Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

Nicolas Sarkozy, le président calme et paisible dont rêvent tous les Français pour 2017…

Rencontre inopinée avec un maire de la Côte basque pour qui j’éprouve beaucoup d’estime : « Il faut absolument aller voter à la primaire de la droite pour nous aider à nous débarrasser de Sarkozy ». Même raisonnement chez un couple d’amis de gauche : « Aucun doute possible pour nous, on participera à la primaire de droite. Parce que l’idée d’avoir un deuxième tour Nicolas Sarkozy-Marine Le Pen est insupportable ».

L’ex Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui roule pour Alain Juppé, ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « une élection présidentielle à quatre tours » Et pour ceux qui ont aussi une sensibilité de gauche et des sympathies pour l’écologie, ça devient une élection à huit tours ?

Aucune raison d’aller voter à la primaire de droite

Je déteste Nicolas Sarkozy, ses vantardises permanentes, son opportunisme idéologique, et son mépris de la loi quand ses intérêts personnels sont en jeu. Il est à mes yeux le pire président de toute l’histoire de la France et je trouve difficile de lui pardonner d’avoir accepté de l’argent de Kadhafi en 2007 pour financer sa campagne électorale (lire à ce sujet les excellents articles de Médiapart), de l’avoir laissé installer sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny, avant de le faire assassiner en octobre 2011. Et si par malheur les Français avaient le choix au deuxième tour de l’élection présidentielle entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, je resterais insensible aux appels républicains de la droite et je voterais blanc, tellement je ne veux ni ne peux établir de distinguo entre l’original et la copie.

Mais malgré toutes ces perspectives peu réjouissantes, en aucun cas je n’irai voter à la primaire de la droite, pour trois raisons au moins.

– On ne peut pas déplorer les petites manœuvres des politiques, privilégiant leurs intérêts du moment avant leurs convictions et… faire de même en tant que citoyens. Signer une charte affirmant : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre » me révulse, et tout autant l’idée de donner deux euros à un parti qui compte encore plus de ringards au mètre carré que la gauche.

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– Avec des élections nationales ou régionales où le taux de participation n’arrive pas toujours à atteindre la moitié des électeurs inscrits, il ne me semble pas judicieux de multiplier les scrutins.  Les classes aisées – et politisées ! – se mobilisent pour les primaires, tandis que la majorité de la population s’en contrebalance totalement et ne voit pas l’intérêt de dépenser de l’argent et, éventuellement en province, de faire un long trajet pour ce vote. On en arrive donc à un résultat totalement anti-démocratique où une élite choisit les candidats pour lesquels le bon peuple devra se prononcer.

Une droite haineuse qui rêve de précarité pour tous

– Vous vous souvenez comment, en 2002, nous nous sommes tous mobilisés pour que Chirac soit élu face à Jean-Marie Le Pen. Est-ce que Chirac a tenu compte ensuite des votes de gauche dans la politique qu’il a menée ? Nullement ! Le débat de jeudi a confirmé ce que nous savons tous : si le PS est en état de quasi mort cérébrale, le parti Les Républicains est en décomposition avancée. Aller voter aux primaires de droite, c’est cautionner cette droite haineuse qui rêve de finir le massacre entrepris par Valls sur le code du travail, en instaurant la précarité pour tous, sauf pour les grands patrons. Que ce parti accouche au terme du processus des primaires d’un Nicolas Sarkozy, meilleure chance de victoire de la gauche, ou d’un Alain Juppé, à peu près aussi moderne qu’une De Dion-Bouton participant au Salon de l’Auto 2016, m’importe en définitive peu.

La droite aura le candidat qu’elle mérite et ne se gênera pas ensuite pour prendre en otages les citoyens de gauche ou de centre-gauche qui auront participé aux primaires.

Pour toutes ces raisons, les primaires, avec le dévoiement politique qu’elles impliquent, me paraissent d’une imbécillité sans nom. Imagine-t-on, en 1987, le Président François Mitterrand se soumettre à l’exercice des primaires avant de se représenter en 1988 ? Mais lui, contrairement à l’actuel Président de la république, savait parfaitement habiter la fonction présidentielle. C’est à chaque parti de prendre ses responsabilités et de désigner en bureau fermé son candidat sans se lancer dans ce grand barnum médiatique, antidémocratique et sans intérêt.

Et qu’on ne vienne pas me dire que les primaires sont modernes, puisque les États-Unis les appliquent depuis des décennies. Un système qui accouche, comme candidats ultimes de Donald Trump et d’Hillary Clinton ne peut que prêter à sourire… Ou à pleurer !

Lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/14/primaire-de-droite-le-bal-des-ringards-13/

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité… (2/3)

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Quoi que fasse Hollande, ça finit toujours par lui tomber dessus…

Au temps où François Hollande régnait en maître rue de Solférino et où ses amis socialistes rivalisaient de surnoms aimables à son égard, « La fraise des bois », « Le culbuto », « Monsieur petites blagues », il ne serait venu à personne l’idée de contester au Premier secrétaire du parti socialiste un réel talent dans ses relations avec les journalistes, et pas uniquement avec Valérie Trierweiler.

Il faut croire que l’atmosphère de L’Élysée est devenue bien mortifère pour que, dans ce domaine comme dans tous les autres, notre bon François cumule les déconvenues. Arrêtons-nous tout d’abord sur ces soixante-et-un rendez-vous accordés à Fabrice Lhomme et Gérard Davet, comme si le fait était exceptionnel. De tous temps les journalistes ont assidûment fréquenté l’Élysée. La seule différence avec le précédent quinquennat, c’est que sous Sarkozy, Patrick Buisson et consorts avaient bureaux et ronds de serviette à l’Élysée et que François Hollande a eu le bon goût d’épargner les deniers de l’État en allant dîner chez ses interlocuteurs.

Le syndrome Nafissatou Diallo ?

Mais, à la lecture de « Un président ne devrait pas dire ça », on reste confondu devant la collection de vacheries inconscientes adressées aussi bien aux magistrats qu’aux footballeurs par celui qui se qualifie lui-même de « spectre de l’Élysée », alors qu’il devrait être le rassembleur de tous les Français. Et l’on a un petit sourire de pitié en écoutant ses laborieuses explications sur les « sans dent » ou ses rodomontades sur son « courage ». C’est même à se demander si l’agréable François Hollande – frappé par le même syndrome destructeur que DSK avec Nafissatou Diallo ? – n’a pas laissé parler son inconscient en provoquant une crise pour éviter d’avoir à se représenter.

