Nathalie Motsch garde la tête froide

Pas de triomphalisme, même si les faits montrent que l’ex-adjointe à l’Urbanisme avait raison sur Aguilera. La (presque) candidate pour 2020 veut avant tout jouer collectif.

Nathalie Motsch avec sa veste rouge BO, le jour où Veunac lui a retiré sa délégation.

L’entretien se déroule le vendredi 22 mars, au lendemain d’une réunion de majorité consacrée au projet Aguilera. La veille, le maire Michel Veunac et le directeur des services Christophe Landrin ont confirmé point par point ce que Nathalie Motsch affirme depuis le début, à savoir l’impossibilité légale de réaliser le projet tel qu’il est conçu. On s’attend donc à rencontrer Nathalie Motsch avec des petites ailes aux pieds après ce revirement surprise et on est surpris par le sérieux et la gravité de la presque déclarée candidate. « Si mes enfants ou mon mari me le demandent, je réfléchirai à arrêter la politique » affirme l’ex-adjointe à l’urbanisme qui rajoute dans un sourire « … Mais rassurez-vous, ça ne semble pas être le cas ».

Nathalie Motsch évoque ses débuts en politique, en 2008, quand elle était conseillère municipale, travaillant avec « un très grand maire » Didier Borotra : « Il a tenu sa majorité et fait du consensus permanent. Sinon ça n’aurait pas duré vingt-quatre ans ». « Calamity Nathalie » comme la surnomme l’actuelle majorité n’en dira pas plus mais on devine que derrière cet éloge adressé à Borotra se cache tout ce qui manque à la gouvernance Veunac.

« J’écoute, je rencontre »

L’intéressée ne peut pas préciser à quel moment précis elle a considéré qu’elle était la plus à même de présider aux destinées de Biarritz. Les psychodrames permanents de cette majorité hétéroclite, les remarques sexistes, et « une gestion qui a manqué de transparence » y sont sans doute pour beaucoup. « Je suis frappée par l’appétence des citoyens à participer à la vie publique. Pour le moment je rassemble une équipe, j’écoute et je rencontre. Il est encore un peu tôt pour formuler des propositions ». Les propositions ne sont pas encore écrites, mais elles semblent déjà claires dans la tête de l’intéressée : « Mon projet est de remettre de la transparence et de l’écoute dans la vie quotidienne des administrés, et viser ensemble à une qualité de ville pour une qualité de vie. La bonne décision est toujours prise collectivement ». Voilà qui ressemble fortement à un futur programme électoral !

« Raisonnablement optimiste pour les recours »

Nathalie Motsch se montre réticente à évoquer le passé, même si ses prises de position sur l’Hôtel du Palais lui ont valu une soudaine notoriété auprès des Biarrots : « Je ne veux pas ressasser. La séquence a été hallucinante et au final on arrive à une privatisation déguisée du Palais sans réelle participation des citoyens ». Ne cherchant pas à réécrire l’histoire, Nathalie Motsch affirme « ne pas avoir vu venir le choix de l’opposition » de se rallier (en partie) à Veunac dès juillet 2018 et se contente de lever les yeux au ciel quand on lui demande si les Saint-Cricq, Domège ou Darrigade ont fait ce choix par conviction.

En revanche, elle ne regrette pas d’avoir déposé un recours contre les délibérations qui s’ensuivirent : « Michel Veunac a insisté plusieurs fois pour que je retire mes recours. Il ne pouvait en être question et je suis raisonnablement optimiste quant à l’issue juridique ».

« Je suis une femme d’équipe »

Elle affirme n’avoir jamais su que Veunac avait été bluffé lors de son mémorable discours du 15 octobre 2018 qui lui avait valu une salve d’applaudissements des Biarrots présents dans la salle du conseil municipal et sourit quand l’entourage du maire rapporte qu’elle était à ses yeux la « plus politique » de l’équipe : « C’est dommage qu’il ne s’en soit pas aperçu avant ! ». Surprise, celle qu’on présente comme une « dame de fer », celle qui ne laisse personne indifférent, aimée ou détestée suivant les interlocuteurs qu’on rencontre, reste très touchée par cet épisode : « Ce dossier me coûte très cher à titre personnel. Je perds ma délégation à l’Urbanisme que j’adorais et une équipe avec qui j’avais plaisir à travailler ». On en vient au caractère de l’intéressée, à sa réputation de jouer toujours perso et de rechercher la lumière médiatique. « C’est totalement faux. Je ne cherche pas à me retrouver seule contre tous, car je suis d’un tempérament profondément collectif. » Nathalie Motsch estime que la vie publique nécessite des connaissances très pointues et que c’est sans doute sa formation d’avocate qui l’amène à réagir avant d’autres élus.

