Valls, Balkany, Veunac… Tous des farceurs!

Patrimoine 02Au hasard, prenez le petit Catalan qui dirige le gouvernement. Lorsqu’il a publié son patrimoine, en 2012, comme la loi l’y oblige, c’est tout juste si l’on n’a pas sorti les mouchoirs en se disant que sa fortune était décidément aussi étriquée que ses costumes. Un appartement de 88 m2  à Evry, et un autre de 44 m2 à Paris dans le XIe arrondissement, que Manuel Valls affirme occuper avec son épouse, la violoniste Anne Gravoin, 240 € d’assurance-vie et 1500 € sur ses comptes courants, soit un patrimoine total qui ne dépasse pas les 287 650 €.

Sauf que le Premier ministre de la France nous a fait un joli coup de violon, (http://www.observatoiredessubventions.com/2014/le-patrimoine-cache-de-manuel-valls/), comme le souligne l’observatoire des subventions. En toute simplicité, notre donneur de leçons gouvernementales a juste oublié de déclarer une Société civile appelée Homère (ça ne s’invente pas !), d’une valeur de 2 millions d’euros, abritant un appartement de 11 pièces avec 4 chambres, 5 salles d’eau, 7 pièces de séjour, 5 cuisines et 2 terrasses… Rien que ça ! L’astuce, car un Premier ministre ne saurait piétiner la Loi, c’est que Manuel Valls n’est actionnaire de cet appartement de 250 m2 qu’à hauteur de 1% de cette SCI, tandis que son épouse détient les 99% restants. Et que les deux conjoints ont opté pour la séparation de biens. D’un point de vue strictement légal, sa déclaration de patrimoine est donc parfaitement honnête, mais ces petites acrobaties fiscales et autres arrangements dont les politiques raffolent, sont-ils acceptables de la part d’un homme qui a l’ambition d’être un jour candidat à la présidentielle et qui n’ose pas dire, sous prétexte qu’il est censé incarner la gauche, qu’il est très confortablement logé ?

Balkany dépense plus en domestiques qu’il ne gagne!

Autre style, mais même volonté d’enfumer les électeurs chez le tristement célèbre couple Balkany à Levalllois. Savez-vous comment la brigade financière a pris la décision d’enquêter surPatrimoine 03 les rentrées d’argent du couple ? En constatant que Patrick et Isabelle Balkany déclaraient 143 000 € par an de revenus, mais dépensaient pour leurs frais de personnel… 195 733 € par an! Monsieur et Madame aiment péter dans la soie. Le couple possède trois luxueuses propriétés à Giverny, à Marrakech et à Saint-Martin, toutes planquées derrière des sociétés-écran, pour ne pas payer l’impôt sur la fortune. (Pour plus de détails, lire http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/10/22/ce-que-leurs-comptes-racontent-du-couple-balkany_4510488_4355770.html)

Passons brièvement sur le cas du rapporteur UMP de la commission des Finances de l’Assemblée, Gilles Carrez, auteur d’une loi sur l’immobilier, et qui s’appliquait une décote de 30% sur un bien qu’il détenait en SCI, afin de ne pas payer l’impôt sur la fortune. Pour sa défense, le député a soutenu qu’il « ignorait ce point de la loi fiscale ». Voilà une défense crédible!

Gémir sur son sort, habitude française

Et finissons-en avec le maire de Biarritz, qui, à son modeste, très modeste niveau, finasse comme les grands sur la question de ses revenus. Michel Veunac, comme Manuel Valls, a failli nous faire pleurer, lors de sa dernière conférence de presse, sur son triste sort financier, lui à qui il ne reste que «  2200 € nets, après les prélèvements à la source « . Quel farceur!

Bisque, bisque, Basque! va donc se faire un plaisir d’expliquer aux électeurs la curieuse façon de calculer de notre maire préféré et les trois approximations contenues dans cette courte affirmation.

Le prélèvement à la source, déploré par Michel Veunac, est beaucoup plus avantageux pour les hommes politiques que l’ imposition classique d’un salarié, car plus indolore. Si vous faites deux boulots à mi-temps, vous déclarez l’ensemble au fisc et êtes imposé sur le total. Les élus locaux ne sont que partiellement imposés, à l’aide d’une franchise de 650 € mensuels non imposables, avec ensuite application d’un barème équivalent au barème progressif de l’impôt sur le revenu mais sans tenir compte des autres revenus. (http://www.contribuables.org/2013/12/les-hommes-politiques-taxes-or-not-taxes/). Au final, un sacré privilège et une sacrée économie. Et une belle incitation au cumul des mandats!