Car soyons clair, lorsqu’un président de la République s’invite à la table d’un journaliste qui sait qu’il va bénéficier d’une façon ou d’une autre des confidences qui vont lui être faites, l’homme d’état est tout à fait en mesure de poser ses conditions et de déterminer si l’entretien est « on » ou « off ».

Les rétropédalages forcenés de son dernier carré de fidèles, de Frédérique Espagnac à Jean-Marie Le Guen, affirmant que le président n’était pas au courant de la sortie du livre, montrent bien un président qui ne maîtrise absolument plus sa communication. Pas plus que son quinquennat d’ailleurs ! Comme l’affirme le député PS de Seine-Maritime Guillaume Bachelay : « On est plus dans le dépôt de bilan que dans le bilan ».

On nous serine sur tous les toits que Hollande est plus déterminé que jamais et qu’il va se déclarer en décembre pour la prochaine élection présidentielle. S’il avait un tout petit peu de dignité, au vu de son calamiteux quinquennat, au vu de ses ratages dans presque tous les domaines et en particulier dans l’inversion de la courbe du chômage, le « capitaine de pédalo » qui n’est jamais descendu de son frêle esquif pour prendre la barre du paquebot France déclarerait dès maintenant qu’il renonce à un nouveau mandat, au lieu de se complaire dans ces petits jeux politiques qui désespèrent les Français.

Aventure personnelle ou avenir de la gauche ?

Rêvant d’avoir, face à lui, un Nicolas Sarkozy qu’il est persuadé pouvoir écrabouiller à nouveau, François Hollande ne réalise pas qu’il est hors réalité, même si on peut comprendre l’envie d’en découdre du bon bougre Hollande, qui s’est retrouvé dans un costume beaucoup trop grand pour lui, face à une authentique canaille comme Sarkozy, qui a méprisé les lois de la République, aussi bien en 2007 qu’en 2012, en faisant financer sa campagne par de l’argent libyen ou en trichant sur ses comptes de campagne par l’intermédiaire de Bygmalion.

Mais, quand on est obsédé par l’Histoire, tout comme l’était François Mitterrand, on doit sentir quand elle vous donne rendez-vous. Il n’est pas digne de la fonction présidentielle de se laisser aller à des petites phrases, pas plus qu’il n’est envisageable d’aller montrer ses muscles dans une primaire quand on est un président sortant.

En cédant sa place dès maintenant et en renonçant à se présenter à la présidentielle, François Hollande prouvera que son avenir lui importe moins que l’avenir de la gauche. S’il persiste, il démontrera que seul compte son destin personnel et que la gauche pour lui n’est qu’un colifichet qu’on sort pour les grandes occasions.

Souhaitant vivement la victoire finale d’un candidat de la gauche de la gauche, je ne suis pas fan de Manuel Valls, de sa façon de cajoler les patrons, de ses postures et de cette abomination nommé Loi travail. Mais le Premier ministre a tenu bon dans la tempête et s’est montré d’une loyauté sans faille au président. C’est à Manuel Valls d’aller en découdre face aux autres candidats de la primaire de gauche et, qui sait, de renverser la table électorale face à une droite qui ne rêve que de libéralisme sauvage et d’assassinat des droits des travailleurs…

Allez, François, pour une fois montre-toi à la hauteur et arrête tes manœuvres à deux balles !

 

Demain

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

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Primaire de droite : le bal des ringards (1/3)

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Cinquante nuances de droite, peut-être, mais une haine commune du démuni, du salarié, du syndicaliste et un amour sans limite pour le patronat et la finance…

On ne remerciera jamais assez les sept candidats à la primaire pour le bonheur qu’ils ont apporté à tous les gauchers contrariés qui souffrent depuis 2012 d’avoir mis un bulletin en faveur du François-le-benêt qui nous dirige. « Je m’estime peu quand je m’examine, beaucoup quand je me compare » affirmait Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, dans ses bien nommés Contes cruels.

Si quelques désespérés de la gauche étaient avant l’émission momentanément tentés par une incursion à droite, nul doute que les cent cinquante minutes de pompeuses platitudes débitées, jeudi soir sur TF1 par la bande des sept ringards les auront définitivement détournés de ce projet.

Avec un Bruno Le Maire réactionnaire à souhait dont la seule modernité consiste à ne pas porter de cravate, un Alain Juppé pontifiant et redoutant la gaffe, une Nathalie Kosciusko-Morizet cramponnée à son joint de cannabis dépénalisé dans sa pathétique course à la modernité, un Sarko toujours plus agité et toujours plus convaincu d’être une victime de tous, un Jean-François Copé décidé à incarner à lui tout seul les douze salopards réunis et un François Fillon, capable d’endormir un congrès de notaires, on a parfois l’impression d’avoir affaire à la droite la plus bête du monde. Preuve de la faiblesse du casting, c’est le très à droite Frédéric Poisson, grand militant anti-mariage pour tous et pourfendeur de l’islam qui retient l’attention, ce qui situe le niveau.

Identité heureuse façon Juppé

Dans ce show pathétique où chacun dispose d’une minute pour répondre, ce qui est largement suffisant pour un buteur de Top 14 au moment de la transformation, mais peut-être un peu sommaire pour quelqu’un qui s’imagine un jour diriger la France, ce sont finalement les points communs entre toutes ces nuances de droite, beaucoup plus que les divergences, qui ont frappé le téléspectateur. Car lorsqu’il s’agit de fustiger les salariés, ces fainéants, ces profiteurs, ces assistés, tous se retrouvent, ont soudain l’œil qui luit et promettent d’en découdre.

Un mot, un seul, sur les patrons voyous ou exploiteurs ? Sûrement pas ! Sur ceux qui pratiquent l’évasion fiscale ? Toujours rien ! Sur les banques qui vont prochainement nous envoyer à nouveau dans le mur ? Ne soyons pas obscènes !

Et qu’est-ce qu’ils nous promettent ces beaux messieurs et cette belle dame pour 2017 ?

Un impôt unique à 23,5% (NKM), la suppression de l’ISF (tous ou presque) et autres risettes fiscales pour les plus riches. Et pour les salariés, pour ces nouveaux-pauvres qui n’arrivent pas à survivre malgré leur travail ? Le passage aux 39 heures sans contrepartie pour presque tous grâce à des accords d’entreprise où les plus mal défendus ne pourront qu’opiner, la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires et de 400 000 emplois aidés pour Bruno Le Maire, ou pour Alain Juppé, qui doit sans doute classer cette mesure dans la rubrique « L’identité heureuse », la limitation à deux mandats pour les délégués syndicaux et l’obligation de consacrer 50% de leur temps de présence au travail. Un programme que les politiques devraient s’appliquer d’abord à eux-mêmes, car, s’ils se limitaient à deux mandats et allaient de temps en temps faire un tour dans la vraie vie en quittant les ors ministériels, ils diraient moins de bourdes à la télévision.

