Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

La route à venir ne va pas être simple pour Manuel Valls. Au concours du parti le plus bête du monde, le PS semble décidé à faire aussi bien que la droite.

Même si elles m’ont valu quelques profondes satisfactions, comme ce coup de pied aux fesses infligé au petit Nicolas, les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, continuent à susciter en moi un profond malaise. Pour les médias comme pour les politiques, une somme de quatre euros, si l’on vote aux deux tours, est totalement négligeable et ne mérite pas la moindre réflexion. Nous connaissons pourtant tous autour de nous des gens pour qui une telle somme est vitale.

GRATUITÉ INDISPENSABLE

Est-il logique, est-il démocratique que des bobos friqués et politisés puissent ainsi déterminer à l’avance le casting d’une élection au suffrage universel tandis que les prolos impécunieux devront se contenter du choix effectué par des gens à des années-lumière de leurs préoccupations ? De Gaulle disait « La seule Cour suprême, c’est le peuple ». À l’évidence, l’esprit de la Ve République est trahi avec l’organisation de primaires payantes. Quand on sait que l’État français a versé plus de 63 millions d’euros de financement public aux partis politiques en 2015, il est navrant de constater que le parti socialiste, décidément doté du même autisme que la droite, n’a pas le réflexe élémentaire d’une primaire gratuite, permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter, sans exclusion par l’argent. Quitte à installer dans un coin des salles de vote, une tirelire où chacun pourrait donner librement pour aider aux frais d’organisation du scrutin.

LE FN N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Marine Le Pen reste persuadée qu’elle va caracoler en tête.

Pour presque tous les confrères, la messe est dite et la désignation de François Fillon ruine les espoirs de Marine Le Pen. Circulez, y’a plus rien à voir ! C’est sans doute aller un peu vite en besogne. François Fillon a totalisé sur son nom presque trois millions de suffrages, ce qui est une belle performance. Mais pour se qualifier au premier tour de la présidentielle, il faut généralement dix millions de votes en sa faveur et vingt pour devenir Président de la République. D’après les sondeurs, 400 000 sympathisants du Front national seraient venus voter à la primaire de la droite. Les autres sympathisants, pendant ce temps, ruminent en silence leur haine du système et fourbissent le bulletin fatal qu’ils déposeront dans l’urne le jour de la présidentielle. Marine n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’AGONIE DE HOLLANDE

Les adversaires de Manuel Valls, qu’ils soient de droite ou de gauche, soulignent à l’envi que le Premier ministre lui a planté un poignard dans le dos avec son interview au Journal du Dimanche. Même si je ne suis pas du tout favorable à Manuel Valls, appréciant peu sa perpétuelle danse du ventre devant le patronat et sa Loi travail, rien ne me semble plus faux. Hollande a lamentablement raté son quinquennat et il ne le doit qu’à lui, son Premier ministre ayant plutôt limité les dégâts. Refusant de s’inscrire à l’Association au Droit de Mourir dans la Dignité, Hollande était le seul à ne pas avoir conscience d’être en phase terminale. Ségolène et ses enfants ont tenté de lui dire, Valls, plus pragmatiquement l’a débranché et il a bien fait. La politique n’est pas une activité pour les poètes, et Hollande, lors de ses prochaines escapades en scooter, pourra toujours se dire qu’il a renoncé de lui-même, tandis que Sarkozy s’est fait virer. C’est tout ce que les livres d’histoire, avec le mariage pour tous, retiendront de son peu brillant passage.

VALLS L’ÉQUILIBRISTE

Les chances de la gauche de remporter la présidentielle de 2017 sont infimes. Manuel Valls sait parfaitement qu’une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple et qu’il conserve une minuscule fenêtre de tir. En attendant, il va devoir se livrer à un sacré numéro d’équilibrisme. Libéral et à droite presque toute quand il gouvernait, il va se souvenir qu’il est à gauche dans les jours qui viennent pour tenter d’asphyxier Montebourg, avant de draguer les centristes s’il réussit à sortir vainqueur de la primaire. De la haute voltige, certes, mais aussi quelque part le lot quotidien d’un politique. Et Valls dans l’exercice n’est pas le moins doué de tous.