Les impôts déduits du salaire : quand vous confiez votre salaire annuel à un ami, vous l’évoquez le plus souvent en net, parfois en brut, mais jamais en déduisant les impôts que vous payez dessus. C’est ce que fait Michel Veunac pour qu’on le plaigne. Un peu grosse, la ficelle ? C’est douloureux, mais c’est toujours très bon signe de payer beaucoup d’impôts! L’élu a d’ailleurs le choix entre une imposition classique ou une imposition à la source. Devinez pourquoi, les politiques choisissent toujours le prélèvement à la source.

Les multiples indemnités : fort habilement, Michel Veunac n’évoque que son indemnité de maire mais il passe sous silence ce qu’il touche à l’Agglomération et au Conseil régional. Quand on mesure les difficultés subies par nombre de salariés qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts en travaillant à plein temps, un peu de décence serait bienvenue.

Mais, c’est une habitude bien française chez nos politiques que de se plaindre et de vouloir faire croire qu’ils sont les plus maltraités de la terre, alors qu’ils bénéficient d’avantages absolument anormaux et ne sont imposés, grosso modo, que sur la moitié de ce qu’ils gagnent. Si pour Michel Veunac, le métier de maire est si difficile et si peu rentable, la solution est simple. À 68 ans, il n’y a rien de scandaleux à faire valoir ses droits à la retraite, à décider de se reposer et à laisser la place à quelqu’un qui saura quoi faire du pouvoir et aura une réelle vision de l’avenir de Biarritz…

… Mais ça, c’est une autre histoire!

Le bon temps de Neuilly-sur-fric

french-corruption_4109032C’est une dupe qui parle, un obscur porteur de valises et d’enveloppes bourrées d’argent liquide, un inconnu qui a vu toutes les magouilles, les corruptions à son poste de directeur de l’office des HLM des Hauts-de-Seine, mais qui a mis près de vingt ans à comprendre, à quel point il avait été le jouet de ses anciens amis. Par chance Didier Schuller est vaniteux, intelligent et revanchard et les talent des deux grands reporters du Monde, auteurs de ce décoiffant « French corruption » est d’avoir senti qu’un peu de prison avait attendri la bête et délié la langue de celui qui est resté muet devant les juges.

On commence très fort. C’est l’histoire d’un bon petit soldat du RPR, qui va très vite devenir ami avec tout ce qui compte dans les Hauts-de-Seine, le parrain Pasqua, l’ambitieux Sarkozy, les mégalomanes époux Balkany. Pas question, en 1981, de voter Giscard. Pasqua a fait la leçon à ses troupes :  » Notre seule chance, c’est de voter Mitterrand. Si le candidat socialiste gagne, on peut survivre ; si l’autre est réélu, c’est foutu « . Ensuite le gamin Schuller apprend la vie, hume les gâteaux qu’il voit passer sous son nez, avant d’en croquer gaillardement :  » Quand j’étais candidat à Clichy, pourquoi Bouygues ou la SAE m’ont donné de la thune? Parce qu’ils espéraient, si j’étais maire, qu’il y aurait un retour sur investissement, c’est évident « .

 Rencontre avec les Balkany puis, en 1986, avec Nicolas Sarkozy, qui lui annonce tout de go qu’il veut être Président de la République. Schuller fait allégeance et s’en portera bien pendant des années.

Et puis c’est la tuile quand éclate en 1994, l’affaire Schuller-Maréchal où le beau-père du juge Halphen se fait coincer avec une valise de billets donné par le directeur des HLM. Croyant qu’il a des amis au sein du RPR, Schuller fuit aux Bahamas puis à Saint-Domingue. On lui remet un faux passeport et de l’argent, mais il ne réalise pas que tous les barons du RPR veulent surtout le tenir éloigné de la France, car il est un danger pour tous. « Aux Bahamas, puis à Saint-Domingue, j’avais des nouvelles de Sarko par l’intermédiaire de certains de nos amis communs. Par affection? Moi, l’affection, chez tous ces braves gens, je n’y crois pas beaucoup! Particulièrement avec Sarko. J’étais surtout une bombe volante. « 

Car c’est Sarko qui a présenté à Schuller un certain Jacques Heyer, un banquier suisse qui s’est occupé de planquer l’argent du fuyard et qui s’est toujours vanté d’avoir Sarko comme client.

Schuller, malgré la prison à son retour en France, malgré tous ce qu’il a vécu en politique, a décidé de se représenter aux municipales à Clichy, en 2014, mais cette-fois, jure-t-il, sans argent occulte.

En attendant, à la fin de ce livre que tout citoyen républicain devrait lire, il tire un bilan sans concession de sa singulière aventure :  » Comme la Justice n’a rien trouvé, elle n’a pas condamné les principaux organisateurs, ni les vrais bénéficiaires. elle a condamné le connard qui s’est barré! Comment j’ai pu être aussi con? « 

On ne lui fait pas dire.

◊ « French corruption », Gérard Davet et Fabrice Lhomme, éditions Stock, – 310 pages, 19 euros.