Oui, décidément, il y a des soirs où on est heureux d’être de gauche !

Demain

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité (2/3)

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La risible sécession du petit épicier Macron

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Franchement, vous trouvez que cet homme, qui respire la modestie, l’humilité et l’écoute, a une tête de futur président de la République ? Pour diriger la supérette du coin, en revanche…

Mais évidemment qu’Emmanuel Macron est fait pour devenir Président de la République ! Cet homme n’a jamais été élu et n’a même pas un petit mandat municipal à présenter ? Parfait, il abordera le poste présidentiel avec l’incompétence requise et comme Hollande fera appel à ses copains de promotion de l’ENA. Le gentil Emmanuel a été auparavant banquier chez Rotschild et conseiller ministériel et ne sait donc rien de la vraie vie ? Strictement rien comme tous les inspecteurs des Finances qui n’ont connu que le confort des ministères, mais il aura un quinquennat pour la découvrir ! Brigitte Trogneux, son épouse, qui est aussi son ancienne prof de français, sera-t-elle de bon conseil ? Mais évidemment ! Avec ses vingt-quatre ans d’expérience supplémentaire, elle lui a appris ce vieil adage, déjà mis en application par Nicolas du temps de Cécilia qui veut que « la traîtrise n’attend pas le nombre des années »…

Avec un tel bagage, on comprend mieux dès lors les sorties remarquables de l’enfant chéri de François Hollande, une fois paré d’un costume de ministre de l’Économie. Le patronat a cru entendre des mots d’esprit, alors que ce n’était que de l’incompétence proférée à haute voix et du mépris absolu des salariés. Les abattoirs de Gad, en Bretagne, le jour de sa première sortie ? Notre gai Macron rentre tout fier de sa découverte en annonçant à la cantonade que les salariés sont « illettrés ». Il croise un peu plus tard à Lunel dans la rue deux militants qui se plaignent de la cherté de la vie ? Bon prince, il leur explique que « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler », une réflexion qui vaut son pesant de mépris de caste. Il rencontre une déléguée syndicale CGT qui lui affirme devant les micros des journalistes, qu’elle a des idées pour lutter contre le chômage et il éclate de rire, hausse les épaules et tourne les talons. La classe absolue !

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Quand Macron rencontre un homme qui n’a pas les moyens de se payer un costume, il adopte tout de suite le regard franc et loyal du leader capable de diriger les Français. (Photo Paris Match)

Heureusement, notre surdoué, une seule fois dans son existence, a proféré une vérité en affirmant qu’il « n’était pas socialiste », ce dont tout le monde s’était aperçu depuis longtemps !

Il était donc parfaitement logique que Super Emmanuel réussisse une sortie à la hauteur de son brillant mandat, même si un petit joueur comme François Hollande s’est cru obligé de dire que « la loi Macron n’était pas la loi du siècle ». Pour tuer le père, qui avait poussé sa créature à abandonner les culottes courtes pour empêcher Valls d’exister, Macron a utilisé un couteau en plastique, n’ayant même pas le courage, autrement que par allusions vachardes et détournées, de dire à François Hollande ce qu’il lui reprochait. Il affirme aussi avoir pris sa décision de démissionner le 12 juillet, lors de son meeting à la Mutualité, mais s’est bien gardé de le dire tout de suite, histoire de s’offrir quelques vacances à Biarritz aux frais du contribuable. Il a aussi encensé Michel Sapin, au moment de la passation de pouvoir, alors que les deux hommes se détestent cordialement. Et enfin, en bon petit boutiquier qui bouffe à tous les râteliers, le cul sur les genoux du patronat et un œil sur les sondages, il s’est bien gardé d’annoncer une éventuelle candidature à la présidence de la République, espérant, sans la moindre lucidité, que les Français  le supplient de se présenter.

N’est décidément pas factieux qui veut : est-ce que Napoléon a attendu des sondages favorables (qui n’existaient pas à l’époque), ou tout simplement l’avis de ses généraux, pour s’emparer d’un drapeau et faire victorieusement traverser le pont d’Arcole à ses troupes ?

Les Français les plus âgés se souviennent comment ils se sont laissé prendre en 1974, par les fables à dormir debout colportées par les médias à propos du gentil footballeur accordéoniste et brillant technicien des Finances Valéry Giscard d’Estaing. Quelques mois plus tard, VGE était devenu un monarque puant, avide et égotiste. On espère que cette fois ils feront preuve d’un peu plus de lucidité à l’égard de ce détestable Emmanuel Macron, ne se laisseront pas prendre aux fariboles de quelques journalistes appointés par le patronat et qu’ils sauront en 2017, tout comme à Nicolas Sarkozy, lui infliger le coup de pied au cul qu’il mérite.

Hollande, pourtant, n’a rien d’un primaire

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Le joueur François Hollande peut avoir le sourire : il vient de prendre tous ses rivaux socialistes à contre-pied… (Photo Slate.fr)

Le roi du poker-menteur vient encore de frapper ! Car vous n’êtes pas naïfs au point de croire que Jean-Christophe Cambadélis a décidé tout seul de l’organisation d’une primaire à gauche. C’est bien évidemment, l’Élysée qui anime la partie et distribue les cartes, même si c’est dans un endroit réputé pour ses mélanges hasardeux et parfois détonants, la Maison de la Chimie, que le secrétaire du PS a été chargé d’annoncer la nouvelle aux journalistes présents.

Alors que sa popularité stagne à 14 % d’opinions favorables (et un maigre 21% pour Manuel Valls), le président de la République, qui, questions coquineries, manœuvres d’appareil et partie remportées avec une paire de deux, en connait plus qu’un rayon depuis son long séjour rue de Solférino, sort le grand bluff, en ayant visiblement bien retenu les leçons de 2012.

Tandis que Nicolas Sarkozy coincé par sa fonction présidentielle avait dû jouer « passe » pour la droite, François Hollande n’a pas oublié à quel point le débat entre socialistes, qui fut plutôt de bonne tenue malgré quelques inimitiés féroces entre Montebourg, Valls, Ségolène Royal, Martine Aubry et lui-même, avait focalisé l’attention des médias sur la gauche et privé d’air son futur rival lors de la grande finale présidentielle. Alors, comme un joueur de poker, Hollande version 2015 pose les derniers jetons qui lui restent sur la table et annonce « Tapis ! » pour obliger ses adversaires potentiels à se découvrir.