LA PRIMAIRE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Pour Gérrard Filoche, l’essentiel, c’est de doubler les salairres. et de laisser l’orthographe à ceux que ça intéresse… (Photo François Amigorena)

Si la primaire de la droite a permis aux Français de découvrir ce qui se cache derrière le vocable creux du libéralisme – haine du salarié, mépris des plus faibles, volonté d’éradiquer le syndicalisme -, nul ne peut contester que l’événement a été de fort belle tenue avec un ancien président de la République et deux anciens Premiers ministres à l’affiche. Malheureusement la politique est ainsi faite que la tentation du quart d’heure de gloire télévisuelle existe. Ce n’est pas faire injure aux candidats de la primaire de gauche d’affirmer qu’ils sont plus là pour faire prospérer leur fonds de commerce et négocier au plus offrant les quelques voix obtenues au premier tour plutôt que véritablement viser l’élection présidentielle. Entre l’inexistante Marie-Noëlle Lienemann, la girouette Montebourg, Vincent Peillon en faux-nez de Martine Aubry, ou le brave inspecteur du travail Gérard Filoche, les débats pourraient vite devenir ridicules et la primaire une magnifique machine à perdre. J’en suis personnellement très chagriné, mais la gauche a une chance et une seule de l’emporter et elle se nomme Manuel Valls.

LE VRAI FILLON

La modeste masure du pauvre hère Fillon, présentée dans Paris Match.

La capacité d’oubli de nos médias n’a d’égale que celle de nos concitoyens. Pendant les primaires de droite, on s’est gargarisé sur Mister Nobody revenu de nulle part, sur l’homme simple qui plaît aux Français, le Sarthois placide capable d’essuyer les tempêtes. Au lieu de taper comme un sourd sur cette icône en carton-pâte qu’un souffle devrait balayer, autiste, la gauche s’apprête pendant deux mois à ferrailler entre elle en négligeant un homme dont le programme devrait épouvanter n’importe quel citoyen ayant deux sous de bon sens. François Fillon, c’est d’abord, selon les dires du personnel de Matignon, rapportés par « Le Canard enchaîné » de l’époque, « le pire jouisseur de la Ve République ». L’homme qui prône les économies indispensables mais qui n’hésitait pas à prendre un avion ministériel plutôt qu’une voiture pour les 250 kilomètres à parcourir entre Matignon et son château de Solesmes et ne se souciait que de son confort personnel. Le même Premier ministre qui, en 2011, au mépris de la politique étrangère de la France, acceptait une invitation de Moubarak à passer les fêtes de fin d’année en Égypte. Et à détourner sournoisement l’attention sur Michèle Alliot-Marie et ses vacances tunisiennes, pour qu’on l’oublie.

QUI EST LE PLUS PRIMAIRE ?

La différence de style est frappante. Hollande a mis dix minutes à défendre son bilan, avant d’annoncer qu’il ne se représentait pas. Valls quarante secondes à annoncer sa candidature avant de commencer à fustiger ses futurs adversaires. En 1980, nous étions nombreux à ne guère entretenir d’illusions sur François Mitterrand. Mais notre détestation de Valéry Giscard d’Estaing était telle, que nous avons voté sans trop de difficultés pour François les dents longues, avant de découvrir quelqu’un qui a su incarner la fonction présidentielle. Éternel capitaine de pédalo corrézien, Hollande ne s’est pas hissé à la hauteur du poste qu’il occupait, ce qui l’a définitivement séparé de ses électeurs. Je ne rêve vraiment pas de Valls à chaque heure du jour et de la nuit, mais sa fougue, sa combativité alliée à son sens de l’État, font de lui la seule chance de la gauche et un possible et présentable Président de la République.