« Je ne suis pas opposée au BO »

Force est de constater que dans le dossier d’Aguilera, avant que Michel Veunac ne se rapproche de ses positions, elle s’est retrouvée encore une fois seule contre tous. Soupir de l’intéressée, visiblement très touchée par les attaques subies : « On m’a fait le procès de ne pas aimer notre club, alors que je ne suis pas opposée au BO mais juste à la méthode utilisée. Pour prouver mes dires, je vais d’ailleurs rendre publique une lettre que j’ai écrite à Jean-Baptiste Aldigé le 15 février dernier ». (Document à la fin de l’article)

La passionnée d’urbanisme commence à tracer des lignes imaginaires dans toutes les directions : « Ce qui est porté dans le projet PICHET pour la plaine sportive d’Aguilera c’est un quartier avec 375 logements concentrés autour de la piste d’athlétisme. Or, ça pose un problème. Un quartier doit être pensé, réfléchit, il doit intégrer tous les usages, répondre aux attentes des habitants, privilégier une faible densité au sol pour valoriser des espaces verts, viser un urbanisme durable et raisonnable, il y a de très nombreux enjeux à relever. Ce ne peut pas être juste du bétonnage, il faut tenir compte de l’écosystème, de l’environnement, du paysage architectural et végétal. Ce n’est pas à un promoteur de concevoir un quartier. C’est à la Ville de le porter avec les biarrots en transparence et en respectant des mises en concurrence. En réalité, le sujet n’est pas de dire si on est pour ou contre ce projet mais qu’est-ce qui est faisable ou pas au regard des règles de droit et de la nécessaire maitrise d’aménagement urbain par la collectivité ».

Nathalie Motsch s’excuse de devenir technique : Je suis la première à le déplorer mais on est face à un mille-feuilles administratif avec lequel on doit composer. Ce projet est intéressant mais il bute comme l’ont souligné Michel Veunac et Christophe Landrin sur des « impossibilités juridiques » Des exemples s’imposent pour rendre le discours plus concret. « On passe de 220/250 logements dans ce qui était initialement prévu par la ville à 375 logements dans le projet du promoteur privé, ce qui est plutôt une bonne idée. Mais la MECDU (la Mise En Conformité des Documents d’Urbanisme) nécessite du coup d’être modifiée et les délais sont longs, au minimum douze mois. Je le déplore mais on n’a pas le choix. Autre exemple : le projet Pichet prévoit entre 2500 et 3000 mètres carrés de galeries commerciales, ce qui pose un problème de compatibilité avec le SCOT (le Schéma de Cohérence Territoriale) et le Schéma d’Armature Commerciale. Ces réglementations s’imposent, c’est la loi et elle a été faite dans le but de protéger les commerces de centre ville, en évitant de créer de la commercialité en périphérie pour lutter contre la désertification des centres-villes. Le projet commercial du promoteur PICHET devra être diminué en le limitant probablement à une surface inférieure à 1000 m2.  Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les textes. Ceci dit, en tant qu’élue je suis naturellement très attentive à toutes ces questions. »

« Je ne comprends pas la position de Guy Lafite »

Quant à la polémique qui voudrait qu’elle roule aux côtés de Jean-René Etchegaray en faveur de l’Aviron et contre le BO, l’intéressée la juge tout simplement « ridicule » : « Mon cœur est à Biarritz et rien qu’à Biarritz, et la Biarotte que je suis depuis 18 ans a encore en tête la fête que nous avions fait, comme tout le monde, pour le bouclier de Brennus ». Nathalie Motsch s’engage au contraire à « tout faire pour aider le BO, club que tout le monde aime dans la ville » si elle est élue maire « à condition d’être dans le respect des lois existantes ».

Difficile de ne pas évoquer Guy Lafite qui devrait être à ses côtés dans ce dossier puisque ses anciennes fonctions de secrétaire général des mairies de Marseille et Paris lui donnent une bonne connaissance des contraintes juridiques inhérentes à une ville : « Je ne m’explique pas sa position ».

Notre grand argentier aurait-il une petite stratégie électoraliste derrière tout cela ?

 

15 février : la lettre de Nathalie Motsch à Jean-Baptiste Aldigé :