Car les « créatures » qu’il a fabriquées pour amuser la galerie et venir animer la table des grands, commencent à s’émanciper sérieusement. C’était magnifiquement joué de sa part de faire mousser Emmanuel Macron pour ne plus laisser de périmètre de jeu à Manuel Valls. Le problème, c’est que le ministre des Finances, n’a pas vu que le roué Hollande le laissait gagner volontairement pour le valoriser et qu’il a fini par se prendre pour ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire un politique talentueux.

Mélenchon a les genoux cagneux

En organisant une primaire, Hollande met Valls et Macron dans une position très compliquée. S’ils regardent la partie se dérouler sans eux, alors qu’ils ont quelques cartes dans leur jeu, ils seront terriblement frustrés, ainsi que tous ceux à droite qui les adorent. Mais s’ils surenchérissent pour tenter de rafler la mise, alors ils passeront pour des traîtres qui ne respectent pas leur obligation de loyauté gouvernementale et l’électeur sera tenté de leur faire payer.

Même casse-tête pour l’aile gauche du PS. Montebourg ou Hamon seront accusés de lâcheté s’ils ne participent pas aux primaires. Mais s’ils font sécession et se présentent sans passer par la case primaire, ils seront obligés de quitter le PS et, à gauche de la gauche, on voit mal Jean-Luc Mélenchon, dont l’esprit partageur n’est pas la qualité première, venir les accueillir sur ses genoux.

Quant aux écologistes, il se trouvera bien un écolo-compatible désireux de se faire mousser, style Placé ou de Rugy, pour y participer. Même si les effectifs des écolos tiennent désormais dans une cabine téléphonique, c’est toujours ça de pris…

Le coup de la primaire est donc magnifiquement joué, car, perdu pour perdu, Hollande montre à l’opinion publique qu’il est sport, tout en éliminant quelques dangereux rivaux. Et si le roi du tapis vert avait été encore premier secrétaire du PS, on se serait franchement pâmé pour son sens tactique et sa façon de gagner des parties improbables.

Le hic, c’est que depuis 2012 et même si on l’oublie trop souvent tellement il joue discret, François Hollande est Président de la république et censé veiller sur tous les Français. Vous imaginez en 1988, François Mitterrand s’abaissant à une primaire, si Charasse, Dumas ou Badinter avaient eu quelques velléités de se présenter à l’élection présidentielle ? Et après le coup de chapeau au joueur talentueux pour la façon dont il conduit sa partie avec si peu d’atouts dans son jeu, on en revient très vite à l’impression première : incontestablement, François Hollande est intelligent, habile, sympathique, mais, avec ses bluffs, ses roueries et ses hésitations, comment croire qu’il est fait pour ce costume présidentiel dix fois trop grand pour lui ?

Lors de la primaire socialiste, Ségolène Royal qui avait quelques bonnes raisons de lui en vouloir, et pas que politiques, avait eu ce propos assassin dans « Le Figaro » : « Le point faible de François Hollande, c’est l’inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il aurait réalisé en trente ans de vie politique ? Une seule ? »

Ségolène est trop dure : pendant son quinquennat, Hollande a consciencieusement planqué les moutons sous le tapis, pris des engagements financiers qui impliqueront les imbéciles qui seront élus à partir de 2017 et sorti de son paquet de cartes des lois sur la déchéance de nationalité ou sur le travail, que seuls des énarques de la promotion Voltaire, coupés de toute réalité, ont pu rédiger… au casino, sur un coin de tapis vert probablement, en espérant trouver la martingale gagnante !

Bru et Brisson, les futurs dépités de la sixième !

Dessin Pierre George

Ma Toute Douce,

 J’ai trouvé, en rentrant de promenade, votre lettre où vous m’annonciez avec une émotion non contenue que notre Max-la-Chips renouait enfin avec le succès. Une missive dans laquelle vous disiez votre bonheur ! Mais hélas, la vieille dame que vous êtes, s’est trompée lourdement… Ce n’est pas notre Chips, notre Max Vico à nous, qui vient de remporter à Montreuil le 100 mètres, mais le jeune et sémillant Jimmy Vicaut… Il ne faut pas confondre les catégories ni les pochettes de chips !

Pourtant notre Chipstarrak a toujours des ambitions bien ancrées et ne recule devant rien ! C’est même à cela qu’on le reconnait… Au point que ces jours derniers, il s’en est allé à Paris, voir Sarkozy qui l’a reçu aimablement, comme l’on reçoit toujours les victimes d’attentat MAMiste.

Et savez-vous ce que notre ami a demandé au petit teigneux ? Vous ne devinez-pas ?

Eh bien, tout simplement, d’avoir l’investiture pour les législatives dans la sixième circonscription des Pyrénées-Atlantiques… Je ne plaisante pas, Chère Thérèse-Marie !

De retour en terres basques, la Chips n’a pu s’empêcher de confier à Nalpas-plat, tout joyeux : « C’est fait ! Sarko est d’accord ! Ce sera MOI, MOI, MOI !« 

Nalpas en a mouillé tout son kleenex, expliquant à ses amis : « Brisson c’est comme Eurotunnel. Quand l’action ne vaut plus rien, eh bien il faut mieux les garder en portefeuille que de la refiler. Et moi des actions Brisson j’en ai des milliers ! Qui sait, je vais pouvoir peut-être me refaire !« 

Tout cela devient pathétique, Ma Chère, car moi qui ai quelques amitiés en haut lieu chez les Républicains, j’ai, par souci du devoir, vérifié méticuleusement l’information, vous le pensez bien… Et un haut dirigeant de la bande à Sarko m’a bien gentiment expliqué ainsi les choses : « Eh oui, Sarko a vu le gros ! Et Sarko se marrait encore le lendemain en disant : ‘Je n’ai pas pu dire un NON ferme au pauvre Brisson, tu comprends. On se doit de respecter un grand blessé à l’agonie. Mais franchement, comment peut-il y croire qu’on lui donnera finalement l’investiture, lui qui a tout merdé dans sa ville et son département ? Lui le valet de ferme de Bayrou et Lasserre ! De toute façon, la sixième c’est à la vieille, et c’est elle qui décidera. Et si elle n’y va pas, elle y mettra n’importe qui sauf lui ! Enfin, par humanité, il fallait laisser entendre au pauvre Brisson ce qu’il voulait entendre et s’il m’avait demandé s’il serait le prochain président des Etats-Unis ou même la future reine d’Angleterre, je lui aurais dit oui !’ « 

 