À condition d’arrêter un peu avec ces primaires qui faussent complètement le jeu politique, Valls devant lutter pendant deux mois contre son propre camp pendant que Macron, avant de faire pschitt, va pouvoir parader et débiter des inepties au kilomètre sans la moindre contrainte puisqu’il s’est affranchi de ce tour préliminaire !

Oui, sans aucun doute, « Valls, c’est du brutal » comme diraient les tontons flingueurs. Et quand on voit la furia avec laquelle le petit taureau catalan peut asséner ses arguments, on se dit que le fils de notaire Sarthois, grand spécialiste du coup en douce, mais pas trop courageux dans le face à face, pourrait sérieusement se faire malmener dans un débat à deux. Et après, qui sait ?

Drame de la pauvreté : Sarko n’a même plus 2 euros pour voter

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Capture d’écran Pierre WEMEL

On ne mesure pas ce que peuvent représenter deux euros en temps de crise économique. Dans Le journal du Dimanche (27/11) un homme raconte qu’il souhaitait voter au premier et deuxième tour de la primaire de droite mais que cela représente deux repas pour la cantine de sa fille et qu’il ne peut pas se permettre ce luxe.

Autre pauvre nécessiteux, depuis que Mouammar Kadhafi n’est plus en mesure de lui assurer un peu d’argent de poche, l’actuel président des Républicains. Soucieux de discrétion, Nicolas Sarkozy est venu voter avant neuf heures et s’est trouvé fort contrarié de croiser les caméras de BFM TV. Aucun journaliste ne semble pourtant avoir remarqué qu’il se trouve fort démuni quand, après avoir voté, l’une des responsables du bureau de vote lui demande de verser les deux euros prévus pour le scrutin. Témoin d’une splendeur passée, le manteau de l’ex président est bien coupé, mais les poches sont vides. Visiblement, Carla Bruni a serré la vis sur l’argent de poche. Heureusement, dans la file d’attente, une dame touchée par la détresse du petit Nicolas, a sorti deux euros de son sac pour venir au secours du nécessiteux, tandis que le public a du mal à cacher son hilarité. Apercevant les caméras, Sarko, miraculeusement, finira par trouver la pièce requise sans avoir besoin de rançonner sa voisine.

Après Copé et le pain au chocolat low-cost, c’est maintenant le président des Républicains qui ne savait pas que la primaire de droite était payante. Guignol’s band!

Les absolus primaires de la droite

Dans le temple de la boxe de la salle Wagram, les coups entre les candidats de la droite sont restés très retenus. Normal, sur la détestation du salarié, du prof ou du syndicaliste, tous sont d’accord…

Ah, le bon médicament que voilà pour tous ceux qui ont mal à leur gauche ou qui frisent la dépression pour cause de quinquennat décevant au possible ! Le deuxième débat de la droite se déroulait le 3 novembre, jour annoncé de la gentillesse, dans la salle Wagram, l’ancien temple de la boxe. Les sept candidats de la primaire de droite, en politiques roués, ont su à merveille alterner les vacheries fielleuses, l’autodérision teintée de pain au chocolat et les amabilités mielleuses, tout en retenant leurs coups. Mais si l’on oublie les petites phrases, les effets de manche préparés longtemps à l’avance par des équipes de gagmans salariés, et si l’on s’intéresse au fond, aux propositions formulées par ces Docteur Diafoirus du futur quinquennat, on se sent tout de suite beaucoup moins malades d’être de gauche.

