranger aux côtés de Gérard Collomb. ou François Bayrou. Mais quelle tambouille ! Le tout sous les yeux atterrés de tous les autres nations européennes qui constatent que le pays des droits de l’homme est devenu celui du mensonge élevé au rang d’œuvre d’art et des attaques en règle contre la Justice et la Presse, ces deux piliers de la démocratie.

« Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? », fanfaronnait il y a quelques semaines un des candidats. Quel est le Français qui n’imagine pas actuellement le général de Gaulle en train de se retourner dans sa tombe avec une élection d’une telle médiocrité?

 

Fillon nous vole… la campagne

Mettez fin à ses souffrances, débranchez-le, qu’on puisse enfin parler programmes et combattre une droite digne de ce nom !

fillon-tartuffe-Obs

La Une très réussie de « L’Obs » du 9 février

La vraie Pénélope, celle qui, il y a quelques siècles, éprouvait un durable béguin pour Ulysse, prête à attendre une bonne vingtaine d’années qu’il termine ses péripéties méditerranéennes, était déjà une adepte du double emploi. Pour faire lanterner ses prétendants, elle défaisait la nuit la tapisserie qu’elle exécutait le jour, histoire qu’elle ne finisse jamais. Mais elle le faisait bénévolement. Notre modeste Pénélope Fillon à nous, même si son indécent mari nous fait lanterner à plaisir, se contente d’être une virtuose du double emploi, fictif de préférence. Assistante parlementaire de son mari en 2012 et 2013, mais aussi journaliste à La Revue des deux mondes, la discrète Pénélope – comme c’est ballot ! – n’a laissé aucun souvenir à personne dans son travail. Et alors qu’elle est officiellement assistante parlementaire dans la Sarthe, elle raconte à la BBC qu’elle vit à Paris et s’y ennuie beaucoup. Pas de badge, pas d’accréditation, pas de trace écrite de son travail et des salaires à faire rêver tous ceux qui s’échinent chaque jour devant leur machine-outil.

Mais dans les « bonnes familles », suivant l’expression favorite du sénateur Longuet, les enfants se doivent de faire encore mieux que les parents. Si Pénélope a réussi sans encombre le double emploi invisible, Marie, la fille aînée du couple a réussi le triplé, cumulant l’École de formation du Barreau et un stage rémunéré dans un cabinet d’avocats, tout en étant « assistante parlementaire » de son père à hauteur de 3800 euros bruts mensuels. « Impossible ! » affirment tous les anciens élèves de l’école et les avocats actuels qui se souviennent de leurs emplois du temps de dingue quand ils jonglaient entre études et stage. Mais chez les surdoués, que voulez-vous…

Du temps dérobé à la démocratie

Et pendant ce temps, papa Fillon, propriétaire d’une modeste maison de 1107 mètres carrés avec dépendances qu’il nomme manoir ou château suivant l’interlocuteur, s’égosille, avec une obscénité dont il ne semble pas conscient, à dire que tout cela est « légal ». S’il n’est effectivement guère moral de salarier sa femme et ses enfants, la loi interdit absolument les emplois fictifs, ce qui ne devrait pas tarder à être démontré par la brigade financière et faire voler la prétendue légalité mise en avant par François-le-petit.

En attendant, il ne se passe pas un jour sans que nous n’ayons droit aux entrées par des portes dérobées de celui que Chirac appelait le « non-fiable » et Sarkozy « le fourbe », tandis que des manifestants à l’extérieur du meeting l’attendent aux cris de « Voleur ! » ; pas un jour sans qu’un curé un peu courageux ne se laisse aller à une lecture de la Bible bien sentie devant ce Tartuffe grandiose ; pas un jour sans que la ménagère ne soit interrogée sur la confiance qu’elle porte à Fillon.

Avec tout ce temps honteusement volé à la démocratie par une « vermine », selon les termes de Jean-Luc Mélenchon, nous devons nous contenter d’images expéditives des autres candidats et deviner par des lectures attentives ce qui est en train de se passer à quelques semaines de la présidentielle : l’assagissement de Hamon, l’absence de programme de Macron, la jubilation de Marine Le Pen.

Après ce qu’il a fait, après sa trahison de Père-la-Morale donneur de leçons, Fillon est le seul à croire, en ses chances d’être élu. Il envoie la droite dans le mur, ce qui m’indiffère et fait le jeu de Le Pen, ce qui me fait beaucoup moins rire. Tant que ce pitoyable candidat sera en lice, aucune victoire électorale ne pourra avoir la moindre noblesse. Alors qu’attend son parti pour mettre fin à ses souffrances et le débrancher ? Le pays a besoin d’un candidat qui puisse défendre les idées de son camp sans être lui-même un infâme profiteur.

Ce matin, et j’ai peine pour tous les militants sincères qui ne peuvent se résoudre à l’inéluctable, 22% de Français lui faisaient encore confiance. 22% de trop !