Mais il est vrai que la sixième attire bien des convoitises et que certains qui, eux, auraient des chances de se faire investir ou élire, sont toujours en grande réflexion… C’est le cas de Paul Baudry, le dynamique maire de Bassussarry, élu pour la première fois en 1995, et réélu avec 75% des voix en 2014, ce qui doit laisser bien rêveur notre Chips… L’ami Paul, qui est l’un des artisans, aux côtés de ce corsaire de Peyuco, de l’apaisement autour de la future EPCI entre OUI-istes et NON-istes, et grand partisan du futur Lehendakari Etchegaray qu’il juge « le plus légitime parmi les légitimes« , était effectivement annoncé comme l’un de ceux qui pourraient surprendre dans cette élection législative. Seulement le Paul, Ma Douce, est un sentimental, attaché à son village comme le Basque obligé de partir aux Amériques, l’était autrefois. Et s’il est flatté de trouver beaucoup de partisans à sa candidature, lui le Gaulliste séguiniste, viré de l’UMP par la Chips pour avoir soutenu la candidature de la petite Candy Darrigade l’année passée aux départementales (la sanction frappant Baudry ayant d’ailleurs été immédiatement annulée par les instances nationales dès que Max-la-Mélasse a été foutu à la porte du secrétariat départemental), confiait l’autre dimanche à quelques proches : « Avec cette histoire du non-cumul, il faudrait que je lâche Bassu. C’est ça qui me fait vraiment hésiter. Ce serait le crève-cœur absolu. Etre député c’est bien, oui évidemment, mais ne pas pouvoir rester un petit maire, chaque jour les mains dans le cambouis, cela me parait absurde ! Pour moi être député, c’est justement être un élu de base et du quotidien qui fait comprendre à Paris la difficulté de notre job de maire ! » Il faut dire que le Paul sera, de plus, l’un des vice-présidents de l’EPCI et qu’il compte bien s’y donner à fond. J’en suis fort marri, mais je pense qu’il faudra compter sans lui cette fois.

 

Heureusement que pour nous distraire, il nous reste notre petit Un-Bru-de-sa-personne, le maire de Cambo. L’impayable petit LU, qui rêvait d’être sénateur et qui n’est que sécateur d’Arnaga, veut toujours croire à ses chances !

Et je me suis laissé dire que le paon de Chanteclerc faisait des pieds et des mains pour être reçu par François Bayrou, histoire de le convaincre de lui attribuer une investiture pour ces législatives. Ce qui explique qu’il fait, jour et nuit, la roue devant Ostia qui lui aurait promis de lui filer un coup de main pour ce faire. Et sans rire, on imagine tout à fait les chances du petit Lu d’être élu député en terres basques en se recommandant d’Ostia ! Je crains bien que le rêve insensé du Vincent de devenir parlementaire ne se réalise jamais, lui qui voudrait pourtant quitter la mairie en 2020 après un long règne qui semble avoir trouvé ses limites.

Au point d’ailleurs que le Pascal Sevran des mamies de Cambo commence à organiser sa succession et semble décidé à filer les clefs de la mairie à un de ses conseillers municipaux, le Peio Etchelecu, patron de la laiterie Agour d’Hélette, alors qu’il les avait pourtant promises à son second adjoint, l’excellent vice-président de l’Aviron bayonnais Christian Devèze. Mais comme ce dernier ne semble pas prêt à se laisser faire (ce qui n’est pas dans son caractère), le Un-Bru-de-sa-personne en devient tout énervé à tout propos et voilà que l’autre jour le Vincent – qui fut d’abord opposé à l’EPCI avant de s’y rallier (il espère une vice-présidence qu’il aura bien du mal à avoir…) – s’est permis de lui couper salement la parole (comme le font tous les grands démocrates) à ce sujet l’autre jour en Conseil municipal, au point de devoir lui faire, par la suite, platement des excuses en devenant tout rouge comme un gratte-cul, peuchère ! Depuis le Christian semble avoir pris ses distances avec son sécateur-maire et lui garde un paonneau de sa paonne… Une fronde au pays du petit Lu nous réjouirait bien dans les prochains mois… La fin de mandat risque d’être joyeuse !

D’autant plus que le paon de Chanteclerc s’il sait si bien faire la roue devant Ostia, rabat vite son caquet et ses plumes dès que l’on lève la voix, comme le racontait autrefois l’excellent maire d’Arcangues Jean-Michel Colo : « Bru c’est bien plus la poule d’eau que le paon pour moi ! Dès qu’il se mettait à faire l’instruit dans une réunion, il me suffisait d’élever un peu la voix et de frapper de mon poing la table. Et t’avait plus qu’à chercher le Vincent dessous où il jouait des castagnettes !« 

Heureusement qu’il a tout l’été pour se détendre dans les jardins d’Arnaga en se faisant des infusions aux plantes… Sa rentrée risque d’être chaude !

 

Je vous laisse, Ma toute Douce, et à la semaine prochaine. Comptez sur moi.

Marie, votre Marie, Marquise de Vérité.

Pour protester contre les censeurs, « Bisque, bisque, Basque ! » accueille, comme chaque semaine, l’impertinente Marquise de Vérité de Jean-Philippe Ségot. Manifestez votre esprit citoyen, luttez contre les esprits chagrins qui ont délogé la Marquise de Vérité de La Semaine du Pays basque, en écrivant à herculepoirot@hotmail.fr. Comme plusieurs milliers d’entre vous, vous recevrez ainsi chaque semaine, par mail, les lettres de la Marquise.

La douce revanche du « con de la famille »

DebréDécidément, les vilains petits canards noirs restent toujours les plus intéressants de la portée ! Imaginez un peu comme il a dû s’amuser dans son enfance, le petit Jean-Louis, en étant le fils du très rigolo Michel Debré, « inventeur » de notre constitution et Premier ministre du grand Charles. Doté de surcroît de trois frères, tous brillants dans leurs études, tandis que l’intéressé ratait superbement son baccalauréat. D’où ce surnom de « con de la famille », méchamment colporté par son faux jumeau Bernard, qui en matière de haine recuite et de courte vue peut se targuer d’être un spécialiste. Heureusement, par le biais d’une capacité en droit, suivie d’une licence, avant de louper Sciences-Po, le vilain petit canard Jean-Louis va décrocher un poste de juge d’instruction, tout en demeurant un conseiller technique officiel ou officieux de Jacques Chirac, à qui il voue amitié et admiration.

Député de l’Eure, puis médiocre ministre de l’Intérieur, responsable de l’expulsion des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, Jean-Louis Debré va se patiner avec le temps, devenant un honorable président de l’Assemblée nationale puis un excellent Président du Conseil constitutionnel en 2007, qui n’hésitera pas à retoquer les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.