Car derrière les différences de façade, Le Maire qui remet sa cravate pour faire moins moderne, Juppé qui ne dit mot pour entretenir l’illusion du vieux sage, Copé et Kosciusko décidés à se payer Sarko, et Fillon qui débite sa leçon qui n’intéresse personne, que retenir sur le fond ? Sept enfants gâtés, nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui affichent leur haine du salarié, ce fainéant trop payé, leur envie de casser du syndicaliste, la nécessité de plus de police, de plus de juges, de plus de places de prison pour remettre le pays sur ses rails. Et quand on en arrive au sujet-phare de la soirée, notre école en déliquescence absolue (à 22h50 et avec des réponses d’une minute ce qui démontre la stupidité incommensurable de l’exercice !) tous d’être d’accord, après avoir tapé sur les profs, pour préconiser le port de l’uniforme et le chant quotidien de la Marseillaise…

Un débat tous les trois jours s’impose…

Non mais, sérieux, vous croyez que c’est avec cette confondante absence d’imagination et ces règles du XIX e siècle que vous allez transformer le pays ? Et vous avez une équipe appointée autour de vous pour proférer des âneries de cette taille en public ? Et vous croyez qu’on a envie de vous voir diriger le pays avec une imagination aussi atrophiée ? L’école ne se limite pas au bonnet d’âne et aux coups de règle sur les doigts et j’aurais tellement aimé vous entendre parler nouveaux savoirs, détection des métiers d’avenir, recherche des compétences chez l’enfant, évolution des enseignants au cours de leurs carrières…

Après, soyons lucides, le médicament est tellement bon pour toutes les âmes en peine de gauche, ravies des litanies d’inepties proférées par cette droite ringarde au possible, que l’on se prend à regretter que le prochain débat des candidats de la primaire de droite ne se déroule pas avant le jeudi 17 novembre.

Si le médecin pouvait nous prescrire un euphorisant comme le débat de la droite tous les trois jours, on finirait presque par trouver des qualités à Hollande, ce qui, convenons-en, requiert tout de même un bel effort d’imagination…

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

Nicolas Sarkozy, le président calme et paisible dont rêvent tous les Français pour 2017…

Rencontre inopinée avec un maire de la Côte basque pour qui j’éprouve beaucoup d’estime : « Il faut absolument aller voter à la primaire de la droite pour nous aider à nous débarrasser de Sarkozy ». Même raisonnement chez un couple d’amis de gauche : « Aucun doute possible pour nous, on participera à la primaire de droite. Parce que l’idée d’avoir un deuxième tour Nicolas Sarkozy-Marine Le Pen est insupportable ».

L’ex Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui roule pour Alain Juppé, ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « une élection présidentielle à quatre tours » Et pour ceux qui ont aussi une sensibilité de gauche et des sympathies pour l’écologie, ça devient une élection à huit tours ?

Aucune raison d’aller voter à la primaire de droite

Je déteste Nicolas Sarkozy, ses vantardises permanentes, son opportunisme idéologique, et son mépris de la loi quand ses intérêts personnels sont en jeu. Il est à mes yeux le pire président de toute l’histoire de la France et je trouve difficile de lui pardonner d’avoir accepté de l’argent de Kadhafi en 2007 pour financer sa campagne électorale (lire à ce sujet les excellents articles de Médiapart), de l’avoir laissé installer sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny, avant de le faire assassiner en octobre 2011. Et si par malheur les Français avaient le choix au deuxième tour de l’élection présidentielle entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, je resterais insensible aux appels républicains de la droite et je voterais blanc, tellement je ne veux ni ne peux établir de distinguo entre l’original et la copie.

Mais malgré toutes ces perspectives peu réjouissantes, en aucun cas je n’irai voter à la primaire de la droite, pour trois raisons au moins.

– On ne peut pas déplorer les petites manœuvres des politiques, privilégiant leurs intérêts du moment avant leurs convictions et… faire de même en tant que citoyens. Signer une charte affirmant : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre » me révulse, et tout autant l’idée de donner deux euros à un parti qui compte encore plus de ringards au mètre carré que la gauche.

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– Avec des élections nationales ou régionales où le taux de participation n’arrive pas toujours à atteindre la moitié des électeurs inscrits, il ne me semble pas judicieux de multiplier les scrutins.  Les classes aisées – et politisées ! – se mobilisent pour les primaires, tandis que la majorité de la population s’en contrebalance totalement et ne voit pas l’intérêt de dépenser de l’argent et, éventuellement en province, de faire un long trajet pour ce vote. On en arrive donc à un résultat totalement anti-démocratique où une élite choisit les candidats pour lesquels le bon peuple devra se prononcer.

Une droite haineuse qui rêve de précarité pour tous

– Vous vous souvenez comment, en 2002, nous nous sommes tous mobilisés pour que Chirac soit élu face à Jean-Marie Le Pen. Est-ce que Chirac a tenu compte ensuite des votes de gauche dans la politique qu’il a menée ? Nullement ! Le débat de jeudi a confirmé ce que nous savons tous : si le PS est en état de quasi mort cérébrale, le parti Les Républicains est en décomposition avancée. Aller voter aux primaires de droite, c’est cautionner cette droite haineuse qui rêve de finir le massacre entrepris par Valls sur le code du travail, en instaurant la précarité pour tous, sauf pour les grands patrons. Que ce parti accouche au terme du processus des primaires d’un Nicolas Sarkozy, meilleure chance de victoire de la gauche, ou d’un Alain Juppé, à peu près aussi moderne qu’une De Dion-Bouton participant au Salon de l’Auto 2016, m’importe en définitive peu.

La droite aura le candidat qu’elle mérite et ne se gênera pas ensuite pour prendre en otages les citoyens de gauche ou de centre-gauche qui auront participé aux primaires.

Pour toutes ces raisons, les primaires, avec le dévoiement politique qu’elles impliquent, me paraissent d’une imbécillité sans nom. Imagine-t-on, en 1987, le Président François Mitterrand se soumettre à l’exercice des primaires avant de se représenter en 1988 ? Mais lui, contrairement à l’actuel Président de la république, savait parfaitement habiter la fonction présidentielle. C’est à chaque parti de prendre ses responsabilités et de désigner en bureau fermé son candidat sans se lancer dans ce grand barnum médiatique, antidémocratique et sans intérêt.

Et qu’on ne vienne pas me dire que les primaires sont modernes, puisque les États-Unis les appliquent depuis des décennies. Un système qui accouche, comme candidats ultimes de Donald Trump et d’Hillary Clinton ne peut que prêter à sourire… Ou à pleurer !

Lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/14/primaire-de-droite-le-bal-des-ringards-13/

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité… (2/3)

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Quoi que fasse Hollande, ça finit toujours par lui tomber dessus…

Au temps où François Hollande régnait en maître rue de Solférino et où ses amis socialistes rivalisaient de surnoms aimables à son égard, « La fraise des bois », « Le culbuto », « Monsieur petites blagues », il ne serait venu à personne l’idée de contester au Premier secrétaire du parti socialiste un réel talent dans ses relations avec les journalistes, et pas uniquement avec Valérie Trierweiler.

Il faut croire que l’atmosphère de L’Élysée est devenue bien mortifère pour que, dans ce domaine comme dans tous les autres, notre bon François cumule les déconvenues. Arrêtons-nous tout d’abord sur ces soixante-et-un rendez-vous accordés à Fabrice Lhomme et Gérard Davet, comme si le fait était exceptionnel. De tous temps les journalistes ont assidûment fréquenté l’Élysée. La seule différence avec le précédent quinquennat, c’est que sous Sarkozy, Patrick Buisson et consorts avaient bureaux et ronds de serviette à l’Élysée et que François Hollande a eu le bon goût d’épargner les deniers de l’État en allant dîner chez ses interlocuteurs.

Le syndrome Nafissatou Diallo ?

Mais, à la lecture de « Un président ne devrait pas dire ça », on reste confondu devant la collection de vacheries inconscientes adressées aussi bien aux magistrats qu’aux footballeurs par celui qui se qualifie lui-même de « spectre de l’Élysée », alors qu’il devrait être le rassembleur de tous les Français. Et l’on a un petit sourire de pitié en écoutant ses laborieuses explications sur les « sans dent » ou ses rodomontades sur son « courage ». C’est même à se demander si l’agréable François Hollande – frappé par le même syndrome destructeur que DSK avec Nafissatou Diallo ? – n’a pas laissé parler son inconscient en provoquant une crise pour éviter d’avoir à se représenter.