Définitivement guéri de la vie politique, (« La politique n’est pas le royaume des amitiés sincères et durables. La lutte pour le pouvoir et les ambitions les rendent précaires, voire inexistantes »), Jean-Louis Debré réussit avec « Ce que je ne pouvais pas dire » un livre drôle et efficace de la première à la dernière page.  Et comme le vilain petit canard noir est loin d’être maladroit avec un stylo et voue une passion sans limite à la littérature (Pour l’avoir croisé un nombre incalculable de fois dans la Librairie Delamain qui fait face au Conseil constitutionnel, je peux témoigner de sa boulimie de papier imprimé !), l’ouvrage va faire passer un très bon moment à tous les passionnés de vie publique.

Car si le Conseil constitutionnel est une institution sérieuse qui a de plus en plus de travail, on y trouve parfois des rivalités de cour d’école, en particulier entre les deux anciens présidents de la République Valéry Giscard d’Estaing et Chirac. Si pour le premier le compteur est resté bloqué en 1981, malgré de loin en loin de brillantes fulgurances, le deuxième est resté, avant que la maladie ne l’oblige à démissionner, l’élève brillant mais chahuteur qui a le don de faire rire toute la classe, profs compris. Profitant d’un habituel retard de VGE, Chirac va ainsi s’installer dans le fauteuil du monarque déchu et faire pouffer l’assistance en lançant « Je sens l’intelligence qui remonte ». Et quand les deux ennemis sont présents, chacun prend d’ailleurs un malin plaisir à ne pas écouter l’autre et à perturber son intervention en chiffonnant des papiers ou en se faisant servir le thé. Lorsque Giscard publiera, en 2009, le très mièvre « La princesse et le président », où il laisse entendre un lien intime avec la princesse Diana, Jean-Louis Debré qui connaît par cœur son Chirac, lui fera jurer de ne pas intervenir publiquement. Et celui qui était surnommé par le personnel féminin du RPR, « Monsieur douze minutes, douche comprise », de lancer à son voisin, à voix faussement basse, du ton de l’homme à femmes qui se moque de son voisin puceau : « Tu crois vraiment qu’il se l’est faite ? », ce qui tétanisera VGE dans son intervention.

Jospin encensé, Dati vilipendée

Debré Chirac

Douze ans d’écart entre Jean-Louis Debré et Chirac, mais une amitié totale et absolue. Et quelques virées en commun dans les bistrots proches du Conseil constitutionnel ou à Saint-Germain, qui ont eu le don de mettre Bernadette en fureur.

Heureusement, « Ce que je ne pouvais pas dire », ne se limite pas à ce registre et on y trouve aussi des portraits très subtils des figures majeures de la vie politique actuelle. Sarkozy, pour qui le monde se limite aux vassaux qui le servent et aux ennemis qu’il veut « écrabouiller », mais aussi Juppé, qui « ne croit qu’en lui et cela se voit. Il extériorise peu de chaleur humaine, malgré une sensibilité réelle. Timide, il n’arrive pas à exprimer ces sentiments. Ce handicap crée avec les autres une distance qu’il ne parvient pas à combler. » ou Hollande, si chaleureux, si courtois… et si incapable de décider !

Debré est d’ailleurs le premier à se moquer de lui-même. À l’occasion d’un Salon du Livre à Dijon, où il dédicace un de ces romans policiers qu’il adore écrire, Debré est accosté par un vieux monsieur qui le félicite… pour son action de député. Jean-Louis lui explique qu’il a quitté l’Assemblée nationale en 2007. Désarroi du vieux monsieur : « Et à part, écrire des livres, qu’est-ce que vous faites ?». « Je suis président du Conseil constitutionnel » L’homme repart très déçu, n’ayant visiblement aucune idée de l’importance du poste.

Et c’est dans l’analyse même du fonctionnement du Conseil constitutionnel, que ce soit au moment des lois en faveur du mariage pour tous ou pendant l’examen des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, que Jean-Louis Debré, défenseur féroce de notre actuelle Constitution imaginée par son père, se montre le plus intéressant, privilégiant manifestement la valeur humaine des gens qu’il croise à leur étiquette politique. Ainsi, il ne cache pas ses sympathies pour Christine Taubira ou Henri Emmanuelli et se montre fort élogieux sur le sens de l’État et la capacité de travail de l’austère qui se marre rarement Lionel Jospin. En revanche, il ne rate guère Rachida Dati et ses caprices de star, Jean-François Copé à l’arrivisme forcené, ou le diaphane président du Sénat, Jean-Pierre Bel, prédécesseur de Gérard Larcher.

Et surtout, il pousse un coup de gueule majeur contre des lois de plus en plus mal ficelées et truffées d’amendement qui les rendent inapplicables, avant de se souvenir, fort à propos de ce qu’écrivait, il y a près de deux siècles, Jules Michelet : « La politique est l’art d’obtenir de l’argent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres ». Maxime toujours d’actualité pour les présidentielles de 2017.

« Tout ce que je ne pouvais pas dire » n’a donc rien d’un livre complaisant ou nostalgique. C’est plutôt l’ouvrage d’un homme qui pose sa cravate avec soulagement avant de décider de se confier à ses amis.  Et nous vérifions avec plaisir qu’un homme qui déteste aussi viscéralement Nicolas Sarkozy ne saurait être tout à fait mauvais.

« Ce que je ne pouvais pas dire« , Jean-Louis Debré, éditions Robert Laffont, 360 pages, 21 €.

Un Tapitoyable retour

Tapitoyable

Voilà trente ans que Bernard Tapie prend les Français pour des imbéciles… Et il continue, en annonçant son retour en politique. Mais qui peut encore être dupe?

Il a débuté dans la chanson, en anglicisant son nom, Bernard Tapy (prononcez Tapaille!), avant de comprendre qu’il ne deviendrait pas une idole des jeunes grâce aux quarante-cinq tours, et de faire fortune comme homme d’affaires. Nul doute possible : à 72 ans, Bernard Tapie connait parfaitement la musique et sait ce qu’il fait en annonçant avec fracas dans Le Journal du Dimanche (20/12/2015) qu’il revient en politique. Car le petit chanteur raté est devenu, avec le temps, un maître chanteur de première dans l’art de manipuler les hommes politiques.

En 2007, l’ancien ministre de la Ville de François Mitterrand avait sorti la grosse caisse, lui qui s’est toujours revendiqué homme de gauche, en appelant à voter Nicolas Sarkozy.

Et voilà comment on gagne le disque d’or! Peu après sa nomination au ministère des Finances, Christine Lagarde, probablement sur ordre, décide de constituer un tribunal arbitral pour clôturer enfin l’interminable litige qui oppose Bernard Tapie au Crédit Lyonnais à propos de la revente d’Adidas. La sentence rendue en 2008 lui est favorable : 243 millions d’euros à titre matériel, 115 millions d’euros au titres des intérêts de majoration du préjudice datant de 1993, et 45 millions d’euros de préjudice moral. Soit 403 millions d’euros au total. (À titre de comparaison, Patrick Dills, après avoir injustement passé quinze ans de sa vie en prison, a été indemnisé à hauteur de 1 million d’euros).

Programme : le disque est rayé

Changement de président, en 2012, avec un François Hollande qui ne porte pas spécialement dans son cœur le nouveau propriétaire de La Provence. Le 3 décembre 2015, la Cour d’appel de Paris condamne Bernard Tapie à rembourser les 403 millions d’euros perçus lors de l’arbitrage de 2008.

Et de façon très prévisible, quinze jours plus tard, l’ancien chanteur donne de la voix et parle de se présenter aux présidentielles de 2017. Avec, comme programme, la lutte contre le chômage des jeunes et la guerre à mener contre le Front national.

Visiblement, le disque est rayé puisque c’est exactement ce qu’il proposait, il y a vingt-trois ans, lors de son intronisation au gouvernement… Avec le succès que l’on sait!

Et déjà à l’époque, la rengaine tapiesque n’était pas neuve. C’est le même qui, en 1986-87, jouait à l’idole des jeunes sur TF1  avec Ambitions, où il affirmait vouloir « rendre le chômage illégal« , tandis qu’il rachetait à tour de bras, pour un  franc symbolique, Terraillon , Look , La Vie claire, TestutWonderDonnay. Avec à chaque fois la même méthode. Tapie ne fait pas dans la variété : il vire une partie importante du personnel et revend ensuite avec une joyeuse culbute. Tapie a toujours affirmé qu’il était un entrepreneur, alors qu’il n’est qu’un fossoyeur.

C’est pour cette raison qu’il faut accueillir avec le plus total scepticisme sa dernière chansonnette électorale : Bernard Tapie se moque de l’Élysée et de la présidentielle de 2017, comme de sa première guitare. À l’entendre, il est ruiné et on voit mal comment, à 72 ans, il pourrait se lancer dans une campagne présidentielle, dont le coût minimal tourne autour des 50 millions d’euros. Mais si par un merveilleux hasard, les médias venaient à prendre au sérieux sa candidature et les sondeurs à lui octroyer un gentil 2 à 3% d’intentions de votes dans une élection qui s’annonce très serrée, il disposerait alors d’un intéressant levier pour se rallier au plus offrant des candidats, moyennant quelque contrepartie comme celle que lui a fournie en 2008 son « ami » Nicolas Sarkozy.

Nanard connait la musique, et pour sauver sa peau, il est prêt à la jouer… Tapitoyable!

L’abominable vantard

Vantard 02

Pour un peu, à en croire « Aujourd’hui Magazine », Sarkozy serait capable de disputer le Tour de France.

Question flagornerie, la presse française n’est décidément pas dernière de la classe! Dans le supplément du 17 juillet d’Aujourd’hui, on croit presque, en contemplant la une du magazine à un nouveau sujet sur le Tour de France, avant de réaliser qu’il s’agit de notre ancien et adoré Président de la République, gagné par l’ivresse des cimes. Et les mots enamourés sont à la hauteur des images consacrées à ce sportif hors norme.  « En vacances au cap Nègre, il gravit à vélo deux ou trois cols et roule chaque jour »… « Sortie avec son fils Jean, le seul capable de le suivre« … Heureusement, que Nicolas Sarkozy ne s’intéresse pas au maillot jaune du Tour de France, car Chris Froome aurait pu trembler!

Des cols de… 100 mètres de haut

Et notre cycliste présidentiel, dont la modestie est connue de tous, de minauder en répondant aux questions de la journaliste Gaëtane Morin : « À vélo, je ne fais pas de sorties en plaine. Je m’ennuie sur le plat. Il faut que ça grimpe« … Et notre aigle des cimes de la jouer humble pédaleur : « Il y a même des gens qui me doublent en montagne. Je regarde toujours leurs jambes : quand je vois des jambes que je respecte, bien affûtées, je reste tranquille. Sinon, je vais les rattraper et même les dépasser! » Mais quel talent, quelle énergie, comment la France peut-elle encore se passer d’un homme aussi extraordinaire? Rien à voir, vraiment, avec l’humble capitaine de pédalo qui dirige actuellement la France!

Seul petit bémol, n’importe quel sportif ayant fait un peu de vélo est mort de rire en regardant le reportage de la journaliste Gaëtane Morin, qui devait avoir des petites roues à l’arrière, la dernière fois qu’elle a utilisé un vélo.

Ainsi plus personne n’utilise de cale-pieds depuis les années quatre-vingt. mais il faut croire que Nicolas Sarkozy a peur de tomber et d’endommager son beau profil, s’il se risque à l’utilisation de pédales automatiques.

Le toupet de hamster véloce

Vantard 01

Les cols du Var excèdent rarement 500 mètres au dessus de la mer et 5% de pente. Voilà ce que Nicolas Sarkozy, avec ses cale-pieds comme en portaient les cyclistes il y a trente ans, appelle de la montagne.

Quand aux photos de montagne, permettez-moi de rire. Non notre fanfaron, n’est pas en train d’escalader les pentes de l’Aubisque ou du Tourmalet, mais les modestes cols du Var. Quand il annonce deux ou trois cols dans la journée, entendez le Pas de la Griotte, 72 mètres d’altitude, le Pas de Courtin, 80 mètres au-dessus de la mer et le terrifiant col de Babaou (où, de mémoire, je crois que cette photo a été prise) qui culmine à 416 mètres, avec des pentes comprises entre 2 et 5%. Des dénivelés à faire hurler de rire n’importe quel cyclotouriste octogénaire habitué aux sorties en Pays basque. Ailleurs que dans le Var, on appelle ces petites montées des côtes.

Mais ces performances de cycliste de vingtième catégorie ne freinent pas les ardeurs du hamster véloce. Question de la journaliste :

Et vos gardes du corps parviennent à vous suivre?

– Les policiers qui me rejoignent en août s’entraînent en juillet. Sinon, même sportifs, ils auraient du mal à grimper. Et je ne les attendrais pas, ce n’est pas dans mon tempérament!