Car soyons clair, lorsqu’un président de la République s’invite à la table d’un journaliste qui sait qu’il va bénéficier d’une façon ou d’une autre des confidences qui vont lui être faites, l’homme d’état est tout à fait en mesure de poser ses conditions et de déterminer si l’entretien est « on » ou « off ».

Les rétropédalages forcenés de son dernier carré de fidèles, de Frédérique Espagnac à Jean-Marie Le Guen, affirmant que le président n’était pas au courant de la sortie du livre, montrent bien un président qui ne maîtrise absolument plus sa communication. Pas plus que son quinquennat d’ailleurs ! Comme l’affirme le député PS de Seine-Maritime Guillaume Bachelay : « On est plus dans le dépôt de bilan que dans le bilan ».

On nous serine sur tous les toits que Hollande est plus déterminé que jamais et qu’il va se déclarer en décembre pour la prochaine élection présidentielle. S’il avait un tout petit peu de dignité, au vu de son calamiteux quinquennat, au vu de ses ratages dans presque tous les domaines et en particulier dans l’inversion de la courbe du chômage, le « capitaine de pédalo » qui n’est jamais descendu de son frêle esquif pour prendre la barre du paquebot France déclarerait dès maintenant qu’il renonce à un nouveau mandat, au lieu de se complaire dans ces petits jeux politiques qui désespèrent les Français.

Aventure personnelle ou avenir de la gauche ?

Rêvant d’avoir, face à lui, un Nicolas Sarkozy qu’il est persuadé pouvoir écrabouiller à nouveau, François Hollande ne réalise pas qu’il est hors réalité, même si on peut comprendre l’envie d’en découdre du bon bougre Hollande, qui s’est retrouvé dans un costume beaucoup trop grand pour lui, face à une authentique canaille comme Sarkozy, qui a méprisé les lois de la République, aussi bien en 2007 qu’en 2012, en faisant financer sa campagne par de l’argent libyen ou en trichant sur ses comptes de campagne par l’intermédiaire de Bygmalion.

Mais, quand on est obsédé par l’Histoire, tout comme l’était François Mitterrand, on doit sentir quand elle vous donne rendez-vous. Il n’est pas digne de la fonction présidentielle de se laisser aller à des petites phrases, pas plus qu’il n’est envisageable d’aller montrer ses muscles dans une primaire quand on est un président sortant.

En cédant sa place dès maintenant et en renonçant à se présenter à la présidentielle, François Hollande prouvera que son avenir lui importe moins que l’avenir de la gauche. S’il persiste, il démontrera que seul compte son destin personnel et que la gauche pour lui n’est qu’un colifichet qu’on sort pour les grandes occasions.

Souhaitant vivement la victoire finale d’un candidat de la gauche de la gauche, je ne suis pas fan de Manuel Valls, de sa façon de cajoler les patrons, de ses postures et de cette abomination nommé Loi travail. Mais le Premier ministre a tenu bon dans la tempête et s’est montré d’une loyauté sans faille au président. C’est à Manuel Valls d’aller en découdre face aux autres candidats de la primaire de gauche et, qui sait, de renverser la table électorale face à une droite qui ne rêve que de libéralisme sauvage et d’assassinat des droits des travailleurs…

Allez, François, pour une fois montre-toi à la hauteur et arrête tes manœuvres à deux balles !

 

Demain

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/

Primaire de droite : le bal des ringards (1/3)

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Cinquante nuances de droite, peut-être, mais une haine commune du démuni, du salarié, du syndicaliste et un amour sans limite pour le patronat et la finance…

On ne remerciera jamais assez les sept candidats à la primaire pour le bonheur qu’ils ont apporté à tous les gauchers contrariés qui souffrent depuis 2012 d’avoir mis un bulletin en faveur du François-le-benêt qui nous dirige. « Je m’estime peu quand je m’examine, beaucoup quand je me compare » affirmait Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, dans ses bien nommés Contes cruels.