Comme un crapaud démantibulé…

 Un souvenir personnel se superpose aux affirmations pleines de toupet de Nicolas Sarkozy. Il date de l’époque où je sortais tous les dimanches avec le Cyclo Club de Versailles-Porchefontaine sur les routes de la vallée de Chevreuse. Effectivement, les cyclistes ont toujours l’habitude de regarder la silhouette de celui qui les précède pour jauger son niveau. Ce jour-là, notre peloton qui roule tranquillement se rapproche de deux superbes athlètes qui avancent à une allure d’escargot. Au moment de la jonction, nous réalisons, qu’un cycliste beaucoup plus petit s’escrime juste devant eux… Et, en les dépassant, nous avons la surprise de capter les yeux levés au ciel des deux gardes du corps, nous enviant visiblement de pouvoir rouler en liberté, et, suant, ahanant, soufflant, s’agitant sur sa machine comme un crapaud démantibulé, alors qu’il n’est même pas à vingt kilomètres heures sur une portion plate, notre Sarkozy qui cherche à se faire passer pour un cycliste confirmé dans les magazines mais qui est parfois moins flambard sur le terrain. Mais, à l’en croire, ses gardes du corps s’entraînent au minimum un mois avant de le rejoindre.

Défense de rire!

Chiche, Nicolas!

Le récit que je fais de la seule rencontre cycliste que j’ai eue avec toi, Nicolas, remonte à une dizaine d’années puisque je me souviens que des titis du peloton s’étaient amusés à scander « VI-LLE-PIN! VI-LLE-PIN! » en te dépassant et que tu avais la fumée qui sortait des oreilles en les entendant.

Je ne doute pas que tu as fait d’énormes progrès depuis en matière de cyclisme… comme dans tous les domaines d’ailleurs.

J’ai 62 ans, je pèse 90 kilos, ma silhouette n’a rien de respectable et je suis surentraîné aux tapas. Mais, pour t’avoir vu sur un vélo, je suis très tranquille dans mon défi. Puisque tu es aussi fort que tu le clames dans « Aujourd’hui Magazine« , je te propose une sortie de 60 kilomètres (la distance que tu affirmes affectionner!) sur le terrain de ton choix.

Et devine qui finira deuxième?

Le Bo et l’Aviron, comme l’Europe

BO-Aviron bagarre

Au vu de l’entente cordiale qui règne entre les deux clubs, la fusion s’impose…

Ce qui est bien avec cette fusion sans cesse remise au goût du jour, c’est que, petit à petit, on apprend enfin ce qu’on voulait savoir. Les déficits que l’Aviron et le BO cachaient, il y a peu, comme une maladie honteuse, sont soudainement mis en avant, pour convaincre les réticents. Et dans Sud Ouest du 26 juin, Serge Blanco mange enfin le morceau : depuis 2011, l’Aviron a perdu 7,1 million d’euros et le BO 7,6 millions.

Ce qui est moins bien avec cette fusion, c’est que l’on continue à prendre le cochon de payant de spectateur pour un imbécile n’ayant aucun droit, et à lui affirmer que certaines postulats de départ ne méritent même pas d’être discutés. Ainsi, à en croire Blanco et Mérin, et au mépris de toutes les lois sur la génétique, il est évident que de l’union de deux éclopés va naître un super champion basque, apte à soulever le bouclier de Brennus…

… Mais ce coup-là, on nous l’a déjà fait en France! Nous sommes le 1er janvier 2002 et nous devons abandonner notre bon vieux franc au profit de l’euro. Les économies ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, les dispositifs fiscaux non plus, le mode de gouvernance de l’Europe un peu opaque pour le profane, mais, parole de politiques, l’euro va tout régler. On connait la suite, l’envolée des prix, l’Allemagne qui donne des leçons de morale à ses partenaires et les Grecs qui se retrouvent dans la situation de mendiants de l’union européenne, n’ayant plus aucune souveraineté sur leur propre pays.

Dans leur façon de vouloir fusionner à tout prix et on verra après pour régler les problèmes, Mérin et Blanco ressemblent beaucoup à ces politiques qui n’hésitent pas à traiter d’obscurantistes les eurosceptiques qui demandent des garanties. Une fusion entre l’Aviron et le BO, pourquoi pas, mais qui sera le président de cette nouvelle entité, où sera le siège social, où se joueront les matches? Au lieu d’imposer et de tenter de passer en force, il fallait expliquer et déminer. Après toutes ces maladresses sans commune mesure, la réaction des membres de l’omnisport du BO, refusant de signer un chèque en blanc, s’explique totalement.

Insupportables bricolages démocratiques

Mais Serge Blanco, décidément, tout comme Nicolas Sarkozy, ne respecte la démocratie que quand elle l’arrange. Après le vote surprise de l’omnisports contre la fusion, il a démissionné, ce qui était la moindre des choses. Mais – miracle ! – des « vices de forme » viennent d’être détectés, lors de ce scrutin et tout le monde devra repasser aux urnes, mardi. Quels vices de forme? Le futur ex-président se garde bien de dire quoi que ce soit sur le sujet, mais on est priés de le croire sur parole, lui qui, il y a peu, jurait qu’il n’y avait aucun projet de fusion en cours avec l’Aviron.

Là aussi, ça ne vous rappelle rien? Le 29 mai 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, un cataclysme secoue l’Europe : les Français, à 55% viennent de refuser le projet de constitution européenne. Ce qui ne gênera nullement Nicolas Sarkozy, en 2008. Au mépris du suffrage universel, il rebaptisera la constitution européenne Traité de Lisbonne et le fera approuver par les parlementaires, en se souciant comme d’une guigne de ce que pensent les Français. (Pour mémoire, selon un sondage IFOP-Le Figaro du 28 mai dernier, 62% des Français voteraient non à l’Europe, si un nouveau referendum était organisé). Et l’on vous épargnera les injures récurrentes des politiques à l’égard des Français, estimant que seuls des obscurantistes ou des rétrogrades peuvent être contre l’Europe et refusant de prendre en compte ceux qui veulent bien voter pour l’Europe… à condition qu’elle soit démocratique.

Même schématisme primaire dans les discours tenus par Blanco et Mérin. À les en croire, tous les sceptiques sont pour la mort du rugby basque. On peut pourtant rêver de rugby de haut niveau au Pays basque, mais pas à n’importe quel prix et exiger, avant toute décision, des réponses claires aux questions qui se posent. Pour toutes ces raisons, cette fusion si elle doit se faire, ne peut être envisageable avant la saison 2016-2017.

En 1992, peu avant le vote du traité de Maastricht, l’inénarrable Bernard Kouchner, dans une de ses envolées dont il a le secret, affirmait à la télévision : « Avec Maastricht, on rira beaucoup plus! ». Si l’on en croit Blanco et Mérin : « Avec la fusion, ce sera la profusion!« . Les comiques sont de sortie.

Alors que les esprits s’échauffent et que la bagarre générale couve, tout le monde ferait bien de se remémorer la devise favorite de Mitterrand : « Il faut donner du temps au temps« .