Si quelques désespérés de la gauche étaient avant l’émission momentanément tentés par une incursion à droite, nul doute que les cent cinquante minutes de pompeuses platitudes débitées, jeudi soir sur TF1 par la bande des sept ringards les auront définitivement détournés de ce projet.

Avec un Bruno Le Maire réactionnaire à souhait dont la seule modernité consiste à ne pas porter de cravate, un Alain Juppé pontifiant et redoutant la gaffe, une Nathalie Kosciusko-Morizet cramponnée à son joint de cannabis dépénalisé dans sa pathétique course à la modernité, un Sarko toujours plus agité et toujours plus convaincu d’être une victime de tous, un Jean-François Copé décidé à incarner à lui tout seul les douze salopards réunis et un François Fillon, capable d’endormir un congrès de notaires, on a parfois l’impression d’avoir affaire à la droite la plus bête du monde. Preuve de la faiblesse du casting, c’est le très à droite Frédéric Poisson, grand militant anti-mariage pour tous et pourfendeur de l’islam qui retient l’attention, ce qui situe le niveau.

Identité heureuse façon Juppé

Dans ce show pathétique où chacun dispose d’une minute pour répondre, ce qui est largement suffisant pour un buteur de Top 14 au moment de la transformation, mais peut-être un peu sommaire pour quelqu’un qui s’imagine un jour diriger la France, ce sont finalement les points communs entre toutes ces nuances de droite, beaucoup plus que les divergences, qui ont frappé le téléspectateur. Car lorsqu’il s’agit de fustiger les salariés, ces fainéants, ces profiteurs, ces assistés, tous se retrouvent, ont soudain l’œil qui luit et promettent d’en découdre.

Un mot, un seul, sur les patrons voyous ou exploiteurs ? Sûrement pas ! Sur ceux qui pratiquent l’évasion fiscale ? Toujours rien ! Sur les banques qui vont prochainement nous envoyer à nouveau dans le mur ? Ne soyons pas obscènes !

Et qu’est-ce qu’ils nous promettent ces beaux messieurs et cette belle dame pour 2017 ?

Un impôt unique à 23,5% (NKM), la suppression de l’ISF (tous ou presque) et autres risettes fiscales pour les plus riches. Et pour les salariés, pour ces nouveaux-pauvres qui n’arrivent pas à survivre malgré leur travail ? Le passage aux 39 heures sans contrepartie pour presque tous grâce à des accords d’entreprise où les plus mal défendus ne pourront qu’opiner, la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires et de 400 000 emplois aidés pour Bruno Le Maire, ou pour Alain Juppé, qui doit sans doute classer cette mesure dans la rubrique « L’identité heureuse », la limitation à deux mandats pour les délégués syndicaux et l’obligation de consacrer 50% de leur temps de présence au travail. Un programme que les politiques devraient s’appliquer d’abord à eux-mêmes, car, s’ils se limitaient à deux mandats et allaient de temps en temps faire un tour dans la vraie vie en quittant les ors ministériels, ils diraient moins de bourdes à la télévision.

Oui, décidément, il y a des soirs où on est heureux d’être de gauche !

Demain

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité (2/3)

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/15/primaire-de-gauche-si-hollande-avait-un-peu-de-dignite-23/

La risible sécession du petit épicier Macron

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Franchement, vous trouvez que cet homme, qui respire la modestie, l’humilité et l’écoute, a une tête de futur président de la République ? Pour diriger la supérette du coin, en revanche…

Mais évidemment qu’Emmanuel Macron est fait pour devenir Président de la République ! Cet homme n’a jamais été élu et n’a même pas un petit mandat municipal à présenter ? Parfait, il abordera le poste présidentiel avec l’incompétence requise et comme Hollande fera appel à ses copains de promotion de l’ENA. Le gentil Emmanuel a été auparavant banquier chez Rotschild et conseiller ministériel et ne sait donc rien de la vraie vie ? Strictement rien comme tous les inspecteurs des Finances qui n’ont connu que le confort des ministères, mais il aura un quinquennat pour la découvrir ! Brigitte Trogneux, son épouse, qui est aussi son ancienne prof de français, sera-t-elle de bon conseil ? Mais évidemment ! Avec ses vingt-quatre ans d’expérience supplémentaire, elle lui a appris ce vieil adage, déjà mis en application par Nicolas du temps de Cécilia qui veut que « la traîtrise n’attend pas le nombre des années »…

Avec un tel bagage, on comprend mieux dès lors les sorties remarquables de l’enfant chéri de François Hollande, une fois paré d’un costume de ministre de l’Économie. Le patronat a cru entendre des mots d’esprit, alors que ce n’était que de l’incompétence proférée à haute voix et du mépris absolu des salariés. Les abattoirs de Gad, en Bretagne, le jour de sa première sortie ? Notre gai Macron rentre tout fier de sa découverte en annonçant à la cantonade que les salariés sont « illettrés ». Il croise un peu plus tard à Lunel dans la rue deux militants qui se plaignent de la cherté de la vie ? Bon prince, il leur explique que « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler », une réflexion qui vaut son pesant de mépris de caste. Il rencontre une déléguée syndicale CGT qui lui affirme devant les micros des journalistes, qu’elle a des idées pour lutter contre le chômage et il éclate de rire, hausse les épaules et tourne les talons. La classe absolue !

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Quand Macron rencontre un homme qui n’a pas les moyens de se payer un costume, il adopte tout de suite le regard franc et loyal du leader capable de diriger les Français. (Photo Paris Match)

Heureusement, notre surdoué, une seule fois dans son existence, a proféré une vérité en affirmant qu’il « n’était pas socialiste », ce dont tout le monde s’était aperçu depuis longtemps !

Il était donc parfaitement logique que Super Emmanuel réussisse une sortie à la hauteur de son brillant mandat, même si un petit joueur comme François Hollande s’est cru obligé de dire que « la loi Macron n’était pas la loi du siècle ». Pour tuer le père, qui avait poussé sa créature à abandonner les culottes courtes pour empêcher Valls d’exister, Macron a utilisé un couteau en plastique, n’ayant même pas le courage, autrement que par allusions vachardes et détournées, de dire à François Hollande ce qu’il lui reprochait. Il affirme aussi avoir pris sa décision de démissionner le 12 juillet, lors de son meeting à la Mutualité, mais s’est bien gardé de le dire tout de suite, histoire de s’offrir quelques vacances à Biarritz aux frais du contribuable. Il a aussi encensé Michel Sapin, au moment de la passation de pouvoir, alors que les deux hommes se détestent cordialement. Et enfin, en bon petit boutiquier qui bouffe à tous les râteliers, le cul sur les genoux du patronat et un œil sur les sondages, il s’est bien gardé d’annoncer une éventuelle candidature à la présidence de la République, espérant, sans la moindre lucidité, que les Français  le supplient de se présenter.

N’est décidément pas factieux qui veut : est-ce que Napoléon a attendu des sondages favorables (qui n’existaient pas à l’époque), ou tout simplement l’avis de ses généraux, pour s’emparer d’un drapeau et faire victorieusement traverser le pont d’Arcole à ses troupes ?

Les Français les plus âgés se souviennent comment ils se sont laissé prendre en 1974, par les fables à dormir debout colportées par les médias à propos du gentil footballeur accordéoniste et brillant technicien des Finances Valéry Giscard d’Estaing. Quelques mois plus tard, VGE était devenu un monarque puant, avide et égotiste. On espère que cette fois ils feront preuve d’un peu plus de lucidité à l’égard de ce détestable Emmanuel Macron, ne se laisseront pas prendre aux fariboles de quelques journalistes appointés par le patronat et qu’ils sauront en 2017, tout comme à Nicolas Sarkozy, lui infliger le coup de pied au cul qu’il mérite.